Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

samedi 30 octobre 2010

De briques et de sang (2010)


Il se passe de drôles de choses au Familistère de Guise, en ces années 20 : voilà qu'on y meurt de manière rapprochée... et un peu trop suspecte. Cette communauté n'est-elle pourtant pas un modèle de justice sociale ? Voici un excellent album et je vous propose de lire ma chronique sur le site k-libre.

Vous pouvez aussi aller faire un tour du côté des blogs des dessinateurs David François et Pierre-Henry Gomont, l'auteur de l'épilogue. Sans oublier celui du scénariste, Régis Hautière.

Et en prime, une couverture finalement non retenue pour cet album :


De briques et de sang
Scénario Régis Hautière et dessins et couleurs David François
Dessin de l'épilogue Pierre-Henry Gomont
KSTR, 2010 - 114 pages couleurs – 16 €

samedi 16 octobre 2010

Smoke city 2 (2010)

Le groupe de choc reconstitué pour un casse de grande envergure, commandité par l'insaisissable ennemi public n°1 de Smoke City, s'est retrouvé à l'issue du premier tome dans un situation pour le moins critique : trahi par l'un des leurs, les cinq autres as de la cambriole se retrouvent au poste, interrogés un par un par des duos de flics qui tentent de comprendre. Mais les braqueurs ne savent plus trop eux-mêmes où ils en sont : la police semble prête à passer l'éponge sur la tentative de casse, si le groupe accepte de collaborer activement et de tendre un piège au commanditaire, véritable cible de l'inspecteur Ruben. Et c'est en fait Valentine Cole, le « traître » du groupe qui va être au coeur du piège... une situation vite inconfortable face à un ennemi qui dispose d'atouts d'une puissance insoupçonnée dans son jeu...Le scénario de Mathieu Mariolle se complexifie dans ce second volume, et Smoke City glisse progressivement dans un fantastique du meilleur goût. En invitant à la table de simples braqueurs un adversaire lié à un démon, l'histoire change de registre. Et c'est là qu'intervient tout le savoir-faire de Mariolle : en fonctionnant par flashbacks, et en installant à la fin de chaque scène/séquence un suspense efficace, la dimension fantastique arrive par touches successives, à l'intensité grandissante. C'est presque un lieu commun d'affirmer que le découpage d'un scénario de bande dessinée est proche de celui d'un film de cinéma, mais c'est loin d'être une vérité absolue. Mais dans le cas de Smoke City, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre le 7ème et le 9ème art. : on se fait littéralement son film et on voit l'histoire, et ses acteurs. L'autre artisan de ce magnifique travail est bien entendu Benjamin Carré : son dessin extraordinaire de réalisme, son usage des couleurs, son utilisation discrète de la photographie dans la composition de ses cases, ses décors somptueux, ses ultra-dynamiques scènes d'action sont autant de qualités affichées dans le premier tome, et qui font de « Smoke city » une des plus belles réussites du genre. A l'instar de certains « comics » qui croisent avec bonheur les univers du polar et des super-héros (je pense à « Incognito » de Brubaker et Philipps ou à « Gotham central » du même Brubaker, avec Rucka et Lark), ce diptyque confirme tout l'intérêt que peut avoir un genre codé comme le récit policier à explorer d'autres territoires. Et même l'une des conditions de sa survie ?

Smoke city 2
Scénario Mathieu Mariolle et dessin Benjamin Carrré
Delcourt, 2010 – 48 p. coul. - Collection Neopolis – 12,90 €

jeudi 14 octobre 2010

La Mort n'est pas une excuse (2010)

Le Goo Goo Muck trio est un groupe de musiciens de blues sans histoire. Enfin, sans histoire jusqu'à la découverte du cadavre de José Da Silva, latin lover Portugais et local, mystérieusement assassiné... Non pas que le trio y soit pour quelque chose, mais, c'est juste que le trucidé était une connaissance à eux. Et une connaissance morte par homicide, ça marque. Alors pour marquer le coup, il est décidé de rendre hommage à la victime en lui dédiant le concert du lendemain. Mais en attendant, il faut répéter, et c'est là que les choses prennent une tournure bizarre pour le chanteur au banjo du trio : à la place de son instrument fétiche, un flingue et deux chargeurs attendent paisiblement, comme dans les meilleurs films de gangsters... Où est passé le banjo et à qui est cette arme ? La vérité ne va pas tarder à se manifester.
Cet album – qui porte bien son sous-titre de « Fantaisie noire » - est placé sous les auspices de Dock Boogs et de Maurice Tillieux. Si le second nous est familier (comment cela, vous n'avez pas lu cette chronique de la réédition des fabuleux Gil Jourdan ???), je dois avouer que j'ignorais qui était le premier. J'aurais pu m'en douter à la couverture, superbe, de cet album : c'était un bluesman américain, un maître du banjo des origines. Et cette BD toute entière est un véritable hommage, ludique, à la musique et au roman noir. Nicolas Moog, déjà auteur d'une bonne adaptation du Poulpe de Jacques Vallet (« L'amour tarde à Dijon ») s'amuse comme un petit fou à parsemer son histoire de clins d'oeil à la Série Noire. Le plus spectaculaire – et amusant – est d'avoir glissé le tueur de service dans la peau de... Marc Villard : notre vénérable gloire nationale ne lui en veut pas, puisqu'il lui signe une préface aussi référentielle que les planches qui la suivent. Et tout aussi délirante. Bon, l'intrigue est ténue, mais le plaisir est ailleurs, c'est un peu celui ressenti à la lecture d'une nouvelle : le tout est ramassé, et on peut revenir au début pour savourer à nouveau.
La mort n'est pas une excuse, non, et passer à côté de cet album non plus !

La mort n'est pas une excuse
Scénario et dessins Nicolas MOOG
Six pieds sous terre, 2010
48 p. noir et blanc – Collection Monotrème
10 €

samedi 11 septembre 2010

Blacksad 4 : L'enfer, le silence (2010)

Sebastian « Little Hand » Fletcher est un jazzman hors du commun, un des ces musiciens capables de vous remplir une salle en moins de temps qu'il ne lui faut pour s'installer à son piano et de faire les beaux jours des maisons de disques. Des pépites pareilles ne courent pas les rues, et il faut les ménager, être aux petits soins, comme l'a justement toujours fait le patron de « Lachapelle Records », label le plus renommé et influent de la Nouvelle-Orléans. Mais quand on est héroïnomane comme Fletcher, on est incontrôlable, et « tout à fait capable de faire une bêtise » comme s'en inquiète son mentor, Faust Lachapelle. Quoi de plus naturel pour lui alors de lancer sur sa piste celui qu'on lui a assuré être capable de le retrouver « sans faire trop de grabuge » ? Le détective en question n'est autre que John Blacksad, qui va vite comprendre que la partition qu'on lui a donné est remplie de fausses notes... Du confrère embauché avant lui et évincé sans ménagement au fils Lachapelle, amer et retors, en passant par des musiciens aussi souvent au pénitencier qu'au club de jazz, tous semblent vouloir faire danser Blacksad à leur rythme à eux. Mais c'est bien connu : le chat retombe toujours sur ses pattes...


Cinq ans après « Ame rouge », le détective aux griffes les plus acérées de la BD fait donc son retour, attendu avec impatience par ses fans, une curiosité certaine pour tous les autres, mais avec pour tous la même question : dans quel tourbillon le dur à cuire Blacksad va-t-il être plongé ? Une issue fatale, si on s'arrête à la somptueuse couverture de cet album ? Une histoire étrange, au regard de la quatrième de couverture ? Les premières pages mettent rapidement sur la voie : il sera question de musique, puisque nous voici à la Nouvelle Orléans. Mais nous voilà aussi prévenu : il ne sera pas question uniquement de légèreté et d'insouciance, puisque les premiers mots qui accompagnent le strip-tease auquel assistent Blacksad et son fidèle Weekly sont ceux de Sartre, « l'enfer c'est les autres ». Et Diaz Canales et Guarnido vont constamment jouer sur cette dualité, d'un côté une ville festive, de l'autre des habitants à l'âme tourmentée. Cela se traduit, côté scénario, par une construction non linéaire, où les protagonistes apparaissent de manière parfois inattendue, le plus souvent au moment où la page est tournée, ce qui donne de saisissants changements d'ambiance, et imprime un rythme vraiment particulier à l'album. L'intrigue imaginée par Diaz Canales, autour de la musique bien sûr, mais qui cache des ramifications, confirme le savoir-faire du scénariste dans la bande dessinée noire psychologique, car, comme pour les précédents tomes, ses personnages ont une réelle épaisseur, et celle-ci sert directement la dynamique du récit.
Et si cela fonctionne aussi bien, c'est parce que Guarnido n'a rien perdu de son incroyable talent, et que son dessin est toujours aussi spectaculaire, même dans les scènes les plus calmes. On a rarement vu une bande dessinée animalière aussi expressive que Blacksad, et l'engouement autour de cette série est justifié : voici une oeuvre intelligente, qui prend le temps de se construire.
Et pour les petits veinards qui habitent pas loin de Château-du-Loir, dans la Sarthe, une visite à la bibliothèque municipale s'impose : les planches agrandies de ce quatrième tome de Blacksad y sont exposées du 14 septembre au 2 octobre. Entre autres réjouissances autour du noir (programme détaillé ici) Je serai d'ailleurs présent le vendredi 24 septembre, pour présenter une sélection des meilleures BD polars de ces vingt dernières années. Exercice difficile, mais une chose est sûre : Blacksad en sera !

Blacksad, tome 4 : L'enfer, le silence
Scénario Juan Diaz Canales et dessin Juanjo Guarnido
Dargaud, 2010 - 56 p. coul. - 13,50 €

dimanche 5 septembre 2010

Les Héros du peuple sont immortels : Gil Jourdan et Spirou en intégrales

S'il est un éditeur qui traite ses grands anciens avec tout le respect qu'ils méritent, c'est bien Dupuis, dont la politique actuelle de rééditions des classiques de son catalogue est des plus intelligentes, au travers d'intégrales toutes plus soignées les unes que les autres. Non, non je n'exagère pas... Et je vous ai déjà signalé dans ces pages tout le bien dont je pensais de cet important travail patrimonial (notamment à propos de Tif et Tondu).
Mais à ma grande surprise, je me rends compte que je ne vous avais pas encore parlé ici de la somptueuse intégrale de Gil Jourdan, de l'immense Maurice Tillieux. Le tome 3, qui couvre la période 1964-1970 et regroupe « Le gant à trois doigts », « Le chinois à deux roues », « Chaud et froid » et « Pâtée explosive » - soit les albums 9 à 12 de la série - est sorti au début de l'été, clôturant la période où l'intrépide détective est entièrement l'oeuvre du seul Tillieux. Dans son érudit et passionnant dossier de présentation, José-Louis Bocquet, grand connaisseur de l'oeuvre Jourdanesque, resitue chacun des albums dans son contexte, et rappelle toute l'importance du scénariste au sein de la profession à cette époque, et le rôle, presqu'inconscient, qu'il eut alors pour la reconnaissance du métier auprès des éditeurs.
Au delà de cet aspect, José-Louis Bocquet décortique toute la mécanique à l'oeuvre dans ces aventures, et souligne que l'auteur a parfois subi la contrainte des 44 planches – étalon inébranlable alors – le poussant, par exemple, à accélérer la fin d'un récit expérimentalement débuté en temps réel, « Le Gant à trois doigts », qui n'en demeure pas moins extrêmement plaisant au final. Tout comme le reste également « Le Chinois à deux roues », une expédition épique à bord d'un camion, sous une pluie constante. C'est bien là toute la force des aventures de Gil Jourdan : près d'un demi-siècle après leur sortie, elles sont toujours incroyablement lisibles, drôles et ont conservé leur inventivité originelle. On ne dira jamais assez combien Maurice Tillieux était un auteur majeur, du reste de plus en plus sollicité pour des scénarios pour une foule de confrères, ce qui – hélas – le contraindra à abandonner le dessin de sa série phare.

C'est à cette époque où Tillieux lâche les rênes de Gil Jourdan que Fournier s'empare de celles de Spirou et Fantasio, tout juste lâchées par Franquin.
Là encore, le premier volume de ces premières « années Fournier » (1969-1972) est présenté par José-Louis Bocquet, qui retrace les débuts d'un jeune auteur, tout surpris de se voir proposer la série reine de l'hebdomadaire, alors que son «Bizu » traîne en queue de peloton des impitoyables référendums du magazine... Extrait de la conversation rapportée par Bocquet, entre Charles Dupuis et Jean-Claude Fournier :

« ça va, monsieur Fournier, vous êtes content de votre carrière ? »
« Oui »
« Les résultats sont pas terribles »
« Pas terribles... En effet... »
« Aussi, on a pensé à vous pour reprendre les aventures de Spirou et Fantasio ! »
Je me dis « C'est une blague ? »....

Mais ce n'en était pas une, et Fournier restera aux commandes de la série jusqu'en 1979 , et l'album « Des haricots partout ». Ce premier tome contient les trois albums « Le Faiseur d'or », « Du glucose pour Noémie » et « L'abbaye truquée ». Si la présence de Franquin se fait sentir dans le « Faiseur d'or », ne serait-ce que parce qu'il y dessine une dernière fois le Marsupilami, avant de le garder rien que pour lui, Fournier s'émancipe du Maître dès les albums suivants, en particulier en créant des personnages bien à lui, et qui marqueront à leur tour la série, comme Itoh Kata, le prestidigitateur nippon, ou l'organisation de malfaisants « Le Triangle ». La Bretagne chère à l'auteur est également présente et le demeurera tout au long de ces années « Spirou ».
Ce tome est agrémenté d'histoires courtes parues dans la revue, et jamais rééditées depuis. Il ne faut pas hésiter à relire ce Spirou-là, à qui Fournier a su, au fil des albums, donner une personnalité plus forte qu'on ne le croit.

Intégrale Gil Jourdan – Tome 3
Texte et dessins Maurice Tillieux
Dupuis, 2010
240 pages couleur – 24 €

Intégrale Spirou et Fantasio – Tome 9
Texte et dessins Jean-Claude Fournier
Dupuis, 2010
240 pages couleur – 19 €

lundi 30 août 2010

BANG ! Olivier Berlion adapte Elmore Leonard pour Rivages / Casterman / Noir. Interview-express !

Deux nouveaux coups de feu dans la chaleur de l'été : les adaptations de "Dernière station avant l'autoroute" et "Le Kid de l'Oklahoma", dans la très classieuse collection Rivages/Casterman/Noir. La première est signée Mako et Daeninckx, d'après le roman d'Hugues Pagan, et la seconde d'Olivier Berlion, d'après l'oeuvre d'Elmore Leonard.
Je reviendrai très bientôt sur ces deux albums, mais en attendant, je ne résiste pas à vous livrer un extrait d'une interview d'Olivier Berlion, à paraître en octobre dans la vénérable revue "813".
Extrait où il est bien entendu question de littérature noire et de bande dessinée...

En 2003, vous adaptez une nouvelle de Tonino Benacquista « La Culture de l'elaeis au Congo Belge », sous le titre « Coeur tam tam ». Comment s’est passée cette rencontre avec Tonino Benacquista ?
Comme un rêve. Je dis à mon éditeur que j'adorerais travailler avec lui d'autant que sa première incursion dans la BD, "L'Outremangeur", était pour moi une réussite. 15 jours plus tard il organise un rendez-vous. Tonino me propose une nouvelle de son recueil "La machine à broyer les petites filles" chez Rivages, dont-il aimerait profiter de l'adaptation en BD pour développer davantage son idée de départ. Ce fut un an de plaisir pur. On était comme des gosses e
n train de fabriquer un récit totalement rocambolesque, improbable. J'envoyais mes propositions de découpage à Tonino revenait dessus, ajoutait, retirait des éléments. Beaucoup de fous rires, et un vrai respect l'un pour l'autre.
Il y a depuis quelques années un engouement éditorial évident pour les adaptations de polars en BD. Etes-vous à nouveau tenté par une autre incursion dans le domaine ?
Je suis en plein dedans car je viens de terminer pour Rivages noir/Casterman l'adaptation du Kid de l'Oklahoma d'Elmore Léonard (autre auteur adulé...). Une sorte de western sans cheval, ambiance Bonnie and Clyde. un nouvel univers pour moi et beaucoup de plaisir. J'ai choisi un angle d'adaptation particulier, celui d'un journaliste qui relate le récit de Carl Webster, marshall des Etats-Unis en passe de devenir une légende et son affrontement avec Jack Belmont, un fils de bonne famille, devenu braqueur de banque par vice. Cet angle docu-fiction s'est imposé à moi à la lecture, car Elmore Leonard s'évertue tout au long du roman à faire des clins d'oeils aux mythes américains de l'époque (Lindbergh, Ford, Dilllinger, le Ku klux klan...), le tout étant très documenté pour donner une impression de réalité quand à l'existence de son héros. Je m'aperçois à l'occasion de la sortie qu'Elmore Leonard est très connu et apprécié par les auteurs de BD et cela ne m'étonne pas. Son écriture rythmée, décalée, parsemée de personnages originaux et souvent haut en couleur développe automatiquement un fort potentiel visuel.Je reviens du festival de Sollies Ville présidé cette année par Art Spiegelman, où la collection Rivage/Casterman vient de recevoir un prix collectif pour l'ensemble de la production (un magnifique trophée dessiné par Bilal himself). Actuellement je suis sur l'adaptation de « La commedia des ratés » de Tonino Benacquista, mon roman préféré de lui. De plus j'ai découvert que mon beau-père est originaire de la ville de Sora où se déroule une grande partie du récit et dont est originaire Tonino. Du coup pour les répérages ce fut du beurre et j'ai pu totalement m'immerger dans l'ambiance. Adapter ces romanciers (je suis seul aux commandes) me permet de comprendre un peu mieux les mécanismes et le génie de ces auteurs pour parvenir à les servir au mieux tout en y apportant ma sensibilité et ma propre rythmique. C'est une expérience très enrichissante pour moi. Merci à eux pour leur confiance en espérant qu'ils ne seront pas déçus.

Moi, je vous le dis tout net : franchement, Olivier Berlion a un talent fou, et son trait réaliste est parfait pour le polar. Je vous en recause très vite !

Le Kid de l'Oklahoma
Texte et dessins d'Olivier Berlion,
d'après le roman d'Elmore Leonard
Casterman, 2010. - 120 p. coul. -
Collection Rivages/Casterman/Noir 18 €


mercredi 28 juillet 2010

Moynot : une réédition et une expo


Les éditions Futuropolis ont la bonne idée de ressortir - sous une nouvelle couverture, l'excellent album d'Emmanuel Moynot, paru à l'origine chez Dupuis dans la collection Aire Libre.

Voici ce que j'en pensais à l'époque... et que je pense toujours, même si la couverture a changé...


Petit à petit, Emmanuel Moynot poursuit l’élaboration d’une œuvre qui mériterait de sortir de l’accueil discret qui lui a été réservé jusqu’à présent. Voici un auteur vers lequel tous les amateurs de Noir devraient se tourner, tant sa manière de rendre compte des tourments de l’âme humaine est digne des meilleurs romanciers du genre, et cette première incursion dans la très belle collection Aire Libre de Dupuis en est une preuve éclatante. En choisissant de raconter l’histoire d’une rencontre entre deux écrivains, Breuil, jeune français cynique et ambitieux, et Whales, monstre sacré, mais fatigué, de la littérature américaine, Moynot entrouvre les portes de la création et, surtout, celles des jeux d’influence à l’œuvre dans les mécanismes de cette création. Entre Breuil, à l’aube de sa carrière, et Whales, au crépuscule de la sienne, s’installe un étrange ballet où chacun des deux semble, tour à tour, prendre l’ascendant sur l’autre, comme deux adversaires d’une partie d’échec qui se soldera par l’abandon d’un des deux protagonistes, comme le suggère la couverture très réussie de l’album. La présence d’une dame sur cette première image, entre une tache de sang et une main – Whales ? Breuil ? – n’est d’ailleurs par fortuite : ce sont aussi les femmes qui sont à l’origine des pulsions créatives des deux hommes. Et ce sont elles qui sont au cœur du récit, femmes-objets ou maîtresse-femmes, toujours lucides pour leur protégé et donc forcément impitoyables… Une très bonne BD, toute en ombres, et que Moynot dédie « Aux femmes qui nous prennent pour ce que nous sommes et que nous ne prenons pas au sérieux ». Et que tous les hommes devraient lire.


Une exposition des planches de cet album, et d'autres, sera visible à Reims, à la médiathèque Jean Falala du 20 septembre au 14 octobre 2010

vendredi 23 juillet 2010

Martha Washington 1 - Le rêve américain (2010)

New York 1995. Martha Washington vient au monde dans un pays en proie au chaos. Elle grandit comme elle peut dans ce pays, en guerre contre le monde entier ou presque, et où le président instaure la loi martiale pour éviter la défaite électorale, où un cinglé auto-proclamé « chirurgien général » a tout pouvoir pour conduire à sa façon la « guerre contre la maladie », où la police et l'armée sont dans les rues... et où les forces de paix intérieures de la PAX accueillent la lie de la terre, effaçant les casiers judiciaires de tous ceux qui s'engagent à leur service. Le monde peut-il être surpris quand une bombe réduit en poussière la Maison Blanche et pulvérise la quasi-totalité du gouvernement, laissant le président Rexall dans un coma profond ? Pas vraiment, et certainement pas les soixante-dix septs groupes révolutionmaires revendiquant l'attentat... Martha assiste, du haut de ses 14 ans, à l'arrivée du nouveau président, aux idées progressistes et écologiques, et s'engage à son tour dans la PAX. Les ennemis intérieur sont tout aussi dangereux que ceux de l'extérieurs et la PAX est en guerre contre la Nation Apache et le Renouveau Aryen. Martha est au coeur de l'action, et va découvrir le double jeu d'un des ses officiers. Leurs destins sont alors inextricablement liés, et conduisent tous deux vers deux futurs possibles pour les Etats-Unis.

Lorsqu'en juin 1990 « Give me liberty » sort chez Dark Horse, les artistes aux commandes font figure de révolutionnaires pour le genre : Frank Miller vient de publier son « Batman : The Dark Knight returns », qui donnera définitivement une autre image de la figure du super-héros au public, tout comme Dave Gibbons, associé à Alan Moore, l'avait fait trois ans plus tôt avec les Watchmen. L'association était prometteuse mais l'affaire ne fut pas aussi simple ,comme le rappelle Gibbons dans la préface de cette réédition chez Delcourt. Zenda avait édité, de 1990 à 1991, une première traduction de cette oeuvre majeure du duo sous le titre « Liberty, un rêve américain», en 4 tomes au format classique et la voici regroupée aujourd'hui en un volume, et rétablie au format comics.

Relire cette histoire 20 ans après sa sortie est tout à fait surprenant : même si ni le monde, ni les Etats-Unis ne sont encore tombés da
ns le gouffre décrit par les auteurs, force est de constater la puissance visionnaire de leur Martha Washington... La panique à Wall Street, une catastrophe écologique majeure, un Président prix Nobel de la Paix... Tout cela ne vous rappelle rien ?
A côté de cet aspect prophétique, il faut aussi saluer le savoir faire de Miller, qui construit son scénario en se basant sur tout ce qui fait la mythologie américaine, la revisitant pour mieux
enfoncer le clou d'un pays au bord du précipice.

On sentirait d'ailleurs presque une volonté de réécrire l'histoire des Etats-Unis de la part de Miller, qui donne à son personnage central le même prénom que la femme du premier président des Etats-Unis, et qui ouvre son histoire par la célèbre formule de Patrick Henry «J'ignore quelle voie choisiront les autres. Quant à moi, donnez-moi la liberté ou donnez-moi la mort », prononcée à l'aube de la guerre d'Indépendance.
Dave Gibbons réussit à le suivre sur ce terrain, et cela donne des fausses couvertures de grands magazines, une machine guerrière en forme de gigantesque mangeur
de hamburger, un Mont Rushmore à six têtes... Autant de symboles piétinés et qui ponctuent l'histoire de Martha, héroïne malgré elle. Gibbons est tout à fait à son aise dans ce registre de la politique fiction violente, et son dessin, d'une grande lisibilité, est d'une efficacité redoutable, à laquelle participent aussi grandement que les couleurs de Robin Smith,
Delcourt a prévu de publier l'intégrale de Martha Washington, en trois volumes. En attendant les deux prochains, prenez-le temps de savourer celui-ci.


Martha Washington, tome 1 : Le Rêve américain
Texte Frank Miller et dessin Dave Gibbons
Delcourt, 2010 – 200 p. couleurs
Collection Contrebande - 19,90 €

lundi 19 juillet 2010

Polar et petits formats : des trésors à redécouvrir

Vous les avez sûrement remarqués au détour d'un vide-grenier estival, coincés entre deux piles d'assiettes dépareillées et un carton de peluches fatiguées. Chez votre bouquiniste favori, ils vous ont toujours fait de l'oeil mais vous n'avez pas encore cédé à la tentation, ni même regardé d'un peu plus près. Et pourtant, les petits formats, ces bandes dessinées de poche vendues en kiosque, sont une véritable mine d'or pour l'amateur de polar.
Pas plus tard qu'hier j'ai mis la main sur cet exemplaire de "Coup Dur", un des nombreux titres « Mon journal », avec au sommaire, trois bandes d'espionnage, d'inégales valeurs certes, mais méritant franchement l'attention. Et réservant une surprise : la présence du grand Alberto Breccia, au dessin sur la série « Département zéro ». Il est vrai que, longtemps, c'est dans les pages de ces centaines de fascicules mensuels qu'ont été traduits et publiés, parfois pour la première fois, les meilleurs dessinateurs étrangers. Alors, il ne faut pas s'arrêter à l'aspect parfois juvénile des couvertures, car assez souvent, elles ne correspondent pas nécessairement au contenu, et derrière une façade d'un Akim on pouvait ainsi découvrir, par exemple, les Dauphins, une série d'aventures policières assez rythmée, alors que sous la couverture de Maxi, se cachaient des récits plus strictement policiers, comme Drake & Drake, détectives. Des exemples comme ces deux-là, pris au hasard dans ma - toute petite - bibliothèque de petits formats, je pourrai vous en trouver des dizaines...
La difficulté principale est surtout d'identifier les séries polar, quand elles ne sont pas clairement repérées par les titres ou couvertures des fascicules. Bédépolar consacrera un jour une rubrique spéciale à toutes ces BD disparues... Mais en attendant, des fans de ces revues ont déjà fait un travail de recensement colossal, et si vous souhaitez explorer cet univers, rendez-vous, par exemple, sur le site « Wiki - PF », le wikipédia du petit format, c'est une véritable mine.
Moi, je vais voir ce que donne ce « Ressuscité de l'an 2000 »...

vendredi 16 juillet 2010

Une balle dans la tête (2010)

Belfast, début des années 70. Angus Mclochlain, flic infiltré depuis deux ans dans un groupe d'activistes catholiques de l'IRA, a gagné la confiance de Nick Jone, le chef du groupuscule, mais ne s'entend guère avec Graham, son frère cadet, qu'il trouve impulsif. Et Cheryl, la petite amie de Nick, garde ses distances avec Angus, dubitative sur la sincérité de ses engagements. Alors que le travail de taupe de Mclochlain commence à porter ses fruits, un événement vient bouleverser la vie du groupe : une manif dégénère et Nick est plongé dans le coma. Graham veut prendre le pouvoir et réclame une vengeance contre les forces de l'ordre anglaises... Angus essaie de le dissuader, en vain, mais Nick se réveille. La situation reste tendue, et pour tenter d'empêcher un massacre couru d'avance, Angus propose d'essayer d'identifier le tireur qui a atteint Nick, et de ne s'en prendre qu'à lui. Et pour cela, il utilise une méthode occulte qui lui permet d'entrer dans l'esprit de Nick et de « voir » le tireur... Ce qu'il découvre va constituer un véritable choc pour Angus.

Corbeyran a choisi la voie du polar fantastique pour évoquer les années d'affrontement entre l'IRA et les britanniques. Et il s'attache à nous faire vivre cette lutte de l'intérieur, à suivre le quotidien des anonymes qui l'ont menée. Il convoque pour cela une galerie de personnages très forts, le principal, Angus, demeurant au final le plus mystérieux : voilà un homme féru de sciences occultes, marqué par un athéisme réel, et qui, vaguement humaniste, ne semble guère porté sur la violence. Ayant perdu la foi, il endosse le rôle de l'infiltré presque sans y penser, mais on sent poindre un certain idéalisme au fond de lui. C'est un personnage très attachant, d'autant plus que Jef l'a parfaitement réussi et qu'il a vraiment la « gueule de l'emploi » : tout l'aspect occultisme de cette histoire passe très bien avec cette tête-là... Les autres protagonistes sont tout aussi bien campés, et au final ce diptyque oscille entre suspense, drame historique et fantastique, dans un équilibre quasi-parfait. A aucun moment on ne décroche – car c'était tout de même le risque avec un tel mélange de genres – et ce qui reste la dernière page tournée, c'est le sentiment d'avoir lu une oeuvre forte, originale et... mélancolique. Surprenant !


Une Balle dans la tête
Scénario Eric Corbeyran et dessin Jef

Livre 1 - Angus
EP, 2009 - 48 pages couleur


Livre 2 – Dara
EP, 2010 – 48 pages couleurs

Collection Atmosphères – 13,90 € chaque
– Les deux tomes sous coffret 38 €

mercredi 14 juillet 2010

Braquages et bras cassés (2010)

Hervé Maréchal, alias Boule, gloire déchue de la course automobile, vivote dans l'oubli : il tient un garage miteux avec ses deux fils, Gaz et Dante. Cela ne l'empêche pas de réussir de beaux coups de temps à autre, comme cet échange qui laisse rêveur les deux rejetons : une BMW nickel contre un scooter hors d'âge. Moyennant un arrangement, bien entendu... Mais Manu et Vito, les deux hommes qui sont venus proposer la BM à Boule ignoraient une chose : c'est que la voiture avait servi à un braquage et que le butin est resté à bord. C'est quand ils se rendent compte de leur bévue que les ennuis commencent, pour tout le monde, avec l' entrée en piste des instigateurs du casse, un duo de flics véreux...

Eh bien, voici une véritable tragi-comédie, en trois actes, avec entrée en scène des acteurs par trios. En fait, toute l'intrigue tient en une suite d'événements, rapprochés dans le temps et s'enchaînant très vite, et que chacun des protagonistes vit à sa façon. L'astuce narrative consiste à décrire les actions plusieurs fois, du point de vue des trois trios de l'album : procédé, certes pas nouveau, mais qui dynamise le récit d'autant plus que Benjamin Fischer réussit à ménager son suspense jusqu'au bout. Ses personnages sont de vraies caricatures de caïds, avec ce qu'il faut de poisse et d'imbécilité chevillées au corps pour en faire de parfaits loosers. Ils évoluent dans une région liégeoise industrieuse et enneigée que Van Linthout restitue avec bonheur, comme le suggère les pages du cahier de photos de repérages ajouté à la fin de l'album. Il faut saluer le travail de la Boîte à bulles, éditeur discret, qui publie là un livre des plus réussis, au format roman très agréable. Et un de mes préférés de cette année.


Braquages et bras cassés

Scénario Benjamin Fischer et dessin Georges Van Linthout
La Boite à bulles, 2010 – 112 p. noir et blanc
Collection Contre-jour – 17 €

lundi 12 juillet 2010

Juin 2010 : 33 nouveautés et rééditons











BAMBOO

Thomas Silane 5 : fuites – (Zaghi, Buendia et Chanoinat) – 12,90 €

CASTERMAN / KSTR
Lefranc 21 : Le Châtiment – (Taymans, Drèze et Delperdange) – 10 €
Le Tueur 8 : l'ordre naturel des choses – (Jacamon et Matz) – 10,40 €)
(R) – 120, rue de la gare – (Malet et Tardi) ) – 9,95 € (Série BDDT)
(R) – Du plomb dans la tête (Wilson et Matz) – 9,95 € (Série BDDT)

DARGAUD
Belleville story 1 : Avant minuit – (Perriot et Malherbe)– 15,50 €
Metropolitan 1 : Borderline – (Bonneau et Bonneau) - 13,50 €

DELCOURT
Jour J 2: Paris, secteur soviétique - (Pécau, Duval et Séjourné) – 12,90 €
Le secret de Mohune 3 : La Malédiction – (Rodolphe et Hé) – 12,90 €
Smoke City 2 -(Mariolle et Carré) - 13,95 €
(R) – Martha Wahington 1 : Le rêve américain – (Miller et Gibbons) – 19,90 €

DUPUIS
Seuls 5 : Au coeur du maelström– (Velhman et Gazzotti) - 9,95 €
Sarah 2 : Les enfants de Salamanca 2 - (Bec et Raffaele) – 13,50 €
(R) – Théodore Poussin : Intégrale 1 – (Le Gall et Yann) – 24 €
(R) – Gil Jourdan : intégrale 3 – (Tillieux) – 24 €

EMMANUEL PROUST (EP)
(R) – Amerikkka : Intégrale 2 – (Martin et Otero) -29,90 €
Agatha Christie 20 : Les Oiseaux du lac Stymphale - (Marek) – 11 €

FUTUROPOLIS
(R) - Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s'échouer sur nos rivages ? - (Moynot) – 16 €

GLENAT
Disparitions 4 : retour aux sources - (Mazeau et Wachs) – 9,95 €
Gil Saint André 9 -: l'héritage sanglant - (Kraehn) – 9,95 €
Les Munroe 1 : La Vallée du rift – (Périssin et Pavlovic) – 13,50 €
(R) – Gil Saint André 1 à 8 – (Kraehn et Vallée) – 9,95 €

LOMBARD
IR$ 12 : Au nom du président – (Desberg et Vranken) – 10,95 €
All Watcher 4 : La spirale Mc Parnell – (Desberg et Mutti) – 10,95 €
(R) – IR$, dyptique 1 : Les Nazis et l'or des Juifs – (Desberg et Vranken) – 14,95 €
(R) – IR$, dyptique 2 : Narcotrafics – (Desberg et Vranken) – 14,95 €
(R) – IR$, dyptique 3 : Federal corruption – (Desberg et Vranken) – 14,95 €
(R) – IR$, dyptique 4 : Petrodollars – (Desberg et Vranken) – 14,95 €
(R) – IR$, dyptique 5 : Les comptes secrets du Vatican – (Desberg et Vranken) – 14,95 €

PANINI
The losers 2 : Cheik et mat – (Diggle et Jock) – 29 €

VENTS D'OUEST
Le Sang des bâtisseurs 1 – (Le Galli et Jaffredo) – 13,50 €
Les Carrés 3 : carré blanc – (Adam et Martin) – 12 €
(R) – Tard dans la nuit : intégrale – (Yoro et Djian) – 15 €



dimanche 27 juin 2010

Les démons des Carpathes 2 - Le mangeur d'âmes (2010)

Prisonniers du château du comte Brasov, Mulligan et Mackinlay, rejoints pas Arthur Conan Doyle lui-même, cherchent un moyen de s'évader de leur sinistre geôle transylvanienne : ils ne peuvent la quitter car de terribles créatures rôdent autour des lieux. Des monstres nés des esprits imaginatifs des grands auteur de romans fantastique de l'époque... Pendant ce temps, le comte Brasov, réincarné en Vachousek, le sanguinaire « mangeur d'âmes » créé par Sean Mulligan lui-même, sillonne l'Europe à bord d'un dirigeable, en compagnie de Moriarty et Dracula. Ils sèment la mort et la terreur sur leur passage. Qui pourra les arrêter ?

Après avoir exposé les personnages et le piège machiavélique tendu par le comte Brasov dans le 1er tome, Marniquet et Chanoinat font monter la tension d'un cran en décrivant la désolation et l'horreur causées par des créatures infernales. En construisant leur récit avec un montage en parallèle, ils installent leur suspense sous la forme d'une course contre la montre entre le Bien et le Mal.
L'idée de faire jaillir des personnages de fiction – cauchemardesques pour la plupart – continue de fonctionner, et elle n'est d'ailleurs pas sans rappeler les romans foisonnants de Jasper Fforde et de son héroïne Thursday Next, détective littéraire du futur. Le style un peu raide – dans les personnages – de Marniquet n'est pas pour rien à l'étrangeté qui plane sur cette curieuse série. Etrangeté accentuée par cette furieuse impression de se retrouver au beau milieu des films horrifiques des années 50 qui firent la gloire de la Hammer, par exemple. Un petit bémol, sur ce second tome : une variation incessante de la taille de la typo dans les bulles gâche un peu le plaisir de lecture et casse le rythme. Mais bon. Mieux ne vaut pas trop s'offusquer, des fois que mister Hyde soit, là, juste derrière la porte...
Les Démons des Carpathes - Scénario Marniquet et Chanoinat, dessin Marniquet

Tome 1 – Le Testament du Comte Brasov
Delcourt, 2009 - 48 pages couleur - 12,90 €

Tome 2 – Le Mangeur d'âmes
Delcourt, 2010 – 48 pages couleurs - 12,90 €

dimanche 20 juin 2010

Bill Baroud et Bob Marone : la rencontre !

Amis et amies de la Grande Bande Dessinée, vous allez dans quelques instants, grâce à « Bédépolar », vivre un moment de haute félicité : la rencontre - exclusive ! - entre deux de nos plus grandes gloires nationales, deux aventuriers dans l'âme, Bob Marone et Bill Baroud. Au prix de mille ruses et deux consommations originales, j'ai pu réunir à la terrasse d'un café breton nos deux stars du neuvième art, pour une – hélas trop brève - conversation sur leur carrière. Avec en ligne de mire la réponse à la question finale : mais alors, c'est qui le vrai héros de tous les temps ?

Bédépolar – Messieurs, j'imagine qu'il n'est pas besoin de faire les présentations...

Bob Marone (haussant les sourcils) – Eh bien, j'imagine que monsieur est le représentant de la ligue des Alcooliques Repentis, avec un nez pareil... Rouge, qui plus est...

Bill Baroud (plissant les paupières) – T'es qui, toi, là, le nabot ? Sache que je suis connu sous le sobriquet de « sauveur du monde libre », et que sans moi, tu serais en train siroter une vodka russe et non cette excellente Budweiser.

Bob Marone (sourire en coin) – Ce breuvage est du pipi de chat, et si votre vue n'était pas si basse, vous constateriez que je bois un thé aux herbes antédiluviennes. Ramenées de l'ère jurassique. Mais j'imagine que ce mot vous est étranger...

Bill Baroud (énervé) – Ouah, l'autre, là ! Moi aussi j'ai voyagé dans le temps ! J'ai même testé un prototype de machine révolutionnaire. Avec ça j'ai presque sauvé Elvis, alors pas la peine de faire le malin avec ta boisson de bonne femme.

Bédépolar – Justement, messieurs, vous avez vécu tous les deux les aventures plus fantastiques les unes que les autres. Qu'est-ce qui vous a permis de vous en sortir ?

Bill Baroud – Une bonne dose de testostérone, un bon flingue et surtout un sixème sens à tout épreuve. Grâce à lui, j'ai débusqué plus d'une fois le communiste qui se terrait derrière le trader, croyez-moi. Au FBI, on est sur-entraîné.

Bob Marone : Je pratique la gymnastique,alliée à une stricte hygiène de vie. J'évite les boissons fortes qui empêchent d'analyser clairement les situations critiques et mange du poisson tous les vendredis. Mais j'ajouterai que tout cela ne serait rien sans ce sixième sens qui nous caractérise, nous autres héros, et qui nous permet de faire face au danger en toutes circonstances.

Bill Baroud – Affirmatif ! Je suis d'accord avec le nabot. Moi j'appelle cela le flair, et c'est ce qui nous démarque, nous autres aventuriers des temps modernes, de l'homme de la rue, qui entre nous, si on le cuisine un peu, ne tardera pas à avouer qu'il est communiste.

Bob Marone – Ah ça, vous m'énervez à la fin ! Qu'est ce que cette manie de voir des communistes partout ? Vous ne saviez pas que l'espèce est en voie de disparition, et qu'elle est protégée ?

Bill Baroud (outré) – Protéger les rouges ? Mais qu'est-ce-que c'est que ce Jean-foutre ? Je crois que tu n'as pas tout à fait compris les missions qui sont les tiennes, old boy. Je sens que je vais bientôt être récompensé pour ta rééducation.

Bob Marone (sur ses gardes) – Attention, gredin, bas les pattes ! Tu ne sais pas à qui tu as affaire...

Bédépolar – Messieurs, messieurs, calmons-nous. Monsieur Baroud, vous parliez à l'instant de récompense. J'imagine que vos aventures vous apportent toutes sortes de satisfactions ?

Bill Baroud – C'est vrai. J'ai oublié de vous le dire, mais un autre de mes petits noms, c'est le « gravement couillu ». C'est aussi parce que j'ai un certain succès auprès des femmes. C'est la rançon du guerrier. J'imagine que vous voyez ce que je veux dire, Bob.

Bob Marone – Un peu, oui. Mais chacun ses goûts . Figurez-vous, c'est d'ailleurs amusant, que j'ai un très bon ami qui s'appelle Bill. Nous partageons beaucoup de moments ensemble, y compris les plus... intimes. Nous avons une vision assez personnelle du repos du guerrier.


Bill Baroud (choqué) – Mais alors... mais alors... Dois-je bien comprendre ? Vous êtes la honte de notre caste ! Je crois que je vais être obligé de vous ramener dans le droit chemin.

Bob Marone (ricanant) – Je crois que tu vas comprendre ta douleur, stupid boy ! Avec Bill, nous partageons tout... y compris les raclées que nous donnons aux malpolis.
(appelant vers une voiture garée non loin) – A moi, mon vieux Bill ! Je crois que tu vas devoir corriger un malotru...

Un grand type roux en kilt s'est alors pointé, et à partir de ce moment, l'entretien a un peu dégénéré, et c'est le moment que j'ai choisi pour m'éclipser, bien content d'avoir réussi à récolter la parole de nos deux gaillards. Avec tout ça, je n'ai pas eu le temps de savoir qui était le vrai héros de tous les temps. Je vous laisse libre de vous faire votre propre opinion, en lisant ces deux formidables albums racontant les exploits de Bob et Bill. Deux sommets, assurément.




Bob Marone - Le Dinosaure blanc
Texte Yann et Lucie, dessin Conrad
Dargaud, 2010 - 98 p. coul., 25 €



Bill Baroud - L'intégrale
Texte et dessin Manu Larcenet
Fluide Glacial, 2010 - 216 p. noir et blanc.
- Collection Or - 14 €

mardi 15 juin 2010

Commandant Achab 2 - Ma jambe de plastique

Tosca, jeune chanteuse à la mode, est retrouvée morte, et son fiancé avoue, d'après une déclaration de la police, en être le meurtrier. Mais les choses sont un peu plus compliquées et le flic qui a annoncé publiquement les aveux du petit ami, chanteur lui aussi, se retourne vers le commandant Achab pour le sortir de la panade : le coupable n'est pas le bon... Achab reprend l'affaire, mais rien n'est facile quand on a une jambe en moins, et que son plus proche collaborateur n'est autre que le fils d'un homme qu'on a abattu...

Cette nouvelle série – dont on peut lire les tomes de façon indépendante – met en scène un duo de flics pas tout à fait comme les autres. Ou plutôt si, comme les autres, puisqu'il s'agit bien de suivre leurs enquêtes – ici, dans le monde du showbiz parisien – mais elles ne semblent finalement être là que comme toile de fond, comme prétexte. Plus que la résolution d'un mystère criminel, c'est bien les relations humaines que privilégient Piatzszek et Douay : que ce soient celles d'Achab et de son second, Karim, celles de Karim et sa mère mourante, ou encore celles d'Achab avec la femme médecin qui s'occupe de sa jambe amputée... Car le héros de cette série est infirme, ce qui n'est pas très courant pour un flic... ni pour un personnage de bande dessinée. Et la « mise en scène » de cette infirmité, traitée sous ses aspects physique comme psychologique, l'est avec une grande sensibilité. A bien y regarder, c'est bien ce handicap qui est au coeur de l'album... comme le suggère d'ailleurs le titre de ce second tome.
Commandant Achab ? Un polar qui n'oublie pas de poser quelques questions à ses lecteurs.


Commandant Achab
, tome 2 – Ma jambe de plastique
Scénario Stéphane Piatzszek et dessin Stéphane Douay
Soleil, 2010 – 56 pages couleurs – Collection Quadrants – 14,30 €