Encore un petit flashback sur 2025, pour un crime comics animalier du meilleur goût
Woodbrook, 30 septembre 1986, jour de la parade du Bicentenaire
Samantha, qui tient la boutique de bricolage dans la petite ville savoure la quiétude du bourg, la gentillesse des habitants, tous occupés à préparer le défilé de chars traditionnel un moment de partage attendu. Sam, en ce jour de joyeuse agitation, se rend à la grande ville voisine, comme elle le fait de temps à autre, pour une course à faire. C’est là qu’elle choisit, tranquillement, sa prochaine proie, qu’elle approche avec simplicité, chloroforme, kidnappe, met dans son van, égorge, découpe méthodiquement et enterre proprement dans la forêt voisine où elle a ses petites habitudes. Car la très estimée Samantha a une autre occupation : elle est tueuse en série, et au début de cette histoire, elle confie sans pudeur en être à son 43ème cadavre enterré dans la nature, en vingt ans. Une passion bien partie pour durer, mais voici un grain de sable dans cette belle entreprise personnelle : en pleine parade un habitant vénérable de Woodbrook est exhibé, crucifié sur un char. Emoi dans la communauté. Et inquiétude pour Samantha : en agissant de la sorte, le tueur ne risque-t-il pas d’attirer l’attention de la police sur elle ? Car ce cadavre exposé à la vue de tout le monde n’est bien sûr pas le sien. Voilà qui est fâcheux et il va falloir à Sam vite trouver le coupable...
Dans la famille des bandes dessinées polar anthropomorphiques – personnages à corps humains, tête d’animaux – ce Beneath the trees vient prendre une belle place, aux côtés de Blacksad, Canardo et Grandville. Sur des bases certes déjà lues (une petite ville perturbée par des événements tragiques, une atmosphère paranoïaque qui s’installe, des fausses pistes) Patrick Horvath construit une histoire immédiatement prenante car assez originale : ici il n’est pas question d’identifier un assassin méthodique – c’est posé dès les premières pages – mais bien de le confronter à un confrère qui vient marcher sur ses plate-bandes et perturber son petit bonhomme de chemin à lui. Et d’entamer une course contre la montre avec les autorités de police qui pourraient découvrir tout le passé de la gentille Samantha… par hasard. Ce qui ne manquera pas de presque arriver, mais suspense…
Et c’est aussi par le traitement graphique de ce scénario sommes toutes sinistre que Beneath The trees frappe de plein fouet : tout n’est que douceur et miel dans le dessin aux couleurs pastel, et n’est pas loin de rappeler les classiques des livres pour enfants de, par exemple, Martin Waddel, et puis, soudain, on bascule dans des pages nettement plus écarlates… J’étais complètement passé à côté de cette belle surprise, parue en début d’année 2025, alors je me réjouis de voir qu’Ankama annonce pour ce début juillet le retour de Samantha et de « sa conception toute personnelle de la famille et sa réponse très concrète à l’usure du temps qui passe » . Vivement l’été !
Beneath the trees, where nobody sees ****
Textes et dessins Patrick Horvath – Traduction Margot Negroni
Ankama – 150 pages couleurs – Janvier 2025 – 19,95 €





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