Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
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Bonne balade dans le noir !
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lundi 30 janvier 2012

Will Argunas needs you !

Will Argunas, j'ai déjà eu l'occasion de vous dire sur ce blog tout le bien que ce talentueux artiste m'inspirait. Tous ses albums sont de véritables plongées au coeur de l'Amérique de l'Oncle Sam, et le dernier en date, "In the name of... " n'échappe pas à la règle. Je vous invite à lire ma chronique de ce nouvel opus ici, sur k-libre.fr.

Je vous invite également à faire un tour du côté du blog d'Argunas, vous verrez qu'il ne manque pas de travaux en cours, dont un « projet BD USA » des plus prometteurs, au vu des planches dévoilées sur son blog. Et si vous êtes fans de heavy metal, sûr que le « Pure fucking people », deuxième du nom, qui « croque » les festivaliers du célébrissime Hellfest, est fait pour vous. L'auteur a d'ailleurs lancé un appel au peuple sur Ulule (headbanger ou pas...) pour le financement de ce tome 2, allez donc voir de plus près, il y a plusieurs manière de participer.
Et si vous n'êtes pas des adeptes du Blue Oyster Cult (non, ils sont pas morts, ils seront même à Hellfest 2012) que rien ne vous empêche de suivre les pas de Nelson 1er, ce premier pape Noir à la une de «In the name of... ».

samedi 23 juillet 2011

Un boucher, un balafré et un squelette : faites-vous des amis grâce à Casterman !

Il paraît qu'en ce moment, c'est l'été. Vous savez, cette période où il fait bon oublier ses soucis, et s'adonner aux joies du farniente. Le moment, aussi, où on se laisse tenter par des lectures pleines de légèreté et d'optimisme. L'été quoi. Et si l'été est pourri, on peut rester dans le ton et s'adonner sans vergogne à la fréquentation d'oeuvres un peu plus sombres. Ce que j'ai fait en lisant ces trois albums parus au printemps dernier chez Casterman.
Le premier retrace l'histoire terrible de Fritz Haarmann, surnommé le Boucher de Hanovre. Sévissant à la même période que le célèbre Peter Kürten, alias le Vampire de Düsseldorf, Haarman s'en prenait lui à de jeunes garçons, qu'il abordait à la gare et attirait jusqu'à sa mansarde de la Rote Reihe, où il les violait avant de les liquider... Et comment se débarrassait-il des corps ? Simple, il les débitait et vendait les morceaux pour un restaurant... En connaisseur, il a déclaré à son interrogatoire : « Certains prétendent que la viande humaine ressemble à la viande de porc ou de veau. Non, elle est beaucoup plus noire, différente aussi de la viande de cheval. Et je sais de quoi je parle, j'en avais toujours plein les mains ». Au delà de l'atrocité de ces crimes, le plus étonnant dans cette histoire est bien que ce monstre soit passé à travers les mailles des filets de la police, grâce à des négligences, et que son arrestation se soit opérée par hasard. Il était même indicateur pour le commissariat de la ville. Je ne suis pas en général fasciné par les récits tirés de faits réels, ni par les tueurs en série, mais le talent d'Isabel Kreitz, est là : son dessin, noir et blanc, restitue avec minutie une Allemagne en proie à la crise, et sa description des rues crasseuses de Hanovre, de l'antre de Haarman, sont d'une précision admirables. Côté personnages, elle ne s'attarde pas sur le côté macabre de son boucher, et évite les scènes ouvertement gore, mais elle installe une peur insidieuse qui passe par le regard de fou de Haarman. C'est délicieusement dérangeant... Peer Meter, son scénariste, livre à la fin de l'album un aperçu historique des faits – photos d'époque à l'appui – qui complète parfaitement ce « Boucher de Hanovre ».

A côté, les deux romans adaptés sortis à la même époque, dans la toujours superbe la collection Rivages/Casterman/Noir sont presque d'aimables bleuettes. Bon, d'accord, j'exagère.

Le premier est signé Christian de Metter, qui a choisi de donner sa version du Scarface, d'Armitrage Trail. L'histoire est celle d'un gangster des années 20, Tony Guarino, devenu roi de la pègre de Chicago après son retour du front européen, où la guerre lui a laissé une balafre au visage qui transforme le moindre de ses sourires en rictus inquiétant Cet aspect du personnage est plus qu'un détail, et on pouvait compter sur de Metter pour être au plus près de la description qu'en avait faite le romancier lui-même : « […] le coin gauche de sa bouche tirait en permanence vers le haut, pas énormément, mais suffisamment pour modifier son apparence de façon surprenante. Quand il souriait, ce coin-là refusait de sourire, et conférait à son visage un aspect étonnamment sinistre ».
Sinistre à souhait, la trajectoire de Guarino, qui change d'identité pour devenir Tony Camonte, l'est aussi, et les planches de l'album sont parsemées de cadavres. On cherchera en vain la lumière dans cette adaptation que De Metter a quasi intégralement dessinée dans des tons glauques, au sens littéral du terme : d'un vert tirant sur le bleu... Si vous appréciez le travail de ce dessinateur, vous aimerez ce Scarface, même si on peut lui préférer, dans la même collection, son Shutter Island.

La seconde adaptation est celle d'un des dix-sept romans du « cycle de la police tribale Navajo » de Tony Hillerman : L'Homme-squelette. Il ne s'agit pas de la première version graphique des enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee, puisque Katou avait réalisé « Là où dansent les morts » pour Emmanuel Proust en 2004-2005, mais force est de constater que le trait de Will Argunas est plus convaincant pour restituer l'atmosphère si particulière des romans de Hillerman. Dans celui-ci, un jeune Hopi se retrouve en possession d'une pierre précieuse d'une valeur inestimable : il n'en faut pas plus pour qu'il se retrouve accusé d'être l'auteur du récent braquage d'une bijouterie. C'est le point de départ d'une véritable chasse au trésor, dans la région du Grand Canyon, à la recherche de diamants égarés depuis plus de 40 ans... Argunas aime dessiner les Etats-Unis et les Américains comme il l'a déjà brillamment montré dans ses précédentes BD, comme Missing ou Bloody September, et cette fois, ce sont les grands espaces sauvages qui s'animent sous son crayon. Son style, où les hachures continuent de dominer, renforce la majesté des paysages, et rend toujours aussi mystérieux les visages. La couverture de cet album en est la parfaite illustration.
J'ai préféré cet « Homme squelette » au « Scarface », mais une chose est sûre : ces deux albums sont de qualité et en 16 albums, la collection Rivages/Casterman/Noir s'est vraiment imposée comme une valeur sûre de la bande dessinée noire.

Le Boucher de Hanovre
Scénario Peer Meter et dessin Isabel Kreitz
Casterman, 2011 – 176 pages noir et blanc – Collection Ecritures – 14 €

L'Homme squelette
Scénario et dessin Will Argunas d'après Tony Hillerman
Casterman, 2011 – 96 pages couleur – Collection Rivages/Casterman/ Noir – 18 €

Scarface
Scénario et dessin Christian de Metter d'après Armitrage Trail
Casterman, 2011 –112 pages couleur – Collection Rivages/Casterman/ Noir – 18 €

vendredi 14 mai 2010

Festival Polar à la plage du Havre : 10 auteurs BD invités

La toujours dynamique équipe des Ancres Noires organise, au Havre, son désormais très attendu festival « Polar à la plage » les 11,12 et 13 juin 2010.
Le programme est cette année encore des plus alléchants : théâtre avec départ en bus vers une destination inconnue, contes noirs et interventions-surprise, et of course, ce qui fait la patte de ce festival, le concert « Polaroïdes rock », avec les groupes qui ont écrit des morceaux sur des textes des auteurs invités. Sans oublier la présence plus d'une vingtaine de nos plus fines plumes noires hexagonales... et internationales.
Pour tout savoir, une seule adresse : lesancresnoires.com

Mais vous vous en doutez bien, si je vous cause de « Polar à la plage », c'est que l'amateur de cases que vous êtes pourra y rencontrer des dessinateurs dont je vous ai déjà vanté les mérites : Argunas ( ici les chroniques de Missing et Bloody september), Chauzy, Germain et Loustal (pour leurs adaptations Rivages) ou encore Edith (pour, entre autres, Basil et Victoria)

Et seront aussi présents Alep, Deloupy, Douay et Piatzszek, sans oublier Riff, auteur dans les années 90 de trois enquêtes de l'inénarrable Myrtil Fauvette (rééditées en 2005, en noir et blanc et au format « comics » aux éditions Charrette...).

Une seule adresse pour vos premiers élans plagistes de l'année : la digue promenade du Havre !

vendredi 12 mars 2010

Bloody September (2010)

New York, décembre 2000.
Manhattan. L'inspecteur Pezzulo est appelé sur les lieux d'un homicide : une jeune femme a fait une chute depuis le toit d'un immeuble. Suicide ? Pas sûr, puisque des traces de sang sont retrouvées sur le garde-fou de l'immeuble. Pezzulo lance une enquête sur ce sang.
Au même moment, dans sa maison de Brooklyn, un jeune homme blond se prélasse dans son bain : dans la chambre voisine, une jeune femme se repose sur le lit. Son sommeil est définitif : elle a baigne dans son sang, la gorge tranchée. Le jeune homme blond a un rictus de satisfaction.
Au même moment, à Soho, Louise s'apprête à partir pour son travail, au Big Tits studio, où elle tourne des films au contenu explicite. Un job qu'Anita, sa petite amie semble apprécier modérément, mais que Louise assure maîtriser, tout comme son corps.
Dans les studios, un jeune homme blond observe Louise, au moment de son départ.
Janvier 2001 arrive. Les mois passent. Les cadavres de femmes mutilées s'amoncellent sous les pas de l'inspecteur Pezzulo. Et bientôt, c'est le mois de septembre, à New York.

Casterman a créée le label KSTR pour y accueillir des histoires un peu différentes de celles publiées à l'enseigne de la maison-mère, plus longues, plus personnelles parfois, et souvent, aux styles graphiques marqués. Celui de Will Argunas est d'un réalisme brut, brutal parfois, et l'avertissement - à l'américaine, en forme de clin d'oeil – prévenant les parents des « explicit images » contenues dans les pages de « Bloody september » est certes parodique, il n'en demeure pas moins... approprié. Son histoire de tueur en série traqué par un flic usé par un quotidien déprimant, dans une ville bientôt traumatisée par la destruction de l'un de ses symboles, est des plus sombres. Argunas installe une ambiance lourde et pesante dès les premières pages, grâce à un usage intense de l'ombre et de la hachure dans la majorité de ses cases. Les visages de ses personnages semblent porter les stigmates d'une douleur latente, d'un malheur prêt à s'abattre. A aucun moment Argunas ne laisse penser ou croire que la vie était belle avant le 11 septembre 2001, à New-York. Et la chute finale de son « septembre sanglant » en remet une couche sur les notions de Bien et de Mal. Un album au final assez étrange et dérangeant, qui mérite plus d'une lecture. Will Argunas est l'un des invités du cinquième festival de polar de Bon-Encontre, ce week-end. C'est le moment d'aller philosopher avec l'auteur.


Bloody september
Texte, dessin et couleurs Will Argunas
KSTR, 2010. - 137 p. couleurs – 16 €

dimanche 7 février 2010

La Crème de la BD Noire à Bon-Encontre les 13 et 14 mars

Le cinquième Salon “Polar’Encontre” de Bon-Encontre se déroulera les samedi 13 et dimanche 14 mars 2010. Cela se passe au Centre Jacques Prévert de Bon-Encontre, dans le Lot-et-Garonne, tout près d’Agen. Si je vous en cause c'est que ce festival est l'un des rares dans le polar - le seul ? - à avoir autant d'auteurs de BD que de romanciers à son menu. Et rien que du beau monde :

Will Argunas, Laurent Astier, Max Cabanes, Jean-Christophe Chauzy, Chetville, Michel Espinosa, Olivier Grenson, Gunt, Horne, Alexis Laumaillie, Gilles Mezzomo, Jean-Philippe Peyraud.

C'est Laurent Astier qui a réalisé l'affiche de ce festival, avec en vedette Claire, la femme-flic de sa série du moment "Cellule Poison". Un série dont je vous ai déjà dit ici tout le bien qu'elle m'inspirait.

Et côté livres avec plein de lignes : Ingrid Astier, Laurence Biberfeld, Jeanne Desaubry, Catherine Diran, Naïri Nahapetian, Anne Secret, Lalie Walker, Marin Ledun, Michel Leydier, Marcus Malte, Claude Mesplède, Benoît Séverac, Marc Villard. (Sous réserve : Doug Headline).
Quand je vous dit qu'il y aura du beau monde.

Alors pour le week-end du 13/14 mars : votez Polar, liste Bon-Encontre !

jeudi 31 décembre 2009

Missing (2007)

Wisconsin, un jour glacial de novembre. Un Ranger découvre voiture de patrouille de la police en pleine forêt, sous la neige. Ce qu'il y trouve à l'intérieur lui coupe l'appétit pour la journée mais pas l'envie de prévenir immédiatement ses supérieurs... Dans le même temps, deux agents du FBI arrivent à Duluth pour interroger l'inspecteur Mooney, qui, la veille, en compagnie de son collègue Durkin, a arrêté le dénommé Toole, un voleur de voiture au comportement suspect. Surpris de voir débarquer le FBI à Duluth pour si peu, Mooney commence à saisir lorsque les agents fédéraux lui apprennent que Toole n'est plus dans sa cellule et que l'agent Durkin tarde lui aussi à se manifester...

Il y a dans ce Missing tout ce qui fait la force des comics polar apparus ces dernières années outre-Atlantique : une grande aisance graphique au service d'une grande efficacité scénaristique. On pourrait se croire à la fois dans une histoire de Bendis, ou aux côtés de Sam et Twitch, ou même en compagnie des âmes sombres qui peuplent les séries de Brubaker : mais c'est bien de Will Argunas dont il s'agit, auteur dont « on ne sait pas grand chose et qui s'en amuse »... dixit l'album lui-même. Cela nous suffit pour apprécier sa maîtrise dans la construction de son récit, à la fois en flashback et parallèle, et la justesse du ton lorsqu'il s'agit d'aborder des thèmes aussi délicats que celui de l'enfant trop tôt disparu et des conséquences que cette disparition peut avoir sur un père.

Missing
Scénario et dessin : Will Argunas
KSTR, 2007 – 131 p. coul. – 12,90 €

[Chronique parue dans l'Ours Polar n°43, septembre 2007]