Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

mercredi 21 avril 2010

Incognito - Projet Overkill (2010)

Zack est employé de bureau et mène une vie anonyme, employé transparent aux yeux de ses collègues, y compris de ceux d'Amanda la fille sexy de la comptabilité. Mais Zack vit caché : il doit rencontrer régulièrement son agent de liaison, qui veille à ce qu'il ne replonge pas dans ses errements passés. Car Zack Andersen fut dans une vie antérieure Zack Overkill, responsable avec son frère jumeau Xander de plus de deux cents actes de terrorisme intérieur... Membre d'une organisation criminelle emmenée par un homme quasi-immortel, Black Death, et regroupant des hommes et des femmes aux pouvoirs paranormaux, Zack a jeté l'éponge à la mort de son jumeau... et joué par la même occasion les indicateurs pour l'ennemi principal de Black Death, le Service des Opérations Spéciales. En échange, il a obtenu immunité et service de protection des témoins, mais il se demande combien de temps il tiendra ainsi, dans cette position du minable, lui qui fut un homme redouté et médiatisé. Et voilà qu'un de ses collègues découvre son passé et ne trouve rien de mieux que d'exercer un chantage d'un genre un peu particulier...

Ce n'est pas la première fois que les auteurs de comics tentent une autre approche du genre « super héros », via des histoires d'humains dotés de pouvoirs anormaux et puissants, et qui n'en font pas un étalage outrancier. Ce renouveau a démarré à la fin des années 80 avec des auteurs comme Franck Miller et Alan Moore, ce dernier faisant prendre un tournant décisif au genre avec Dave Gibbons et les « Watchmen ». Brubaker et Philipps, les orfèvres de la série « Criminal», apportent leur pierre à l'édifice, en inscrivant leur histoire dans leur registre de prédilection, celui du « crime comics ». Ou plutôt, en croisant les genres de manière habile... et en commençant en quelque sorte par la fin de ce que pourrait être une de leurs intrigues criminelles habituelles : le personnage principal n'est plus dangereux, puisqu'il vit une vie des plus ordinaires, et donc, l'arrestation du coupable, ou la lutte contre ses méfaits n'est plus ce qui donne la tension à l'histoire. Comment capter l'attention du lecteur en ce cas ? C'est là que Brubaker injecte l'ingrédient « super vilains » à son histoire : Zack peut à tout moment revenir à sa vie de mort et de destruction, que va-t-il choisir ? Là où Brubaker est fort c'est bien dans sa manière de traiter la fascination pour la violence : il entoure son personnage principal, de seconds couteaux qui sont eux-mêmes encore plus drogués par le pouvoir que peut procurer une anomalie génétique. Cette question quasi-existentielle traverse l'album tout entier, qui n'oublie pas d'être une BD où le monde est mis à feu et à sang, et où les coups pleuvent jusque dans les rivières à saumons les plus paisibles. Sean Phillips est égal à lui-même, et si vous l'aviez apprécié dans « Criminal », vous le retrouverez ici au mieux de sa forme, son dessin bénéficiant des couleurs impec de Val Staples, qui officie aussi sur « Criminal ».
« Incognito » sort évidemment de la ligne tracée dans leur série-phare, mais l'esprit du duo est bien là. Et en plus, la couverture est superbe. C'est celle du sixième volume du comics original, Delcourt ayant choisi de reproduire celle de « l'album » US en pages intérieures. Ce qui n'est pas anodin quant à l'annonce du contenu du livre... Voici cette couverture originale :

Mais que vous soyez adepte de la VO ou de la VF , dans les deux cas : lisez !

Incognito – Projet Overkill
Texte d'Ed Brubaker et dessins de Sean Phillips
Delcourt, 2010. - 160 pages couleurs – Collection Contrebande – 14,95 €

dimanche 18 avril 2010

Le Chineur 1 - Tu es poussière (2010)

Gabin Kashenko est brocanteur, et écume la France profonde à la recherche de la pièce rare oubliée dans une grange ou un grenier. Ses pérégrinations le conduisent en Charente, à Dain sur Souzon, où il tente de convaincre les habitants de se séparer de vieilles choses inutiles, à quelques jours de la grande brocante de la région. Technique éprouvée, plus ou moins efficace, mais comme l'homme est plutôt avenant, les portes s'ouvrent sans trop de difficultés. Mais elles donnent parfois sur des objets qui gardent la mémoire d'histoires familiales intimes et souvent secrètes. Le Chineur va vite s'en rendre compte en récupérant un étrange cahier écrit de la main d'un enfant mort quinze auparavant.

Xavier Bétaucourt, nouveau venu parmi les snaristes – et dont l'arrivée est saluée par Alain Dodier en personne dans une courte préface – a choisi le monde la « chine » pour sa première histoire. Il est vrai qu'il y a matière, entre les objets eux-mêmes, qui pourraient être à eux seuls sources d'intrigues les plus originales, et les personnages gravitant autour, acheteurs et vendeurs.
Quiconque a fréquenté la moindre braderie retrouvera en Kashenko le brocanteur pro tel qu'il existe dans la réalité, avec ses petites manies, son vocabulaire, et ses techniques d'approche du poisson à ferrer. Ce chineur-là est d'ailleurs assez sympathique, ce qui n'est pas le cas de tous ses concurrents comme il le dit lui même à propos d'un confrère qui arrive juste après lui au village, dont il réprouve les méthodes qui font du tort à la profession.
Et le mystère dans tout cela ? Déjà présent en filigrane dans les premières prospections de Kashenko, où le comportement de certains autochtones est pour le moins étrange, il s'épaissit avec la découverte du cahier. Mais il ne devient important que dans le dernier quart de l'album, qui s'accélère sur la fin. Bétaucourt a en fait pris le temps d'exposer situation et personnages, ce qui évidemment nous mène tout droit à une histoire en deux volumes. Didier Pagot, qui avait oeuvré entre autres sur le premier et le dernier tomes de la série « Pandora box » chez Dupuis, réussit à trouver les images justes pour cette nouvelle série. A suivre, donc.


Le Chineur, tome 1 – Tu es poussière
Scénario Xavier Bétaucourt et dessin Didier Pagot
Bamboo, 2010. - 48 p. coul. - Collection Grand Angle
12,90 €

vendredi 16 avril 2010

Parker - Le Chasseur (2010)

« Dans les illustrés on dit Syndicat. Pour les escrocs et les gangsters, c'est la famille et vous dites l'organisation. Vous pourriez aussi bien vous appeler la Croix-Rouge, ça m'est bien égal. Il va falloir me rendre l'argent que cela vous plaise ou non. »
Celui qui parle ainsi à un ponte de la mafia new-yorkaise ne doute de rien : il s'est fait doubler sur un casse, piégé par sa propre femme. Comme il est plutôt du genre têtu et dur à cuir, et qu'en plus il a fait de la prison suite à cette affaire qui a mal tourné pour lui, peu lui chaut l'importance de ceux qui doivent lui rendre les 45 000 $, petites frappes ou parrains intouchables. Il s'appelle Parker, et ceux qui se retrouvent en travers de son chemin vont vite apprendre à connaître son nom.
Quant à celles et ceux qui le connaissaient déjà, ils peuvent commencer à numéroter leurs abattis : Parker
est en chasse, et il y a fort à parier qu'il se montre sans pitié...

Parker est, avec Dortmunder, l'un des principaux personnages récurrents du grand romancier américain Donald Westlake. Publiées dès 1962 sous le pseudo de Richard Stark, les 22 romans mettant en scène ce cambrioleur sans prénom, froid et implacable, ont donné lieu à une dizaine d'adaptations cinématographiques, pour lesquelles Westlake n'avait jamais autorisé l'utilisation du nom de son personnage. Parker est ainsi devenu Macklin, MacClain, Stone, Porter... ou Walker, comme dans « Pointblank » de John Boorman, adaptation (en 1967) de « The Hunter », premier titre de la série, que les lecteurs français ont découvert en 1963 à la Série Noire sous le titre... « Comme une fleur » (ah, ces titres...).
C'est pour cette même première aventure que le dessinateur Darwyn Cooke a été autorisé à utiliser le véritable nom du héros, pour une superbe version graphique, qui arrive chez Dargaud, avec une traduction de Tonino Benacquista.
Cooke a opté pour une adaptation en « noir/gris et blanc » du meilleur effet, avec un jeu permanent sur la mise en lumière de ses cases, et un trait parfois épuré donnant à cet album, de temps à temps, des allures de story board. Mais il ne faut pas s'y tromper : Cooke montre tout le talent de conteur en images qui est le sien dès l'ouverture de l'album, dans une très longue séquence quasi-muette, où nous suivons le retour de Parker à la vie, et aux affaires. En une vingtaine de pages, grâce à des scènes minutieusement décrites (comme la confection d'un faux permis de conduire) ou racontées par ellipse (la visite aux banques pour les escroquer) le personnage est campé, sa détermination et son caractères posés. Du grand Art !
Par ailleurs, Cooke a pris le parti d'un usage subtil du texte : soit il nous le donne à lire dans les traditionnelles bulles, soit il opte pour de longs passages narratif illustré, avec de temps à autre un dessin pleine page. Et c'est bien ce mode de narration en alternance qui renforce l'impression de lire un vrai « roman graphique ».
C'est toujours un peu la même chose avec les adaptations : soit vous connaissez le roman originel, et là, très souvent, une comparaison s'opère, avec ce qui reste de l'oeuvre littéraire, soit vous découvrez l'histoire et voyez l'ensemble d'un oeil neuf. Dans ce second cas, si en plus du plaisir de lecture de la bande dessinée, vous avez envie d'aller voir à quoi ressemble le roman, c'est que le dessinateur aura réussi à vous ouvrir les portes de l'univers d'un romancier. Pour moi qui n'ai jamais lu un seul Richard Stark – oui j'avoue ! - ce « chasseur » fonctionne exactement comme cela : j'ai désormais furieusement envie d'aller faire un tour du côté des romans. Et aussi des trois autres titres signés Cooke annoncés par IDW, l'éditeur américain. Dargaud annonce la traduction du deuxième.
Après l'adaptation réussie de Lax (« Pierre qui roule » chez Rivages/noir Casterman), cette autre version graphique de Westlake/Stark est un vrai bonheur. Si la vogue actuelle des adaptations vous laisse de marbre, laissez-vous emmener par ce Chasseur. Vous ne le regretterez pas.

Parker : Le Chasseur
Texte et dessins de Darwin Cooke, d'après Richard Stark
Traduction de Tonino Benacquista
Dargaud, 2010
140 pages en bichromie, 19 €

mardi 13 avril 2010

Les Héros du peuple sont immortels : 5 intégrales polar chez Dupuis

Les vénérables éditions Dupuis font reparaître depuis février les fleurons de leur catalogue, en particulier des séries devenues, selon elles, des classiques du polar. Ces intégrales, sous étiquette « concentré d'aventures » et au petit format – 17 x 24 cm - reprennent 3 à 5 tomes selon les séries.
La fréquentation de ce blog vous l'aura certainement confirmé : le polar en cases, est, à l'instar du roman, un arbre aux multiples branches et ces séries intégralisées en illustrent assez bien les différents rameaux. Voyons cela de près.

Sillonnant dès 1982 les pages de Spirou à bord de son solex, JKJ Bloche, est le détective dans toute sa splendeur, chapeau mou et imper mastic en accessoires naturels. Les trois premières enquêtes marquent l'arrivée d'un jeune homme dynamique et sympathique, parfois naïf, toujours invenitf et courageux. Elles sont aussi l'occasion de présenter progressivement l'environnement de ce détective parisien, et les personnages périphériques qui l'accompagneront au cours d'une carrière qui dure encore. Ce volume est complété d'une courte histoire inédite « L'anniversaire », 4 planches parues dans le Spirou n°2516 du 1er juillet 1986. Une sucrerie tout à fait blochienne.
Un site entièrement consacré à ce personnage vaut un petit détour.


Le Ronin Kogaratsu erre lui sur les routes de l'Empire japonais du 17ème siècle et est arrivé dans Spirou en 1983. C'est à la fois une BD d'action et d'histoire qui se déroule sous nos yeux, nourrie de rencontres plus ou moins heureuses, de complots à déjouer, de défi à relever... avec le sens de l'honneur en fil rouge et en ligne de vie et de conduite pour ce personnage étonnant. Ce premier volume regroupe les tomes 1 à 4 de la série (il y a un numéro « 0 », paru entre le 3 et le 4) et contient un portfolio qui rend grâce au très grand talent de Michetz sur cette série atypique.


Atypique, Jessica Blandy l'est aussi. Pour cette série apparue en 1987 chez Novédi, l'éminent Jacques Baudou n'hésite pas à parler dans la préface à ce volume d'une « révolution Jessica Blandy », car les trois premiers albums de la série, réunis ici, détonnent fortement dans la bande dessinée policière de l'époque. Non pas tellement à cause de son érotisme […], mais surtout par la violence et la noirceur des intrigues ».
C'est donc bien de la branche noire et poisseuse de l'arbre polar dont il est question avec cette série, une des premières à plonger ses lecteurs au coeur d'un rêve américain tournant au cauchemar. Un personnage marquant du genre, le premier du duo Dufaux / Renaud, est né à la fin de ces années 80, et là, le rôle de l'édition en intégrale relève aussi de la démarche patrimoniale. Ce choix éditorial est on ne peut plus justifié.

On peut s'étonner de retrouver, dans cette première salve d'intégrale, Le Choucas de Lax, dont j'ai déjà pu vous chanter les louanges (au cas où vous n'auriez pas lu ma chronique débordante d'enthousiasme, c'est ici). N'y-a-t-il pas eu, justement, une première intégrale il y a peu ? Certes, elle était en noir et blanc, mais quand même... Mais, à bien y réfléchir, ce retour sur le devant de la scène du Choucas est tout à fait justifié lui aussi. : voici l''un des personnages les plus originaux de la famille des détectives – et l'un des plus drôles. Et il me semble qu'il demeure assez peu connu du public. Ce premier tome, agrémenté lui d'une interview de Lax, est l'occasion d'une séance de rattrapage. Une visite du côté des deux sites entièrement dédié à cette série et à son épigone « Les tribulations du Choucas », s'impose aussi, d'autant que ces sites reflètent bien l'esprit qui règne sur Le Choucas.

Et pour finir, voici un... western, Ethan Ringler. Quand je vous disais que les branches de l'arbre, etc... L'intégrale permet ici de lire, eh bien, l'intégralité de la série, puisque sont présents dans ce volume les cinq tomes retraçant l'histoire de Tecumska, alias Ethan Ringler, agent fédéral débarquant dans un New York d'après Guerre de Sécession, à la fois sur la piste du Mal... et sur celle de ses origines indiennes. Il semblerait – à la lecture de la préface de Filippi dans le tome 5 paru en 2009- que cette série s'arrête après ce qui pourrait être un premier cycle. C'est dommage, car la lecture en continu de cette aventure d'un homme tiraillé entre deux destins, dessinée par un Mezzomo parfaitement maître de son trait, est plus qu'intéressante et le scénario imaginé par Filippi, riche et complexe, se démarque de nombre de western. N'hésitez donc pas à donner une seconde chance à Ethan Ringler...

Jerôme K. Jérôme Bloche (1-3)
contient : L'Ombre qui tue – Les Etres de papier – A la vie, à la mort !
Scénario de Le Tendre et Makyo, dessin de Dodier
160 p. couleurs – 18 €

Kogaratsu (1-4)
contient : Le Mon au Lotus de sang - Le Trésor des Etas
- Le Printemps écartelé - Le Dos du tigre

Scénario de Bosse et dessin de Michetz
200 p. couleurs - 22 €

Jessica Blandy (1-3)
contient : Souviens toi d'Enola Gay – La Maison du Dr Zack – Le Diable à l'aube
Scénario Renaud et dessin Dufaux
160 p. couleurs – 18 €

Le Choucas (1-3)
contient : Le Choucas rapplique – Le Choucas s'inscruste – Le Choucas enfonce le clou
Scénario et dessin Lax
160 p. couleurs – 18 €

Ethan Ringler
Contient : Tecumska – Les Hommes-Brumes – Quand viennent les ombres – L'Homme qui est mort deux fois – Terres d'origine
Scénario Filippi et dessin Mezzomo
264 p. couleurs – 27 €

dimanche 11 avril 2010

Ken Games 1 et 2 (2009)

Pierre vivote de la boxe, tout en faisant croire à son meilleur ami, Thierry, qu'il poursuit des recherches en mathématiques. Thierry ne remarque rien, trop occupé à dissimuler son activité de joueur de poker derrière un supposé métier de banquier... une passion pour le jeu dont même sa fiancée Anne ignore tout. C'est vrai qu'il ne s'agirait pas d'effrayer cette institutrice douce et idéaliste... qui dissimule à tout le monde son véritable métier de serveuse dans un bar de seconde zone. Tout le monde se ment, pour se protéger, mais ces petits jeux peuvent vite entraîner vers des rues sombres et peu sûres...

Le premier volume de cette étonnante trilogie pose bien le trio de personnages et est axé sur celui de Pierre le boxeur, Marcial Toledano restituant d'ailleurs parfaitement l'ambiance des rings et de ses combats. Le deuxième tome fait la part belle à Thierry le joueur, parti disputer l'european Poker Tour : son tournoi sert de fil rouge à l'album, et pendant qu'il flambe sur les tapis, les deux autres membres du trio se rapprochent, et les événements s'accélèrent autour d'eux. Le jeu est au coeur de cette série au scénario habile de Jose Robledo, qui installe une vraie complexité des relations au sein d'un trio déroutant. Riche en trouvailles graphiques, comme ces évocations de scènes du passées superposées à celles du présent au sein d'une même case, ou encore l'apparition de données chiffrées statistiques sur la peau des boxeurs durant leurs combats, et mené sur un rythme soutenu, « Ken Games » est la révélation d'un autre duo d'Espagnols, après celle de Raule et Roger dans « Jazz Maynard ». Il ne reste qu'à attendre la conclusion de cette trilogie dans « Ciseaux », qui mettra en avant le personnage d'Anne.... alias « Ciseaux ». Pierre. Feuille. Ciseaux. Qui va sortir vainqueur de ces petits jeux entre amis ?


Ken games
Tome 1 – Pierre
Tome 2 – Feuille
Scénario Jose Robledo, dessins Marcial Toledano.
Dargaud, 2009. - 48 p. coul. - 13,50 € chaque

lundi 5 avril 2010

Grandville (2010)

Raymond Leigh-Loutre est retrouvé chez lui, baignant dans son sang, la tête explosée, et l'arme encore à la main. L'inspecteur LeBrock a vite fait de prouver que ce suicide n'en est pas un, mais qu'il s'agit d'une mise en scène. En fin limier, LeBrock est même capable d'affirmer que les tueurs ont fait le coup vers minuit, qu'ils sont français et qu'il s'agit d'un sanglier, d'un renard et d'un lézard. A son adjoint, Ratzi, qui s'étonne de la certitude de l'inspecteur sur l'origine française des meurtriers, le détective déclare que seuls des assassins d'élite des services secrets de l'Empire de France ont pu faire le coup. Car la victime – un homme aux fonctions diplomatiques - s'apprêtait à rencontrer en urgence le Premier Ministre et le Ministre de la Défense à Downing Street Lebrock y voit là le motif tout trouvé de ce meurtre pas tout à fait anodin.
Restent à connaître les raisons réelles de l' élimination de ce citoyen de la République Socialiste de Grande-Bretagne... LeBrock compte bien les découvrir à Paris, devenue Grandville...

Formidable ! Voici un album stimulant et intelligent, un vrai régal pour l'oeil et l'esprit ! Vous l'aurez compris à la lecture du petit texte ci-dessus, destiné à vous mettre l'eau à la bouche, cette aventure de « l'Inspecteur LeBrock, de Scotland Yard », est à la croisée de plusieurs genres. Pour tenter une définition, je la qualifierai d'enquête policière uchronique anthropomorphique. Ne fuyez pas tout de suite ! Je m'explique.
Enquête policière : Bryan Talbot nous invite à suivre son détective – et son assistant - dans sa recherche de la vérité, et il le fait en respectant les codes du genre, en commençant par les plus classiques, tels que l'observation de la scène du crime permettant d'étonnantes déductions. Il poursuit par l'interrogation de témoins, suspects et autres victimes de l'affaire. Du solide pour la progression de la narration.
Uchronique : c'est là que les affaires prennent une autre ampleur... Le cadre de « Grandville » est celui d'une Europe où Napoléon a vaincu les anglais et où la famille royale a été guillotinée. Et où l'Angleterre est devenu un pays insignifiant relié à l'Empire de France par un pont. Ce postulat ouvre sur des portes imaginaires jubilatoires, où ce que nous savons de l'Angleterre et la France de maintenant est secoué dans un mixer historico-politique réjouissant.
Anthropomorphique : pour pimenter le tout, Talbot opte pour une représentation animale de tous les protagonistes de son histoire, avec, à l'instar du Blacksad de Guarnido et Canales, ou du Canardo de Sokal, une réelle adéquation entre les animaux choisis et leurs personnalités. Mais alors que Blacksad est fascinant essentiellement par son aspect graphique, « Grandville » l'est lui par l'univers qu'il donne à explorer, un univers que Talbot lui-même avoue avoir pris un grand plaisir à créer. Il l'explique dans une longue postface, réalisée pour cette version française, où il dévoile aussi les clins d'oeil et références qu'il a distillés tout au long de cet album. Le lecteur de BD averti en aura lui-même déniché quelques-uns, mais impossible de tout repérer, en particulier tout ce qui est issu de la culture populaire britannique. Hommage direct au caricaturiste français JJ Grandville, et à Albert Robida, illustrateur français de science-fiction, cette aventure de LeBrock appartient aussi sans conteste à la famille steampunk, branche de la SF née dans les années 80. Bryan Talbot a du reste inventé des motifs « steampunk-art nouveau » pour ce comics... Talbot est un créateur absolument unique, à l'aise dans tous les genres, et une visite sur son site s'impose à vous si vous ne connaissez pas cet artiste.

Grandville est sous titré « un récit fantastique ». Il l'est vraiment. Dans tous les sens du terme.

Grandville
Texte et dessins Bryan Talbot
Milady, 2010
124 pages couleur - 15,90 €


dimanche 4 avril 2010

Mars 2010 : 19 nouveautés et rééditions


Chaque début de mois vous trouverez la liste la plus exhaustive possible des sorties polar, tous genres confondus, (R)ééditions comprises. En attendant de retrouver mes chroniques pour certains de ces titres, vous pouvez toujours aller faire un tour sur les sites des éditeurs pour plus de détails sur ces albums. En bas de liste, un clic sur "sorties du mois" permettra de retrouver l'ensemble des messages sur les sorties mensuelles.

Rendez vous début mai pour les sorties d'avril !

AKILEOS
Clues 2 : Dans l'ombre de l'ennemi - (Mara) - 14 €

BAMBOO
Sienna 2 - (Chetville, Desberg et Fillmore) - 10,40 €

LA BOITE A BULLES
Braquage et bras cassés - (Van Linthout et Fisher) - 17 €

CASTERMAN
Dolor – (Catel et Paringaux) – 17 €
Happy slapping - (Peyraud et Villard) - 17 €

DARGAUD
Naja 4 - (Bengal et Morvan et Savoia) – 13,50 €
Narvalo 2 - Mysteriosa Banks - (Juszezak et Yann) - 10,95 €
Chambre obscure - (Bonin) - 13,50 €
Parker 1 : Le chasseur - (Cooke et Stark) - 19 €
Paulette Comète, justicière à plein temps - (Rossi et Sapin) - 10,95 €

DELCOURT
Vents contraires 1 : Moisson rouge - (Hautière et Ullcer) - 14,95 €
Black kiss (Chaykin) - 14,95 €
Le Casse 2 : Le troisième jour - (Guérineau et Meunier) - 14,95 €



DUPUIS

(R) - Largo Winch, dyptique 3 - (Francq et Van Hamme) - 23 €

EP
(R) - Amérikkka, vol 1. - (Otero et Martin) - 29,90 €
3 instincts (Parra) - 14,95 €

LOMBARD
Alpha première armes 1 : Baptêmes du feu - (Herzet et Loutte) - 10,95 €

QUADRANTS
Aspic, détectives de l'étrange 1 : La Naine aux ectoplasmes (Gloris et Lamontagne) - 14,30 €

SARBACANE
Travelling Square District - (Shaw) - 23 €