Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

mercredi 30 mai 2012

[Hurrah !] - "Grandville mon amour" premier prix SNCF Polar BD !

Bryan Talbot avec Claire Deslandes, des éditions Milady

 And the winner is... Bryan Talbot ! Yes !

C'est donc de l'autre côté de la Manche que va partir le trophée récompensant le premier prix SNCF polar BD. Rappelons que pour cette arrivée de la BD dans le célèbre Prix Polar SNCF, cinq albums étaient en compétition et que le public a choisi la BD la plus spectaculaire de la sélection, la plus divertissante certainement également, mais peut-être pas celle qu'on attendait. A moins que Grandville mon amour n'ait bénéficié d'un certain « effet Blacksad » ? 
Pour les étourdis, je rappelle que cet album fait partie de la grande famille des BD animalières, mais qu'elle recouvre plus d'un genre, comme j'avais pu vous le dire dans mes précédentes chroniques. C'est une formidable série – ce tome est le deuxième, mais peut se lire indépendamment du premier – dans un univers uchronique et steampunk, au sein duquel Bryan Talbot fait mener à des inspecteurs de choc des enquêtes de facture classique mais au dynamisme explosif. Car si on vante, à raison, la qualité du dessin de Guarnido dans Blacksad, il est peut-être temps de se rendre compte de l'immense  talent de Talbot dans cette catégorie si particulière qu'est la BD anthropomorphique. Ceux qui connaissaient son oeuvre antérieure ne seront pas surpris par ces propos. Mais ceux qui ont découvert cet auteur avec cette série, comme c'est le cas je pense pour une grande majorité des lecteurs-votants de ce prix, le choc visuel, et narratif, a dû être grand ! 

Bryan Talbot était présent hier à Paris et il était très sincèrement ému et heureux de recevoir ce prix. En discutant un peu avec lui, j'ai appris qu'il venait de juste de terminer le troisième Grandville, qui s'appellera « Bête Noire », et sera vraisemblablement traduit pour Milady. Espérons-le, car c'était tout de même un pari pour ce label – qui n'est autre que la branche graphique des éditions Bragelonne – et souhaitons aussi que ce prix soit bénéfique au premier volume, tout aussi bon que ce tome (je l'avais d'ailleurs placé en tête de mes chouchous de l'année 2010). Saluons aussi en passant le traducteur, Philippe Touboul, qui n'est autre que l'un des deux larrons responsables de la librairie Arkham, à Paris, spécialisée dans les comics. (Si vous ne connaissez pas les lascars, je vous conseille leurs présentations vidéo des dernières nouveautés reçues en magasin, du sérieux dans la déconnade. Et allez donc faire un tour, rue Broca, c'est vraiment une chouette boutique. Fin de la  parenthèse promo.)

Enfin, comme c'était un prix de lecteurs, sachez que l'édition 2013 est d'ores et déjà en route, et que, bientôt, vous pourrez vous aussi participer au vote. Je vous en donnerai toutes les modalités dès qu'elles seront connues. En attendant, bienvenue dans l'univers fantasque, déjanté, extraordinaire, drôle, intelligent de Bryan Talbot. Bienvenue à Grandville !

dimanche 27 mai 2012

Cérémonie Prix SNCF du POLAR : demandez le programme !

Je vous l'avais annoncé il y a quelques jours, en voici quelques détails pratiques.
Cela se passera Mardi 29 mai, GARE DE LYON, Hall2, où des animations, toutes gratuites, sont proposées de 10h à 19h :

- Studio Photo Polar
- Découverte des romans, BD et courts métrages des sélections 2012 du PRIX SNCF DU POLAR
- Quizz polar et musicaux avec de nombreux cadeaux à la clé
- Concerts de musique polar
- Inscription au Club PRIX SNCF DU POLAR

Puis la cérémonie elle-même débutera à partir de 19h, dans ce même Hall 2. Les Prix SCNF du Polar seront décernés pour le court-métrage, le roman et bien, sûr, la Bande dessinée.
Alors, pour savoir qui de Aller-retour, La faute aux Chinois, Les Faux visages, Grandville, ou l'Organisation sortira en tête des 2139 bulletins de vote, une seule destination : Paris, Gare de Lyon, mardi 29, 19 h ! Je serai là, et rencontrerai avec plaisir les lecteurs et lectrices de Bédépolar.

vendredi 25 mai 2012

[Chronique] - Aller-retour (Bézian)


Basile Far arrive dans un petit village non loin de Carcassonne pour y mener une enquête. Pour une agence d'assurance. Avec sa silhouette de géant, l'homme pourrait être facilement repéré par l'autochtone.
 Mais « Pourtant, Basile Far a l'élégance de certains personnages massifs, plutôt Hardy que Sergent Garcia  : il sait habiter le décor au point de passer inaperçu. D'ailleurs, c'est un don héréditaire. Dans sa famille, chacun sait disparaître avec un talent consommé. Une véritable prédisposition à l'impermanence ».

  Voilà. Tout le noeud de l'intrigue – mais ici, le terme intrigue est presque inapproprié – tient dans ces quelques lignes de la page 17. Basile est de retour sur des terres qu'il l'ont vue grandir, pour y éclaircir un passé – le sien - empli de zones d'ombres. Tout le reste n'est que prétexte.
Le premier personnage croisé dans son enquête est le photographe, qui lui parle lumière et faux-semblants. Basile va naviguer entre clarté et obscurité, dans un de ces nombreux allers – retours que le titre de l'album, au singulier, ne laisse pas immédiatement présager. 

On fait avec lui un bond dans le temps et nous voici à arpenter à ses côtés des rues où une Dauphine fait figure de voiture moderne, et où De Gaulle discourt à la radio. Où l'on Belmondo n'est pas encore Bébel mais la joue plutôt moderato cantabile, et où il partage l'affiche avec le Gabin de l'Affaire Saint Fiacre. Un Maigret qui n'est pas là par hasard : c'est dans cette affaire que le commissaire revient sur les chemins de son enfance. Tout comme Basile, qui lui, croise régulièrement des gamins au fil des pages. L'enfance, clé de toute cette histoire ? Une piste possible, quasi-certaine, mais...

Le lecteur pourrait perdre pied dans ces méandres, et se retrouver comme le spectateur de cet autre Maigret, « La nuit du Carrefour », où « la pluie et le brouillard, qui ont gagné la bande-son et rendent l'histoire pratiquement incompréhensible ». Mais non. Le lecteur suit les errances de Basile et même s'il se pose la même question que le médecin - autre personnage important de l'album – ce « qu'est-ce que vous cherchez ? », il finit par boucler la boucle, comme Basile. 

Vous l'aurez compris, cet album de Bézian – auteur de l'admirable « Les Garde-fous » - est un périple aux multiples étapes, un voyage mémoriel destiné à dénouer un mystère personnel, et que formellement, l'auteur illustre avec virtuosité. Après trois planches en couleur, suivent soixante-dix pages où Bézian cadre et éclaire tel un chef-opérateur au sommet de son art. Ses planches sont des merveilles, et « Aller-retour » est un album d'une richesse graphique exceptionnelle. Il fait partie de ces livres qui marquent, vers lesquels on revient, certain d'y découvrir une autre interprétation de l'histoire, ou de ressortir avec une différente vision de la précédente lecture. Les livres intriguant. Les livres captivant. Les livres de Bézian !

Aller-retour
Texte et dessin de Frédéric Bézian
Delcourt, 2012 – 80 pages couleur et noir et blanc
16,95 €

samedi 19 mai 2012

[Chronique] - London Running : Plus vite, plus haut, plus fort ! Matt Peterson déboule


Matt Peterson est reporter photographe et couvre pour l'Equipe les Jeux Olympiques de Londres, avec son collègue journaliste Grégoire Blanchard. Ce sont ses premiers JO, et il compte bien en profiter, même s'il constate assez vite que la sécurité du site atteint des niveaux difficilement tolérables pour les médias qui veulent approcher les athlètes. Matt réalise tout de même une première série de clichés, et là : bingo ! Le service iconographique de son journal lui signale une chose étrange sur une des photos envoyées : le marathonien Tchèque Miroslav Palick, qui tourne le dos à Peterson, est en train de regarder une photo sur son propre portable, et c'est celle d'une femme bâillonnée et au visage baigné de larmes... Le reporter essaye aussitôt d'en savoir plus et va mettre à jour un complot qui dépasse largement les enjeux purement sportifs.

Cette nouvelle série – coéditée par L'Equipe et Casterman – s'attaque à un domaine un peu délaissé par les auteurs de bande dessinées polar (et par les autres aussi, d'ailleurs), le sport. Ou plutôt, le côté obscur de la force physique, celui qui s'exprime dans les dérives du sport business. Bonne idée, car il y a vraiment matière, et pour cette première manche Bollée imagine un chantage sur un obscur athlète, pris dans les rouages d'un mécanisme qui le dépasse et sert des intérêts politiques et financiers à un très haut niveau. Le pion sacrifié pour la victoire finale, quoi. L'intrigue est fluide et bien construite, dès les premières pages et cette sorte de séquence « pré-générique », un an avant les Jeux, jusqu'à un final haletant comme une course d'obstacles. La forme rejoint le fond, c'est assez bien vu. 
Côté personnages, le héros n'a pas froid aux yeux – normal, c'est un héros – mais conserve un regard assez frais sur le monde, et ne semble pas encore blasé, ni lassé, par ce qui l'entoure. Il est aussi dragueur (et ça marche très vite, même avec les policières inconnues : c'est là que le lecteur voit qu'il lit une fiction) et a un passé mystérieux, où son père, croisé furtivement dans ce premier tome, joue un rôle important. On le recroisera certainement, ainsi que les méchants qui n'ont pas l'air d'être de la petite bière, dans le prochain tome, mais ce « London Running » peut se lire seul. Graphiquement, le trait est réaliste, évoquant par certains côté Hermann, et Stom utilise, par touches discrètes, des inserts photographiques, qui accentuent le coté immédiat et contemporain de la série. « Matt Peterson » mérite qu'on s'y attarde, et on l'attend maintenant au prochain virage, peut-être celui du Tour de France du centenaire, en 2013, comme cela est évoqué dans une des dernières pages de ce tome ? Ou alors le foot et sa folie permanente des grandeurs ? Les sujets sont légion...

Matt Peterson 1 – London Running
Scénario Laurent-Frédéric Bollée et dessins Stom
Casterman / L'Equipe, 2012 – 56 pages couleur – 10,95 €

jeudi 10 mai 2012

[Chronique] - Fanch Karadec 2, l'affaire Malouine


Fanch Karadec et Soizig passent quelques jours en amoureux sur l'île Chausey. Quelques moments de tranquillité perturbés pour Fanch, qui découvre le cadavre d'une jeune femme sur la plage, au petit matin. Mais déjà, la veille, au cours d'une soirée dansante nocturne, un malfaisant avait fait les poches de tous les fêtards, à la faveur d'une coupure de courant... Se pourrait-il que les deux événements soient liés ? L'esprit vif du retraité Breton fait vite la connexion : un jeune homme au bonnet rayé était présent aux deux moments. Et voici que Fanch apprend qu'un second cadavre a été retrouvé, et qu'il s'agit cette fois du cousin d'un ami à lui. Il n'en faut pas plus au limier de Paimpol pour tenter de résoudre ce nouveau mystère.

Deuxième enquête de ce sympathique personnage (créé sur une idée de Loisel et Kraehn, comme le rappelle le sticker rouge de la couverture) et encore une fois, une lecture plaisante.
Comme dans « Le mystèreSaint-Yves » , Stéphane Heurteau construit une histoire sur le mode classique, avec une enquête qui suit son cours tranquillement, où le détective amateur découvre les indices au fur et à mesure, et progresse lentement, mais sûrement. Il est aidé par une brochette d'amis assez truculents, dont le massif Serge, marin barbu à l'épaisse silhouette et à la casquette enfoncée sur les yeux, déjà présent dans le précédent volume, et nouvelle venue, par une avocate cocotte et intrépide. Cette enquête est aussi prétexte à un périple breton dont les étapes se nomment cette fois St Sulliac, St Malo, Chausey... Sébastien Corbet restitue bien cette Bretagne maritime, et ses personnages tout en rondeur bonhomme apportent un peu d'humanité et de chaleur à une histoire tout de même assez sombre. Fanch Karadec est en train de prendre discrètement sa place dans la grande famille des démêleurs d'intrigue... et c'est tant mieux !

En prime, ici la bande annonce avec des images qui bougent et le blog de Stéphane Heurteau
Allez hop, tous en Bretagne !

Fanch Karadec 2 – L'Affaire Malouine
Scénario et couleurs Stéphane Heurteau , dessins Sébastien Corbet
Vagabondages, 2012 - 64 pages couleurs – 14,80 €

lundi 7 mai 2012

TRAMP : Kraehn en dédicaces à Dinan, samedi 12 mai

Il y a un petit moment maintenant que Yann Calec écume les océans du monde entier pour des aventures toutes plus trépidantes les unes que les autres. Jean-Charles Kraehn (scénario)  et Patrick Jusseaume (dessin) ont créé cette série il y a presque 10 ans maintenant, puisque c'est en 1993 que paraissait "Le Piège", premier volume d'un cycle de 4 tomes qui s'achèvera avec "Pour Hélène"

Le dixième tome qui est sorti il y un peu plus d'un mois, "Le Cargo maudit" voit lui le retour du héros au pays, mais évidemment, tout ne sera de tout repos, dans cette histoire qui se déroule dans le port de Rouen, dans les années 50. 

Si vous souhaitez en savoir plus sur Tramp en général et cet album en particulier, et que vous n'êtes pas trop loin de Dinan, voguez jusqu'à la libraire "Le Grenier", au 6, place Duclos, où vous pourrez rencontrer Jean-Charles Kraehn himself, samedi 12 mai  à partir de 14h30.

Pour plus d'infos, appelez le 02 96 33 59 83 ou allez faire un petit tour sur le site de la librairie.
Bon vent !

vendredi 4 mai 2012

Le Prix SNCF du Polar catégorie BD est sur les rails... Arrivée le 29 mai


Bon, j'aurais dû en parler plus tôt, mais sachez qu'après son désormais renommé prix récompensant un roman élu par les lecteurs-voyageurs, la SNCF s'attaque au neuvième art et pour la première fois va décerner un prix pour une bande dessinée polar. Et pour cette première, l'heureux élu figurera parmi les cinq albums suivants :

Aller-retour, de Bézian (Delcourt)
Les Faux visages, de David B. et Tanquerelle (Futuropolis)
La Faute aux Chinois, de Ducoudray et Ravard (Futuropolis)
Grandville mon amour, de Talbot (Milady graphics)
L'Organisation, de Cooke d'après Stark (Dargaud)

Une sélection du meilleur goût, mais je n'ai pas de mérite à la vanter puisque je fais partie du jury d'expert qui l'a constituée, aux côtés de Pénélope Bagieu ( dessinatrice à la vie tout à fait fascinante), Laurence Le Saux (Télérama et BoDoï), Eric Libiot (L'Express), et Christian Marmonnier (journaliste spécialisé dans la bande dessinée, auteur notamment du colossal "Métal Hurlant, la machine à rêver" avec Gilles Poussin).
Pour cette première, les lecteurs ont pu lire et voter à la Gare de l'Est, du 23 au 27 avril, (ici, un petit reportage sur l'ambiance sur place pendantcette semaine) et le verdict sera rendu public lors de la cérémonie de remise officielle des prix SNCF du polar le mardi 29 mai.

Et pour le prix 2013, ce sont les lecteurs-voyageurs de la France entière qui pourront choisir leur album préféré... Suivez Bédépolar pour être dans le bon wagon et connaître la première sélection dès sa sortie !

En attendant, n'hésitez pas à lire ces 5 albums, si vous ne l'avez déjà fait, ils sortent tous de l'ordinaire, chacun à leur façon. J'ai déjà chroniqué 4 de ces 5 titres, je vais me refaire un Aller-Retour avec Bézian pour vous en parler avant le 29...

jeudi 26 avril 2012

Les planches originales de Sin City en expo à la galerie 9ème Art (Paris)

 Si vous êtes Parisiens, de manière permanente, ou alors seulement entre le 26 avril et le 22 mai, vos pas doivent absolument vous mener à la Galerie 9ème Art. Pourquoi ?

Et bien, parce que, et là je cite le texte du communiqué de presse  " la Galerie 9è art crée l’évènement en exposant un autre très grand nom de la bande dessinée américaine, avec l’ouverture le 26 avril de l’exposition Sin City. Pour la première fois en France et dans le monde, une trentaine de planches originales de Frank Miller, issues de Sin City, seront exposées en galerie, et exceptionnellement mises en vente jusqu’au 22 mai. Une occasion unique de découvrir les originaux d’une oeuvre culte, que son succès phénoménal, alimenté par l’adaptation cinématographique qu’en ont fait Frank Miller et Roberto Rodriguez, a largement popularisé." 

Et vous savez quoi ? Il ne faut surtout pas rater ça !

Et c'est où ? Au 4 RUE CRÉTET, dans le 9ème.

Et si vous voulez voir toutes les planches exposées, comme celle-ci, voire les réserver, une seule adresse :  WWW.GALERIE9ART.COM

 

lundi 23 avril 2012

[Chronique délocalisée] - Tif et Tondu presque au bout de la route

J'ai déjà eu dans ces pages l'occasion de dire combien j'appréciais la réédition en intégrale des inaltérables Tif et Tondu, immortalisés par les pinceaux de Will, et le talent de ses scénaristes successifs : Rosy, Tillieux, Desberg et Lapière. Le onzième et avant-dernier volume de cette intégrale, paru il y a peu, est un peu particulier, puisqu'il regroupe les toutes dernières aventures dessinées par Will, qui allait alors pouvoir se consacrer à son " jardin des désirs", dans un registre beaucoup plus sensuel. Mais cela ce sont d'autres histoires, et en attendant de les redécouvrir elles aussi, lisez donc "Sortilèges et Manipulations", dont je vous parle plus longuement dans les pages de k-libre, juste ici 

vendredi 20 avril 2012

[Chronique manga] - L'affaire Sugaya

Il y avait bien longtemps que je ne vous avais pas parlé manga dans ces pages, et c'est bien dommage. Aujourd'hui, voici donc l'Affaire Sugaya, dont le sous-titre complet est – La vérité sur les affaires d'enlèvements et de meurtres en série de fillettes du Kita-Kanto. Rien que ça.
Pour compléter le générique : scénario Hiroshi Takano, dessin Kenichi Tachibana, mais aussi direction éditoriale : l'équipe d'enquête du programme Action du service des Informations de Nippon Television.
Et voilà pourquoi sur la couverture le dessin n'est pas un portrait de Sugaya, l'homme accusé à tort, mais une caméra moderne, accompagnée de deux cartes de presse.

Ce manga raconte en fait une histoire qui s'est réellement passée au Japon en 2008 – 2009, et comment un journaliste d'investigation, Kyoshi Shimizu, a repris une enquête close depuis longtemps et permis la libération d'un homme emprisonné à tort depuis plus de 15 ans.
Mais reprenons les faits.
En 1991, un chauffeur de bus de 45 ans, Toshikazu Sugaya, est arrêté pour le meurtre d'une fillette. Il passe rapidement aux aveux, et sa culpabilité est confirmée par une expertise ADN. Par la suite, il se rétracte, mais ni l'appel, en 2000, ni une demande de révision de procès, en 2002, n'aboutissent. Fin du premier épisode Sugaya.
En 2008, la chaine NTV lance un nouveau concept d'émission d'info, le programme Action, qui mobilise des équipes de journalistes sur un sujet, que chaque équipe suit de manière continue pendant 1 an. Objectif avoué : prouver que le journalisme peut encore avoir un impact sur la société, à un moment où il n'est plus vraiment considéré comme un contre-pouvoir. Et parmi les journalistes se trouve Kyoshi Shimizu, un type un peu étrange, pas forcément compris de ses confrères, qui déclare à son directeur vouloir mener une enquête sur une série de 5 enlèvements et meurtres de fillettes, perpétrés de 1979 à 1996... Et parmi ces 5, il y a celui de 1990, pour lequel le tueur, Sugaya, est déjà en prison. L'hypothèse de Shimizu est la suivante : les 5 meurtres sont ceux d'une même tueur et ce n'est pas celui qui est en ce moment sous les barreaux.
Le journaliste a le feu vert de sa chaîne pour se lancer dans l'enquête et en fait, Shimizu commence par reprendre par le menu le déroulement de l'affaire Sugaya, et   il fait sensation dès la première émission . Car de fil en aiguille, du témoignage incohérent du présumé coupable jusqu'aux manquements, erreurs et omissions troublantes de la police dans ses investigations, Shimizu montre que son hypothèse n'est pas aussi insensée que certains le pensent, et la suite de ses recherches va lui donner raison.
Mais cela, je vous laisse le découvrir au fil des pages, qui ménagent un vrai suspense, pour nous occidentaux qui ne connaissons rien de cette affaire.

Une des grande réussites de ce manga, est de tenir en haleine sur deux fronts : celui de l'affaire des enlèvements, et celui de l'enquête de Shimizu en elle-même. Comment va-t-il bien s'y prendre pour remettre en cause ce que tout le monde tient pour acquis, la famille de la victime elle-même ? Tout le suspense est là.

Côté graphisme, le trait de Tachibana est plutôt réaliste, dans la veine de celui de Death Note. Bien entendu, les caractéristiques du dessin manga sont bien là, comme cette manière de souligner certaines émotions en faisant perler des gouttes de sueur au visage des peronnages, ou d'accentuer la force de certaines scènes par des traits de vitesse (vous savez, ces hachures...). Mais au final, le dessin est plutôt apaisé, en opposition avec la fébrilité et l'excitation de Shimizu et son équipe.
Car c'est aussi un autre aspect sympa du début de ce manga, quand Shimizu recrute un caméraman hors-pair, une reporter free-lance assez cocotte, un preneur de son taciturne et un chauffeur amateur de choses compliquées. C'est un peu Mission Impossible...
Je terminerai en vous précisant que « L'affaire Sugaya » est un one-shot, comme on dit vulgairement pour les histoires en un seul tome, et que vous n'avez pas à craindre de vous embarquer dans une saga à n'en plus finir.

L'affaire Sugaya, l'historie vraie d'un homme accusé à tort
scénario Hiroshi Takano, et dessin Kenichi Tachibana
Delcourt / Akata, 2012 - 200 pages environ - Noir et Blanc - 7,99 €

La couverture est copyright :  VS. - KITAKANTO RENZOKU YOJO YUKAI SATSUJIN JIKEN NO SHINJITSU © 2010 by Hiroshi Takano, Kenichi Tachibana / SHUEISHA Inc., NTV

mercredi 11 avril 2012

Goldman, Bekame, Powers, The Boys, Naja... La rafale de mars !

Bon. Mon dernier billet sur Bédépolar a maintenant près de quatre semaines, ce qui confirme que ce n'est pas nécessairement dans mes pages que vous entendrez parler de la dernière nouveauté polar de la semaine... Mais cela, vous l'aviez sûrement remarqué... A la frénésie quotidienne de nos vies familiales et professionnelles, où il y a toujours quelque chose d'urgent à faire, je refuse de m'en rajouter une couche sur ce blog, et je vous parle des bandes dessinées qui me plaisent... quand je trouve le temps de vous en parler. Et souvent, mes chroniques sont assez longues – et encore – car c'est le meilleur moyen d'essayer de vous faire entrer dans l'univers des auteurs, au moins d'en aborder le rivage. En attendant que vous embarquiez pour de bon en lisant l'album. Mais je trouve tout de même le temps de lire beaucoup, et il me semble que, de temps en temps, vous faire profiter des derniers titres qui m'ont plu, dans une présentation express ne pouvait pas faire de mal... Et vous avez encore une chance de trouver les albums, tous sortis dans les dernières semaines... Voici donc « La rafale de mars »

Le pavé du mois est sans conteste « Pierre Goldman, la vie d'un autre », d'Emmanuel Moynot chez Futuropolis. Un pavé, et un ovni, un peu : 208 pages en noir et blanc, dont une bonne moitié d'entretiens, pour un « livre-enquête à la mesure même du personnage hors du commun que fut Pierre Goldman ». Fils de résistants, militant d'extrême gauche, guérilléro au Vénézuela, ganster, écrivain... Goldman est mort assassiné à Paris en septembre 1979. Jamais les responsabilités de cet assassinat ne furent clairement établies, malgré la revendication d'un commando baptisé« Honneur de la police »... Moynot a construit un récit à la première personne, mais du point de vue de Goldmann. C'est étonnant, dense, prenant, instructif, et nécessite une lecture en plusieurs temps. Cela conduit aussi à se poser la question de savoir ce qui a motivé Moynot à s'emparer d'une telle histoire et à cet égard les dernières pages dessinées « Je ne suis pas Pierre Goldman » (164-167) donnent quelques clés. Mais si vous voulez aller encore plus loin sur cet album et sur Goldman, réécoutez la Fabrique de l'Histoire, diffusée le vendredi 9 mars sur France-Culture (www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-table-ronde-fiction-du-vendredi-090312-2012-03-09).

L'autre album marquant chez Futuro est le premier volume de « Békame » signé Jeff Pourquié et Aurélien Ducoudray (auteur de l'excellent « La faute aux Chinois »). L'histoire est celle de Bihel, jeune garçon arrivé clandestinement dans le Pas-de-Calais, où habite son frère Ahmed depuis deux ans. Bihel est à la recherche de ce frère avec qui il projette de rallier l'Angleterre. Mais en attendant des jours qu'il espère meilleurs, c'est plutôt le quotidien sordide des sans-papiers que doit subir le jeune garçon. Il trouve tout de même le soutien d'un monsieur Assane, rencontré à l'entraînement de l'équipe de foot des jeunes du quartier, et qui va le ramener chez lui, en attendant qu'il retrouve son frère. Mais quand Bihel y parviendra, Ahmed ne sera plus tout à fait le même... On ne dira jamais assez combien Jeff Pourquié est un dessinateur hors du commun, qui, en quelques cases, sait faire entrer le lecteur dans la tête de ses personnages et partager leurs états d'âme. Et dans ce scénario, superbe, de Ducoudray, directement issu de deux reportages sur les migrants clandestins, ils en ont, des états d'âmes, les personnages... Leurs difficiles conditions de vie sont ici racontées avec justesse et empathie.

On change de registre chez Dargaud, avec "Atlantique" le deuxième volet de la trilogie des « Chroniques Outremers », de Bruno Le Floc'h. On y retrouve le cargo Saroya, en pleine première guerre mondiale, en route vers le Mexique, avec à son bord un équipage aux ordres d'un capitaine charismatique, mais affecté par la maladie, et une poignée de révolutionnaires Mexicains prêts à se saisir d'armes cachées dans la cale du cargo... Il souffle un esprit d'aventure qui n'est pas sans rappeler celui qui hantait les pages de Corto Maltese dans ce périple à la fois historique, romantique (car la Femme n'est pas loin...) et mystérieux. Les images de le Floc'h sont lentes, en contraste avec l'âpreté et le tumulte des éléments dans lesquels il plonge ses personnages. Cet album est certainement le moins « polar » de cette sélection, mais il en utilise certains ressorts, et surtout, il est extrêmement plaisant à lire.

« Naja », de Bengal et Morvan, chez le même éditeur, ressort en intégrale, et là, on est par contre en plein dans le genre : voici une tueuse à gages – Naja, c'est elle – assez particulière, puisque depuis toute petite, elle ne ressent aucune douleur. L'autre particularité c'est son appartenance à un réseau international de tueurs, ultra-secret, où elle occupe la place de numéro 3. Et voici qu'un contrat est mis sur sa tête, et c'est le numéro 1 qui est chargé de l'exécution... Etrange situation, d'autant que le tueur n°2 ne va pas tarder à entrer dans la danse. Cette série de Jean-David Morvan, dont l'oeuvre est parsemée de références au Japon, est assez fascinante et au fil des 5 tomes, il dénoue le fil d'une intrigue qui mène le lecteur par le bout du nez, et lui fait sillonner la planète entière. Le dessin de Bengal, nerveux et tranchant, emprunte pas mal au manga, en particulier dans les nombreuses scènes d'action. L'intégrale propose un épilogue inédit de quatre pages... que je n'ai pas encore lu puisque cette intégrale sort le 20 avril (pas mal, pour les lectures de mars, pas vrai ?).

Une autre intégrale , chez Panini comics, celle des épisodes 1 à 14 du comic choc de Garth Ennis : « The Boys ». Sous-titre de ce tome 1 : «ça va faire très mal ! »... Et en effet, ça fait mal... pour les super-héros de tous poils. La série est construite sur une idée basique : les justiciers en costumes sont peut-être utiles à la société, car ils luttent contre le Mal, mais ils ont tendance à ne pas trop faire attention aux dommages collatéraux dans leurs combats contre les super-vilains. Une équipe spéciale de cinq agents de la CIA, menée par « Bill Butcher », est chargée de remettre les « gugusses à super pouvoirs » dans le droit chemin quand ils vont trop loin. Ce qui est certain, c'est que Ennis n'hésite pas une seconde à dépeindre les gentils comme des êtres complètement dépravés, névrosés, sadiques... bref, des modèles pour la jeunesse. Ce premier volume, cartonné et sous jaquette, est agrémenté d'un cahier de croquis de recherches pour les personnages de Darick Robertson, court mais assez intéressant.

Une autre approche, beaucoup plus subtile, du monde des super-héros via des enquêtes policières les impliquant, est celle de Brian Michael Bendis et Michael Avon Oeming, dans leur série « Powers ». Panini ressort les deux premiers tomes (épuisés) « Qui a tué Retro-Girl ? » et « Jeu de rôle », parus initialement à l'aube des années 2000. Là, on suit les enquêtes de l'inspecteur Christian Walker, et de son adjointe Deena Pilgrim.
Dès le premier volume, on est au cœur du sujet : une super-héroïne adulée des foules a été retrouvée assassinée, et la police ne dispose que de très maigres pistes. Mais Walker a un peu plus de chance que les autres de pouvoir faire éclater la vérité car il a lui-même été un de ces justiciers encapés, sous le nom de Diamond, et a très bien connu Retro Girl quand il luttait contre les Méchants à ses côtés. Le problème est qu'il reste mystérieux sur ce passé et que sa coéquipière n'est pas au courant, au début... « Powers » est certainement la création la plus originale de Bendis, et fait un peu le lien entre les excellents comics de ses débuts, 100 % polar eux (Torso, Jinx...) et la suite de sa fulgurante carrière comme scénariste de Spider-man, Daredevil, Avengers. On retrouve dans Powers cette mise en page si particulière, avec notamment cette façon de construire des planches entières à partir d'images quasi-identiques, et où le lecteur suit la conversation grâce aux bulles reliées entre elles, et qui le font entrer au cœur des scènes. Une ré-invention du plan séquence du cinéma, en quelque sorte. Autre caractéristique, le double niveau de lecture de la page : pendant que l'action principale se déroule sur les deux-tiers de cette page, le dernier tiers est occupé par une autre action, au format strip, relatant, par exemple, des interventions télévisuelles qui commentent l'action principale. Powers fourmille d'idées de ce type, et comme les scénarios sont excellents, vous comprendrez que vous avez là une véritable pépite de la BD américaine, d'ailleurs couronnée d'un « Eisner Award » dès ses débuts en 2001. Cette réédition est une excellente occasion de redécouvrir cette série, et ne vous laissez pas influencer par le trait d'Oeming, qui fait parfois un peu « dessin animé ».

Je terminerai pour cette revue de mars par le superbe album de Alcante et Fanny Montgermont, paru chez Dupuis dans la collection Aire Libre: « Clair-obscur dans la vallée de la lune ». L'histoire est celle de Jose Suarez, guide touristique et homme taciturne, presque ombrageux, qui va conduire Joan, une jeune Américaine, sur les hauts-plateaux du Chili, seule, alors que Jose a plutôt l'habitude d'emmener avec lui des groupes de quatre ou cinq touristes. La distance prise au départ par le guide va se muer progressivement, au fil des événements du voyage et des conversations, en proximité avec la jeune touriste, et tous les deux vont ressortir de cette rencontre complètement différents. Joan va devenir celle qui va permettre à José de surmonter un passé qui le tient en joue depuis trop longtemps, et comme il le pense d'ailleurs « En fait, c'était elle qui était en train de me guider ». Alternant de magnifiques pages de paysages, lumineuses, avec celles des jours anciens, sombres, du guide, et en mettant en scène des personnages féminins d'une grande force psychologique, Alcante et Montgermont donnent à lire un album sensible et sensuel. Ou comment, puisque nous sommes ici sur Bédépolar, une histoire personnelle mal engagée aurait pu virer au roman noir et la déchéance,.. et bascule finalement vers le renouveau et l'espoir. Alors, évidemment, un album qui sort un peu de mon genre de prédilection, le polar, mais qui fait partie de ces bandes dessinées qui emmènent le lecteur ailleurs, loin, et le font avancer.

lundi 19 mars 2012

[Prix 2012] - Intrus à l'étrange, premier "Fauve Polar" d'Angoulême

Bon, il n'est jamais trop tard pour dire tout le bien qu'on pense d'un album, même s'il est un peu « ancien ». Enfin, ancien, façon de parler : Intrus à l'étrange, de Simon Hureau, est paru en juin 2011. Je l'avais repéré, puis oublié, mais son récent prix à Angoulême, le premier Fauve « Polar » du nom, m'a incité à y voir de plus près... Et franchement, voici une bande dessinée remarquable, dont voici le résumé, pour une fois fortement inspiré du site de l'éditeur, la Boîte à Bulles :
L'histoire est celle de Martial qui, suite au décès de son grand-père adoré, découvre sans le vouloir un bien curieux « héritage » : deux mystérieuses valises fermées à clé, destinées à un certain Félix Larose et une boîte remplie de lettres d’amour rédigées par une certaine Georgette Blizard résidant à Magnat l’Etrange. Martial se rend donc dans ce petit village de la Creuse où il espère retrouver non seulement Georgette mais également Félix. Une bourgade rurale comme tant d’autres si ce n’est que sa population semble toute entière hostile à l’un d’entre eux, au point de défendre celui qui l’a sévèrement passé à tabac. En outre, depuis quelque temps, les nuits, en ces abords du Camp militaire de la Courtine, sont anormalement riches en chauve-souris de tous horizons. Ce phénomène étrange attise la paranoïa des autochtones et attire une poignée de journalistes, de scientifiques et… de chasseurs de vampires…

Vous voyez le décor... et l'ambiance ! C'est une quête, plus qu'une enquête, faite de mystère et d'étrangeté, qui attend le jeune Martial, une plongée dans le passé familial également, et on le suit avec une curiosité grandissante. On croise dans cet album une foule de personnages étonnants, attachants ou répugnants, et le héros se balade avec un détachement au milieu de tout ce monde assez surprenant.
Le dessin de Hureau est précis, détaillé, les planches sont parfois denses, mais jamais surchargées. Il y a un moment particulièrement réussi dans l'album, c'est cette nuit où le héros découvre la demeure de Félix, au terme d'un périple hallucinant, dans des décors parfois cauchemardesques, des ruines hostiles, ou une végétation inquiétante, le tout sur une quarantaine de pages, sans qu'une parole ne soit prononcée. C'est splendide. Et puis, on s'attache très vite à Martial, personnage parfois ingénu, et qui fait penser au Charlot des origines, celui qui sans avoir l'air d'y toucher, bouleverse les habitudes et touche le coeur de l'Autre. On ressort d' « Intrus à l'étrange » avec un curieux sentiment de mélancolie, et une furieuse envie de refaire le chemin depuis le début, tant il y a à lire et à réfléchir au fil des pages.Pour ce premier « Fauve Polar », parrainé par la SNCF, le jury d'Angoulême a fait un choix assez audacieux, et c'est tant mieux. Un choix qui a aussi le mérite de mettre sous la lumière la Boîte à Bulles , un « petit » éditeur qui fait un travail d'une grande qualité (rappelez-vous : Braquages et bras cassés, c'était chez eux).

Intrus à l'étrange
Textes et dessins de Simon Hureau
La Boîte à bulles, 2011 – 150 pages noir et blanc
– Collection Contre-jour – 24 €

mercredi 14 mars 2012

[Champagne et paillettes] - Chauzy prix Polar-Encontre 2012 !

Le week-end dernier s'est tenue à Bon Encontre, dans le Lot-et- Garonne, la 7ème édition du très réputé festival Polar'Encontre qui a la particularité d'accueillir autant d'auteurs de BD que de romanciers, à quelque chose près.

Tous les ans, les organisateurs décernent un prix BD, parmi une sélection d'une douzaine de titres – ou parfois plus, quand des séries sont retenues – où l'heureux élu, outre une gloire éternelle, gagne aussi le droit de dessiner l'affiche du festival de l'année suivante. La superbe affiche que vous voyez ici est signée Ralph Meyer, qui avait remporté le prix en 2011 pour son album « Pages noires » (Futuropolis) co-scénarisé par Giroud et Lapière.

Et cette année, c'est la nouvelle version du « Rouge est ma couleur », dont je vous avais dit tout le bien que j'en pensais il n'y a pas si longtemps, ici dans ces pages, qui décroche la timbale.
Bravo à Jean-Christophe Chauzy et Marc Villard, et à Casterman. Une récompense assez méritée pour une collection qui réussit régulièrement à surprendre au fil de ses nouveautés.
Et pour Chauzy, dessinateur discret, qui oeuvre depuis pas mal de temps déjà dans le polar (il est notamment le seul à avoir travaillé avec Thierry Jonquet).

A noter que le prix « Calibre 47 » du roman a été décerné à un auteur qui fut dans une autre vie dessinateur : Romain Slocombe, pour son roman «Monsieur le Commandant » (Nil éditions)

dimanche 11 mars 2012

[Chronique] - Dos à la mer, ouest

Henri Coutôt est soudeur sur les chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire. C'est un homme simple, discret, qui n'aime pas faire de vagues, même quand il sait qu'il a raison. Ainsi, quand il fait remarquer à son chef de chantier qu'un alliage est trop pourri pour tenir le choc... et que ledit chef lui conseille de s'occuper de soudure et pas de faire de belles phrases, Henri obéit. Mais lorsque, la même journée, au resto populaire où il a ses habitudes, un homme frappe une femme devant toute la clientèle... et qu'il est à la table voisine, cette fois, il se lève. La tête pleine d'images de son enfance où cette même scène entre son père et sa mère se reproduisait sans cesse... Mais quand on n'est pas habitué à la violence, ceux qui en ont fait une manière de vivre vous ramènent vite à la réalité et Henri se retrouve à terre. Et à peine debout, il reçoit dans l'après-midi un second coup qui le laisse tout aussi groggy : il est mis en congé par sa direction après un accident lié à sa soudure, et qui a envoyé un technicien dans le coma... Alors, sans trop savoir pourquoi, il appelle Natacha, la femme qu'il avait tenté de défendre, avec le téléphone oublié par son agresseur au resto. Sans le savoir, il vient de mettre le doigt dans une autre forme d'ennuis.

Cette histoire en deux volumes, co-scénarisée par Antonin Varenne et Olivier Berlion, démarre fort. Axée sur le personnage d'Henri, elle raconte une double fuite. Celle du soudeur qui pressent que sa vie est en train de prendre une mauvaise tournure, mais aussi celle de Natacha, plongée elle au cœur d'une opération de livraison de dope. S'appuyant sur la trame éprouvé des récits d'action mettant en scène les acteurs du trafic de drogue (le commanditaire, le chauffeur, les hommes de mains...), les deux scénaristes vont un peu plus loin que le simple divertissement vitaminé, avec coups de force et poursuites en voiture. Leur personnage de soudeur est un homme qui a des comptes à régler avec son passé, ce qui donne une autre dimension, plus psychologique, à cette première partie, dont la dimension sociale est également omniprésente, avec les conditions de travail sur le chantier, et la vie des hommes et femmes qui y sont liés. Olivier Thomas, déjà auteur de la passionnante trilogie « Sans pitié » chez le même éditeur, rend bien compte de ce quotidien grâce à un dessin minutieux dans ses décors. Ses scènes sur les friches industrielles sont particulièrement réussies, tout comme l'est sa couverture. Il y aurait bien d'autres richesses à évoquer pour ce tome « Ouest », notamment le mystère entourant « Natacha », la femme qui va faire basculer la vie simple de l'ouvrier anonyme vers... vers quoi ? Nous le saurons dans quelques mois, et dans la seconde partie "Sud".Dos à la mer, livre 1 – Ouest
Scénario Olivier Berlion et Antonin Varenne ; dessins Olivier Thomas
EP, 2012 – 56 pages couleur – (Collection Atmosphères) – 15,50 €

dimanche 4 mars 2012

[Chronique] - Ghost, une cartouche de plus pour Hostile Holster

John Ghostman était un des meilleurs agents du FBI, profileur hors-pair, lorsque l'arrestation d'un tueur en série a mal tourné : Ghostman n'a pu empêcher le criminel de se tuer, en même temps que le jeune garçon qu'il détenait en otage. Miné par cet échec, et hanté par des cauchemars, Ghostman a quitté le Bureau pour devenir détective privé. Mais, cinq ans après ce départ, il n'a pas tout a fait renoncé à suivre les activités criminelles d'un serial killer qui massacre des femmes en laissant à chaque fois un mot sur les lieux du crime, en lettres de sang. Ghostman va même se retrouver à nouveau au cœur de l'enquête lorsque ses anciens collègues viennent lui révéler que les messages des quatre premiers meurtres forment une phrase qui lui semble directement adressée : « Where are you, Ghost ? ». L'agent Cormak, son ancien équipier, vient demander à John Ghostman d'aider le FBI à mettre fin aux agissements de ce nouveau tueur en série. Mais l'ex-agent a-t-il vraiment envie de replonger au cœur des ténèbres ?

Andrea Mutti, dans une intéressante postface à cet album, exprime ses regrets de voir, dans les fictions policières actuelles, le triomphe du raisonnement et de la science dans la résolution des enquêtes, au détriment du « flair du détective », et que « Ghost » devait se ranger plutôt du côté d'Edgar Alan Poe que d'Arthur Conan Doyle. Intention qui se traduit par une histoire aux portes du fantastique, et qui sort, en effet, un peu des sentiers battus dans son approche de la psychologie de l'enquêteur principal. Bien entendu, des personnages de flics tourmentés, ressassant des scènes chocs marquant leur carrière, on en trouve pas mal dans les romans, films et série TV de cette dernière décennie. Ce n'est pas si courant en bande dessinée, et surtout, il fallait réussir à traduire en image ces instants hallucinés où Ghostman perd le contact avec la réalité, et où il ne sait plus où se trouve la frontière entre ses cauchemars et une affaire qui l'implique directement. Et c'est là où le talent de Mutti fait mouche, et ses planches atteignent par moments des sommets de noirceur. Tout l'album est du reste une longue traversée de la nuit... qui ne débouche même pas sur un nouveau jour pour John Ghostman. L'enfer, il y habite définitivement. Mutti place aussi ce « Ghost » sous les auspices de Mignola et Miller, remerciés en début d'album. On fait pire comme références avouées, et surtout, elles sont assumées. Ah oui, dernier détail : Cajelli et Mutti racontent une histoire, et installe une vraie incertitude quant à l'identité du tueur et à ses motivations. Alors, que rajouter ? Une intrigue qui tient la route, dessinée par un artiste au meilleur de sa forme, et vous tenez là un des très bons albums de ce début d'année, dans une collection, Hostile Holster, qui va vite devenir incontournable tant son parcours est jusqu'à présent impeccable.
Ghost
Scénario Andrea Mutti et Diego Cajelli ; dessin Andrea Mutti
Ankama, 2012 – 80 pages couleur – Collection Hostile hoster - 14,90 €