Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

mardi 22 mars 2011

[Chronique délocalisée] - Delcourt donne le Frisson

Sur les hauteurs d'une falaise irlandaise, en 1967. Un jeune couple roucoule, et fait même beaucoup plus que roucouler, puisque Arlana, jolie blonde assez bien foutue, se retrouve très vite les seins à l'air et la jupe retroussée. Mais au moment suprême, le petit ami entreprenant se trouve pris d'un malaise foudroyant et tombe raide quasi- mort. Affolée, la jeune femme retourne au domicile familial, et raconte la scène à son père, un être un peu bizarre, qui lui explique qu'il ne faut surtout pas appeler le docteur, mais veiller à ce que le sacrifice soit effectué selon la tradition. Et il extirpe d'une longue boite demeurée depuis longtemps cachée, une lance rituelle, le tribhas...

La suite de cette chronique, retrouvez-là sur k-libre.fr l'excellent site du stakhanoviste Julien Védrenne, en cliquant sur ce beau lien.

Sachez tout de même que cet album inaugure la nouvelle collection "Dark Night" (cherchez le jeu de mots) de Delcourt, derrière laquelle se cache les "Vertigo Crimes" de DC Comics.

Et pour celles et ceux qui veulent m'entendre raconter exactement le même chose, mais que la lecture fatigue, direction l'excellente émission Ondes Noires, des activistes Corinne et Jack de la Noirôde. C'est là, sur cet autre magnifique lien. C'était une première, en direct, le mercredi 2 mars.


Le Frisson (The Chill)
Scénario Jason Starr et dessin Mick Bertilorenzi
Traduction Timothée Corteggiani
Delcourt, 2011 – 192 p. noir et blanc - Collection Dark night – 14,95 €

mercredi 16 mars 2011

[Rencontre] - Le Floc'h et Lepage partent à l'aventure

Allez, je délaisse un peu les ruelles sombres, les meurtres, les espions, les tueurs à gages, les comics, mes chouchous de Marcinelle, et toutes ces sortes de choses pour vous annoncer que je vous invite à l'aventure et à la rencontre de Bruno Le Floc'h et Emmanuel Lepage, au cours de la deuxième édition du festival du livre « Les Escales de Binic ».

Bruno nous parlera du premier tome d'un nouveau cycle, à paraître chez Dargaud début avril, « Chroniques Outremers », actuellement en prépublication dans le quotidien « Le Télégramme ».

Pour vous donner un petit avant goût, une interview de l'auteur sur le site du journal.

Emmanuel nous présentera quant à lui son magnifique « Voyage aux îles de la Désolation », paru chez Futuropolis le 10 mars.
Et pour vous mettre dans l'ambiance, le « teaser » de son album, en version courte ou en version longue



Rendez-vous dimanche matin (eh oui), à 11 h, au bar... « L'Escale », au 15, quai Jean Bart.

vendredi 11 mars 2011

[Chronique] - Doppelgänger, Le Double maléfique de Bec et Corbeyran

La mère de Germain Maltret vient de mourir. Une mère distante dont il se sentait à peine le fils. Elle lui laisse en héritage un manoir délabré, au pied d'un volcan, dans la région albigeoise. Peu disposé à s'attarder dans des contrées qui lui sont étrangères, Germain est malgré tout retenu par d'étranges événements, dont le comportement erratique d'un jeune femme Nelly, n'est pas le plus bizarre. Non, le plus perturbant, c'est cet homme entrevu une première fois au cimetière, à l'enterrement de sa mère, puis sous les fenêtres de la pension où il est de passage, puis tout près de Nelly. Un homme qui lui ressemble comme un jumeau...
Corbeyran retrouve Bec vingt ans après Dragan, pour ce qui se présente, dans ce premier volume comme un thriller assez angoissant. Le thème du double maléfique – le fameux Doppelgänger de l'imaginaire allemand – est ici repris par le scénariste pour une histoire menée impla et impec – cablement : de l'arrivée de Germain à l'explosion volcanique, tout s'enchaîne inéluctablement. Christophe Bec instille une atmosphère lourde, chargée de tension, où les visages des protagonistes, le plus souvent en plans rapprochés ou en gros plans, forment une sarabande entêtante autour du héros. Le thriller – y compris en BD – est mis à toutes les sauces, et le terme fantastique y est souvent accolé. On serait tenté de le faire pour Doppelgänger. Mais on aurait tort. Doppelgänger n'est pas un thriller fantastique. C'est un fantastique thriller. En tous cas, le premier tome de ce diptyque en donne tous les signes.

Et pour voir les premières images du tome 2, un petit tour du côté du blog du dessinateur : "Bec Processus"


Doppelganger, le double maléfique
, tome 1 : Intersignes
Scénario Eric Corbeyran et dessin Christophe Bec
Soleil, 2011 - 56 pages couleurs – Collection Quadrants / Boussole
13,50 €

samedi 5 mars 2011

[Chronique] - Jeremiah et Kurdy, trentième !

Jeremiah et Kurdy s'installent pour la nuit en pleine nature, en lisière de la ville. Ils ont écumé la zone où ils viennent de se poser, à la recherche d'une pierre plate sous laquelle serait caché un papier synonyme de fortune... mais ne l'ont toujours pas trouvé. Il faut dire que Kurdy a hérité du tuyau de la bouche d'un certain Billy, mal en point sur son lit d'hôpital, et que Jérémiah demeure sceptique sur la crédibilité du bon plan. Car sur le papier tant convoité sont censées figurer les indications conduisant tout droit à un paquet de diamants planqués dans la partie inondée de la ville. Les deux amis vont finalement mettre la main sur le précieux document, et commencer à déchiffrer les explications codées qui mènent à la fortune. Mais leur progression est suivie de près par un trio qui les attend pour récupérer les diamants...
Pour cette 30ème aventure de Jérémiah et de son pote Kurdy Malloy dans des Etats-Unis post-apocalyptiques, les voici cette fois confrontés à un curieux peuple lézardiforme et à des ennemis plus normaux, mais nettement plus cupides. Cette chasse au trésor se déroule pratiquement dans un seul endroit, l'immeuble et ses abords menaçant ruine, où sont planqués les diamants. Cela donne à Hermann de dessiner des décors où règnent la ruine et l'inquiétude, véritables et primitives marques de fabrique de la série. Avec, comme d'habitude, les traditionnelles bastons pour la survie des deux héros, qui ont cette fois en plus le plaisir de se coltiner des crocodiles en hors d'oeuvre... Peut-être moins fort côté relations humaines, que les deux derniers opus, ce « Fifty-fifty » n'en demeure pas moins un épisode impeccablement mené, recentré sur les deux personnages phares, et où les dialogues du duo font toujours autant mouche. Jérémiah est à ce jour la plus longue série d'Hermann, et à mon avis, sa meilleure, de celles qui donnent envie de rouvrir les précédents albums une fois le dernier terminé.
Jérémiah, tome 30 – Fifty-fifty
Scénario et dessin Hermann
Dupuis, 2011 - 48 pages couleur - 11,95 €

mercredi 2 mars 2011

[Festival] - Tous à Bon' Encontre !

S'il est un festival de polar qui met à l'honneur les auteurs de bandes dessinées, c'est bien Polar Encontre, à Bon Encontre, dans le Lot-et-Garonne...
Pour sa sixième édition, le 12 et 13 mars prochain, le salon a invité une sacrée bande dont une partie concoure au prix Polar'Encontre 2011, remporté par Cabanes l'an passé pour son adaptation de la « Princesse du sang » de Manchette.

Les sept dessinateurs en compétitions sont Olivier BERLION pour le tome 1 de « La comedia des ratés », Philippe BERTHET pour les tomes 1 et 2 de "Nico", Alexis CHABERT pour le one-shot "Taxi Molloy", JEF pour les tomes 1 et 2 de "Une balle dans la tête", MAKO pour le one-shot "Dernière sortie avant l'autoroute », Ralph MEYER pour le one-shot "Page noire", Guy MICHEL pour le tome 1 de "Seznec" et Nicolas OTERO pour le tome 7 de "Amerikkka "

Le choix des jurés va pas être simple, moi je vous le dis !

Sinon, vous pourrez aussi croiser à Bon Encontre Eric CORBEYRAN, parrain de cette 6ème édition, Max CABANES, qui a réalisé l'affiche cette année, ESPE, Joe G. PINELLI et Jean-Louis THOUARD... sans oublier les douze auteurs et auteures du Noir, dont vous trouverez ici la liste, ainsi que le programme des réjouissances.

vendredi 25 février 2011

[Chronique] - Les Morsures du passé ou quand le Janitor remonte le temps...

A Rio de Janeiro, un couple de retraités passe une journée tranquille dans un établissement où leur fortune permet visiblement de bons traitements. Ils vivent pourtant leurs derniers instants, et vont être sauvagement assassinés, par un couple curieusement assorti : une jeune fille au look punkoïde et un septuagénaire sec comme un coup de trique. Dans une autre vie, le couple de paisibles vieillards a servi un certain docteur Mengele, et leur passé les a rattrapés, et les chasseurs de nazis aussi... Pendant ce temps, au Vatican, on s'interroge sur la présence du cardinal Di Origio sur le yacht du Nouveau Temple, une société secrète qui inquiète le Saint-Siège. Vince, alias Trias, le Janitor, est envoyé aux basques du cardinal, ce qui lui permettra peut-être de résoudre un autre mystère : la réapparition soudaine de son frère, supposé mort, sur ce même yacht du Nouveau Temple...On avait laissé le Janitor en pleine surprise lors du tome 3 (Les Revenants de Porto Cervo), avec ce face à face avec son frère, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce tome 4 apporte des éclaircissements sur le passé de notre James Bond papal. Son histoire personnelle va entrer de plein fouet avec celles des traqueurs de nazis, et du coup, la série prend tout de suite une autre dimension. Il faut certainement y voir la patte de Boucq, qui confie, dans le dossier de presse : « Je suis fasciné par l'incidence que peut avoir la Seconde Guerre mondiale sur notre monde actuel. C'est un thème totalement intégré à la série, même si, jusqu'à ce quatrième tome, il n'était pas encore très visible ».
En effet. Le Janitor donnait plus l'impression d'une série d'espionnage très originale, avec ces improbables et ultra-modernes services secrets du Vatican, et ce personnage secret de Trias. Cela reste vrai, mais les scénaristes ont donné comme un coup de fouet, au niveau de l'action, à une oeuvre déjà captivante, l'enrichissant d'une couleur supplémentaire. Bon, d'accord, le coup du frère jumeau, on nous l'a déjà fait. Mais rarement pour un affrontement, encore à venir, aussi « dramatique ». L'affrontement aura-t-il lieu, d'ailleurs ? Et quelle est la réelle puissance de la société secrète du Nouveau Monde ? Sente et Boucq nous donneront les réponses dans le prochain volume, qui clôturera le cycle. En attendant, replongez-vous dans une lecture des quatre tomes, ils ont tous une saveur particulière, et font du Janitor une série particulièrement goûteuse.
Le Janitor, tome 4 : Les Morsures du passé
Scénario Yves Sente François Boucq. Dessin François Boucq
Dargaud, 2011 - 56 p. coul. - 13,50 €

Ma chronique du tome 1 c'est ici, celle du tome 2, et celle du tome 3 ici-là. Eh oui, j'aime bien...

mardi 22 février 2011

[Chronique] - Attentat à Dallas en 1963 ? Non, en 1973... Mais qui a tué le président ?

French, Américain né d'un père Alsacien, est un bon patriote. La preuve : il sert les Marines, prêt à défendre les valeurs de l'Union jusque dans les jungles les plus hostiles du Vietnam. Bon, d'accord, il fait tout de même partie d'une unité de combattants un peu spéciale... La Brigade de l'enfer, composée uniquement de hell's angels, et créée en 1965, avec la bénédiction du président des Etats-Unis en personne. Mais French est une vraie tête brûlée, et il ne se contrôle pas toujours : après avoir abattu un officier de l'US army, le pays le rapatrie et lui annonce sa récompense pour ses bons et loyaux services. 147 ans de bagne. Aussi, quand il sort par miracle au bout de trois ans, faut-il s'étonner de le voir sur le point d'éliminer ce président qui est la cause de tous ses malheurs ?
Le principe de la série Jour J, qui en est ici à son cinquième volume, est celui de l'uchronie, avec comme accroche ce petit jeu qui consiste à apostropher le lecteur sur le mode du « Et que ce serait-il passé si... » et à l'embarquer dans une autre Histoire, détournée de sa voie connue de tous. Sauf que, dans ce tome, curieusement, le sous-titre «L'Amérique sous le choc après l'assassinat de Dallas » n'est pas le point de départ de l'album... mais plutôt sa conclusion, son point final. Vous l'aurez compris, il s'agit là de l'attentat de Dallas sur Kennedy transposé 10 ans plus tard. Mais il serait très malvenu de dévoiler le nom du Président dans la ligne de mire, car le scénario imaginé par le trio repose en grande partie sur l'identité du chef de l'état américain de 1973... et dévoilée seulement dans le dernier tiers de l'album. Auparavant, on suit l'histoire du tireur, un homme un peu déboussolé, violent, un pion qui se rebelle... mais un pion tout de même. Le dessin de Colin Wilson est impec, et il campe les figures politiques du pays avec brio. Ses scènes de guerre sont également des modèles de précision et de réalisme. Si vous avez lu d'autres tomes de la série, et que comme moi, ils vous ont un peu déçu, essayez celui-ci, il est assez chouette. Mais faites attention qu'on ne vous en dise pas trop avant de l'attaquer...Jour J n°5 – Qui a tué le Président ?
Scénario Fred Duval et Jean-Pierre Pécau, assistés de Fred Blanchard - Dessin Colin Wilson
Delcourt, 2011 – 56 p. coul. - Collection Série B – 13,95 €

lundi 14 février 2011

[Saint Valentin] - Allez les filles !

Ah ben je ne pouvais pas laisser passer la Saint Valentin, et je voulais absolument vous faire ce petit cadeau, une belle image tirée tout droit de ma discothèque :


A écouter avec votre chéri(e), une roucoulade reposante après une dure journée de boulot, garantie d'époque : ça, c'est du rock !

Salut les amoureux !



dimanche 13 février 2011

[Chronique] - Le Barzoon circus arrive !

Alabama, 1931. Le cirque Barzoon arrive à Temperance, la capitale de la citrouille, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas le bienvenus. Il faut dire que pour des saltimbanques en quête de représentations, ils n'ont pas de chance : ils débarquent en ville à la veille du Jour de la Citrouille, fête locale célébrée depuis le 18ème siècle, et qui interdit toute autre manifestation en ville. La caravane du Barzoon circus est donc conduite à l'écart du centre, loin de la population, dans une zone désertée (sauf des moustiques). Un éloignement qui les arrange en fait, car la troupe n'est autre qu'un groupe d'agents en mission secrète, envoyé à Temperance pour tenter de découvrir ce qui se trame lors de ce Jour de la Citrouille, et si on y sacrifie vraiment quelques humains à cette occasion...
Voici une série assez réjouissante par son originalité : un groupe de personnages pour le moins disparate (un gamin, un gorille, un fakir, deux jumelles, un clown alcolo...) dont on ignore l'origine et les objectifs, est plongé dans une curieuse histoire, dans les Etats-Unis des années 30. Pour son scénario, Darlot semble s'être fait un malin plaisir à mélanger les genres, et on a l'impression de se retrouver au carrefour de deux séries TV : Mission impossible, et La caravane de l'étrange (Carnivale pour les puristes, et pour ceux qui connaîtraient pas ce chef d'oeuvre, rien que le générique vous mettra dans l'ambiance). Evidemment, avec son style graphique typiquement franco-belge, Pilet n'entraîne pas son lecteur vers les pentes de l'angoisse à chaque page, d'autant que l'humour est omniprésent dans cette première mission. D'ailleurs, on verrait parfaitement cette série faire les beaux jours du journal de Spirou... où le dessinateur a débuté. En tous cas, avec une première histoire assez bien foutue, et l'entretien d'un certain mystère autour de la troupe, on a très envie de suivre la route du Barzoon Circus.Barzoon Circus 1 – Le jour de la citrouille
Scénario Jean-Michel Darlot et dessin Johan Pilet
Treize Etrange, 2011 - 48 pages couleur
9,90 €
Et en prime, la bande-annonce de la série en cliquant ici


vendredi 11 février 2011

[Chronique] - Damoclès 3 : Perfect child

Nouvelle mission pour l'agence Damoclès : assurer la sécurité d'une réception organisée par la société « Perfect child », spécialisée dans la procréation médicalement assistée. Une activité qui ne lui attire pas que des louanges, à tel point qu'Ava Troy, sa présidente, a reçu de sérieuses menaces de mort pour ce que certains considèrent comme des pratiques contre-nature. Et contre monnaie sonnante et trébuchante, surtout. Elly Braxton, une des rares membres féminines de l'agence, va se retrouver affectée à la protection rapprochée de la patronne. Et elle va vite trouver celle-ci insupportable. Un attentat contre Perfect child changera-t-il quelque chose ?
Ce nouvel épisode reprend les ingrédients qui faisaient l'originalité des deux premiers : une agence de sécurité chargée de protéger une élite fortunée, des clients peu concernés par les malheurs du monde, y contribuant même pour certains... Ce sont cette fois des pratiques qui frôlent l'eugénisme qui sont mises en cause : les futures mères porteuses sont choisies en fonction de leur QI hors-norme, leur milieu aisé et leur plastique de magazine. Ce thème de la maternité permet aussi à Callède et Henriet de poursuivre l'exploration de la vie intime de leur héroïne, personnage central de la série, un peu déboussolée dans cet album. Henriet, avec son style élégant et précis, réussit à marier les deux facettes omniprésentes de Damoclès - action et introspection - et à en faire une série "policière" un peu plus subtile et profonde que d'autres. Et les deux auteurs ont créé un personnage féminin des plus attachants qui soient... malgré le métier peu glorieux qu'elle exerce.
Damoclès 3 – Perfect child
Scénario Joël Callède et dessins Alain Henriet
Dupuis, 2011 - 48 p. couleur - 11,95 €

mardi 8 février 2011

[Chronique] - Retour de manivelle pour Silien Melville

L'ex-légionnaire Hervé Bodo, devenu enquêteur privé, a dévoilé au grand jour les pratiques peu orthodoxes du ministre des finances, candidat à l'ELysée, accusé de toucher des pots-de-vin. Tout ce que gagnera le détective dans l'affaire, c'est du plomb dans le ventre et la mort dans un terrain vague. Mais avant de passer l'arme à gauche,il a pu transmettre des documents compromettants à Silien Melville, un ancien pote de la Légion. Et comme Bodo a bien fait les choses, il a même laissé à Silien l'adresse d'une maison en Normandie, où le fugitif pourra trouver refuge. Mais là, un autre choc pour Silien : voici qu'il se retrouve dans la demeure de son ex-petit amie, Christine, qu'il avait cherché en vain pendant des mois, après sa disparition... Tout s'embrouille dans la tête du pauvre Melville, qui voudrait bien comprendre....

Et bien, voici une histoire qui prend une certaine ampleur, et bifurque vers d'autres horizons avec l'arrivée de l'ex, qui vient bouleverser un scénario plutôt axé sur une histoire politico-médiatique. Cela coïncide avec la présence au scénario, pour ce deuxième tome, de Christian Mantey aux côtés de Djian, créateur de la série. L'ambiance n'en reste pas moins assez « intimiste », en grande partie en raison du caractère réservé du « héros », et de sa tendance à l'introspection. C'est aussi dû au trait extrêmement réaliste de Ternon – les visages de ses personnages sont assez saisissants – qui en profite aussi pour glisser dans ce tome un Eddy Mitchell en homme de main, après avoir fait apparaître un Coluche tout droit sorti de Tchao Pantin dans le précédent volume. Silien Melville continue de suprendre, et demeure un thriller un peu à part. Tant mieux.
Silien Melville 2 – Retour de manivelle
Scénario Jean-Blaise Djian et Christian Mantey ;
dessin Cyrille Ternon
Vents d'Ouest, 2011. - 48 pages couleurs
Collection Turbulence - 9,95 €

vendredi 4 février 2011

[Collector Spirou] - 1 cadavre, 79 légistes

Chez vous, je ne sais pas, mais chez nous, on est abonnés au vénérable magazine Spirou, et ça permet de recevoir des cadeaux toute l'année. Celui qui accompagne le numéro 3800, daté du 9 février 2010, est carrément (ou rectanglement, pour être précis) un album à l'italienne qui commence comme ça :Et après ce bal ouvert par Vehlmann et Yoann, c'est Trondheim qui poursuit, puis Tarrin, puis Bercovici... jusqu'à Bodart, pour finir par le duo de départ qui boucle la boucle. C'est, vous l'aurez compris, sur le principe du cadavre exquis, et forcément, ça rebondit toutes les 3 cases...
Cela fonctionne plutôt pas mal, et outre la curiosité de voir comment chacun va rajouter sa couche à une histoire de plus en plus trépidante, le lecteur ne manquera pas de s'amuser à essayer de reconnaître l'auteur de chaque nouveau strip.
Il fallait être abonné du 1er janvier au 31 décembre 2010 pour recevoir cette chouette aventure de Spirou à 158 mains. Bonne chasse ! Un indice, la couverture, c'est ça :

lundi 31 janvier 2011

[Chronique délocalisée] - Fanch Karadec


La BD bretonne n'avait pas encore son enquêteur ? Damned ! Ou gast, devrais-je dire...
Les éditions Vagabondages viennent à la rescousse des pauvres âmes en peine qui désespéraient de voir un jour un Sherlock des menhirs, un Maigret des bagadou, un San Antonio de la galette-saucisse...

Voici donc un petit nouveau, fringuant retraité, un poil cossard quand même, parce que bon, la retraite, c'est la retraite, et qui s'appelle Fanch Karadec. Pour lire ma chronique de la première aventure de ce nouveau venu, allez rendre une petite visite de courtoisie à l'excellent site k-libre, en cliquant sur ce lien qui vous met directement sur la bonne page.

Allez, kenavo !
Et j'en rajouterai pas plus parce que je suis nul en breton.

samedi 29 janvier 2011

[Chronique] Baru : L'enragé qui fait péter les basses

C'est l'histoire de deux Zinedine. L'un sort de prison, et n'a qu'une idée en tête : se venger de ceux qui l'y ont envoyé, et monter un coup pour se refaire. Et qui dit casse, dit un plan et des complices, et l'ex-taulard se tourne vers un dénommé Fabio d'Alloro, un vieux un peu rangé des voitures, mais qui ne demande qu'à replonger une dernière fois, pour la retraite... et la beauté du geste. Comme en plus, il peut constituer son équipe, c'est le moment de faire revenir ses vieux poteaux, Paul et Gaby, pour ce dernier tour de piste. Un braquage de fourgon est programmé...
L'autre Zinedine, c'est le prénom floqué sur le maillot de Slimane, jeune africain surdoué des crampons. Embarqué clandestinement à bord d'un charter, il quitte son pays la tête pleine des rêves d'une carrière à la Drogba, mais l'arrivée est encore plus compliquée que prévue, il se retrouve très vite clandestin et les pelouses qu'il va fouler sont loin d'être celles de l'élite.
Déjà semée d'embûches, la route de Slimane, Zinedine par procuration, va bientôt croiser celle de Zinedine, l
e vrai, le fou, le tueur...

Cette histoire de casse et de vengeance sur fond social, c'est du pur Baru ! Les méchants sont imbuvables, les cons vraiment trop cons, et les voyous de seconde zone attirent la sympathie. On suit les péripéties de l'histoire avec une jubilation grandissante, car on ne craint pas vraiment le drame soudain au coin de la page. Cela tient à la personnalité du trio de braqueurs à l'ancienne : roublards mais droits, on sent en eux le sens d'une certaine « justice », qui exclue les actes de violence gratuite... à l'opposé de leur commanditaire.

Graphiquement, c'est un grand bonheur de retrouver le trait incroyablement dynamique de Baru, ce virtuose des scènes de bastons et d'accidents de bagnoles. Baru n'a aussi rien perdu de ce style, absolument inimitable, qui tord les corps et déforme les faciès des personnages en plein effort. Un joli bandeau « Grand Prix de la Ville d'Angoulême » orne cet album, au cas où le lecteur distrait ait oublié. Moi je vous le dis : Baru est grand. Tout court.


Dans les rééditions qui n'ont pas manqué dans la foulée de ce Grand Prix, ne manquez surtout pas celle, parue chez Dupuis, de l'Enragé, une intégrale regroupant les deux tomes, toujours dans la collection Aire Libre, et qui relate l'ascension et la chute d'un jeune boxeur, depuis sa banlieue jusqu'au tribunal. Un chef d'oeuvre d'humanité.
Et si vous voulez entendre Baru parler de lui et de son oeuvre, écoutez donc ce grand timide se confier à Rebecca Manzoni dans sa toujours chouette et intelligente émission « Eclectique », sur France Inter. C'était le 9 janvier dernier, mais c'est encore dans les archives de la station, alors profitez-en !

Fais péter les basses, Bruno !
Scénario et dessin Baru
Futuropolis, 2010 - 128 p. couleur - 20 €

L'Enragé
Scénario et dessin Baru
Dupuis, 2010 - 136 p. couleur - 24 €

mardi 25 janvier 2011

[Chronique] Héritages ou les sorcières du Bordelais

Nina est jeune, Nina est belle : elle semble bien partie dans la vie, d'autant qu'elle a un petit ami charmant, Nils, attentionné et aimant. Invités tous les deux à une soirée chez Chloé, une amie d'enfance de Nina, ils finissent par quitter les lieux, ayant fini par épuiser leur dose d'ennui. Sur le chemin du retour, la voiture conduite par Nils en percute une autre et le jeune homme est éjecté, grièvement blessé. Nina a un geste étrange : elle ôte ses gants et appose ses mains sur le visage de son amoureux. Elle a en fait un pouvoir de guérisseuse, mais elle ne pourra empêcher le jeune homme de succomber. Encore sous le choc, elle culpabilise, et se réfugie dans la solitude, refusant longtemps le soutien de son amie Chloé. Mais bientôt, Nina comprend que l'accident de voiture n'en n'était pas vraiment un...
Album à la croisée des genres, on ne saurait dire si cet "Héritages" est un polar sur fond fantastique ou l'inverse. En fait, peu importe, car on est vite happé par le récit de Bénédicte Gourdon, qui rappelle parfois l'esprit de la série TV « Carnivale » (pour le côté guérisseur de l'affaire) et qui fait la part belle aux personnages féminins, que ce soit par le duo principal, ou les figures de Marcelline et Marguerite, les grand-mères initiatrices. On est aussi très vite conquis par le dessin de Stéphanie Hans, superbe, qui met en couleur elle-même ses planches et mêle différentes techniques sans s'emmêler les pinceaux. Un tour sur son blog Graine de pluie vous permettra de mesurer l'ampleur de son talent d'illustratrice, qui s'exprime jusque chez... Marvel, pour qui elle a réalisé de somptueuses couvertures ! En attendant, lisez cet "Héritages," qui permet aussi d'errer dans un Bordeaux nimbé d'un certain mystère, même si la ville est hélas un peu trop en filigrane.
Ce one-shot est apparemment le premier titre d'une série de « récits indépendants pour des destinées de femmes... singulières ». Des sorcières, donc, pour cette première.
Additif correctionnel du samedi 12 février : en fait la collection s'appelait "Sorcières", mais elle n'existe déjà plus. Bon. Comme ça, je m'embrouillerai plus.
Héritages
Sénario de Bénédicte Gourdon et dessin et couleurs de Stéphanie Hans
Dupuis, 2010 – 56 p. couleur - 13,50 €