Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

lundi 25 avril 2011

[Chronique] - Tif et Tondu menacés ! Desberg et Will vous disent tout !

Neuvième tome – sur douze annoncés - de l'édition de l'intégrale des aventures des infatigables Tif et Tondu, Innombrables menaces regroupe quatre albums signés Stephen Desberg et Will, parus entre 1979 et 1983 et s'achève sur trois autres récits complets : Dangereuse programmation (8 pages), la fin de Tif et Tondu (7 pages, inédit en album) et Perforations (18 pages). Bon, voyons cela de plus près.

Métamorphoses : Une météorite tombée en Afrique provoque d'étranges mutations sur les bêtes de la savane, et les transforme en créatures difformes et agressives. Ce n'est que dans le zoo où elles ont été vendues que le phénomène se déclenche, au bout d'un certain temps. Et évidemment, les hommes qui ont approché la météorite sont eux aussi touchés par le phénomène, et deviennent à leur tour des monstres sanguinaires. Tif et Tondu vont intervenir pour que tout rentre dans l'ordre, bien sûr.

Pour cette 28 ème aventure, qui a un petit côté Jekyll et Hyde, Desberg, dont c'est le premier scénario en solitaire, l'avoue sans hésiter dans le dossier qui ouvre ce tome : « … Je ne sais pas encore très bien ce qu'on attend de moi. Will et moi n'avons jamais parlé de l'avenir. […]. Je cherche surtout à aller dans le sens de ce que Will a envie de dessiner. Ce sont des situations que j'essaie de rendre le plus amusantes possible. Ce sont des scénarios à la carte ».
Technique qui est aussi appliquée pour le tome suivant :


Le Sanctuaire oublié : En Bretagne, le groupe de chasseurs de trésors « Paradise hunters », mené par une femme à la poigne de fer, Candice, emploie tous les moyens (y compris la séduction du pauvre Tif...) pour mettre la main sur un stock d'or caché dans la région. Une fois récupéré, les lingots sont transportés au Yutacan, où ils sont assemblés pour constituer la porte d'un sanctuaire ouvrant sur les légendaires cités d'or...

Encore un album à l'atmosphère fantastique, avec les civilisations précolombiennes en toile de fond, pour une histoire de chasse au trésor pleine de rebondissements. A noter que Tondu roule en Visa, dont il bénit la tenue de route (ce qui ne l'empêchera pas d'être précipité du haut d'une falaise...) : les aventuriers des années 80 ont des destriers pour le moins surprenants...

Echec et matchs
Tif et Tondu sont soudain sans le sou, et obligé de travailler.... Impensable pour des héros, surtout Tif, qui est vite exténué par le travail de bureau, et prend la direction du sud pour des vacances méritées. A peine arrivé, il se retrouve embarqué dans une histoire de voiture commandée à distance par des ordinateurs, et pour aider l'inventeur de ce système révolutionnaire, il accepte de prendre le volant d'une Formule un pour le Grand Prix de Monaco. Mais un margoulin du sport va tout faire capoter, et Tif et Tondu vont le retrouver sur leur route, et mettre fin à ses agissements à New York, en plein tournoi de tennis international.

Une histoire teintée des avancées technologiques de l'époque (on est en 1981, ce sont les premiers PC, l'informatique reste nimbée d'un certain mystère pour ne pas dire d'une certaine magie) . Ce côté « nouveau » a pris un coup de vieux et cette aventure est un peu dépassée de ce côté-là. Par contre, le personnage du méchant, qui fabrique littéralement des sportifs de haut niveau pour les exploiter jusqu'à la corde, reste tout à fait d'actualité.

Swastika
Alors, là, attention : Hitler n'est pas mort ! Il est réfugié en Amérique du Sud, mais à la veille de son 90ème anniversaire, il est un peu gâteux... Ses partisans ne désespèrent cependant pas de lui faire retrouver sa splendeur passée – et eux la puissance du 3ème Reich – grâce à un elixir de jeunesse, le Tor Kal Yash. Il faut juste récupérer un peu de venin du serpent de Crojada, une bête extrêmement rare. Tif et Tondu vont bien entendu se retrouver au coeur de l'affaire, qui les conduira des forêts amazoniennes jusqu'à Venise.

Aventure complètement échevelée, où Tif va même jouer les « étalons », au sein d'une tribu amazonienne, où les mâles sont tous morts, et où il va avoir du travail (trop, même... il est obligé de fuir, comme le montre la couverture, lui, le tombeur de ces dames...). Mais c'est évidemment le sujet même qui reste le plus intéressant dans cet album : le nazisme – même s'il est ici plus esquissé qu'autre chose - avait plus rarement droit de cité dans la littérature pour la jeunesse au début des années 80, et encore moins dans la BD. Il y a d'ailleurs eu une certaine incompréhension autour de cet album, puisqu'un membre de la communauté juive de Belgique écrit aux éditions Dupuis pour se plaindre d'une scène où un personnage (aux traits de Gainsbourg, d'ailleurs) fait montre de cette cupidité attribuée trop souvent aux juifs. Et il est vrai que certains des gags auraient encore plus de mal à passer maintenant, il faudrait demander à Desberg s'il réécrirait ce scénario à l'identique en 2011... Toujours est-il que cet album reste malgré plus qu'intéressant, et on sent bien que Desberg s'empare de plus de ses personnages, pour les emmener sur des chemins encore inexplorés par les précédents scénaristes. Une certaine conscience politique pointe le bout de son nez, et cela sera encore plus net dans les aventures suivantes.

Tif et Tondu, intégrale tome 9 – Innombrables menaces
Scénario Stephen Desberg et dessin Will
Dupuis, 2011- 240 pages couleurs - 24 €

Vous pouvez aussi m'entendre parler de cet album sur Agora FM, chez les amis d'Ondes Noires.

samedi 16 avril 2011

[Chronique] - Dans mes veines : les dessous de la mode

Un matin de juin, à Paris. Barbara se réveille, avec la gueule de bois. Elle ne se souvient plus trop de la veille, mais elle sait bien qu'elle s'est endormie devant sa télé, seule. Le problème, c'est qu'elle découvre dans sa cuisine le cadavre d'une belle blonde, gisant dans une mare de sang. Et la belle blonde n'est pas une inconnue pour Barbara : c'est Jill Savil, mannequin au firmament de la profession et des médias, il y a encore deux ans... Une époque dorée pour Barbara : Jill était sa petite amie, et elle-même était encore flic. Une relation hors-norme que la hiérarchie de « Barbie » a vite fait d'exploiter en lui faisant infiltrer un milieu où, si les nuits sont blanches, c'est souvent que la cocaïne n'est pas loin. Mais tout cela est du passé : Barbara n'est plus flic depuis longtemps. L'arrivée impromptue de son ex en poupée morte devant son frigo lui fait retrouver d'anciens réflexes : Barbara va désormais tout faire pour savoir qui lui renvoie son passé à la figure. Et pourquoi...Damien Marie est un scénariste qui n'a pas peur de sortir des sentiers battus, et ceux qu'il arpente sont généralement assez sombres, comme en témoigne son très faulknerien « Welcome to Hope » (dessiné par Wanders). Dans cette nouvelle série, pas d'Amérique profonde peuplée par des âmes tordues, mais une immersion dans le clinquant des défilés de mode... tout aussi sordides côté backrooms que certaines granges du Kansas.
« Dans mes veines » met en scène deux femmes aux personnalités fortes, en s'attardant bien entendu sur Barbara, femme-flic à la dérive depuis la fin de son histoire avec Jill la top model. Sur un scénario construit par allers-retours constants entre cette histoire passée de l'héroïne, et la quête de la vérité sur l'assassinat de son ex, Sébastien Goethals réussit à alterner scènes d'action et plongées au coeur de la nuit. Ce premier tome, raconté à la première personne, est rythmé, et on s'attache réellement à Barbara, à ce qui lui arrive, et à ses efforts pour découvrir la vérité. A noter une couverture très réussie, qui réunit tous les ingrédients de l'histoire tout en demeurant assez mystérieuse. Le dénouement au prochain tome.

Dans mes veines, tome 1
Scénario Damien Marie – Dessin et couleurs Sébastien Goethals
Bamboo, 2011 – 48 p. couleur - Collection Grand Angle – 13,50 €

jeudi 14 avril 2011

[Chronique délocalisée] - Berlion et Benacquista, deuxième !

Après "Coeur Tam-Tam", adaptation de la nouvelle de Tonino Benacquista "La culture de l'elaeis au Congo Belge", Olivier Berlion s'attaque à l'une des trois Série Noire du même auteur : La Commedia des ratés, une formidable histoire d'arnaque sous le soleil de l'Italie. Le premier tome de cette adaptation prévue en deux volumes est sorti en février, et vous pouvez retrouver ma chronique sur le k-libre.fr, en cliquant ici.

Et n'hésitez pas non plus à vous (re)plonger dans le roman original de Benacquista, un des meilleurs polars des années 90, par un des plus brillants stylistes du Noir.


La Commedia des ratés, première partie
Scénario et dessin Olivier Berlion
Dargaud, 2011 - 76 pages couleur - 14,95 €

lundi 4 avril 2011

[Chronique] - Raffini est de retour !

Le commissaire Raffini est convié dans le Sud de la France au mariage de son ami Toxa. Là, il fait la connaissance d'autres invités, en particulier d'un couple formé par le tonitruant Claude Franchi – alias Dario, en hommage à ses talents de chanteur d'opérette – et la très sexy Mireille. Raffini profite de son séjour pour goûter aux joies de la pêche en solitaire en plein cagnard, mais ce doux farniente est vite interrompu quand Mireille vient lui demander de l'aide : son Dario a disparu. D'abord rassurant, le commissaire est obligé de se rendre à l'évidence quand on trouve l'appartement du fiancé dévasté : on en veut au chanteur du dimanche...

Les enquêtes de Raffini sont des plus orthodoxes, et le temps ne semble pas avoir d'emprise sur le commissaire, sa moustache et ses méthodes. Il faut dire que cette affaire se déroule en 1957, et qu'on savait prendre le temps de vivre à cette époque, mon bon monsieur. Il se dégage un indéniable charme désuet de cette série, et ce nouvel (et dixième) album qui sort 5 années après le précédent n'y échappe pas. Rodolphe a imaginé un enquêteur plus proche de Maigret que de Burma, à qui il fait vivre pour ce retour une enquête des plus classiques. On prend cependant un certain plaisir à suivre les pas de ce héros d'un autre âge, qui veut résoudre son affaire autant par goût de la justice, que par un certain béguin pour la fiancée du disparu. Alors, oui on peut trouver que tout cela est un peu vieillot, mais je trouve moi que les éditions Desinge & Hugo & Cie (!) ont eu une riche idée de relancer ce bon vieux Raffini, trente ans après ses débuts dans Télérama, sous le pinceau de Ferrandez... Dans la foulée de cet inédit, « Les Eaux Mortes », tome 8 de la série paru initialement chez Albin Michel, est réédité, sous une superbe couverture. Une histoire rurale, beaucoup plus sombre. Si vous ne connaissiez pas encore, c'est le moment de faire une petite cure de classique... Ah j'oubliais : les couleurs de cet album sont lumineuses, comme les femmes dessinées par Maucler.

Les Enquêtes du commissaire Raffini
Si tu vas à Rio
et Les Eaux Mortes
Scénario Rodolphe et dessin Christian Maucler
Desinge & Hugo & Cie, 2011 - 56 pages couleur
13,95 € chaque

mardi 22 mars 2011

[Chronique délocalisée] - Delcourt donne le Frisson

Sur les hauteurs d'une falaise irlandaise, en 1967. Un jeune couple roucoule, et fait même beaucoup plus que roucouler, puisque Arlana, jolie blonde assez bien foutue, se retrouve très vite les seins à l'air et la jupe retroussée. Mais au moment suprême, le petit ami entreprenant se trouve pris d'un malaise foudroyant et tombe raide quasi- mort. Affolée, la jeune femme retourne au domicile familial, et raconte la scène à son père, un être un peu bizarre, qui lui explique qu'il ne faut surtout pas appeler le docteur, mais veiller à ce que le sacrifice soit effectué selon la tradition. Et il extirpe d'une longue boite demeurée depuis longtemps cachée, une lance rituelle, le tribhas...

La suite de cette chronique, retrouvez-là sur k-libre.fr l'excellent site du stakhanoviste Julien Védrenne, en cliquant sur ce beau lien.

Sachez tout de même que cet album inaugure la nouvelle collection "Dark Night" (cherchez le jeu de mots) de Delcourt, derrière laquelle se cache les "Vertigo Crimes" de DC Comics.

Et pour celles et ceux qui veulent m'entendre raconter exactement le même chose, mais que la lecture fatigue, direction l'excellente émission Ondes Noires, des activistes Corinne et Jack de la Noirôde. C'est là, sur cet autre magnifique lien. C'était une première, en direct, le mercredi 2 mars.


Le Frisson (The Chill)
Scénario Jason Starr et dessin Mick Bertilorenzi
Traduction Timothée Corteggiani
Delcourt, 2011 – 192 p. noir et blanc - Collection Dark night – 14,95 €

mercredi 16 mars 2011

[Rencontre] - Le Floc'h et Lepage partent à l'aventure

Allez, je délaisse un peu les ruelles sombres, les meurtres, les espions, les tueurs à gages, les comics, mes chouchous de Marcinelle, et toutes ces sortes de choses pour vous annoncer que je vous invite à l'aventure et à la rencontre de Bruno Le Floc'h et Emmanuel Lepage, au cours de la deuxième édition du festival du livre « Les Escales de Binic ».

Bruno nous parlera du premier tome d'un nouveau cycle, à paraître chez Dargaud début avril, « Chroniques Outremers », actuellement en prépublication dans le quotidien « Le Télégramme ».

Pour vous donner un petit avant goût, une interview de l'auteur sur le site du journal.

Emmanuel nous présentera quant à lui son magnifique « Voyage aux îles de la Désolation », paru chez Futuropolis le 10 mars.
Et pour vous mettre dans l'ambiance, le « teaser » de son album, en version courte ou en version longue



Rendez-vous dimanche matin (eh oui), à 11 h, au bar... « L'Escale », au 15, quai Jean Bart.

vendredi 11 mars 2011

[Chronique] - Doppelgänger, Le Double maléfique de Bec et Corbeyran

La mère de Germain Maltret vient de mourir. Une mère distante dont il se sentait à peine le fils. Elle lui laisse en héritage un manoir délabré, au pied d'un volcan, dans la région albigeoise. Peu disposé à s'attarder dans des contrées qui lui sont étrangères, Germain est malgré tout retenu par d'étranges événements, dont le comportement erratique d'un jeune femme Nelly, n'est pas le plus bizarre. Non, le plus perturbant, c'est cet homme entrevu une première fois au cimetière, à l'enterrement de sa mère, puis sous les fenêtres de la pension où il est de passage, puis tout près de Nelly. Un homme qui lui ressemble comme un jumeau...
Corbeyran retrouve Bec vingt ans après Dragan, pour ce qui se présente, dans ce premier volume comme un thriller assez angoissant. Le thème du double maléfique – le fameux Doppelgänger de l'imaginaire allemand – est ici repris par le scénariste pour une histoire menée impla et impec – cablement : de l'arrivée de Germain à l'explosion volcanique, tout s'enchaîne inéluctablement. Christophe Bec instille une atmosphère lourde, chargée de tension, où les visages des protagonistes, le plus souvent en plans rapprochés ou en gros plans, forment une sarabande entêtante autour du héros. Le thriller – y compris en BD – est mis à toutes les sauces, et le terme fantastique y est souvent accolé. On serait tenté de le faire pour Doppelgänger. Mais on aurait tort. Doppelgänger n'est pas un thriller fantastique. C'est un fantastique thriller. En tous cas, le premier tome de ce diptyque en donne tous les signes.

Et pour voir les premières images du tome 2, un petit tour du côté du blog du dessinateur : "Bec Processus"


Doppelganger, le double maléfique
, tome 1 : Intersignes
Scénario Eric Corbeyran et dessin Christophe Bec
Soleil, 2011 - 56 pages couleurs – Collection Quadrants / Boussole
13,50 €

samedi 5 mars 2011

[Chronique] - Jeremiah et Kurdy, trentième !

Jeremiah et Kurdy s'installent pour la nuit en pleine nature, en lisière de la ville. Ils ont écumé la zone où ils viennent de se poser, à la recherche d'une pierre plate sous laquelle serait caché un papier synonyme de fortune... mais ne l'ont toujours pas trouvé. Il faut dire que Kurdy a hérité du tuyau de la bouche d'un certain Billy, mal en point sur son lit d'hôpital, et que Jérémiah demeure sceptique sur la crédibilité du bon plan. Car sur le papier tant convoité sont censées figurer les indications conduisant tout droit à un paquet de diamants planqués dans la partie inondée de la ville. Les deux amis vont finalement mettre la main sur le précieux document, et commencer à déchiffrer les explications codées qui mènent à la fortune. Mais leur progression est suivie de près par un trio qui les attend pour récupérer les diamants...
Pour cette 30ème aventure de Jérémiah et de son pote Kurdy Malloy dans des Etats-Unis post-apocalyptiques, les voici cette fois confrontés à un curieux peuple lézardiforme et à des ennemis plus normaux, mais nettement plus cupides. Cette chasse au trésor se déroule pratiquement dans un seul endroit, l'immeuble et ses abords menaçant ruine, où sont planqués les diamants. Cela donne à Hermann de dessiner des décors où règnent la ruine et l'inquiétude, véritables et primitives marques de fabrique de la série. Avec, comme d'habitude, les traditionnelles bastons pour la survie des deux héros, qui ont cette fois en plus le plaisir de se coltiner des crocodiles en hors d'oeuvre... Peut-être moins fort côté relations humaines, que les deux derniers opus, ce « Fifty-fifty » n'en demeure pas moins un épisode impeccablement mené, recentré sur les deux personnages phares, et où les dialogues du duo font toujours autant mouche. Jérémiah est à ce jour la plus longue série d'Hermann, et à mon avis, sa meilleure, de celles qui donnent envie de rouvrir les précédents albums une fois le dernier terminé.
Jérémiah, tome 30 – Fifty-fifty
Scénario et dessin Hermann
Dupuis, 2011 - 48 pages couleur - 11,95 €

mercredi 2 mars 2011

[Festival] - Tous à Bon' Encontre !

S'il est un festival de polar qui met à l'honneur les auteurs de bandes dessinées, c'est bien Polar Encontre, à Bon Encontre, dans le Lot-et-Garonne...
Pour sa sixième édition, le 12 et 13 mars prochain, le salon a invité une sacrée bande dont une partie concoure au prix Polar'Encontre 2011, remporté par Cabanes l'an passé pour son adaptation de la « Princesse du sang » de Manchette.

Les sept dessinateurs en compétitions sont Olivier BERLION pour le tome 1 de « La comedia des ratés », Philippe BERTHET pour les tomes 1 et 2 de "Nico", Alexis CHABERT pour le one-shot "Taxi Molloy", JEF pour les tomes 1 et 2 de "Une balle dans la tête", MAKO pour le one-shot "Dernière sortie avant l'autoroute », Ralph MEYER pour le one-shot "Page noire", Guy MICHEL pour le tome 1 de "Seznec" et Nicolas OTERO pour le tome 7 de "Amerikkka "

Le choix des jurés va pas être simple, moi je vous le dis !

Sinon, vous pourrez aussi croiser à Bon Encontre Eric CORBEYRAN, parrain de cette 6ème édition, Max CABANES, qui a réalisé l'affiche cette année, ESPE, Joe G. PINELLI et Jean-Louis THOUARD... sans oublier les douze auteurs et auteures du Noir, dont vous trouverez ici la liste, ainsi que le programme des réjouissances.

vendredi 25 février 2011

[Chronique] - Les Morsures du passé ou quand le Janitor remonte le temps...

A Rio de Janeiro, un couple de retraités passe une journée tranquille dans un établissement où leur fortune permet visiblement de bons traitements. Ils vivent pourtant leurs derniers instants, et vont être sauvagement assassinés, par un couple curieusement assorti : une jeune fille au look punkoïde et un septuagénaire sec comme un coup de trique. Dans une autre vie, le couple de paisibles vieillards a servi un certain docteur Mengele, et leur passé les a rattrapés, et les chasseurs de nazis aussi... Pendant ce temps, au Vatican, on s'interroge sur la présence du cardinal Di Origio sur le yacht du Nouveau Temple, une société secrète qui inquiète le Saint-Siège. Vince, alias Trias, le Janitor, est envoyé aux basques du cardinal, ce qui lui permettra peut-être de résoudre un autre mystère : la réapparition soudaine de son frère, supposé mort, sur ce même yacht du Nouveau Temple...On avait laissé le Janitor en pleine surprise lors du tome 3 (Les Revenants de Porto Cervo), avec ce face à face avec son frère, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce tome 4 apporte des éclaircissements sur le passé de notre James Bond papal. Son histoire personnelle va entrer de plein fouet avec celles des traqueurs de nazis, et du coup, la série prend tout de suite une autre dimension. Il faut certainement y voir la patte de Boucq, qui confie, dans le dossier de presse : « Je suis fasciné par l'incidence que peut avoir la Seconde Guerre mondiale sur notre monde actuel. C'est un thème totalement intégré à la série, même si, jusqu'à ce quatrième tome, il n'était pas encore très visible ».
En effet. Le Janitor donnait plus l'impression d'une série d'espionnage très originale, avec ces improbables et ultra-modernes services secrets du Vatican, et ce personnage secret de Trias. Cela reste vrai, mais les scénaristes ont donné comme un coup de fouet, au niveau de l'action, à une oeuvre déjà captivante, l'enrichissant d'une couleur supplémentaire. Bon, d'accord, le coup du frère jumeau, on nous l'a déjà fait. Mais rarement pour un affrontement, encore à venir, aussi « dramatique ». L'affrontement aura-t-il lieu, d'ailleurs ? Et quelle est la réelle puissance de la société secrète du Nouveau Monde ? Sente et Boucq nous donneront les réponses dans le prochain volume, qui clôturera le cycle. En attendant, replongez-vous dans une lecture des quatre tomes, ils ont tous une saveur particulière, et font du Janitor une série particulièrement goûteuse.
Le Janitor, tome 4 : Les Morsures du passé
Scénario Yves Sente François Boucq. Dessin François Boucq
Dargaud, 2011 - 56 p. coul. - 13,50 €

Ma chronique du tome 1 c'est ici, celle du tome 2, et celle du tome 3 ici-là. Eh oui, j'aime bien...

mardi 22 février 2011

[Chronique] - Attentat à Dallas en 1963 ? Non, en 1973... Mais qui a tué le président ?

French, Américain né d'un père Alsacien, est un bon patriote. La preuve : il sert les Marines, prêt à défendre les valeurs de l'Union jusque dans les jungles les plus hostiles du Vietnam. Bon, d'accord, il fait tout de même partie d'une unité de combattants un peu spéciale... La Brigade de l'enfer, composée uniquement de hell's angels, et créée en 1965, avec la bénédiction du président des Etats-Unis en personne. Mais French est une vraie tête brûlée, et il ne se contrôle pas toujours : après avoir abattu un officier de l'US army, le pays le rapatrie et lui annonce sa récompense pour ses bons et loyaux services. 147 ans de bagne. Aussi, quand il sort par miracle au bout de trois ans, faut-il s'étonner de le voir sur le point d'éliminer ce président qui est la cause de tous ses malheurs ?
Le principe de la série Jour J, qui en est ici à son cinquième volume, est celui de l'uchronie, avec comme accroche ce petit jeu qui consiste à apostropher le lecteur sur le mode du « Et que ce serait-il passé si... » et à l'embarquer dans une autre Histoire, détournée de sa voie connue de tous. Sauf que, dans ce tome, curieusement, le sous-titre «L'Amérique sous le choc après l'assassinat de Dallas » n'est pas le point de départ de l'album... mais plutôt sa conclusion, son point final. Vous l'aurez compris, il s'agit là de l'attentat de Dallas sur Kennedy transposé 10 ans plus tard. Mais il serait très malvenu de dévoiler le nom du Président dans la ligne de mire, car le scénario imaginé par le trio repose en grande partie sur l'identité du chef de l'état américain de 1973... et dévoilée seulement dans le dernier tiers de l'album. Auparavant, on suit l'histoire du tireur, un homme un peu déboussolé, violent, un pion qui se rebelle... mais un pion tout de même. Le dessin de Colin Wilson est impec, et il campe les figures politiques du pays avec brio. Ses scènes de guerre sont également des modèles de précision et de réalisme. Si vous avez lu d'autres tomes de la série, et que comme moi, ils vous ont un peu déçu, essayez celui-ci, il est assez chouette. Mais faites attention qu'on ne vous en dise pas trop avant de l'attaquer...Jour J n°5 – Qui a tué le Président ?
Scénario Fred Duval et Jean-Pierre Pécau, assistés de Fred Blanchard - Dessin Colin Wilson
Delcourt, 2011 – 56 p. coul. - Collection Série B – 13,95 €

lundi 14 février 2011

[Saint Valentin] - Allez les filles !

Ah ben je ne pouvais pas laisser passer la Saint Valentin, et je voulais absolument vous faire ce petit cadeau, une belle image tirée tout droit de ma discothèque :


A écouter avec votre chéri(e), une roucoulade reposante après une dure journée de boulot, garantie d'époque : ça, c'est du rock !

Salut les amoureux !



dimanche 13 février 2011

[Chronique] - Le Barzoon circus arrive !

Alabama, 1931. Le cirque Barzoon arrive à Temperance, la capitale de la citrouille, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas le bienvenus. Il faut dire que pour des saltimbanques en quête de représentations, ils n'ont pas de chance : ils débarquent en ville à la veille du Jour de la Citrouille, fête locale célébrée depuis le 18ème siècle, et qui interdit toute autre manifestation en ville. La caravane du Barzoon circus est donc conduite à l'écart du centre, loin de la population, dans une zone désertée (sauf des moustiques). Un éloignement qui les arrange en fait, car la troupe n'est autre qu'un groupe d'agents en mission secrète, envoyé à Temperance pour tenter de découvrir ce qui se trame lors de ce Jour de la Citrouille, et si on y sacrifie vraiment quelques humains à cette occasion...
Voici une série assez réjouissante par son originalité : un groupe de personnages pour le moins disparate (un gamin, un gorille, un fakir, deux jumelles, un clown alcolo...) dont on ignore l'origine et les objectifs, est plongé dans une curieuse histoire, dans les Etats-Unis des années 30. Pour son scénario, Darlot semble s'être fait un malin plaisir à mélanger les genres, et on a l'impression de se retrouver au carrefour de deux séries TV : Mission impossible, et La caravane de l'étrange (Carnivale pour les puristes, et pour ceux qui connaîtraient pas ce chef d'oeuvre, rien que le générique vous mettra dans l'ambiance). Evidemment, avec son style graphique typiquement franco-belge, Pilet n'entraîne pas son lecteur vers les pentes de l'angoisse à chaque page, d'autant que l'humour est omniprésent dans cette première mission. D'ailleurs, on verrait parfaitement cette série faire les beaux jours du journal de Spirou... où le dessinateur a débuté. En tous cas, avec une première histoire assez bien foutue, et l'entretien d'un certain mystère autour de la troupe, on a très envie de suivre la route du Barzoon Circus.Barzoon Circus 1 – Le jour de la citrouille
Scénario Jean-Michel Darlot et dessin Johan Pilet
Treize Etrange, 2011 - 48 pages couleur
9,90 €
Et en prime, la bande-annonce de la série en cliquant ici


vendredi 11 février 2011

[Chronique] - Damoclès 3 : Perfect child

Nouvelle mission pour l'agence Damoclès : assurer la sécurité d'une réception organisée par la société « Perfect child », spécialisée dans la procréation médicalement assistée. Une activité qui ne lui attire pas que des louanges, à tel point qu'Ava Troy, sa présidente, a reçu de sérieuses menaces de mort pour ce que certains considèrent comme des pratiques contre-nature. Et contre monnaie sonnante et trébuchante, surtout. Elly Braxton, une des rares membres féminines de l'agence, va se retrouver affectée à la protection rapprochée de la patronne. Et elle va vite trouver celle-ci insupportable. Un attentat contre Perfect child changera-t-il quelque chose ?
Ce nouvel épisode reprend les ingrédients qui faisaient l'originalité des deux premiers : une agence de sécurité chargée de protéger une élite fortunée, des clients peu concernés par les malheurs du monde, y contribuant même pour certains... Ce sont cette fois des pratiques qui frôlent l'eugénisme qui sont mises en cause : les futures mères porteuses sont choisies en fonction de leur QI hors-norme, leur milieu aisé et leur plastique de magazine. Ce thème de la maternité permet aussi à Callède et Henriet de poursuivre l'exploration de la vie intime de leur héroïne, personnage central de la série, un peu déboussolée dans cet album. Henriet, avec son style élégant et précis, réussit à marier les deux facettes omniprésentes de Damoclès - action et introspection - et à en faire une série "policière" un peu plus subtile et profonde que d'autres. Et les deux auteurs ont créé un personnage féminin des plus attachants qui soient... malgré le métier peu glorieux qu'elle exerce.
Damoclès 3 – Perfect child
Scénario Joël Callède et dessins Alain Henriet
Dupuis, 2011 - 48 p. couleur - 11,95 €

mardi 8 février 2011

[Chronique] - Retour de manivelle pour Silien Melville

L'ex-légionnaire Hervé Bodo, devenu enquêteur privé, a dévoilé au grand jour les pratiques peu orthodoxes du ministre des finances, candidat à l'ELysée, accusé de toucher des pots-de-vin. Tout ce que gagnera le détective dans l'affaire, c'est du plomb dans le ventre et la mort dans un terrain vague. Mais avant de passer l'arme à gauche,il a pu transmettre des documents compromettants à Silien Melville, un ancien pote de la Légion. Et comme Bodo a bien fait les choses, il a même laissé à Silien l'adresse d'une maison en Normandie, où le fugitif pourra trouver refuge. Mais là, un autre choc pour Silien : voici qu'il se retrouve dans la demeure de son ex-petit amie, Christine, qu'il avait cherché en vain pendant des mois, après sa disparition... Tout s'embrouille dans la tête du pauvre Melville, qui voudrait bien comprendre....

Et bien, voici une histoire qui prend une certaine ampleur, et bifurque vers d'autres horizons avec l'arrivée de l'ex, qui vient bouleverser un scénario plutôt axé sur une histoire politico-médiatique. Cela coïncide avec la présence au scénario, pour ce deuxième tome, de Christian Mantey aux côtés de Djian, créateur de la série. L'ambiance n'en reste pas moins assez « intimiste », en grande partie en raison du caractère réservé du « héros », et de sa tendance à l'introspection. C'est aussi dû au trait extrêmement réaliste de Ternon – les visages de ses personnages sont assez saisissants – qui en profite aussi pour glisser dans ce tome un Eddy Mitchell en homme de main, après avoir fait apparaître un Coluche tout droit sorti de Tchao Pantin dans le précédent volume. Silien Melville continue de suprendre, et demeure un thriller un peu à part. Tant mieux.
Silien Melville 2 – Retour de manivelle
Scénario Jean-Blaise Djian et Christian Mantey ;
dessin Cyrille Ternon
Vents d'Ouest, 2011. - 48 pages couleurs
Collection Turbulence - 9,95 €