Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
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Bonne balade dans le noir !

dimanche 21 octobre 2012

[Comics] - Fatale, coup de maître de Brubaker et Phillips (Delcourt)

Nicolas Lash rencontre Jo pour la première fois à l'enterrement de Dominic Raynes, écrivain dont il se retouve éxécuteur testamentaire, presque par hasard. Jo, femme d'une grande beauté, et qui, en quelques mots, ce jour-là, réussit à le « ramener dans la peau d'un collégien. Cloué sur place ». Le soir même, dans la demeure vide de Raynes, Lash met la main sur un manuscrit inédit, de 1957, qui pourrait  même être  le premier roman de l'auteur, spécialisé dans des best-sellers policier. Au moment où il s'apprête à quitter la maison, des hommes en armes débarquent, et Lash ne doit son salut qu'à l'intervention musclée de Jo, là elle aussi, par un étrange hasard... Après avoir flingué un des deux  inconnus, elle ordonne à Lash de sauter avec elle dans sa voiture, et c'est un avion qui les prend en chasse ! La solution ? Provoquer un accident... Lash  s'en sort mais avec une jambe en moins tout de même, c'est ce qu'il constate en se réveillant 5 jours après cet épisode nocturne rocambolesque. Il ne comprend pas trop ce qui lui arrive, jusqu'à ce qu'il entame la lecture du manuscrit de Raynes, qui le ramène 50 ans plus tôt, et lui ouvre les portes d'une Amérique étrange et terrifiante...

...Et c'est ce que « Fatale » raconte, puisque les trois-quarts de l'album se déroulent en 1957 : en utilisant le procédé de la mise en abyme, Brubaker invite à découvrir en même temps que Lash la terrible destinée de Raynes et a découpé son scénario par aller-retour entre l'après-guerre et ce début de XXIè siècle. De ce choix narratif naît un suspense à double niveau : celui de l'enchaînement des événements de 1957 et celui de la découverte de l'incroyable vérité par le « héros », Lash.
« Fatale » dépasse largement le cadre du Noir chers aux auteurs de « Criminal », et Brubaker et Philipps avaient déjà fait goûter à leurs lecteurs les délices du croisement des genres, dans leur précédente série "Incognito", par exemple. Mais ils étaient resté dans leur propre domaine, celui du comics, puisque l'intrigue du scénariste, certes fortement colorée polar,  mettait en scène des personnages super héros.
Là, Brubaker emprunte des chemins plus fantastiques, et surtout plus littéraires : son histoire aurait très bien pu être écrite par un Lovecraft ou un Lumley et cet hommage à la littérature, on le trouve aussi dans le statut du personnage masculin principal, Hank Raynes, qui est écrivain. Mais il y a bien entendu au centre de tout cet environnement, l'autre personnage-clé, Joséphine, la femme, fatale comme le titre l'indique. La femme fatale, figure mythique du roman noir...
Bande dessinée, fantastique, roman noir : en se plaçant au carrefour de ces trois genres  le duo a mis en route,ce qui semble bien être la plus ambitieuse de leurs séries à ce jour, et qui fait en tous cas d'eux l'un des plus inventifs tandem d'auteurs de la BD américaine. Et si Ed Brubaker continue de surprendre et fasciner à chaque nouvelle oeuvre, c'est aussi grâce au talent immense de Sean Philips, encore une fois ici mis admirablement mis en couleurs par Dave Stewart.

Fatale 1 - La mort aux trousses
Scénario Ed Brubaker et dessin Sean Philipps
Delcourt, 2012 – 136 p. couleurs - Collection Contrebande – 14,95 €

mercredi 17 octobre 2012

[Chronique] - Pizza roadtrip, petit voyage entre amis

Paris, un trio d'amis. Rudy, black à casquette un peu magouilleur sur les bords. Mathilde, sa copine, styliste plutôt débrouillarde. Et Romuald, leur copain à tous les deux. Peut-être un peu moins allumé que ses deux congénères. Les voici tous les trois réunis, par la grâce de la téléphonie sans fil, en pleine nuit, dans l'appart de Rudy et Malthide qui ont besoin de savoir qu'ils peuvent compter sur leur pote Romuald, pour un service d'un genre un peu spécial. Il y a un cadavre dans leur chambre, avec une belle flaque de sang sur la moquette, et il ne saurait être question de garder trop longtemps ce mort à la tête explosée... Un mort plutôt bien connu des services de police. Romuald hallucine devant la situation et la proposition de Mathilde : il n'y a qu'à faire disparaître le cadavre en l'emmenant jusqu'en Bretagne, là où elle a une maison familiale, et un terrain pour enterrer le colis. Il faut juste que Romuald accepte de prêter sa voiture pour l'occasion... Premier réflexe : « Mais oui bien sûr ! Je vais vous prêter ma caisse pour aller voir les vaches avec le cadavre d'Al Capone ! ». Mais finalement, Romuald accepte, mais ne laissera à personne le soin de conduire, et les voici tous les trois à bord d'une Kangoo rouge, pour un raid qui ne s'annonce pas plus compliqué qu'une livraison de pizza. D'après Rudy.

Ah quel album ! « On n'est pas dans un film de Tarentino t'as vu » lâche à un moment Rudy. Et bien si ! C'est même exactement ça, cette histoire d'El Diablo : du Tarantino mâtiné des frères Coen et nous volià entre Pulp Fiction et The Big Lebowsky, embarqués dans une épopée tragi-comique, burlesque et tendue à la fois, qui finira... Bien ? Mal ? Ah ah... pas question de le dire ici, il vous faut lire cet album pour lequel El Diablo a pondu des dialogues aux petits oignons, fourmillant de réparties tordantes. Il a imaginé une trépidante succession d'événements que Cha met en images avec un style cartoonesque qui colle parfaitement au ton déjanté de l'histoire. Et les étonnants personnages de la dessinatrice, aux visages dépourvus de nez, viennent ajouter une touche d'étrangeté poétique à ce Pizza Road Trip, qui se distingue dans la vague des dernières nouveautés. Un album publié dans une collection dont je vous ai déjà dit le plus grand bien (ici et ), et qui continue de surprendre par son éclectisme éclairé : Hostile Holster est bien devenu ce label incontournable pour l'amateur de polar...

Le chouette de blog de Cha : Ma vie est une bande dessinée

Pizza Road Trip
Scénario El Diablo et dessin Cha
Ankama, 2012 – 80 p noir et couleur – Collection Hostile hoster – 14,90  €

samedi 29 septembre 2012

[Chronique] - Bang ! Katinka, ou la Russie noire de Deveney et Godart


Ivan est flic. Un flic en taule, qu'on extirpe de sa cellule pour qu'il mette la main sur Katinka, une tueuse violente et insaisissable qu'il est apparemment le seul à pouvoir appréhender, d'après ses supérieurs... Pourquoi lui ? Peut-être parce qu'Ivan est un flic à l'ancienne, aux méthodes musclés, qui ont fait leurs preuves en leur temps (mais qui lui ont aussi valu son incarcération). Mais ce dinosaure n'est-il pas à côté de la plaque, comme tente de lui faire comprendre « Le chauve », qu'il décide d'interroger ?
Le chauve  : « Ach ! Putain, t'étais vraiment obligé de me péter le nez ? »
Ivan : « Le monde est sans pitié, le chauve ! Il faut accepter son lot de souffrance !
Le chauve : « Raaah ! « J'ai pas de temps à perdre », « Le monde est sans pitié ». T'y crois vraiment à ces phrases à la con ? Tu vois pas que c'est plus d'actualité ? C'est fini les surnoms débiles et les flics qui bossent à coups de poing. La criminalité d'aujourd'hui, ça se règle à coups de pourcentages ! Et si t'as pas réseau pour, tu te fais bouffer par les stat'.  Faut que t'ouvres tes yeux de bourrin ! Les héros solitaires, c'est dépassé ! Et c'est pas en chopant Katinka que ça va y changer quoi que ce soit !
Ivan : « TA GUEULE ! »

Des dialogues comme celui-ci, qui sonnent juste, Bang Katinka en compte plus d'un. S'appuyant sur un récit très noir et violent, cet album de Deveney et Godart est un écho réaliste de la Russie du XXIème siècle... La Russie de Poutine où des punkettes font office de révolutionnaires susceptibles de faire vaciller le pouvoir. Ici, Katinka, c'est les «Pussy Riot » à elle toute seule, en nettement plus destroy. Le récit est à deux voix : celle de Katinka d'abord, jeune femme rebelle, écorchée vive, dont on apprend tout de l'enfance chaotique. Puis celle d'Ivan, guère plus épargné par la vie.  Ces deux-là ont se sont déjà croisés une fois – un épisode très douloureux pour les deux – et parallèlement à la traque de la tueuse par le flic, c'est un portrait de deux êtres à la dérive, chacun suivant une voie destructrice à l'issue plus qu'incertaine, qui est donné à lire. Le trait réaliste de Godart (qui rappelle par certains aspects celui d'Hermann), et des planches à la tonalité sombre renforcent la dureté de cet album. Bang Katinka  fait froid dans le dos, mais figurera sans problème dans mes albums préférés de l'année. A vous de voir...

Bang ! Katinka
Texte Jean-Christophe Deveney et  dessin de Loïc Godart
Akileos, 2012 – 62  pages couleur -14,25 €

jeudi 20 septembre 2012

[Festival sudiste] – Toulouse polars du Sud, saison 4 (12 – 14 octobre 2012)

La chose est entendue : tout amateur de littérature noire et policière doit faire une halte à Toulouse pour le festival « TPS », qui en est à sa quatrième édition. C'est Laurent Astier qui en a réalisé l'affiche cette année, et vous l'aurez remarquer : le Spirit himself veille sur le festival.
Côtés bandes dessinées, un peu moins de monde que les années passées, mais outre Laurent Astier,
seront présents Frédéric Bézian (auteur des excellents « Aller-Retour » et « Lesgarde-fous ») et Annie Goetzinger , qui entraîne, avec Pierre Christian, au scénario, la détective Edith Hardy dans la France et l'Europe des années 50. Le trait élégant de cette dessinatrice est parfait pour cette série.
Pour connaître le détail du programme, une seule adresse, celle du site entièrement remanié dufestival.

Bon voyage !

samedi 8 septembre 2012

[Chronique] - Juarez, de Sergeef et Rouge (Glénat)

Gaël arrive au Mexique, à Ciudad Juarez, avec l'espoir d'y retrouver sa sœur Gabriela, disparue depuis plusieurs mois ; sur place, il se rend chez Emilio, propriétaire d'une blanchisserie, le dernier endroit où travaillait Gabriela. Gaël y fait la connaissance d'Almania, fille d'Emilio, elle aussi morte d'angoisse depuis la disparition de Gabriela, avec qui elle avait sympathisé. Elle se souvient lui avoir dit de ne pas trop traîner avec Esperanza, une femme courageuse et obstinée, à la tête d'une association qui lutte pour faire éclater la vérité et la justice sur les centaines de femmes assassinées à Juarez. Gaël mène une enquête difficile, où ses pas lui font frôler un danger quotidien, en particulier lorsqu'il suit la trace d'Horacio Del Castillo, puissant chef de cartel. Mais c'est auprès de cet homme que la piste est la plus sérieuse pour retrouver la trace de Gabriela...

Sur fond d'une série de faits divers authentiques et d'une noirceur abyssale, Nathalie Sergeef et Corentin Rouge ont construit un polar assez original par son scénario à rebondissement final. La difficulté de leur entreprise était de ne pas simplement se « servir » de la situation dramatique des femmes de Juarez – situation qui perdure depuis presque vingt ans – comme simple décor à une intrigue, aussi judicieuse soit-elle. Il fallait réussir à faire passer autre chose qu'un bon moment au lecteur, lui faire prendre conscience de certaines réalités, sinon... à quoi bon ? Les deux auteurs s'en tirent assez bien, et ils réussissent à assurer une certaine gravité de ton à leur histoire. L'apport du dessinateur est à ce titre essentiel : Rouge, qui dans le dossier de presse confesse « … impossible d'échapper à quelques images un peu difficiles... » , a une justesse de trait dans tous les visages qu'il dessine, et réussit à faire passer toutes les émotions vécues par les personnages. Une réelle tension court par ailleurs tout au long des pages, et elle émane à la fois de la progression de l'enquête de Gaël et de l'environnement de corruption et de suspicion dans lequel il est plongé.
Cet album n'est évidemment pas un documentaire sur ce qui se passe à Ciudad Juarez depuis si longtemps, et n'a pas la force de l'immense roman de Patrick Bard « La Frontière » (exactement sur le même sujet), mais « Juarez » a le grand mérite d'être à la fois une bande dessinée au  scénario  très prenant et une fenêtre ouverte sur un drame de notre siècle.

Juarez
Scénario  Nathalie Sergeef et dessins Corentin Rouge
Glénat, 2012 – 72 pages couleur – Collection Grafica
14,95 €

samedi 1 septembre 2012

[Chronique] - Post mortem, ou quand les morts-vivants pointent à l'usine...

Les morts ne sont plus ce qu'ils étaient : le gouvernement a inventé « le Programme », un moyen de les ramener à la vie. Une bonne nouvelle ? Pas pour les revenants – les Post Mortem comme ils sont appelés – qui ne passent plus par la case cimetière, mais vont  directement à la case travail, celui des tâches répétitives et ingrates. Une riche idée pour sortir le pays de la crise, mais qui commence à provoquer des rancoeurs chez les vivants : des loques humaines sont en train de les pousser au chômage... Jérémy, jeune membre d'un trio de rock, passe du côté des morts-vivants du jour au lendemain, après s'est fait renverser par une voiture. Sa mère a signé pour qu'il rejoigne le Programme, mais pour Jérémy, c'est le début d'un véritable enfer : il est traité comme un chien par ses nouveaux collègues de l'usine de pneus où il a été affecté. Il préfère en finir en se jetant sous les roues de la première voiture venue, mais il tombe sur une conductrice et son père, qui n'ont pas encore complètement fermé leur coeur à la souffrance des autres...

Difficile en ce moment d'échapper aux  zombies et autres « morts-vivants » dans la bande dessinée, qui s'alignent en cohorte derrière la série-phare « Walking dead » (fort réussie d'ailleurs). Pierre Maurel prend une voie complètement originale en inversant les rôles : les zombies ne font plus physiquement peur, ni mal, et sont eux les victimes d'une partie de la population. Vulnérables, les voici exploités jusqu'à la moëlle, et ils constituent un véritable lumpenproletariat du XXIème siècle. Partant de ce postulat, Maurel pose la question de la résistance : existe-t-il encore quelqu'un pour s'opposer à cette situation, qui s'aggrave de jour en jour ? Les vivants ont-ils encore une once d'humanité ? L'auteur  répond par une histoire à suspense, un récit en forme de poursuite / fuite, qui feraient presque entrer « Post Mortem » dans la catégorie des thrillers... Mais ce sont bien les rapports humains qui sont au cœur de cet album, une préoccupation déjà présente dans le très bon « Blackbird », où il était question de liberté de publication et de régime autoritaire.
Le dessin de « Post Mortem » est plutôt de la famille « ligne claire », net et précis, et on peut lui rapprocher celui de Frédérik Peeters (« RG », dans la même collection). Un style graphique d'apparence inoffensive, mais qui permet mieux qu'un autre d'emmener le lecteur sur des chemins intérieurs beaucoup plus sombres... quand leurs auteurs ont quelque chose à dire du monde qui nous entoure. Pierre Maurel est de ceux-là, ne manquez pas de suivre son oeuvre en construction.






Post mortem
Texte et dessin de Pierre Maurel
Gallimard, 2012 – 92 pages couleur – Collection Bayou - 16 €

samedi 25 août 2012

[Chronique] - Black out (Sarbacane)

Norma Rouge travaille comme serveuse pour l'agence d'événementiels « The Cherry's Events ». Les soirées arrosées et empoudrées, elle connaît. Ce soir-là, elle n'est pas de service, et c'est avec le costume de l'invitée qu'elle se présente chez Franck de Maistre, un fils à papa friqué et abonné aux rails de coke. Norma se retrouve vite à l'écart du petit monde qui gravite autour de Francky et elle sirote ses coupes de champagne sans grande conviction. Jusqu'à ce qu'un couple lui aussi un peu dans son coin, l'aborde et lui propose d'aller faire la fête ailleurs. Comme Claire et Angelo ont l'air sympa malgré un air un peu bizarre, Norma accepte, et c'est à bord de sa voiture qu'ils se rendent tous les trois vers leur nouvelle destination nocturne. Enfin ça, c'est ce que Norma pense, jusqu'à ce qu'elle se réveille le lendemain matin dans un terrain vague, encore dans les vaps, seule au volant de sa bagnole. A ses côtés, un sac à main qui ne lui appartient pas, avec à l'intérieur, un Polaroïd où elle tire à bout portant, sur une inconnue. Et celle-ci n'est pas bien loin : dans le coffre grand ouvert, sous forme de cadavre...
Le thème de l'amnésie – ici sous la forme du trou noir où le personnage principal a tout oublié de ce qui s'est passé la nuit précédente – revient régulièrement dans la fiction policière, au cinéma comme en littérature, et a permis la production de quelques chefs d'oeuvre. « Memento » de Christopher Nolan côté 7ème art, et « Bone » de George Chesbro pour les romans, par exemple, sont de ceux-là. Il serait prématuré de ranger ce premier album de Jérôme Lerpinière dans la même catégorie, mais force est de constater que « Black Out » est une réussite de premier ordre. L'histoire de Norma, jeune femme manipulée par un couple lui-même jouet de forces extérieures, tient en haleine de bout en bout, et à partir du moment où la jeune femme est prise dans l'engrenage, il est impossible de lâcher l'album. C'est aussi grâce au style graphique de l'auteur : des planches en noir et blanc, où règnent les ombres, où les décors flirtent parfois avec l'expressionnisme du cinéma allemand et où les personnages sont tout en rondeurs et aux têtes disproportionnées. Il se dégage de tout cela une atmosphère d'étrangeté assez fascinante, assez bien symbolisée par la couverture de l'album d'ailleurs... « Black out » est une bande dessinée originale qui sort vraiment des sentiers battus. .

Black Out
Texte et dessin de Jérôme Lerpinière
Sarbacane, 2012 – 128 pages noir et blanc – 17,90 €

vendredi 3 août 2012

[Chronique] – Lignes Noires (Polystyrène)

L'objet est superbement réussi, d'une grande élégance. Dès le premier contact, voici une bande dessinée qui intrigue, et attire immédiatement par sa forme : elle se déplie à la manière d'un tryptique, et une fois ouverte, on déroule ses pages du bas vers le haut, pour une histoire en trois temps. On a tout de suite envie de s'y plonger... et on n'est pas déçu du voyage !
Les trois parties - « La Fuite », « En avant » et « Des Hommes ordinaires » - forment un récit à l'intrigue simple : un homme, Marc, porteur d'une sacoche à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux, se retrouve coincé par une grève ferroviaire qui l'empêche de rejoindre Le Havre. Il appelle un ami, Antoine, pour qu'il l'héberge momentanément, mais il est évident que Marc n'a pas l'esprit tranquille et ne restera pas longtemps sur place. Ce qui est le cas, puisqu'un couple débarque très vite dans l'immeuble où il a trouvé refuge, provoquant une course-poursuite pleine de danger et à l'issue incertaine...
« La Fuite », c'est cette tranche de vie, du point de vue de Marc, « En avant », celle de ses poursuivants, et « Des hommes ordinaires », celle d'une autre personne... que je vous laisse découvrir pour ne pas casser le suspense qu'ont réussi à installer les auteurs, Adrien Thiot-Rader et Ludovic Rio. Car, au-delà de la réussite formelle, « Lignes Noires » tient en haleine de bout en bout et est mené à un rythme soutenu. Les personnages croisés ont par ailleurs le mérite d'évoluer dans une France d'aujourd'hui, dont, en quelques cases on perçoit la réalité : on croit d'autant plus à cette histoire, qui se lit comme une nouvelle de Marc Villard. Graphiquement splendide, avec un noir – blanc -gris tout en ombres et lumières, « Lignes Noires » a également pour lui son aspect oulipien – ou Oubapien dirait l'Association – et il est extrêmement tentant d'en faire une lecture simultanée, et horizontale, des trois épisodes. Et cela fonctionne pas mal du tout...
N'hésitez donc pas à vous procurer cet album, publié par une petite maison associative, les éditions Polystyrène, qui ont choisi de publier des livres « à manipuler ».

Lignes noires
Adrien Thiot-Rader et Ludovic Rio
Polystyrène, 2012 – 3 x 24 pages noir et blanc – 16 €

mercredi 25 juillet 2012

[Chronique délocalisée] - Clown, de Louis Le Hir (Mosquito)

Clown est un solitaire. Il va sur les chemins avec sa roulotte et s'arrête quand il le faut pour ses spectacles de... clown. Sa vie va être bouleversée lorsqu'il va trouver Zoé, un bébé abandonné dans une décharge. Il la garde avec lui et l'élève dans cet univers de saltimbanque, où la vie est encore plus difficile qu'ailleurs. Mais Clown est protecteur, Zoé réussit à apprendre à lire, à écrire, et à grandir aux côtés de ce père adoptif bourru mais attentionné. Les années passent et Zoé devient une jeune fille. Un jour, la roulotte croise la route du cirque de monsieur Willy, qui engage Clown pour son numéro. Avec Zoé, ils sont désormais un peu plus à l'abri des temps difficiles. Mais la jeune femme, attirant bien des regards dans le troupeau mâle du cirque, va découvrir au fil des jours que l'espèce humaine a des côtés obscurs que Clown avait oublié de lui enseigner...

Voilà pour l'histoire... Retrouvez la suite de ma chronique de ce superbe album de Louis Le Hirici, chez les amis de k-libre.fr

Les éditions Mosquito font un travail remarquable depuis des années - pas souvent dans le genre polar,  mais peu importe - notamment autour des oeuvres de Toppi et Battaglia. A soutenir sans réserve !

Vous pouvez aussi rendre une petite visite au blog des Le Hir, où on dessine de père en fils.


mercredi 18 juillet 2012

Urban Comics reprend la fine fleur du crime comics : 100 bullets et Scalped

Le début de cette année 2012 a été marqué par les premiers albums publiés par Urban Comics, qui n'est autre que le nouveau label pour l'édition française des albums édités outre Atlantique par DC Comics. Et en quoi cela doit-il réjouir l'amateur de polar en cases ? Tout simplement parce que c'est ici qu'il pourra retrouver deux séries incontournable du label Vertigo : 100 bullets et Scalped. Mais ces séries n'ont-elles pas déjà été publiées en France ? Oh que si, et plus d'une fois en ce qui concerne 100 bullets, la dernière en date étant chez Panini.
Pour ces rééditions, Urban Comics repart de zéro, tout en poursuivant la traduction en cours. Et pour bien faire les choses, les premiers albums de chaque série seront réédités au format cartonné, et les autres en souple (ça c'est un peu dommage, mais bon, ne faisons pas la fine bouche). Le grand intérêt de cette nouvelle édition chez Urban Comics est d'avoir retraduit les séries, et de les avoir remaquettées. Et l'autre grand intérêt réside bien sûr dans une certaine visibilité retrouvée pour des comics qui sont devenus de vrais classiques du noir, que vous aurez nettement plus de chance désormais de voir chez vos libraires, Urban Comics étant une « branche » de l'arbre Dargaud. Bon, tout cela c'est bien joli, mais il est possible que vous n'ayez pas encore eu entre les mains 100 bullets ou Scalped... Alors une petite mise en appétit me semble la bienvenue.

Si la fin des années 80 a vu un vent nouveau souffler sur le polar, la fin des années 90, 1999, pour être précis, est l'année de sortie de LA série des années 2000 : 100 bullets, de Brian Azzerello et Eduardo Risso. Le scénario d'Azzarello repose sur une idée exposée dès le premier des 100 chapitres/épisodes de la série : un homme mystérieux, l'agent Graves, aborde un inconnu, et lui tend une mallette. A l'intérieur : un flingue, 100 balles « intraçables », et toutes les preuves qu'une personne a causé d'immenses souffrances à l'inconnu. Et maintenant : que va faire le destinataire de la mallette ? Se venger ? Chercher à en savoir plus ? Ne rien faire ? Cet épisode initial de la mallette revient de manière récurrente dans la série, et très vite, l'intérêt se porte sur l'agent Graves, dont on apprend assez vite qu'il est au coeur d'un groupe d'hommes de mains, les minutemen, protégeant de puissants hommes d'affaires qui dirigent le pays. Mais que tout cela est bien entendu soigneusement occulté. Et que Graves devenu incontrôlable, est comme le ver dans le fruit ... 100 bullets est une série d'une richesse totale : narrative d'abord, car Azzarello a construit un édifice extrêmement élaboré, un jeu de piste ébouriffant et subtil, dont la solution se dévoile par petites touches. Et richesse graphique, ensuite, car Risso compose des planches d'un dynamisme absolu, et campe une multitude de personnages avec une justesse constante, et une maîtrise des ombres inégalée. Les expressions des visages de ses personnages sont particulièrement réussies.Quant aux couvertures, toutes signés Dave Johnson, elles ne sont pas loin, pour certaines, du chef d'oeuvre. Dernier signe extérieur de richesse : chaque volume – ou presque – est introduit par des scénaristes ou romanciers de renom qui ne cachent pas leur admiration pour 100 bullets...


En ce qui concerne Scalped, je le découvre à l'occasion de cette arrivée chez Urban Comics. Quel choc ! L'histoire est celle de Dashiell « Bad Horse », un indien Lakota, qui revient sur ses terres ancestrales quinze ans après en avoir été chassé par sa propre mère, qui voulait à tout prix lui éviter la misère et le désespoir. Mais Dashiell ne revient pas comme le fils perdu que sa famille attend.
Non, son retour à Prairie Rose, il le fait comme agent du FBI, chargé d'infiltrer la police tribale du chef Red Crow... Et si « Bad Horse » est choisi par ses supérieurs pour cette mission, c'est par ce que  «  C'est un sociopathe borderline guidé par une colère profonde et un désir de mort inconscient. C'est un volcan de violence pouvant à tout moment entrer en éruption. Un danger pour quiconque l'entoure. En d'autres termes... il est parfait ».
L'activité de Red Crow, dépasse celle du simple maintien de l'ordre sur la réserve. Ce puissant et respecté chef indien règne en effet en maître sur la drogue et l'alcool qui circulent sur son territoire, et il est au cœur d'un projet de casino, dont il sera bien entendu, le propriétaire. Comment va se comporter Dashiell face à cet homme, et surtout, face à son passé, qui lui revient à la figure ? Comment va-t-il parler avec cette mère, qui fut une militante ardente de la cause indienne ? De quel côté va-t-il faire pencher la balance ? Bien ou Mal ? Blanc ou Indien ? Ce ne sont que quelques-unes des questions que se pose ce personnage franchement hors norme créée par Jason Aaron. L'Amérique qu'il dépeint n'est pas celle dont on entend parler le plus souvent, et le plus fort de ce récit est certainement justement d'avoir réussi à mettre en place un récit très noir sur des codes que tout le monde par contre connaît, ceux du western. Le dessinateur, R.M. Guéra, qui vit en Espagne, restitue parfaitement cette ambiance sombre, avec un talent encore plus grand dans les scènes nocturnes. On sort de la lecture de Scalped comme envoûté, pris par les esprits, peut-être...
Ne ratez vraiment pas cette nouvelle édition, pour laquelle Guéra a dessinée deux couvertures inédites.

100 bullets
Tome 1 – Première salve – 176 pages – 17,50 €
Tome 2 – Le Marchand de glaces – 176 pages – 17,50 €
(tome 15 – Le Sens de la chute – 192 pages – 17 €
et tome  16 - Le Grand nettoyage - 128 pages - 14 €)


Scalped
Tome 1 – Pays Indien – 128 pages – 14 €
Tome 2 – Casino Boogie – 128 pages – 13 €
(et tome 5 – La Vallée de la solitude – 13 €)

lundi 9 juillet 2012

[Chronique] - Seuls 7 : Les Terres Basses

Toujours prisonniers de Fortville, Dodji, Leila et leur petite troupe cherche à fuir le centre de la dangereuse «zone rouge », mais aussi à échapper à la bande de Saul, qui continue à les harceler. Dans leur fuite, leur bus tombe sur une muraille infranchissable, barrant définitivement la route. Une barrière terrestre qui n'était pas là quelques heures auparavant... Tous comprennent alors que la zone rouge est en train de s'enfoncer et qu'il va leur falloir escalader très vite ce mur impressionnant, pour ne pas tomber dans les mains de la foule d'enfants inexplicablement zombifiés de la zone... Evidemment Saul et ses fidèles sont eux aussi prisonniers et il va falloir que tous s'unissent pour s'extirper des Terres Basses, qui continuent de s'enfoncer...

Bon. Vous ne saisissez pas tout malgré cette limpide mise en bouche ? C'est que vous n'avez pas lu les épisodes précédents, en particulier « La Quatrième dimension et demie » dont ce 7ème tome de « Seuls » est la suite directe. Je vous invite donc à tout reprendre depuis le début, car cette série extrêmement originale réussit à maintenir un suspense de haut niveau. Si vous avez lu les 6 tomes précédents, sachez que celui-ci franchit un pas supplémentaire dans le genre fantastique et vire presque au récit de terreur. On peut même s'amuser au petit jeu des références cinématographiques, la couverture elle-même ayant un petit côté « La Nuit des morts vivants » avec ses mains cherchant à attirer à elles le héros terrorisé. Et au fil des pages, le « Fog » de John Carpenter n'est pas très loin.
Tout cela s'inscrit en fait dans la ligne de la série de Fabien Vehlmann et Bruno Gazotti, qui d'une intrigue « policière » au départ - pourquoi les enfants sont-ils seuls ? Quelle est la raison de la désertion de la ville par les adultes ? – ont dirigé leur oeuvre vers d'autres rives au regard des révélations de la fin du premier cycle. « Seuls » ne perd par ailleurs pas ce qui fait aussi sa grande qualité : les relations entre enfants, leurs réactions fasse aux dangers, à l'inconnu, la solidarité et l'imagination dont ils doivent faire preuve dans un monde sans adulte.
Bref, un excellent thriller fantastique dont vous pouvez voir la bande annonce sur le site de la série. Et pendant que j'y suis, pour le blog de Vehlmann, c'est par là.

Seuls, tome 7 – Les Terres Basses
Scénario Fabien Velhmann et dessin Bruno Gazzotti.
Dupuis, 2012 – 56 pages couleurs – 10,60 €

dimanche 17 juin 2012

[Chronique] - 7 détectives : sept enquêteurs défiés par un mystérieux assassin

Ils ne se sont jamais rencontrés, mais ils ont une raison de vivre commune : celle de résoudre les affaires criminelles les plus mystérieuses. Et les voici tous réunis, à Londres, dans le salon de l'un d'entre eux, Ernest Patisson, détective Suisse installé là depuis peu. Autour de lui, Adélaïde Crumble, institutrice retraitée ; Frédérick Abstraight, ex-inspecteur du Yard, qui a traqué en vain « l'égorgeur de Greenhill » ; Martin Bec, de la PJ française ; Richard Monroe, détective privé de Los Angeles ; le docteur Eaton « aide de camp » du plus grand détective du monde, Nathan Else, qui est bien évidemment présent à cette réunion hors du commun. Aucun des ces fins limiers ne se doute de la raison de leur convocation chez Patisson, qui l'ignore lui-même... L'inspecteur MacGill, une fois les présentations faites, les met vite au parfum : un tueur en série a laissé auprès de trois scènes de crimes la liste de leur nom à tous, accompagnée d'un chiffre 7... C'est clairement un défi lancé aux détectives par un assassin pour l'instant insaisissable....

Et bien voilà un volume des plus ludiques et des plus plaisants de la série 7 ! Les auteurs ont visiblement pris un malin plaisir à fabriquer une histoire qui rend hommage aux enquêtes de l'âge d'or du roman policier, à commencer par celles du grand Conan Doyle. Il y a une ambiance follement holmesienne – si je puis me permettre – dans cet album. Déjà, les personnages de Nathan Else et du docteur Eaton sont d'évidentes démarques de Holmes et Watson.  Ensuite, l'intrigue se déroule à Londres, et on y croise le chemin d'un étrangleur. Et surtout, elle est construite avec moult rebondissements spectaculaires, fausses pistes, chausse-trappes et autres pièges à rois et reine de la déduction. Graphiquement, c'est une grande réussite, et les 7 premières planches sont un régal : chacun des 7 se présente lui-même à l'assemblée, et Éric Canete  (ici son blog) dessine les enquêteurs sur une pleine page, en une seule case, où ils sont représentés de plein-pied. Impressionnant et superbe ! Immédiatement, la forte -personnalité de chacun est posée et l'envie prend aussitôt le lecteur de les suivre dans le défi qui leur est très vite proposé. Et le lecteur ne sera pas déçu, car le scénario d'Herik Hanna garde des surprises jusqu'au bout, et réussit à injecter une touche d'humour, assez british, qui cadre bien avec l'ambiance qui règne dans les pages.
Franchement, ce « 7 détectives » est un vrai régal pour l'esprit et pour les yeux.


7 Détectives
Scénario Herik Hanna et dessin Éric Canete
Delcourt, 2012 – 64 pages couleur
 - Collection Conquistador – 14,95 €

vendredi 15 juin 2012

[Chronique] - Tramp 10 - Le Cargo maudit


Yann Calec a suffisamment bourlingué, et avec l'or récolté lors de son dernier périple maritime au Tonkin, il peut s'offrir son cargo. Voici donc notre homme sur les quais de Rouen, prêt à repartir à bord du Pierrick, son liberty-ship autrefois baptisé Marlen Tramp. Mais il faut tout de même redonner un petit coup de neuf au navire, car l'incendie dont il a été victime a laissé des traces, et pas mal de réparations à faire. Et voici que lors de la première visite à bord avec son nouvel équipage – recruté avec un peu de difficulté – Calec découvre le cadavre d'un gardien du port, à moitié dévoré par les rats. Une enquête de police est ouverte, et elle n'arrange évidemment pas le capitaine du Pierrick. Et une fois que tout est réglé, les dockers se mettent en grève et emppêhcent l'accès au cargo, juste au moment de partir. Yann Calec se persuade assez vite que des ennemis agissent dans l'ombre...

Les aventures narrées par Kraehn et Jusseaume fonctionnent par cycles (trois jusqu'à cette aventure) et ce dixième tome en forme un à lui tout seul. Si vous n'avez jamais ouvert un album de cette série, voici un bon moyen de faire connaissance de Yann Calec, marin décidé et courageux, un brin ironique, et de son univers. « Le cargo maudit » ne vous emmènera pas sur les mers lointaines, puisque l'intrigue se passe presque exclusivement dans le port de Rouen. Mais il vogue en eaux troubles et il règne dans ce tome une atmosphère où la couleur noire est plus franche que dans les autres cycles, peut-être. Le scénario de Kraehn tient du reste en haleine assez longtemps sur l'identité et les motivations de la personne qui en veut au héros, ce qui fait que tout cela – ambiance et intrigue à suspense - donne un excellent polar maritime, comme il y en a assez peu, en fait... Et Jusseaume brosse une galerie de personnages toujours aussi authentiques, comme à son habitude. Alors, pas d'hésitation, tous à bord ! Même si ça tangue.


Tramp, tome 10 – Le Cargo maudit
Scénario Jean-Charles Kraehn et dessin Patrick Jusseaume
Dargaud, 2012 – 56 p. couleurs – 13,99 €


mercredi 30 mai 2012

[Hurrah !] - "Grandville mon amour" premier prix SNCF Polar BD !

Bryan Talbot avec Claire Deslandes, des éditions Milady

 And the winner is... Bryan Talbot ! Yes !

C'est donc de l'autre côté de la Manche que va partir le trophée récompensant le premier prix SNCF polar BD. Rappelons que pour cette arrivée de la BD dans le célèbre Prix Polar SNCF, cinq albums étaient en compétition et que le public a choisi la BD la plus spectaculaire de la sélection, la plus divertissante certainement également, mais peut-être pas celle qu'on attendait. A moins que Grandville mon amour n'ait bénéficié d'un certain « effet Blacksad » ? 
Pour les étourdis, je rappelle que cet album fait partie de la grande famille des BD animalières, mais qu'elle recouvre plus d'un genre, comme j'avais pu vous le dire dans mes précédentes chroniques. C'est une formidable série – ce tome est le deuxième, mais peut se lire indépendamment du premier – dans un univers uchronique et steampunk, au sein duquel Bryan Talbot fait mener à des inspecteurs de choc des enquêtes de facture classique mais au dynamisme explosif. Car si on vante, à raison, la qualité du dessin de Guarnido dans Blacksad, il est peut-être temps de se rendre compte de l'immense  talent de Talbot dans cette catégorie si particulière qu'est la BD anthropomorphique. Ceux qui connaissaient son oeuvre antérieure ne seront pas surpris par ces propos. Mais ceux qui ont découvert cet auteur avec cette série, comme c'est le cas je pense pour une grande majorité des lecteurs-votants de ce prix, le choc visuel, et narratif, a dû être grand ! 

Bryan Talbot était présent hier à Paris et il était très sincèrement ému et heureux de recevoir ce prix. En discutant un peu avec lui, j'ai appris qu'il venait de juste de terminer le troisième Grandville, qui s'appellera « Bête Noire », et sera vraisemblablement traduit pour Milady. Espérons-le, car c'était tout de même un pari pour ce label – qui n'est autre que la branche graphique des éditions Bragelonne – et souhaitons aussi que ce prix soit bénéfique au premier volume, tout aussi bon que ce tome (je l'avais d'ailleurs placé en tête de mes chouchous de l'année 2010). Saluons aussi en passant le traducteur, Philippe Touboul, qui n'est autre que l'un des deux larrons responsables de la librairie Arkham, à Paris, spécialisée dans les comics. (Si vous ne connaissez pas les lascars, je vous conseille leurs présentations vidéo des dernières nouveautés reçues en magasin, du sérieux dans la déconnade. Et allez donc faire un tour, rue Broca, c'est vraiment une chouette boutique. Fin de la  parenthèse promo.)

Enfin, comme c'était un prix de lecteurs, sachez que l'édition 2013 est d'ores et déjà en route, et que, bientôt, vous pourrez vous aussi participer au vote. Je vous en donnerai toutes les modalités dès qu'elles seront connues. En attendant, bienvenue dans l'univers fantasque, déjanté, extraordinaire, drôle, intelligent de Bryan Talbot. Bienvenue à Grandville !

dimanche 27 mai 2012

Cérémonie Prix SNCF du POLAR : demandez le programme !

Je vous l'avais annoncé il y a quelques jours, en voici quelques détails pratiques.
Cela se passera Mardi 29 mai, GARE DE LYON, Hall2, où des animations, toutes gratuites, sont proposées de 10h à 19h :

- Studio Photo Polar
- Découverte des romans, BD et courts métrages des sélections 2012 du PRIX SNCF DU POLAR
- Quizz polar et musicaux avec de nombreux cadeaux à la clé
- Concerts de musique polar
- Inscription au Club PRIX SNCF DU POLAR

Puis la cérémonie elle-même débutera à partir de 19h, dans ce même Hall 2. Les Prix SCNF du Polar seront décernés pour le court-métrage, le roman et bien, sûr, la Bande dessinée.
Alors, pour savoir qui de Aller-retour, La faute aux Chinois, Les Faux visages, Grandville, ou l'Organisation sortira en tête des 2139 bulletins de vote, une seule destination : Paris, Gare de Lyon, mardi 29, 19 h ! Je serai là, et rencontrerai avec plaisir les lecteurs et lectrices de Bédépolar.