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samedi 23 mai 2026

[Rembobinage] - Contrapaso, tome 2 – Pour adultes, avec réserves par Teresa Valero (Dupuis)

 


En 2021 Teresa Valero publiait chez Dupuis le premier tome de Contrapaso : les Enfants des autres, où, dans le Madrid des années 50, elle posait les premières bases d’un récit au long souffle, sous forme de trilogie, et mettait sur le devant de la scène un duo improbable de deux reporters affectés aux faits divers dans leur quotidien : Sanz, un vieux brisquard phalangiste repenti et Léon Lenoir, un jeune français idéaliste. Sa cousine Paloma dessinatrice de presse et de BD dont Léon est amoureux, complète le trio et à eux trois ils vont tenter d’éclaircir l’énigme de femmes assassinées, une par an depuis 17 ans, par la main d’un seul homme, une affaire qui obsède Sanz depuis toutes ces années. Et sur ce fond plutôt polar, Teresa Valero va aborder tout aussi bien les journaux clandestins écrits par des femmes en prison et la liberté de presse étouffée par une censure terrible  que les pratiques médicales proche de l’eugénisme ou encore une grève universitaire…


Ce premier tome , dense et passionnant, voit sa suite arriver quatre ans plus tard dans Pour adultes avec réserves, et il est cette fois beaucoup question de cinéma. D’abord parce que deux victimes sont retrouvées l’une dans un drive-in, l’autre dans une salle obscure. Et ensuite parce que ce deuxième assassiné est un prêtre membre de la commission locale de censure du cinéma. Nous n’en sommes qu’au début de la bobine, et l’autrice réussit à nouveau ce tour de force de nous immerger dans cette Espagne franquiste où grenouillent une foultitude de manipulateurs, spéculateurs, personnages abusant de leurs pouvoirs, sans aucun scrupule pour un peuple d’en bas qui ne voit plus comment s’en sortir.

Oeuvre dense, sombre mais pas désespérée, Contrapaso est aussi par moments teinté d’insouciance – via son personnage très attachant de Léon – et est surtout extrêmement vivant grâce au trait souple et dynamique de Teresa Valero et à une extraordinaire galerie de personnages. Ce second tome est tout aussi foisonnant et fascinant que le premier, et nul doute que l’épisode final placera cette trilogie parmi les meilleures histoires du genre. A noter que la série est désormais dans la très belle collection Aire Noire de Dupuis, où elle a toute sa place.

Envie de rencontrer Teresa Valero ? Elle sera ce week-end de Pentecôte présente à l'excellent festival de polar du Goéland Masqué, à Penmarc'h, Finistère. Avec une belle brochette de confrères et consoeurs du Noir. Une autre bonne raison d'aller faire un tour dans ces magnifiques contrées !


Contrapaso, tome 2 – Pour adultes, avec réserves****

Scénario et dessins Teresa Valero ; traduction Doug Headline

Dupuis – 192 pages couleur - Sortie le 12 septembre 2025 - 27,95 €

dimanche 3 mai 2026

[Vox Polari ] – La sélection 2026 Bande Dessinée des Trophées 813 : un brillant quintette !

 


Depuis plus de quarante ans, 813, l’association des Amis des LittératuresPolicières, décerne ses Trophées, qui viennent couronner cinq catégories : le meilleur polar francophone, le meilleur polar étranger, la meilleure BD, le meilleure recueil de nouvelles et enfin, le meilleur essai (ou travail en ligne) sur le genre.

Les meilleurs, donc… selon les adhérents et adhérentes de l’association, qui sont amenés à s’exprimer en deux tours, sur tout ce qui a été publié l’année passée. 

Pour 2026, choix possibles de un à cinq titres maxi par catégorie, pami les ouvrages parus entre le 1er janvier et le  31 décembre 2025,

Après dépouillement, les cinq œuvres les plus citées au premier tour constituent les sélections finales de chaque catégorie.

 Pour le second tour, pour le Trophée Bande Dessinée, les heureux finalistes sont les albums suivants : 


Krimi de Thibault Vermot et Alex W. Inker (Sarbacane)

Parker La Proie, de Doug Headline et Kieran, d’après Richard Stark (Dupuis - Aire Noire)

Que d’os ! De Doug Headline et Max Cabanes, d’après Manchette (Dupuis - Aire Noire)

Saudade, de Vincent Turhan (Sarbacane)

La Veuve, de Glen Chapron d’après Gil Adamson (Glénat)


Qui de ces cinq albums remportera le Trophées 813 BD 2026 ? 

Verdict en septembre ! 

 

lundi 16 mars 2026

[Série Noire] - Que d’os ! De Doug Headline et Max Cabanes d’après Jean-Patrick Manchette (Dupuis)

 Etait-il possible de passer à 2026 sans avoir l’air d’y toucher et oublier que 2025 fut l’année du 80ème anniversaire de la Série Noire ? Et que côté BD, l’autre événement fut celui du lancement de la collection Aire Noire chez Dupuis ? Bah non… Et Eugène Tarpon est tout à fait le personnage qu’il nous faut pour ce double événement ! 

  


 « - Fanch Tanguy… Il ne manquait plus qu’un Breton dans ce merdier... »

Gasp ! Nous n’en sommes qu’à la page 21 de cet album et en effet, c’est déjà une sacrée salade (pour rester poli). L’inspecteur Coccioli, auteur de cet aimable résumé de la situation, est pourtant celui par qui tout est arrivé. Essayons de synthétiser. Le flic a envoyé à Tarpon, ex-gendarme reconverti en privé, une cliente pour une affaire à régler fissa. La dame en question est assez âgée et elle confie au détective le soin de retrouver sa fille, Philippine Pigot, une dactylo aveugle, étrangement disparue. Le temps de commencer l’enquête, et déjà un individu vient au bureau de Tarpon lui expliquer que l’affaire n’en est pas une, car Philippine est partie de son plein gré. Pile au moment de cette étonnante révélation, le téléphone sonne : la mère de la disparue veut absolument revoir Tarpon et vite. Notre homme se rend Gare Saint-Lazare, lieu convenu pour le rendez-vous. Mais là, coup de théâtre : la vieille dame est descendue d’une balle dans la tête. Tarpon est entendu par la police et prié de rentrer chez lui, où Cociolli vient sonner quelques jours plus tard, histoire de discuter un peu de cette affaire sommes toutes bien tordue pour le détective. Et là, dans son courrier fraîchement arrivé du jour, une lettre de la revolverisée de Saint-Lazare : elle prévient que si elle n’est pas à St Lazare c’est qu’on aura voulu la faire taire elle aussi… Qui ? Un certain Fanch Tanguy… Le merdier va-t-il le rester ? Faut voir…

 

 Après Morgue pleine, du même duo d’adaptateurs, on retrouve avec un plaisir certain le personnage de Tarpon, détective parfois un peu dépassé par les événements, souvent malmené par des gens fort peu aimables et aux motivations politiques souvent douteuses, pour ne pas dire emprunt d’une bonne vieille dose de fascisme. Il faut dire qu’on est en plein dans cette France des années 70 où les groupuscules des deux bords se rendaient coup pour coup et Tarpon s’en sort à sa façon : en distribuant autant de gnons qu’il en reçoit, et c’est pas facile tous les jours… Ce personnage de Manchette a des côtés attachants, beaucoup plus que ceux de ses autres romans peut-être et il est entouré d’amis du même acabit que ce soit Charlotte, l’actrice qui n’a pas froid aux yeux ou Hayman, vieux juif avec qui il aime jouer aux échecs et qu’il entraine avec lui dans cette affaire. Evidemment, tout cela fleure bon le pompidolisme finissant et le giscardisme naissant, mais on s’y plonge avec autant de délices que dans les autres adaptations car Max Cabanes campe toujours aussi bien ses personnages, son Paris, sa banlieue, sa campagne sont parfaitement… manchettiens. Fidèle à ses planches-gaufrier réglées au millimètre pour les scènes d’action comme d’introspection, Cabanes réussit tout autant à y incorporer dialogues et textes narratifs issus directement du roman, soigneusement choisis par Doug Headline. Un parti-pris adopté depuis les débuts du duo, et qui fonctionne encore ici. De futurs classiques du Noir en cases !


Que d’os !****

Scénario Doug Headline et dessin Max Cabanes d’après la Série Noire de Jean-Patrick Manchette

Dupuis – 104 pages couleur – Collection Aire Noire Sortie le 3 sept. 2025 – 22 €

[Chronique parue initialement dans la Tête en Noir n°238



lundi 22 juillet 2024

[Adaptation] – Mysteras et la Cour d’épouvante : Le retour d’Harry Dickson chez Dupuis, par Headline, Vergari et Catacchio

 

Faut-il encore présenter le célèbre détective de l’étrange, Harry Dickson, alias le Sherlock Holmes américain ? Peut-être oui, car s’il a acquis au fil des décennies un statut de personnage classique de la littérature policière, le héros créée par Jean Ray, créée dans les années 20, reste certainement encore dans l’ombre des mastodontes Holmes (donc) et Lupin. Cette nouvelle reprise en cases marque une volonté – dixit les éditions Dupuis - de « lui redonner tout son prestige et ses lettres lettres de noblesses en offrant à ses exploits une adaptation graphique et narrative impeccable et pertinente ». 

 

D’abord – et donc – pour qui ne connaît pas encore Harry Dickson, sachez que c’est un détective suprêmement intelligent, et que ses enquêtes le mènent systématiquement aux frontières du fantastique : une banale affaire a vite fait de basculer dans le monde des fantômes, vampires, savants fous et autres ennemis baignant sans vergogne dans le surnaturel. Assisté du jeune et fidèle Tom Wills, sur qui Dickson compte surtout quand il s’agit de donner du coup de poing ou de revolver, tous deux résolvent des affaires aux rebondissements multiples et spectaculaires, dans des ambiances délicieusement flippantes. Voilà le tableau côté romans, ou plutôt novellas, car les histoires de Jean Ray sont plutôt de longues nouvelles, d’environ 70-80 pages.

Et pour inaugurer ce nouveau cycle d’adaptations, le trio Doug Headline- Luana Vergari (scénario) et Onofrio Catacchio (dessin) a choisi de se replonger dans l’imposant corpus de ces trépidantes aventures existantes (plus de cent) et a porté son choix sur ?? Mystéras ?? et la Cour d’épouvante pour ses deux premiers tomes. Choix judicieux car il permet d’entrain de plain-pied dans l’univers dicksonnien : un condamné électrocuté sur la chaise électrique réussit son évasion, pendant qu’une romancière prisonnière de sa propre tour ultra-moderne est enlevée - alors que c’est impossible - (Mysteras) et un homme – millionnaire - en proie à un cauchemar récurrent (il passe en jugement devant un terrifiant tribunal qui finit par le condamner à mort) en appelle à Dickson pour le sortir de ces songes de plus en plus réels (La Cour d’épouvante). Rien que ça !

Et dans les deux cas – les albums constituent une sorte de diptyque même s’ils peuvent se lire de manière indépendante – un génie du mal et de la manipulation est à l’oeuvre, un ennemi qui tient autant de Moriarty que de Fantômas…


Disons-le franchement : c’est avec un grand plaisir que le fan de Dickson (dont je suis) retrouve l’atmosphère si particulière qui règne dans les histoires de Jean Ray. Tout y est, des landes embrumées aux manoirs austères et menaçants, en passant par les déguisements audacieux, les créatures nocturnes inquiétantes, les courses-poursuites échevelées et les coups-fourrés de dernière minute. Un vrai feu d’artifice, réussi grâce au trait « ligne claire » adopté par Catacchio, et qui convient tout à fait à aux scénarios du duo Headline-Vergari. Il y a certes aussi un côté vintage dans ces planches, mais qui colle finalement bien à l'époque des intrigues de Jean Ray.

D’autres auteurs s’étaient déjà emparés de Harry Dickson, notamment par Vanderhaege, Zanon et Renaud (13 albums entre 1986 et 2018) ou par Nolane et Roman (13 histoires, cette fois, originales de 1992 à 2009) mais c’est certainement ce retour chez Dupuis, qui prévoit 1 tome par an, qui est le plus proche de l’esprit de la série. Si vous ne connaissiez pas encore le « Sherlock Holmes américain », c’est le moment ou jamais de le rencontrer. Lui et ses « ennemis vomis par l’enfer » (tels qu’ils sont qualifiés dans l’excellente postface du tome 2) dont le prochain sera « Le Vampire aux yeux rouges »… 


Harry Dickson *** , d’après Jean Ray

Scénario Doug Headline et Luana Vergari – Dessin Onofrio Catacchio – Dupuis, 64 pages couleur

1 – Mysteras (5 mai 2023)

2 – La cour d’épouvante (17 mai 2024)

mercredi 10 septembre 2014

[Bis repetita !] - Fatale, ou Manchette par Cabanes et Headline (Dupuis)

Scène d'ouverture à la campagne. Des chasseurs sont en quête d'une proie, mais ils ne trouvent rien. Ou plutôt si. Une femme. Une belle brune à cheveux long. Mélanie Horst. Ou plutôt : c'est elle qui les trouve. Et les liquide, à coups de fusil. Quelques jours plus tard, elle débarque sur les quais de la gare de Bléville. Elle est blonde à cheveux bouclés et s'installe sous le nom d'Aimée Joubert, à la résidence des Goélands, un hôtel sans charme où il est conseillé à la clientèle de ne pas faire de bruit après 22 heures. Cela tombe bien, Aimée est là pour s'imprégner de la petite cité, et dès ces premiers instants, elle lit "Bléville et sa région". Puis dès le lendemain, elle parcourt les artères de la vieille ville, mémorise la topographie des lieux. Elle achète les journaux locaux, fait l'acquisition d'un vélo, et se rend chez le notaire, à qui elle confie ses projets d'achat de maison. Veuve, elle veut en finir avec sa période de deuil, et aspire à renouer avec ses semblables. Le notaire comprend tout à fait, d'autant qu'il semble persuadé qu'une femme aussi charmante ne tardera pas à se faire des amis. Et, très vite, grâce à lui, à l'inauguration de la nouvelle halle aux poissons, elle fait connaissance avec tous les notables de Bléville. Des hommes bien sous tous rapports. Et leurs femmes, charmantes, sont ravies de trouver une nouvelle partenaire pour leur bridge. Aimée Joubert est vite adoptée par le petit groupe. Mais Aimée Joubert n'a pas vraiment envie de refaire sa vie dans ce trou. Elle a d'autres projets pour Bléville et son élite. Des desseins plus meurtriers...

Après avoir adapté "La Princesse du sang", toujours d'après Manchette, et toujours avec Doug Headline au scénario, Max Cabanes s'est cette fois attaqué à Fatale, ce roman mettant en scène une tueuse autant implacable que mystérieuse... Cette femme fatale, personne ne sait, ni d'où elle vient, ni où elle va, mais tout le monde comprend qu'elle en veut à la société toute entière, tout du moins à la micro-société bourgeoise et possédante de Bléville. Qu'elle va faire payer, au sens propre comme au figuré, mais qui va finalement aussi beaucoup lui coûter. Je n'ai pas lu (hé non) le roman de Manchette dont est tiré cette adaptation, mais j'en ai lu d'autres (hé oui), et ce qui frappe immédiatement, c'est que le ton, le style du romancier, en un mot, sa voix est constamment présente tout au long des cent-trente-deux pages de cet album. Par exemple, cette manière quasi clinique de décrire les objets en citant la moindre marque de cigarette, de téléviseur, d'arme, on la retrouve telle quelle, et elle est accentuée par ce choix d'une typographie style "machine à écrire" pour toute les parties narratives du texte. A la manière d'un reportage, froid et distancié, on suit la machination, car c'en est une, d'Aimée Joubert, en se demandant jusqu'à quel point elle va fonctionner. L'époque - les années 70 - est celle du roman initial (bien sûr ! et il faut ici saluer le choix de la grande fidélité à Manchette) et magnifiquement rendue par Cabanes, tout comme il réussit à merveille à mettre en images certaines phrases du romancier. Ainsi, celle-ci, proche de l'oxymore, page 57. Pour illustrer : "Elle n'était pas certaine que la partie aurait lieu, étant donné la mort du bébé et les autres drames. Elle aimait les crises", Cabanes prend le parti de dessiner une femme radieuse qui passe en vélo devant une brasserie nommée "Le Tout va bien"...
Mais un bon dessin valant mieux qu'une explication embrouillée, voici : 
Des instants de ce genre, il y en a d'autres dans ce "Fatale". Tout comme un nombre de scènes fortes, fascinantes, en particulier le final nocturne sur le port, qui est d'une beauté à couper le souffle. Tout comme la couverture, véritable défi au futur lecteur, invitation inquiétante à entrer dans un album, rouge à plus d'un titre...  Une très très grande réussite !

Fatale****
D'après le roman de Jean-Patrick Manchette
Adaptation de Max Cabanes et Doug Headline
Dupuis, 2014 - 132 pages couleur - Collection Aire Libre - 22 €


lundi 19 novembre 2012

[Prix] – La Princesse du Sang 2 (Dupuis) Trophée 813 de la Bande Dessinée 2012

L'association« 813 » des Amis des littératures policières décerne chaque année depuis 1981 ses Trophées, qui récompensent les ouvrages (romans, essais) préférés des adhérents. La proclamation des résultats 2012 a eu lieu hier au cours du festival Sang d'Encre, à Vienne. Après une éclipse de plusieurs années, la bande dessinée figure à nouveau au palmarès, et pour ce grand retour c'est la seconde partie de la « La princesse du sang » qui l'emporte. Retrouvez ici ma chronique de cette très réussie adaptation du dernier roman de Manchette. 

Cet album devance deux autres adaptations : « L'homme squelette » de Hillerman, par Will Argunas (Casterman) et « Parker - L'organisation » de Stark par Darwyn Cooke (Dargaud).

Bravo à Doug Headline et Max Cabanes et aux éditions Dupuis, pour ce prix, le quatrième pour ce dyptique, après le Prix Polar 2010 du Festival de Cognac, le Prix Mor Vran 2010 du festival du Goéland Masqué et le Prix Polar Encontre 2010 du festival dumême nom à Bon-Encontre.

mercredi 19 octobre 2011

[Chronique] - La Princesse du Sang, seconde partie

A l'issue de la première partie, nous avions laissé le trio Ivy Pearl, Negra (alias Alba Black) et leur protecteur Maurer en plein coeur de la jungle cubaine, avec à leurs trousses, un commando mené par l'impitoyable Guido, assisté du pisteur Richard Cheyenne. La mission de Guido est simple : il s'agit purement et simplement d'éliminer la jeune Alba, et le commanditaire de cette chasse à mort n'est autre que le propre oncle d'Alba, Aaron Black, trafiquant d'armes international. Mais tous les acteurs ne sont pas encore entrés dans la danse, et surtout, aucun n'a encore joué son vrai rôle...

L'ultime roman de Manchette était resté inachevé et c'est son fils, Doug Headline, qui a entrepris de terminer la palpitante aventure d'Alba Capra, dans cette version graphique dessinée par Max Cabanes. Cette Princesse du sang définitive, en quelque sorte, est plus qu'une simple adaptation, non seulement car on en connaît désormais le dénouement, mais aussi parce que c'est un véritable maelstrom de 160 planches, un cocktail réussit mixant plus d'un genre : action, polar, aventure, géopolitique... Sans oublier une dimension psychologique surprenante, traduite dans ce jeu d'influence que se livrent les différentes factions alors que la traque bat son plein, dans une forêt à la fois hostile et protectrice. C'est tout simplement fascinant, et c'est une des facettes les plus surprenantes de ce diptyque. Pour le reste, les décors de Cabanes sont somptueux et on sent littéralement les odeurs de sa Sierra Maestra, cette jungle pour laquelle il a également réalisé des couleurs superbes. Quant à sa galerie de personnages, inutile de chercher l'erreur de casting, tant il a su camper des hommes et des femmes avec un réalisme tout manchettien et leur prêter des silhouettes et des visages que le romancier n'aurait certainement pas renié. Le travail de Doug Headline sur les notes de son père n'est certainement pas étranger à la réussite totale de cet album, nettement à part dans la longue liste des bandes dessinées inspirées des oeuvres de nos grands écrivains du Noir.

La Princesse du Sang, seconde partie
Scénario Doug Headline d'après Jean-Patrick Manchette
Dessin Max Cabanes - Dupuis, 2011 - 80 pages couleur - Collection Aire Libre - 15,95 €

Le roman de Jean-Patrick Manchette est disponible aux éditions Rivages

dimanche 8 mai 2011

[Chronique] - Parker est de retour !

Parker a changé de visage : une opération de chirurgie esthétique était la seule solution pour échapper à l'Organisation. Mais celle-ci est puissante et elle réussit tout de même à le localiser. Elle lui envoie aussitôt un tueur, qui trouve le moyen de rater une exécution à priori tranquille : la cible était au lit, endormie... Mais Parker, aux réflexes de prédateur, échappe au traquenard et fait vite cracher le morceau au porte-flingue, qui lui donne un premier nom. Grâce à lui, Parker va remonter la filière et entreprendre un nettoyage en règle de la puissante mafia locale. Celle-ci n'a pas l'air de se rendre compte de la rage qui anime leur ennemi, comme en témoigne ce dialogue :
Fairfax (pas loin du sommet dans l'Organisation) : « J'ignore ce que vous espérez en faisant tout ça. Vous continuerez à nous irriter et nous à vous traquer. L'issue est inévitable ».
Parker (calme) : « Erreur. Ce n'est plus vous qui me traquez. C'est moi qui vous traque. Je traque Bronson ».
Et il n'a pas l'air de rigoler...

Cette adaptation des romans de Stark mettant en scène Parker, après « Le Chasseur », est celle du deuxième titre de la série, « Peau neuve » ou « Parker fait peau neuve » selon les différentes éditions françaises (The man with the getaway face, 1963) mais également, et surtout, du troisième titre, "La Clique", dont la BD originale partage le titre : "The Outfit", sorti en 1964.
Après
Benacquista, c'est Doug Headline qui s'est chargé de la traduction de ce tome, en excellent connaisseur des comics qu'il est... et du polar. Et comme pour « Le Chasseur », le travail de Darwin Cooke est tout simplement magnifique, ses choix graphiques sont même encore plus audacieux que pour le premier tome. La meilleure preuve en est le « livre trois » de cette histoire (qui en compte quatre) où, en 30 pages, Cooke utilise quatre style différents pour illustrer les activités illicites de l'Organisation, et comment Parker va à chaque fois arnaquer la société criminelle. Cooke n'hésite ainsi pas à intégrer de grandes parties narratives, issues directement du roman, comme ce « Raid sur le club Cookatoo », qui se lit comme un long reportage à sensation : 6 pages de textes illustrées de 5 dessins qu'on jurerait croqués en direct, dans un impeccable style sixties. Comme pour « Le Chasseur », l'album est en bichromie gris/bleu – blanc, ce qui empêche tout effet inutilement spectaculaire, mais n'empêche en aucun cas de sentir la violence, insidieuse ou réelle, tapie dans l'ombre ou explosant dans les poings du "héros", et qui suinte tout au long des pages. Une vraie leçon aux distributeurs d'hémoglobine. Et comme l'intrigue de ce deuxième Parker est d'une solidité à toute épreuve – et si elle semble avoir été déjà lue, il ne faut pas oublier qu'elle date de 1963 – vous aurez compris que vous devez absolument lire cet album.
Parker, tome 2 - L'Organisation
Scénario et dessin : Darwin Cooke d'après Donald Westlake
Traduction Doug Headline
Dargaud, 2011 - 160 pages en bichromie – 19 €

samedi 20 mars 2010

"La Princesse du Sang" de Cabanes et Manchette primé à Bon Encontre


Depuis 2007, le festival de Bon Encontre décerne, le Prix Calibre 47, qui couronne un roman et le Prix Polar'Encontre, qui consacre lui une bande dessinée. Pour ce dernier prix, le jury, constitué d'experts BD et du lauréat de l'année précédente, a élu « La Princesse du sang », de Max Cabanes d'après le roman de Jean-Patrick Manchette. Une adaptation publiée aux éditions DUPUIS, qui n'ont pas spécialement décidé de suivre le vent porteur en la matière, en ne créant pas de collection spécifique, par exemple, comme l'a fort bien expliqué José-Louis Bocquet lors du premier festival des Habits Noirs en novembre dernier.

Cette adaptation est la seconde de l'oeuvre de Manchette, après celle de Tardi pour Le Petit bleu de la côte ouest (actuellement chez Futuropolis), sans oublier le Griffu du même duo, à la fin des années 70, une histoire originale. C'est Doug Headline, fils de Manchette, et lui-même scénariste, qui a adapté le roman de son père. Sur le choix du dessinateur, il s'explique dans le dossier de presse de l'époque :

« Pour s'attaquer à cette histoire, surprenante de la part de Manchette, s'imposait en écho le choix d'un dessinateur que personne n'aurait attendu sur ce terrain, mais capable de saisir l'essence et la complexité de l'univers du romancier : c'est-à-dire un auteur grand par son imprévisibilité, délicat et précis, doué d'une force jamais envahissante, mais capable de jaillir sans avertissement à chaque page. Et j'ai avancé le nom de Max Cabanes, dont la sensibilité singulière, le trait unique, élégant et souple, et l'incroyable talent étaient restés gravés dans ma mémoire depuis de longues années. Je ne connaissais pas Max, je ne savais pas où il en était dans sa vie de créateur d'images. Mais je ne sais pourquoi, je ne voyais personne d'autre que lui pour dessiner cette histoire... »

Avec ce prix, Cabanes succède à Erwan Le Saëc (Mafia Story, Delcourt), Damien Vanders (Welcome to hope, Bamboo), et Laurent Astier (Cellule Poison, Dargaud)