Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
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Bonne balade dans le noir !

dimanche 29 mai 2011

[Festival] - Goéland Masqué, onzième !

Parmi les festivals de polar qui n'hésitent pas à ouvrir leurs portes à la bande dessinée, celui du Goéland Masqué à Penmarc'h, dans le Finistère, mérite d'être signalé. Non seulement il est en Bretagne (oui, bon, d'accord...), mais surtout il innove en proposant, à partir du jeudi 9 juin de 22 H à 1 H , rien de moins qu'une « PERFORMANCE SUR METAL HURLANT ». De quoi s'agit-il ? Le programme est clair : c'est un « Travail au plasma du sculpteur Marc MORVAN qui réalise une BD de Jean François MINIAC sur une page de fer de 3m x1,50m (place Auguste Dupouy à Saint-Guénolé). L’activité se poursuivra tous les soirs durant le festival ».
Pour se remettre de ces émotions visuelles, quoi de mieux qu'une conférence par un de nos meilleurs histoiriens de la BD, Patrick GAUMER. Sujet du jour : « L’adaptation de la littérature Noire en BD : Mariage d’amour ou de raison ? » - C'est le Samedi 11 juin à 16h30, à la Salle Cap Caval

Et le même jour, à 18 H 30, c'est l'heure de la remise des Prix du festival, dont celle du Prix Mor Vran de la BD noire , qui va cette année à GIROUD, LAPIERE et Ralph MEYER pour leur superbe "Page noire" (Futuropolis). Après Polar Encontre en mars, voici donc un autre prix pour cet album dont Bédépolar ne vous a pas encore parlé... et il va être temps que Bédépolar se mette à jour. La chronique dans ces pages très bientôt !
Et, tradition festivalière oblige, vous pourrez aussi aller à la rencontre des dessinateurs, cette année : BIBEUR LU, BLYNT, BRIAC, Pierre Henry GOMONT, JULES ET TOM, Christophe LAZE, Malo LOUARN, Jaime MARTIN, Ralph MEYER et Chantal MONTELLIER.
Voilà. Tout cela se passe 11 au 13 juin à Penmarc'h, dans un chouette cadre, avec plein de gens sympathiques. Le moment ou jamais de passer un week-end au grand air du large !

mercredi 18 mai 2011

[Chronique] - The Last days of american crime

Les Etats-Unis ont trouvé la parade pour contrer durablement la délinquance : exit le billet vert. En supprimant définitivement le papier-monnaie, les dirigeants espèrent annihiler aussi toute tentative de vouloir s'en mettre plein les poches de manière illégale. Les billets seront remplacés par des cartes chargées par des machines, propriété du gouvernement... Graham Bricke, pro du crime, s'est fait engager à la sécurité d'une des banques fédérales chargées de la collecte du cash et de leur remplacement par les cartes fiduciaires. Ayant trouvé le moyen de voler une des futures machines gouvernementales grâce à son job, il recrute une équipe de trois personnes pour ce qui sera son ultime casse. Mais il va falloir faire vite, car le gouvernement a sous le coude une autre arme, plus que dissuasive : l'Initiative de Paix Américaine ou IPA. Derrière ces trois lettres se cache une gigantesque opération de lobotomie collective : un signal agissant directement sur le cerveau et annihilant toute volonté d'action illégale va être émis, dans les jours. Le compte à rebours commence alors pour Bricke et ses acolytes...

Cette trilogie apocalyptique est l'une des meilleures mini-séries parues l'an passé aux Etats-Unis, publiée par un éditeur un peu à l'ombre des mastodontes du comics, Radical Publishing. Son auteur, Rick Remender qualifie cette série de « polar hardcore avec un contenu anarchiste ». Et c'est vrai que son scénario assez barré, construit sur un compte à rebours approchant de la date fatidique de l'envoi du fameux signal, ne pouvait déboucher que sur une histoire violente et spectaculaire. Et il fallait en effet ce dessinateur-encreur-coloriste de grand talent qu'est Greg Tocchini pour mettre en images les scènes-chocs imaginées par Remender. Ses fusillades sont de vrais morceaux d'anthologie, ses femmes sont sublimes – et surtout Shelby, la femme fatale dans toute sa splendeur – et ses couleurs chaudes et poisseuses à la fois rendent l'atmosphère irrespirable. Juste ce qu'il fallait en tous cas pour sortir de la lecture avec la sueur au front... et le plaisir coupable de voir que, finalement, le crime paie. Les trois couvertures, signées Alex Maleev sont splendides, et, cerise sur le gâteau, ces éditions françaises sont agrémentées de cahiers graphiques reprenant crayonnés, études de personnages et couvertures, quelques pages supplémentaires de bonheur
The last days of american crime, tomes 1 à 3
Scénario Rick Remender et dessin Greg Tocchini
EP, 2010-2011 – 64 pages couleurs et 14,95 € chaque

vendredi 13 mai 2011

[Plop plop] - Tontonlogie flingueuse de A à Z

En 61 entrées, de « Audiard » à « Volfoni (Achille et Salvatore) », un quizz dont le degré de difficulté des questions s'échelonne de « Pour l'amateur de base » à « Pour les apôtres du culte », et pour finir, une présentation de 8 autres films nettement moins célèbres mais tous dialogués par Audiard, voici un bouquin extrêmement sympathique sur un film qu'on ne présente plus. Grâce à lui, vous saurez désormais qui était initialement prévu à la place de Ventura pour le rôle de Fernand, ou qui a déclaré « J'ai tourné dans tellement de navets qu'on pourrait cultiver un jardin » (je vous laisse deviner) ou encore quel était le titre imaginé un temps par Audiard et Lautner. Par exemple. Evidemment, tous les acteurs principaux sont au générique, avec des notices proportionnelles à leur importance dans le film, et évidemment, les plus emblématiques sont croqués par Géga, dont le talent de caricaturiste fait merveille. Mais la plus grande réussite de ce livre est d'avoir, comme l'explique en s'excusant presque Stéphane Germain dans son introduction, pris le parti de dessiner les Flingueurs « comme si des scènes coupées au montage avaient miraculeusement refait surface ». Et ça marche ! Les dialogues sont tellement réussis qu'on dirait des vrais, et qu'on se demande comment on a pu les oublier... Mais un bon dessin vaut mieux que, etc... alors, voyez plutôt :
Ce dico, d'un vrai amoureux du film – et aussi spécialiste du cinéma d'Audiard – est à offrir à tous les fans des Tontons Flingueurs, qui replongeront avec délice dans les aventures du gugusse de Montauban.

Dans le même registre, ou pas loin, un très bel album de fausses affiches des films de Lautner, réalisées par 24 dessinateurs parmi lesquels Boucq, Gibrat, Cromwell, Cuzor, Coutelis... est sorti au Lombard en 2007. Je ne résiste pas à vous reproduire ici celle de Maëster pour les Tontons Flingueurs, elle aussi dans le style caricatural. Dans ce « Lautner s'affiche », chacun des 24 films est présenté avec une courte fiche technique, accompagnée d'un long texte de commentaires de Philippe Chanoinat, dont on peut simplement regretter une certaine constance dans le dézingage des « clapoteurs de bouche » (c'est à dire : les intellos et/ou les médias qui n'ont pas compris le génie lautnérien)... On a l'impression que tous les films présentés sont des chefs d'oeuvre, ce qui laisse parfois perplexe. Mais il ne faut pas bouder le plaisir des images : les affiches réalisées sont (presque) toutes réussies, et les trois ou quatre autre dessins qui les accompagnent réussissent à créer une ambiance assez proche de celle des films illustrés.

Voilà. Le festival de Cannes vient d'ouvrir. C'est le moment d'aller s'en jeter un à la mémoire de Raoul...

Le Dico des Tontons Flingueurs
Textes Stéphane Germain ; illustrations et bulles Géga et Stéphane Germain
Desinge & Hugo & Cie, 2011 - 87 pages couleur - 12,95 €

Lautner s'affiche
Textes Philippe Chanoinat et dessins... de 24 dessinateurs.
Lombard, 2007 – 54 pages couleurs – 13,95 €

dimanche 8 mai 2011

[Chronique] - Parker est de retour !

Parker a changé de visage : une opération de chirurgie esthétique était la seule solution pour échapper à l'Organisation. Mais celle-ci est puissante et elle réussit tout de même à le localiser. Elle lui envoie aussitôt un tueur, qui trouve le moyen de rater une exécution à priori tranquille : la cible était au lit, endormie... Mais Parker, aux réflexes de prédateur, échappe au traquenard et fait vite cracher le morceau au porte-flingue, qui lui donne un premier nom. Grâce à lui, Parker va remonter la filière et entreprendre un nettoyage en règle de la puissante mafia locale. Celle-ci n'a pas l'air de se rendre compte de la rage qui anime leur ennemi, comme en témoigne ce dialogue :
Fairfax (pas loin du sommet dans l'Organisation) : « J'ignore ce que vous espérez en faisant tout ça. Vous continuerez à nous irriter et nous à vous traquer. L'issue est inévitable ».
Parker (calme) : « Erreur. Ce n'est plus vous qui me traquez. C'est moi qui vous traque. Je traque Bronson ».
Et il n'a pas l'air de rigoler...

Cette adaptation des romans de Stark mettant en scène Parker, après « Le Chasseur », est celle du deuxième titre de la série, « Peau neuve » ou « Parker fait peau neuve » selon les différentes éditions françaises (The man with the getaway face, 1963) mais également, et surtout, du troisième titre, "La Clique", dont la BD originale partage le titre : "The Outfit", sorti en 1964.
Après
Benacquista, c'est Doug Headline qui s'est chargé de la traduction de ce tome, en excellent connaisseur des comics qu'il est... et du polar. Et comme pour « Le Chasseur », le travail de Darwin Cooke est tout simplement magnifique, ses choix graphiques sont même encore plus audacieux que pour le premier tome. La meilleure preuve en est le « livre trois » de cette histoire (qui en compte quatre) où, en 30 pages, Cooke utilise quatre style différents pour illustrer les activités illicites de l'Organisation, et comment Parker va à chaque fois arnaquer la société criminelle. Cooke n'hésite ainsi pas à intégrer de grandes parties narratives, issues directement du roman, comme ce « Raid sur le club Cookatoo », qui se lit comme un long reportage à sensation : 6 pages de textes illustrées de 5 dessins qu'on jurerait croqués en direct, dans un impeccable style sixties. Comme pour « Le Chasseur », l'album est en bichromie gris/bleu – blanc, ce qui empêche tout effet inutilement spectaculaire, mais n'empêche en aucun cas de sentir la violence, insidieuse ou réelle, tapie dans l'ombre ou explosant dans les poings du "héros", et qui suinte tout au long des pages. Une vraie leçon aux distributeurs d'hémoglobine. Et comme l'intrigue de ce deuxième Parker est d'une solidité à toute épreuve – et si elle semble avoir été déjà lue, il ne faut pas oublier qu'elle date de 1963 – vous aurez compris que vous devez absolument lire cet album.
Parker, tome 2 - L'Organisation
Scénario et dessin : Darwin Cooke d'après Donald Westlake
Traduction Doug Headline
Dargaud, 2011 - 160 pages en bichromie – 19 €

lundi 25 avril 2011

[Chronique] - Tif et Tondu menacés ! Desberg et Will vous disent tout !

Neuvième tome – sur douze annoncés - de l'édition de l'intégrale des aventures des infatigables Tif et Tondu, Innombrables menaces regroupe quatre albums signés Stephen Desberg et Will, parus entre 1979 et 1983 et s'achève sur trois autres récits complets : Dangereuse programmation (8 pages), la fin de Tif et Tondu (7 pages, inédit en album) et Perforations (18 pages). Bon, voyons cela de plus près.

Métamorphoses : Une météorite tombée en Afrique provoque d'étranges mutations sur les bêtes de la savane, et les transforme en créatures difformes et agressives. Ce n'est que dans le zoo où elles ont été vendues que le phénomène se déclenche, au bout d'un certain temps. Et évidemment, les hommes qui ont approché la météorite sont eux aussi touchés par le phénomène, et deviennent à leur tour des monstres sanguinaires. Tif et Tondu vont intervenir pour que tout rentre dans l'ordre, bien sûr.

Pour cette 28 ème aventure, qui a un petit côté Jekyll et Hyde, Desberg, dont c'est le premier scénario en solitaire, l'avoue sans hésiter dans le dossier qui ouvre ce tome : « … Je ne sais pas encore très bien ce qu'on attend de moi. Will et moi n'avons jamais parlé de l'avenir. […]. Je cherche surtout à aller dans le sens de ce que Will a envie de dessiner. Ce sont des situations que j'essaie de rendre le plus amusantes possible. Ce sont des scénarios à la carte ».
Technique qui est aussi appliquée pour le tome suivant :


Le Sanctuaire oublié : En Bretagne, le groupe de chasseurs de trésors « Paradise hunters », mené par une femme à la poigne de fer, Candice, emploie tous les moyens (y compris la séduction du pauvre Tif...) pour mettre la main sur un stock d'or caché dans la région. Une fois récupéré, les lingots sont transportés au Yutacan, où ils sont assemblés pour constituer la porte d'un sanctuaire ouvrant sur les légendaires cités d'or...

Encore un album à l'atmosphère fantastique, avec les civilisations précolombiennes en toile de fond, pour une histoire de chasse au trésor pleine de rebondissements. A noter que Tondu roule en Visa, dont il bénit la tenue de route (ce qui ne l'empêchera pas d'être précipité du haut d'une falaise...) : les aventuriers des années 80 ont des destriers pour le moins surprenants...

Echec et matchs
Tif et Tondu sont soudain sans le sou, et obligé de travailler.... Impensable pour des héros, surtout Tif, qui est vite exténué par le travail de bureau, et prend la direction du sud pour des vacances méritées. A peine arrivé, il se retrouve embarqué dans une histoire de voiture commandée à distance par des ordinateurs, et pour aider l'inventeur de ce système révolutionnaire, il accepte de prendre le volant d'une Formule un pour le Grand Prix de Monaco. Mais un margoulin du sport va tout faire capoter, et Tif et Tondu vont le retrouver sur leur route, et mettre fin à ses agissements à New York, en plein tournoi de tennis international.

Une histoire teintée des avancées technologiques de l'époque (on est en 1981, ce sont les premiers PC, l'informatique reste nimbée d'un certain mystère pour ne pas dire d'une certaine magie) . Ce côté « nouveau » a pris un coup de vieux et cette aventure est un peu dépassée de ce côté-là. Par contre, le personnage du méchant, qui fabrique littéralement des sportifs de haut niveau pour les exploiter jusqu'à la corde, reste tout à fait d'actualité.

Swastika
Alors, là, attention : Hitler n'est pas mort ! Il est réfugié en Amérique du Sud, mais à la veille de son 90ème anniversaire, il est un peu gâteux... Ses partisans ne désespèrent cependant pas de lui faire retrouver sa splendeur passée – et eux la puissance du 3ème Reich – grâce à un elixir de jeunesse, le Tor Kal Yash. Il faut juste récupérer un peu de venin du serpent de Crojada, une bête extrêmement rare. Tif et Tondu vont bien entendu se retrouver au coeur de l'affaire, qui les conduira des forêts amazoniennes jusqu'à Venise.

Aventure complètement échevelée, où Tif va même jouer les « étalons », au sein d'une tribu amazonienne, où les mâles sont tous morts, et où il va avoir du travail (trop, même... il est obligé de fuir, comme le montre la couverture, lui, le tombeur de ces dames...). Mais c'est évidemment le sujet même qui reste le plus intéressant dans cet album : le nazisme – même s'il est ici plus esquissé qu'autre chose - avait plus rarement droit de cité dans la littérature pour la jeunesse au début des années 80, et encore moins dans la BD. Il y a d'ailleurs eu une certaine incompréhension autour de cet album, puisqu'un membre de la communauté juive de Belgique écrit aux éditions Dupuis pour se plaindre d'une scène où un personnage (aux traits de Gainsbourg, d'ailleurs) fait montre de cette cupidité attribuée trop souvent aux juifs. Et il est vrai que certains des gags auraient encore plus de mal à passer maintenant, il faudrait demander à Desberg s'il réécrirait ce scénario à l'identique en 2011... Toujours est-il que cet album reste malgré plus qu'intéressant, et on sent bien que Desberg s'empare de plus de ses personnages, pour les emmener sur des chemins encore inexplorés par les précédents scénaristes. Une certaine conscience politique pointe le bout de son nez, et cela sera encore plus net dans les aventures suivantes.

Tif et Tondu, intégrale tome 9 – Innombrables menaces
Scénario Stephen Desberg et dessin Will
Dupuis, 2011- 240 pages couleurs - 24 €

Vous pouvez aussi m'entendre parler de cet album sur Agora FM, chez les amis d'Ondes Noires.

samedi 16 avril 2011

[Chronique] - Dans mes veines : les dessous de la mode

Un matin de juin, à Paris. Barbara se réveille, avec la gueule de bois. Elle ne se souvient plus trop de la veille, mais elle sait bien qu'elle s'est endormie devant sa télé, seule. Le problème, c'est qu'elle découvre dans sa cuisine le cadavre d'une belle blonde, gisant dans une mare de sang. Et la belle blonde n'est pas une inconnue pour Barbara : c'est Jill Savil, mannequin au firmament de la profession et des médias, il y a encore deux ans... Une époque dorée pour Barbara : Jill était sa petite amie, et elle-même était encore flic. Une relation hors-norme que la hiérarchie de « Barbie » a vite fait d'exploiter en lui faisant infiltrer un milieu où, si les nuits sont blanches, c'est souvent que la cocaïne n'est pas loin. Mais tout cela est du passé : Barbara n'est plus flic depuis longtemps. L'arrivée impromptue de son ex en poupée morte devant son frigo lui fait retrouver d'anciens réflexes : Barbara va désormais tout faire pour savoir qui lui renvoie son passé à la figure. Et pourquoi...Damien Marie est un scénariste qui n'a pas peur de sortir des sentiers battus, et ceux qu'il arpente sont généralement assez sombres, comme en témoigne son très faulknerien « Welcome to Hope » (dessiné par Wanders). Dans cette nouvelle série, pas d'Amérique profonde peuplée par des âmes tordues, mais une immersion dans le clinquant des défilés de mode... tout aussi sordides côté backrooms que certaines granges du Kansas.
« Dans mes veines » met en scène deux femmes aux personnalités fortes, en s'attardant bien entendu sur Barbara, femme-flic à la dérive depuis la fin de son histoire avec Jill la top model. Sur un scénario construit par allers-retours constants entre cette histoire passée de l'héroïne, et la quête de la vérité sur l'assassinat de son ex, Sébastien Goethals réussit à alterner scènes d'action et plongées au coeur de la nuit. Ce premier tome, raconté à la première personne, est rythmé, et on s'attache réellement à Barbara, à ce qui lui arrive, et à ses efforts pour découvrir la vérité. A noter une couverture très réussie, qui réunit tous les ingrédients de l'histoire tout en demeurant assez mystérieuse. Le dénouement au prochain tome.

Dans mes veines, tome 1
Scénario Damien Marie – Dessin et couleurs Sébastien Goethals
Bamboo, 2011 – 48 p. couleur - Collection Grand Angle – 13,50 €

jeudi 14 avril 2011

[Chronique délocalisée] - Berlion et Benacquista, deuxième !

Après "Coeur Tam-Tam", adaptation de la nouvelle de Tonino Benacquista "La culture de l'elaeis au Congo Belge", Olivier Berlion s'attaque à l'une des trois Série Noire du même auteur : La Commedia des ratés, une formidable histoire d'arnaque sous le soleil de l'Italie. Le premier tome de cette adaptation prévue en deux volumes est sorti en février, et vous pouvez retrouver ma chronique sur le k-libre.fr, en cliquant ici.

Et n'hésitez pas non plus à vous (re)plonger dans le roman original de Benacquista, un des meilleurs polars des années 90, par un des plus brillants stylistes du Noir.


La Commedia des ratés, première partie
Scénario et dessin Olivier Berlion
Dargaud, 2011 - 76 pages couleur - 14,95 €

lundi 4 avril 2011

[Chronique] - Raffini est de retour !

Le commissaire Raffini est convié dans le Sud de la France au mariage de son ami Toxa. Là, il fait la connaissance d'autres invités, en particulier d'un couple formé par le tonitruant Claude Franchi – alias Dario, en hommage à ses talents de chanteur d'opérette – et la très sexy Mireille. Raffini profite de son séjour pour goûter aux joies de la pêche en solitaire en plein cagnard, mais ce doux farniente est vite interrompu quand Mireille vient lui demander de l'aide : son Dario a disparu. D'abord rassurant, le commissaire est obligé de se rendre à l'évidence quand on trouve l'appartement du fiancé dévasté : on en veut au chanteur du dimanche...

Les enquêtes de Raffini sont des plus orthodoxes, et le temps ne semble pas avoir d'emprise sur le commissaire, sa moustache et ses méthodes. Il faut dire que cette affaire se déroule en 1957, et qu'on savait prendre le temps de vivre à cette époque, mon bon monsieur. Il se dégage un indéniable charme désuet de cette série, et ce nouvel (et dixième) album qui sort 5 années après le précédent n'y échappe pas. Rodolphe a imaginé un enquêteur plus proche de Maigret que de Burma, à qui il fait vivre pour ce retour une enquête des plus classiques. On prend cependant un certain plaisir à suivre les pas de ce héros d'un autre âge, qui veut résoudre son affaire autant par goût de la justice, que par un certain béguin pour la fiancée du disparu. Alors, oui on peut trouver que tout cela est un peu vieillot, mais je trouve moi que les éditions Desinge & Hugo & Cie (!) ont eu une riche idée de relancer ce bon vieux Raffini, trente ans après ses débuts dans Télérama, sous le pinceau de Ferrandez... Dans la foulée de cet inédit, « Les Eaux Mortes », tome 8 de la série paru initialement chez Albin Michel, est réédité, sous une superbe couverture. Une histoire rurale, beaucoup plus sombre. Si vous ne connaissiez pas encore, c'est le moment de faire une petite cure de classique... Ah j'oubliais : les couleurs de cet album sont lumineuses, comme les femmes dessinées par Maucler.

Les Enquêtes du commissaire Raffini
Si tu vas à Rio
et Les Eaux Mortes
Scénario Rodolphe et dessin Christian Maucler
Desinge & Hugo & Cie, 2011 - 56 pages couleur
13,95 € chaque

mardi 22 mars 2011

[Chronique délocalisée] - Delcourt donne le Frisson

Sur les hauteurs d'une falaise irlandaise, en 1967. Un jeune couple roucoule, et fait même beaucoup plus que roucouler, puisque Arlana, jolie blonde assez bien foutue, se retrouve très vite les seins à l'air et la jupe retroussée. Mais au moment suprême, le petit ami entreprenant se trouve pris d'un malaise foudroyant et tombe raide quasi- mort. Affolée, la jeune femme retourne au domicile familial, et raconte la scène à son père, un être un peu bizarre, qui lui explique qu'il ne faut surtout pas appeler le docteur, mais veiller à ce que le sacrifice soit effectué selon la tradition. Et il extirpe d'une longue boite demeurée depuis longtemps cachée, une lance rituelle, le tribhas...

La suite de cette chronique, retrouvez-là sur k-libre.fr l'excellent site du stakhanoviste Julien Védrenne, en cliquant sur ce beau lien.

Sachez tout de même que cet album inaugure la nouvelle collection "Dark Night" (cherchez le jeu de mots) de Delcourt, derrière laquelle se cache les "Vertigo Crimes" de DC Comics.

Et pour celles et ceux qui veulent m'entendre raconter exactement le même chose, mais que la lecture fatigue, direction l'excellente émission Ondes Noires, des activistes Corinne et Jack de la Noirôde. C'est là, sur cet autre magnifique lien. C'était une première, en direct, le mercredi 2 mars.


Le Frisson (The Chill)
Scénario Jason Starr et dessin Mick Bertilorenzi
Traduction Timothée Corteggiani
Delcourt, 2011 – 192 p. noir et blanc - Collection Dark night – 14,95 €

mercredi 16 mars 2011

[Rencontre] - Le Floc'h et Lepage partent à l'aventure

Allez, je délaisse un peu les ruelles sombres, les meurtres, les espions, les tueurs à gages, les comics, mes chouchous de Marcinelle, et toutes ces sortes de choses pour vous annoncer que je vous invite à l'aventure et à la rencontre de Bruno Le Floc'h et Emmanuel Lepage, au cours de la deuxième édition du festival du livre « Les Escales de Binic ».

Bruno nous parlera du premier tome d'un nouveau cycle, à paraître chez Dargaud début avril, « Chroniques Outremers », actuellement en prépublication dans le quotidien « Le Télégramme ».

Pour vous donner un petit avant goût, une interview de l'auteur sur le site du journal.

Emmanuel nous présentera quant à lui son magnifique « Voyage aux îles de la Désolation », paru chez Futuropolis le 10 mars.
Et pour vous mettre dans l'ambiance, le « teaser » de son album, en version courte ou en version longue



Rendez-vous dimanche matin (eh oui), à 11 h, au bar... « L'Escale », au 15, quai Jean Bart.

vendredi 11 mars 2011

[Chronique] - Doppelgänger, Le Double maléfique de Bec et Corbeyran

La mère de Germain Maltret vient de mourir. Une mère distante dont il se sentait à peine le fils. Elle lui laisse en héritage un manoir délabré, au pied d'un volcan, dans la région albigeoise. Peu disposé à s'attarder dans des contrées qui lui sont étrangères, Germain est malgré tout retenu par d'étranges événements, dont le comportement erratique d'un jeune femme Nelly, n'est pas le plus bizarre. Non, le plus perturbant, c'est cet homme entrevu une première fois au cimetière, à l'enterrement de sa mère, puis sous les fenêtres de la pension où il est de passage, puis tout près de Nelly. Un homme qui lui ressemble comme un jumeau...
Corbeyran retrouve Bec vingt ans après Dragan, pour ce qui se présente, dans ce premier volume comme un thriller assez angoissant. Le thème du double maléfique – le fameux Doppelgänger de l'imaginaire allemand – est ici repris par le scénariste pour une histoire menée impla et impec – cablement : de l'arrivée de Germain à l'explosion volcanique, tout s'enchaîne inéluctablement. Christophe Bec instille une atmosphère lourde, chargée de tension, où les visages des protagonistes, le plus souvent en plans rapprochés ou en gros plans, forment une sarabande entêtante autour du héros. Le thriller – y compris en BD – est mis à toutes les sauces, et le terme fantastique y est souvent accolé. On serait tenté de le faire pour Doppelgänger. Mais on aurait tort. Doppelgänger n'est pas un thriller fantastique. C'est un fantastique thriller. En tous cas, le premier tome de ce diptyque en donne tous les signes.

Et pour voir les premières images du tome 2, un petit tour du côté du blog du dessinateur : "Bec Processus"


Doppelganger, le double maléfique
, tome 1 : Intersignes
Scénario Eric Corbeyran et dessin Christophe Bec
Soleil, 2011 - 56 pages couleurs – Collection Quadrants / Boussole
13,50 €

samedi 5 mars 2011

[Chronique] - Jeremiah et Kurdy, trentième !

Jeremiah et Kurdy s'installent pour la nuit en pleine nature, en lisière de la ville. Ils ont écumé la zone où ils viennent de se poser, à la recherche d'une pierre plate sous laquelle serait caché un papier synonyme de fortune... mais ne l'ont toujours pas trouvé. Il faut dire que Kurdy a hérité du tuyau de la bouche d'un certain Billy, mal en point sur son lit d'hôpital, et que Jérémiah demeure sceptique sur la crédibilité du bon plan. Car sur le papier tant convoité sont censées figurer les indications conduisant tout droit à un paquet de diamants planqués dans la partie inondée de la ville. Les deux amis vont finalement mettre la main sur le précieux document, et commencer à déchiffrer les explications codées qui mènent à la fortune. Mais leur progression est suivie de près par un trio qui les attend pour récupérer les diamants...
Pour cette 30ème aventure de Jérémiah et de son pote Kurdy Malloy dans des Etats-Unis post-apocalyptiques, les voici cette fois confrontés à un curieux peuple lézardiforme et à des ennemis plus normaux, mais nettement plus cupides. Cette chasse au trésor se déroule pratiquement dans un seul endroit, l'immeuble et ses abords menaçant ruine, où sont planqués les diamants. Cela donne à Hermann de dessiner des décors où règnent la ruine et l'inquiétude, véritables et primitives marques de fabrique de la série. Avec, comme d'habitude, les traditionnelles bastons pour la survie des deux héros, qui ont cette fois en plus le plaisir de se coltiner des crocodiles en hors d'oeuvre... Peut-être moins fort côté relations humaines, que les deux derniers opus, ce « Fifty-fifty » n'en demeure pas moins un épisode impeccablement mené, recentré sur les deux personnages phares, et où les dialogues du duo font toujours autant mouche. Jérémiah est à ce jour la plus longue série d'Hermann, et à mon avis, sa meilleure, de celles qui donnent envie de rouvrir les précédents albums une fois le dernier terminé.
Jérémiah, tome 30 – Fifty-fifty
Scénario et dessin Hermann
Dupuis, 2011 - 48 pages couleur - 11,95 €

mercredi 2 mars 2011

[Festival] - Tous à Bon' Encontre !

S'il est un festival de polar qui met à l'honneur les auteurs de bandes dessinées, c'est bien Polar Encontre, à Bon Encontre, dans le Lot-et-Garonne...
Pour sa sixième édition, le 12 et 13 mars prochain, le salon a invité une sacrée bande dont une partie concoure au prix Polar'Encontre 2011, remporté par Cabanes l'an passé pour son adaptation de la « Princesse du sang » de Manchette.

Les sept dessinateurs en compétitions sont Olivier BERLION pour le tome 1 de « La comedia des ratés », Philippe BERTHET pour les tomes 1 et 2 de "Nico", Alexis CHABERT pour le one-shot "Taxi Molloy", JEF pour les tomes 1 et 2 de "Une balle dans la tête", MAKO pour le one-shot "Dernière sortie avant l'autoroute », Ralph MEYER pour le one-shot "Page noire", Guy MICHEL pour le tome 1 de "Seznec" et Nicolas OTERO pour le tome 7 de "Amerikkka "

Le choix des jurés va pas être simple, moi je vous le dis !

Sinon, vous pourrez aussi croiser à Bon Encontre Eric CORBEYRAN, parrain de cette 6ème édition, Max CABANES, qui a réalisé l'affiche cette année, ESPE, Joe G. PINELLI et Jean-Louis THOUARD... sans oublier les douze auteurs et auteures du Noir, dont vous trouverez ici la liste, ainsi que le programme des réjouissances.

vendredi 25 février 2011

[Chronique] - Les Morsures du passé ou quand le Janitor remonte le temps...

A Rio de Janeiro, un couple de retraités passe une journée tranquille dans un établissement où leur fortune permet visiblement de bons traitements. Ils vivent pourtant leurs derniers instants, et vont être sauvagement assassinés, par un couple curieusement assorti : une jeune fille au look punkoïde et un septuagénaire sec comme un coup de trique. Dans une autre vie, le couple de paisibles vieillards a servi un certain docteur Mengele, et leur passé les a rattrapés, et les chasseurs de nazis aussi... Pendant ce temps, au Vatican, on s'interroge sur la présence du cardinal Di Origio sur le yacht du Nouveau Temple, une société secrète qui inquiète le Saint-Siège. Vince, alias Trias, le Janitor, est envoyé aux basques du cardinal, ce qui lui permettra peut-être de résoudre un autre mystère : la réapparition soudaine de son frère, supposé mort, sur ce même yacht du Nouveau Temple...On avait laissé le Janitor en pleine surprise lors du tome 3 (Les Revenants de Porto Cervo), avec ce face à face avec son frère, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce tome 4 apporte des éclaircissements sur le passé de notre James Bond papal. Son histoire personnelle va entrer de plein fouet avec celles des traqueurs de nazis, et du coup, la série prend tout de suite une autre dimension. Il faut certainement y voir la patte de Boucq, qui confie, dans le dossier de presse : « Je suis fasciné par l'incidence que peut avoir la Seconde Guerre mondiale sur notre monde actuel. C'est un thème totalement intégré à la série, même si, jusqu'à ce quatrième tome, il n'était pas encore très visible ».
En effet. Le Janitor donnait plus l'impression d'une série d'espionnage très originale, avec ces improbables et ultra-modernes services secrets du Vatican, et ce personnage secret de Trias. Cela reste vrai, mais les scénaristes ont donné comme un coup de fouet, au niveau de l'action, à une oeuvre déjà captivante, l'enrichissant d'une couleur supplémentaire. Bon, d'accord, le coup du frère jumeau, on nous l'a déjà fait. Mais rarement pour un affrontement, encore à venir, aussi « dramatique ». L'affrontement aura-t-il lieu, d'ailleurs ? Et quelle est la réelle puissance de la société secrète du Nouveau Monde ? Sente et Boucq nous donneront les réponses dans le prochain volume, qui clôturera le cycle. En attendant, replongez-vous dans une lecture des quatre tomes, ils ont tous une saveur particulière, et font du Janitor une série particulièrement goûteuse.
Le Janitor, tome 4 : Les Morsures du passé
Scénario Yves Sente François Boucq. Dessin François Boucq
Dargaud, 2011 - 56 p. coul. - 13,50 €

Ma chronique du tome 1 c'est ici, celle du tome 2, et celle du tome 3 ici-là. Eh oui, j'aime bien...

mardi 22 février 2011

[Chronique] - Attentat à Dallas en 1963 ? Non, en 1973... Mais qui a tué le président ?

French, Américain né d'un père Alsacien, est un bon patriote. La preuve : il sert les Marines, prêt à défendre les valeurs de l'Union jusque dans les jungles les plus hostiles du Vietnam. Bon, d'accord, il fait tout de même partie d'une unité de combattants un peu spéciale... La Brigade de l'enfer, composée uniquement de hell's angels, et créée en 1965, avec la bénédiction du président des Etats-Unis en personne. Mais French est une vraie tête brûlée, et il ne se contrôle pas toujours : après avoir abattu un officier de l'US army, le pays le rapatrie et lui annonce sa récompense pour ses bons et loyaux services. 147 ans de bagne. Aussi, quand il sort par miracle au bout de trois ans, faut-il s'étonner de le voir sur le point d'éliminer ce président qui est la cause de tous ses malheurs ?
Le principe de la série Jour J, qui en est ici à son cinquième volume, est celui de l'uchronie, avec comme accroche ce petit jeu qui consiste à apostropher le lecteur sur le mode du « Et que ce serait-il passé si... » et à l'embarquer dans une autre Histoire, détournée de sa voie connue de tous. Sauf que, dans ce tome, curieusement, le sous-titre «L'Amérique sous le choc après l'assassinat de Dallas » n'est pas le point de départ de l'album... mais plutôt sa conclusion, son point final. Vous l'aurez compris, il s'agit là de l'attentat de Dallas sur Kennedy transposé 10 ans plus tard. Mais il serait très malvenu de dévoiler le nom du Président dans la ligne de mire, car le scénario imaginé par le trio repose en grande partie sur l'identité du chef de l'état américain de 1973... et dévoilée seulement dans le dernier tiers de l'album. Auparavant, on suit l'histoire du tireur, un homme un peu déboussolé, violent, un pion qui se rebelle... mais un pion tout de même. Le dessin de Colin Wilson est impec, et il campe les figures politiques du pays avec brio. Ses scènes de guerre sont également des modèles de précision et de réalisme. Si vous avez lu d'autres tomes de la série, et que comme moi, ils vous ont un peu déçu, essayez celui-ci, il est assez chouette. Mais faites attention qu'on ne vous en dise pas trop avant de l'attaquer...Jour J n°5 – Qui a tué le Président ?
Scénario Fred Duval et Jean-Pierre Pécau, assistés de Fred Blanchard - Dessin Colin Wilson
Delcourt, 2011 – 56 p. coul. - Collection Série B – 13,95 €