Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

dimanche 27 juin 2010

Les démons des Carpathes 2 - Le mangeur d'âmes (2010)

Prisonniers du château du comte Brasov, Mulligan et Mackinlay, rejoints pas Arthur Conan Doyle lui-même, cherchent un moyen de s'évader de leur sinistre geôle transylvanienne : ils ne peuvent la quitter car de terribles créatures rôdent autour des lieux. Des monstres nés des esprits imaginatifs des grands auteur de romans fantastique de l'époque... Pendant ce temps, le comte Brasov, réincarné en Vachousek, le sanguinaire « mangeur d'âmes » créé par Sean Mulligan lui-même, sillonne l'Europe à bord d'un dirigeable, en compagnie de Moriarty et Dracula. Ils sèment la mort et la terreur sur leur passage. Qui pourra les arrêter ?

Après avoir exposé les personnages et le piège machiavélique tendu par le comte Brasov dans le 1er tome, Marniquet et Chanoinat font monter la tension d'un cran en décrivant la désolation et l'horreur causées par des créatures infernales. En construisant leur récit avec un montage en parallèle, ils installent leur suspense sous la forme d'une course contre la montre entre le Bien et le Mal.
L'idée de faire jaillir des personnages de fiction – cauchemardesques pour la plupart – continue de fonctionner, et elle n'est d'ailleurs pas sans rappeler les romans foisonnants de Jasper Fforde et de son héroïne Thursday Next, détective littéraire du futur. Le style un peu raide – dans les personnages – de Marniquet n'est pas pour rien à l'étrangeté qui plane sur cette curieuse série. Etrangeté accentuée par cette furieuse impression de se retrouver au beau milieu des films horrifiques des années 50 qui firent la gloire de la Hammer, par exemple. Un petit bémol, sur ce second tome : une variation incessante de la taille de la typo dans les bulles gâche un peu le plaisir de lecture et casse le rythme. Mais bon. Mieux ne vaut pas trop s'offusquer, des fois que mister Hyde soit, là, juste derrière la porte...
Les Démons des Carpathes - Scénario Marniquet et Chanoinat, dessin Marniquet

Tome 1 – Le Testament du Comte Brasov
Delcourt, 2009 - 48 pages couleur - 12,90 €

Tome 2 – Le Mangeur d'âmes
Delcourt, 2010 – 48 pages couleurs - 12,90 €

dimanche 20 juin 2010

Bill Baroud et Bob Marone : la rencontre !

Amis et amies de la Grande Bande Dessinée, vous allez dans quelques instants, grâce à « Bédépolar », vivre un moment de haute félicité : la rencontre - exclusive ! - entre deux de nos plus grandes gloires nationales, deux aventuriers dans l'âme, Bob Marone et Bill Baroud. Au prix de mille ruses et deux consommations originales, j'ai pu réunir à la terrasse d'un café breton nos deux stars du neuvième art, pour une – hélas trop brève - conversation sur leur carrière. Avec en ligne de mire la réponse à la question finale : mais alors, c'est qui le vrai héros de tous les temps ?

Bédépolar – Messieurs, j'imagine qu'il n'est pas besoin de faire les présentations...

Bob Marone (haussant les sourcils) – Eh bien, j'imagine que monsieur est le représentant de la ligue des Alcooliques Repentis, avec un nez pareil... Rouge, qui plus est...

Bill Baroud (plissant les paupières) – T'es qui, toi, là, le nabot ? Sache que je suis connu sous le sobriquet de « sauveur du monde libre », et que sans moi, tu serais en train siroter une vodka russe et non cette excellente Budweiser.

Bob Marone (sourire en coin) – Ce breuvage est du pipi de chat, et si votre vue n'était pas si basse, vous constateriez que je bois un thé aux herbes antédiluviennes. Ramenées de l'ère jurassique. Mais j'imagine que ce mot vous est étranger...

Bill Baroud (énervé) – Ouah, l'autre, là ! Moi aussi j'ai voyagé dans le temps ! J'ai même testé un prototype de machine révolutionnaire. Avec ça j'ai presque sauvé Elvis, alors pas la peine de faire le malin avec ta boisson de bonne femme.

Bédépolar – Justement, messieurs, vous avez vécu tous les deux les aventures plus fantastiques les unes que les autres. Qu'est-ce qui vous a permis de vous en sortir ?

Bill Baroud – Une bonne dose de testostérone, un bon flingue et surtout un sixème sens à tout épreuve. Grâce à lui, j'ai débusqué plus d'une fois le communiste qui se terrait derrière le trader, croyez-moi. Au FBI, on est sur-entraîné.

Bob Marone : Je pratique la gymnastique,alliée à une stricte hygiène de vie. J'évite les boissons fortes qui empêchent d'analyser clairement les situations critiques et mange du poisson tous les vendredis. Mais j'ajouterai que tout cela ne serait rien sans ce sixième sens qui nous caractérise, nous autres héros, et qui nous permet de faire face au danger en toutes circonstances.

Bill Baroud – Affirmatif ! Je suis d'accord avec le nabot. Moi j'appelle cela le flair, et c'est ce qui nous démarque, nous autres aventuriers des temps modernes, de l'homme de la rue, qui entre nous, si on le cuisine un peu, ne tardera pas à avouer qu'il est communiste.

Bob Marone – Ah ça, vous m'énervez à la fin ! Qu'est ce que cette manie de voir des communistes partout ? Vous ne saviez pas que l'espèce est en voie de disparition, et qu'elle est protégée ?

Bill Baroud (outré) – Protéger les rouges ? Mais qu'est-ce-que c'est que ce Jean-foutre ? Je crois que tu n'as pas tout à fait compris les missions qui sont les tiennes, old boy. Je sens que je vais bientôt être récompensé pour ta rééducation.

Bob Marone (sur ses gardes) – Attention, gredin, bas les pattes ! Tu ne sais pas à qui tu as affaire...

Bédépolar – Messieurs, messieurs, calmons-nous. Monsieur Baroud, vous parliez à l'instant de récompense. J'imagine que vos aventures vous apportent toutes sortes de satisfactions ?

Bill Baroud – C'est vrai. J'ai oublié de vous le dire, mais un autre de mes petits noms, c'est le « gravement couillu ». C'est aussi parce que j'ai un certain succès auprès des femmes. C'est la rançon du guerrier. J'imagine que vous voyez ce que je veux dire, Bob.

Bob Marone – Un peu, oui. Mais chacun ses goûts . Figurez-vous, c'est d'ailleurs amusant, que j'ai un très bon ami qui s'appelle Bill. Nous partageons beaucoup de moments ensemble, y compris les plus... intimes. Nous avons une vision assez personnelle du repos du guerrier.


Bill Baroud (choqué) – Mais alors... mais alors... Dois-je bien comprendre ? Vous êtes la honte de notre caste ! Je crois que je vais être obligé de vous ramener dans le droit chemin.

Bob Marone (ricanant) – Je crois que tu vas comprendre ta douleur, stupid boy ! Avec Bill, nous partageons tout... y compris les raclées que nous donnons aux malpolis.
(appelant vers une voiture garée non loin) – A moi, mon vieux Bill ! Je crois que tu vas devoir corriger un malotru...

Un grand type roux en kilt s'est alors pointé, et à partir de ce moment, l'entretien a un peu dégénéré, et c'est le moment que j'ai choisi pour m'éclipser, bien content d'avoir réussi à récolter la parole de nos deux gaillards. Avec tout ça, je n'ai pas eu le temps de savoir qui était le vrai héros de tous les temps. Je vous laisse libre de vous faire votre propre opinion, en lisant ces deux formidables albums racontant les exploits de Bob et Bill. Deux sommets, assurément.




Bob Marone - Le Dinosaure blanc
Texte Yann et Lucie, dessin Conrad
Dargaud, 2010 - 98 p. coul., 25 €



Bill Baroud - L'intégrale
Texte et dessin Manu Larcenet
Fluide Glacial, 2010 - 216 p. noir et blanc.
- Collection Or - 14 €

mardi 15 juin 2010

Commandant Achab 2 - Ma jambe de plastique

Tosca, jeune chanteuse à la mode, est retrouvée morte, et son fiancé avoue, d'après une déclaration de la police, en être le meurtrier. Mais les choses sont un peu plus compliquées et le flic qui a annoncé publiquement les aveux du petit ami, chanteur lui aussi, se retourne vers le commandant Achab pour le sortir de la panade : le coupable n'est pas le bon... Achab reprend l'affaire, mais rien n'est facile quand on a une jambe en moins, et que son plus proche collaborateur n'est autre que le fils d'un homme qu'on a abattu...

Cette nouvelle série – dont on peut lire les tomes de façon indépendante – met en scène un duo de flics pas tout à fait comme les autres. Ou plutôt si, comme les autres, puisqu'il s'agit bien de suivre leurs enquêtes – ici, dans le monde du showbiz parisien – mais elles ne semblent finalement être là que comme toile de fond, comme prétexte. Plus que la résolution d'un mystère criminel, c'est bien les relations humaines que privilégient Piatzszek et Douay : que ce soient celles d'Achab et de son second, Karim, celles de Karim et sa mère mourante, ou encore celles d'Achab avec la femme médecin qui s'occupe de sa jambe amputée... Car le héros de cette série est infirme, ce qui n'est pas très courant pour un flic... ni pour un personnage de bande dessinée. Et la « mise en scène » de cette infirmité, traitée sous ses aspects physique comme psychologique, l'est avec une grande sensibilité. A bien y regarder, c'est bien ce handicap qui est au coeur de l'album... comme le suggère d'ailleurs le titre de ce second tome.
Commandant Achab ? Un polar qui n'oublie pas de poser quelques questions à ses lecteurs.


Commandant Achab
, tome 2 – Ma jambe de plastique
Scénario Stéphane Piatzszek et dessin Stéphane Douay
Soleil, 2010 – 56 pages couleurs – Collection Quadrants – 14,30 €

samedi 12 juin 2010

Spirou et Fantasio : alerte au Zorkons !

Amis du monde entier, réjouissons-nous : Spirou is back ! Le numéro 3766 - daté du 16 juin 2010 le proclame haut et fort : en route pour de molles aventures ! C'est le duo Vehlmann / Yoann qui reprend en mains les destinées de la série phare de Marcinelle, et, à la lecture des onze premières planches parues dans ce numéro, il y a effectivement de quoi se réjouir.

C'est un retour au bercail pour les héros, puisque les voici à Champignac, où il se passe - évidemment - des choses plus que bizarres. On y retrouve des vieilles connaissances, et l'épisode démarre fort. Mais je ne vous en dis pas plus, si ce n'est que Fabrice Vehlmann commente en guise de préface à cette nouvelle aventure chaque période de la vénérable série, de Rob-Vel à Morvan et Munuera. Intéressant !

Je ne peux m'empêcher de constater avec une légère pointe de déception que Chaland a été oublié dans la liste... Même s'il n'a jamais été officiellement dessinateur de la série, son Spirou à lui, hommage direct à Franquin, était loin d'être anecdotique. Il a même fait la une du journal à l'époque.
Pas grave ! Vehlmann et Yoann sont eux bien là, alors rendez-vous dans les prochains numéros du magazine pour voir si cette nouvelle aventure est aussi réussie que leur convaincant coup d'essai de 2006 ("Les Géants pétrifiés").


mardi 8 juin 2010

Jason Brice à l'assaut du paranormal

Jason Brice est un détective à l'esprit cartésien et vit dans le Londres des années 20. Un Londres où les médiums ont pignon sur rue et se font fort d'entrer en contact avec l'au-delà pour permettre à de pauvres femmes naïves d'avoir des nouvelles de leurs chers disparus. Theresa Pendergast a, elle, une autre requête : elle vient de lire son propre assassinat dans un livre plus que troublant... et engage Brice pour faire toute la lumière sur cette affaire qui la terrorise. Les ténèbres vont en fait s'abattre sur le détective, qui va en fait tuer sa cliente et mettre le feu à sa demeure pour couvrir son forfait. Telle était la situation à l'issue du premier tome.
Dans ce deuxième tome, « Ce qui est caché », Brice, qui commence fortement à douter de lui-même, essaye de découvrir quelles forces sont à l'oeuvre dans cette affaire qui l'a transformé en criminel. Et la solution, il pense la trouver en se lançant à la recherche de Morgan Fatoy, l'écrivain, disparu mystérieusement, qui avait prédit la mort de Thérésa Pendergast. Le détective commence par se plonger dans écrits de Fatoy, mais les choses se précisent quand il rencontre un journaliste littéraire qui a bien connu l'écrivain...

Cette série est à ranger dans le cercle assez fermé des « détectives de l'étrange », et s'il n'est pas facile de marcher sur les traces de Carnacki ou Harry Dickson, archétypes du genre, force est de constater que le détective créé par Alcante tient parfaitement la route. Qui plus est, avec ce deuxième tome, le scénariste inverse les rôles, et de chasseur, le héros devient proie : un renversement qui conduit à une forme de suspense différente du premier tome, mais aussi captivante. De son côté, Jovanovic a réussi à transposer en images fortes l'inquiétude planant tout au long de l'histoire, et son dessin, réaliste, est parfois proche de la perfection. Certaines planches sont franchement superbes. Il est à espérer que le tome trois, à paraître cette année, vienne conclure en beauté ce thriller fantastique.

Jason Brice, tome 1 : Ce qui est écrit
Texte Alicante et dessin Jovanovic
Dupuis, 2008 – 56 p. couleurs – Collection Repérages
13,50 €
(La bande annonce, en prime !)

Jason Brice, tome 2 : Ce qui est caché
Texte Alicante et dessin Jovanovic
Dupuis, 2009 – 56 p. couleurs – Collection Repérages
13,50 €

vendredi 4 juin 2010

Mai 2010 : 27 nouveautés et rééditions

Et voici ma traque mensuelle des sorties polar, tous genres confondus, (R)ééditions comprises, 27 pour ce mois de mai. En bas de liste, un clic sur "sorties du mois" permet de retrouver l'ensemble des messages sur les sorties mensuelles. Rendez vous début juillet pour les sorties de juin.

Les 400 COUPS
Lionel et Nooga 1 : Bandes et contrebandes – (Goulet, Vaillancourt et Duguay) – 17,95 $
L'Ocelot 1 : l'éveil du Fauve – (Bonnier) – 18,95 $



BAMBO
O
Le Dessinateur 2 – (Trolley, Erroc et Dimber) – 12,90 €




CASTERMAN / KSTR

Caroline Balwin 14 : Free Tibet – (Taymans) - 10,40 €
Canardo 19 : Le Voyage des cendres – (Sokal) – 10,40 €
Seconde chance - (Ozanan et Renard) – 14 €

DARGAUD
Les Eternels 5 : La Cire qui chante – (Yann et Meynet)– 13,50 €

DELCOUR
T
Le secret de Mohune 2 – (Rodolphe et Hé) – 12,90 €
Le démon des Carpathes 2 : Le mangeur d'âmes
– (Chanoinat et Marniquet) – 14,95 €
Mafia story 6 : La chute de Lucky Luciano (Chauvel et Le Saëc) – 14,95 €
Le Casse 3 : Soul man – (Chauvel et Denys) - 13,95 €


DRUGST
ORE
(R) - Les Désarmés (intégrale) – (Mezzo et Pirus) – 22 €


DUPUIS

Haute sécurité 5 : L'ombre d'Ezekiel – (Callède et Gihef) – 10,95 €
(R) – Largo Winch (Dyptique 4) – (Van Hamme et Francq) – 22 €
(R) – Secrets : L'écharde (intégrale) – (Giraud et Duvivier) – 24 €


FLBL
B
Dead end – (Paulette P., Lucas et Jarry) – 5 €


FLUIDE GLACIAL
(R) – Bill Baroud (Intégrale petit format) – (Larcenet) – 14 €


FUTUROPOLIS
Lui – (Djian / Peyraud) – 24 €


GALLIMARD (Bayou)
J'ai pas tué de Gaulle - (Bruno Heitz) – 17 €
Les derniers jours d'Ellis Cutting – (Vieille) 16,50 €

GLENAT
Tête de marron – (Mousse) – 13 €


JOKER

Les Grands conteurs : pas de diams pour un cave – (Guilmard et à la Audiard) – 13,50 €

SOLEIL

Commandant Achab 2 : ma jambe de plastique – (Douai et Piastszek) – 14,30 €
Quand souffle le vent des îles – (Debois et Fino, d'après Le Braz) – 13,50 €
Sherlock Holmes et les vampires de Londres – (Cordurié et Laci) – 13,50 €
(R) – Harry Dickson (intégrale 2) – (Roman et Nolane) – 12,95 €


VENTS d'OUEST
L'Age des Corbeaux – (Parno et Jicé) – 19,50 €

mercredi 2 juin 2010

Re-mind 1 (2010)

John Geb travaille dans un hôpital. Une nuit, deux hommes salement blessés sont amenés aux urgences et Geb a l'immense surprise de reconnaître l'un d'eux : son fils Ethan, évadé de prison, dont il n'avait plus de nouvelles. Laissé entre les mains d'un confrère, Ethan s'en sort, mais alors que John s'occupe de l'autre blessé, dans un état plus critique, deux agents du FBI font irruption dans le bloc opératoire. Leur exigence est formelle : il faut laisser mourir le blessé ! Abasourdie l'équipe médicale obtempère et passe la main aux agents, dont l'un place un curieux appareil sur le crâne du mourant. Au moment de son dernier souffle, le film de sa vie se rejoue dans sa tête... et est enregistré par la machine. Les agents du FBI ne perdent pas un instant : la lecture de la mémoire du mort va permettre de déjouer un plan terroriste d'envergure... sauf que la mort d'Ethan – assortie de l'épisode du casque enrgistreur - semble indispensable pour connaître les détails ultimes dudit plan. John Geb ne voit pas les choses tout à fait comme cela pour son fils...

Postulat de ce thriller : la légende selon laquelle chacun revoit sa vie en accéléré devant ses yeux à l'instant fatal du trépas n'en est pas une. Cela a même été scientifiquement prouvé. Partant de là, Alcante construit une intrigue assez ambitieuse mêlant terrorisme et haute technologie, où le visionnage des « films » des morts devient un moyen de lutte sophistiqué contre l'ennemi. Intéressant, d'autant que le scénario n'oublie pas la dimension humaine – ou inhumaine, plutôt – de l'affaire : quelle attitude adopter pour ceux qui veulent obtenir ces souvenirs lorsque ceux qui les détiennent sont de votre propre camp ? On est là proche des affres existentiels qui tiraillaient – parfois – Jack Bauer dans 24 h chrono... S'ajoute à cela une relation père / fils, pour l'instant ébauchée, mais prometteuse, et une réflexion plus globale sur la toute-puissance de la science.
Re-Mind reste aussi avant tout une BD où l'action prime, et Mutti, dessinateur italien qui oeuvre par exemple sur l'excellente série Nero, possède le trait efficace pour ce genre d'album. Suite et fin en octobre de cette histoire assez prenante.

Re-Mind 1
Texte d'Alcante et dessin d'Andrea Mutti
Dargaud, 2010 – 48 pages couleurs – 10,95 €

dimanche 30 mai 2010

Rubine 12 - Le Lac Wakanala (2010)

Cet album est la conclusion du dyptique entamé dans Photo de classe où Rubine, plus sémillante que jamais, commençait tout juste à être mise sur la piste de morts peut-être suspectes, révélées à l'occasion de la préparation du tournage d'une émission de TV où une classe entière est reconstituée pour faire ressurgir le bon vieux temps. Et s'intéresse au destins des élèves. Mais là, une scène filmée par un collégien de cette classe, au cours d'une sortie nature, refait surface dix ans, puis quinze ans plus tard. La scène en question étant fort compromettante pour l'un des élèves devenu une personnalité en vue, une mécanique d'extorsion s'enclenche et les victimes tombent comme des mouches sous la patte d'un maître-chanteur particulièrement doué et retors. Le Lac Wakanala apporte son lot de révélations où chacun dévoile sa vraie personnalité.

Mythic a cette fois écrit pour Walthéry et Di Sano une bonne vieille histoire de chantage, qui fonctionne à merveille : très bien construite – avec une héroïne qui sait se faire désirer, comme dans Columbo, puisqu'elle entre en scène à la moitié du premier tome – cette enquête se lit d'un trait... même s'il a fallu attendre un an entre les deux tomes. Sous ses abords de classique franco-belge, par son trait, cette série est beaucoup moins légère qu'il n'y paraît : elle aborde des thématiques plutôt graves – ici la mort d'un enfant, l'arrivisme politique, entre autres – et lorgne délibérément du côté noir de la fiction. Le personnage de Rubine, ainsi que ceux qui gravitent autour d'elles, sont loin d'être superficiels, et il ne faut pas s'arrêter à la représentation de l'héroïne sexy préoccupée uniquement par ses kilos en trop sur la quatrième de couverture... Si vous ne vous êtes jamais vraiment attardé sur cette série – y voyant, par exemple, un épigone de Natacha – ce dyptique est l'occasion de vous rattraper.

Rubine 11 – Photo de classe
Texte de Mythic et dessins de Bruno di Sano et François Walthéry
Le Lombard, 2009 - 48 pages couleurs – 9,95 €

Rubine 12 – Le Lac Wakanala
Texte de Mythic et dessins de Bruno di Sano et François Walthéry
Le Lombard, 2010 - 48 pages couleurs – 9,95 €

jeudi 20 mai 2010

Festival du Goéland Masqué à Penmarc"h

Soixante-treize auteurs ! La Bretagne, ça vous gagne...

Pour sa dixième édition, le Goéland, de moins en moins masqué, a vu les choses en grand pour son "salon du roman policier et de la BD".
Côté bulles, justement, depuis trois ans, les organisateurs décernent le Prix Mor Vran de la BD noire, qui a couronné Jaime Martin en 2008 (Ce que le vent apporte) et Christian de Metter en 2009 (Shutter Island)

C'est cette année Max Cabanes qui décroche - une fois de plus - la timbale pour La Princesse du sang, son adaptation du roman de Manchette, scénarisée par Doug Headline.

Cerise sur le gâteau, un recueil de 17 nouvelles noires "Le Butin", sera disponible sur le festival, illustré par 17 dessinateurs, sous couverture de Mako.

Les dessinateurs et illustrateurs présents :

Olivier BOISCOMMUN, Gildas CHASSEBOEUF, Lionel CHOUIN, Christian DE METTER, Jean Luc HIETTRE, KIEL, Philippe LECHIEN, Bruno LE FLOCH, Malo LOUARN, MAKO, Jean-François MINIAC, Chantal MONTELLIER, NICOBY et Emmanuel REUZE.

Pour avoir tout le programme des réjouissances : le site du Goéland Masqué.

Ah oui, dernier détail : c'est ce week-end !

vendredi 14 mai 2010

Festival Polar à la plage du Havre : 10 auteurs BD invités

La toujours dynamique équipe des Ancres Noires organise, au Havre, son désormais très attendu festival « Polar à la plage » les 11,12 et 13 juin 2010.
Le programme est cette année encore des plus alléchants : théâtre avec départ en bus vers une destination inconnue, contes noirs et interventions-surprise, et of course, ce qui fait la patte de ce festival, le concert « Polaroïdes rock », avec les groupes qui ont écrit des morceaux sur des textes des auteurs invités. Sans oublier la présence plus d'une vingtaine de nos plus fines plumes noires hexagonales... et internationales.
Pour tout savoir, une seule adresse : lesancresnoires.com

Mais vous vous en doutez bien, si je vous cause de « Polar à la plage », c'est que l'amateur de cases que vous êtes pourra y rencontrer des dessinateurs dont je vous ai déjà vanté les mérites : Argunas ( ici les chroniques de Missing et Bloody september), Chauzy, Germain et Loustal (pour leurs adaptations Rivages) ou encore Edith (pour, entre autres, Basil et Victoria)

Et seront aussi présents Alep, Deloupy, Douay et Piatzszek, sans oublier Riff, auteur dans les années 90 de trois enquêtes de l'inénarrable Myrtil Fauvette (rééditées en 2005, en noir et blanc et au format « comics » aux éditions Charrette...).

Une seule adresse pour vos premiers élans plagistes de l'année : la digue promenade du Havre !

mardi 11 mai 2010

Avril : 35 nouveautés et rééditions












Allez, mai est déjà entamé mais voici tout de même la liste, toujours la plus exhaustive possible des sorties polar, tous genres confondus, (R)ééditions comprises. Un beau tir groupé pour ce mois d'avril ! En attendant de retrouver mes chroniques pour certains de ces titres, vous pouvez toujours aller faire un tour sur les sites des éditeurs pour plus de détails sur ces albums. En bas de liste, un clic sur "sorties du mois" permet de retrouver l'ensemble des messages sur les sorties mensuelles.
Rendez vous en juin pour les sorties de mai !

12 bis
Un long destin de sang, acte 1 – (Bollée et Bedouel) – 13 €

ACTES SUD
L'Empoisonneuse - (Yelin) – 22 €

L'ASSOCIATION
R.I.P (Best of 19852004) – (Ott) – 25 €

CASTERMAN / KSTR
La malédiction d'Edgar 3 : This is the end – (Chardez, Dugain, Rodolphe) – 10,40 €
Prisonniers du ciel – (Truong et Le Luhern d'après Burke) – 18 €
L'ultime défi de Sherlock Holmes – (Stromboni et Cotte d'après Dibdin) – 18 €

CLAIR DE LUNE
Le Grand Diabolik 3 - (Collectif) – 15,90 €

DARGAUD
Ghetto poursuite – (Taborda, Hautière et R'Mik) – 13,50 €
Re-mind 1 – (Alcante et Mutti) – 10,95 €
Jazz Maynard 4 – (Raule et Roger) – 13,50 €
Tigresse Blanche 7 : Voir Paris et mourir (Yann et Conrad) – 11,50 €
(R) - Bob Marone (Yann et Conrad) – 25 €
(R) – Les Eternels (intégrale cycle 1) : Diamants noirs – (Yann et Meynet) – 19 €

DELCOURT
Le secret de Mohune 1 : La Crypte – (Rodolphe et Hé) – 12,90 €
Incognito 1 : Projet Overkill – (Brubaker et Phillips) – 14,95 €

DUPUIS
Les Poulets du Kentucky 2 – (Richez et Saive) – 9,95 €
(R) – Tif et Tondu (intégrale 7) : Enquête à travers le monde – (Tillieux et Will) – 19 €

DYNAMITE
L'antre de la Terreur – (Lopez et Bareiro) – 13,50 €

EMMANUEL PROUST (EP)
Une balle dans la tête 2 : Dara – (Corbeyran et Jeff) -

LES ENFANTS ROUGES
Requiem pour un champion – (Boulbar et Gravé) – 12,50 €

GLENAT
Manson 3 : Par une longue nuit d'été – (Rassat et Bisi) – 12 €
Le Grec 2 : Ligne de dope – (Al Coutelis) – 13 €

JOKER
Bull 2 : le syndrôme du scorpion– (Buendia et Koriakine) – 13,50 €
Vanity 2 : La Symphonie infernale – (Duchâteau et Kash) – 12 €

LOMBARD
Cassio 4 : Le dernier sang – (Desberg et Reculé) – 10,95 €
Cosa Nostra 1 et 2 – (Clarke) – 10,95 €
All watcher 3 : Petra – (Desberg et Queirex) – 10,95 €
(R) – Les Casseurs (intégrale 6) – (Duchâteau et Denayer) – 19 €

MILADY
Jeremiah Harm – (Grant et Giffen) – 12,90 €

PAQUET
Une aventure de Jacques Gipar 1 : Le Gang des pinardiers – (Dubois et Delvaux) – 13 €

LA PASTEQUE
(R) - Red Ketchup 3 – Red Ketchup contre Red Ketchup – (Godbout et Fournier) – 14 €

SARBACANE
Jour de cendres – (Falzon) 19,50 €

SIX PIEDS SOUS TERRE
La mort n'est pas une excuse – (Moog) – 10 €

VENTS d'OUEST
Les Quatre de Baker Street 2 : le dossier Raboukine – Djian et Legrand – 13 €
(R) – Intégrale Péché mortel – (Béhé et Toff) – 15 €

mercredi 21 avril 2010

Incognito - Projet Overkill (2010)

Zack est employé de bureau et mène une vie anonyme, employé transparent aux yeux de ses collègues, y compris de ceux d'Amanda la fille sexy de la comptabilité. Mais Zack vit caché : il doit rencontrer régulièrement son agent de liaison, qui veille à ce qu'il ne replonge pas dans ses errements passés. Car Zack Andersen fut dans une vie antérieure Zack Overkill, responsable avec son frère jumeau Xander de plus de deux cents actes de terrorisme intérieur... Membre d'une organisation criminelle emmenée par un homme quasi-immortel, Black Death, et regroupant des hommes et des femmes aux pouvoirs paranormaux, Zack a jeté l'éponge à la mort de son jumeau... et joué par la même occasion les indicateurs pour l'ennemi principal de Black Death, le Service des Opérations Spéciales. En échange, il a obtenu immunité et service de protection des témoins, mais il se demande combien de temps il tiendra ainsi, dans cette position du minable, lui qui fut un homme redouté et médiatisé. Et voilà qu'un de ses collègues découvre son passé et ne trouve rien de mieux que d'exercer un chantage d'un genre un peu particulier...

Ce n'est pas la première fois que les auteurs de comics tentent une autre approche du genre « super héros », via des histoires d'humains dotés de pouvoirs anormaux et puissants, et qui n'en font pas un étalage outrancier. Ce renouveau a démarré à la fin des années 80 avec des auteurs comme Franck Miller et Alan Moore, ce dernier faisant prendre un tournant décisif au genre avec Dave Gibbons et les « Watchmen ». Brubaker et Philipps, les orfèvres de la série « Criminal», apportent leur pierre à l'édifice, en inscrivant leur histoire dans leur registre de prédilection, celui du « crime comics ». Ou plutôt, en croisant les genres de manière habile... et en commençant en quelque sorte par la fin de ce que pourrait être une de leurs intrigues criminelles habituelles : le personnage principal n'est plus dangereux, puisqu'il vit une vie des plus ordinaires, et donc, l'arrestation du coupable, ou la lutte contre ses méfaits n'est plus ce qui donne la tension à l'histoire. Comment capter l'attention du lecteur en ce cas ? C'est là que Brubaker injecte l'ingrédient « super vilains » à son histoire : Zack peut à tout moment revenir à sa vie de mort et de destruction, que va-t-il choisir ? Là où Brubaker est fort c'est bien dans sa manière de traiter la fascination pour la violence : il entoure son personnage principal, de seconds couteaux qui sont eux-mêmes encore plus drogués par le pouvoir que peut procurer une anomalie génétique. Cette question quasi-existentielle traverse l'album tout entier, qui n'oublie pas d'être une BD où le monde est mis à feu et à sang, et où les coups pleuvent jusque dans les rivières à saumons les plus paisibles. Sean Phillips est égal à lui-même, et si vous l'aviez apprécié dans « Criminal », vous le retrouverez ici au mieux de sa forme, son dessin bénéficiant des couleurs impec de Val Staples, qui officie aussi sur « Criminal ».
« Incognito » sort évidemment de la ligne tracée dans leur série-phare, mais l'esprit du duo est bien là. Et en plus, la couverture est superbe. C'est celle du sixième volume du comics original, Delcourt ayant choisi de reproduire celle de « l'album » US en pages intérieures. Ce qui n'est pas anodin quant à l'annonce du contenu du livre... Voici cette couverture originale :

Mais que vous soyez adepte de la VO ou de la VF , dans les deux cas : lisez !

Incognito – Projet Overkill
Texte d'Ed Brubaker et dessins de Sean Phillips
Delcourt, 2010. - 160 pages couleurs – Collection Contrebande – 14,95 €

dimanche 18 avril 2010

Le Chineur 1 - Tu es poussière (2010)

Gabin Kashenko est brocanteur, et écume la France profonde à la recherche de la pièce rare oubliée dans une grange ou un grenier. Ses pérégrinations le conduisent en Charente, à Dain sur Souzon, où il tente de convaincre les habitants de se séparer de vieilles choses inutiles, à quelques jours de la grande brocante de la région. Technique éprouvée, plus ou moins efficace, mais comme l'homme est plutôt avenant, les portes s'ouvrent sans trop de difficultés. Mais elles donnent parfois sur des objets qui gardent la mémoire d'histoires familiales intimes et souvent secrètes. Le Chineur va vite s'en rendre compte en récupérant un étrange cahier écrit de la main d'un enfant mort quinze auparavant.

Xavier Bétaucourt, nouveau venu parmi les snaristes – et dont l'arrivée est saluée par Alain Dodier en personne dans une courte préface – a choisi le monde la « chine » pour sa première histoire. Il est vrai qu'il y a matière, entre les objets eux-mêmes, qui pourraient être à eux seuls sources d'intrigues les plus originales, et les personnages gravitant autour, acheteurs et vendeurs.
Quiconque a fréquenté la moindre braderie retrouvera en Kashenko le brocanteur pro tel qu'il existe dans la réalité, avec ses petites manies, son vocabulaire, et ses techniques d'approche du poisson à ferrer. Ce chineur-là est d'ailleurs assez sympathique, ce qui n'est pas le cas de tous ses concurrents comme il le dit lui même à propos d'un confrère qui arrive juste après lui au village, dont il réprouve les méthodes qui font du tort à la profession.
Et le mystère dans tout cela ? Déjà présent en filigrane dans les premières prospections de Kashenko, où le comportement de certains autochtones est pour le moins étrange, il s'épaissit avec la découverte du cahier. Mais il ne devient important que dans le dernier quart de l'album, qui s'accélère sur la fin. Bétaucourt a en fait pris le temps d'exposer situation et personnages, ce qui évidemment nous mène tout droit à une histoire en deux volumes. Didier Pagot, qui avait oeuvré entre autres sur le premier et le dernier tomes de la série « Pandora box » chez Dupuis, réussit à trouver les images justes pour cette nouvelle série. A suivre, donc.


Le Chineur, tome 1 – Tu es poussière
Scénario Xavier Bétaucourt et dessin Didier Pagot
Bamboo, 2010. - 48 p. coul. - Collection Grand Angle
12,90 €

vendredi 16 avril 2010

Parker - Le Chasseur (2010)

« Dans les illustrés on dit Syndicat. Pour les escrocs et les gangsters, c'est la famille et vous dites l'organisation. Vous pourriez aussi bien vous appeler la Croix-Rouge, ça m'est bien égal. Il va falloir me rendre l'argent que cela vous plaise ou non. »
Celui qui parle ainsi à un ponte de la mafia new-yorkaise ne doute de rien : il s'est fait doubler sur un casse, piégé par sa propre femme. Comme il est plutôt du genre têtu et dur à cuir, et qu'en plus il a fait de la prison suite à cette affaire qui a mal tourné pour lui, peu lui chaut l'importance de ceux qui doivent lui rendre les 45 000 $, petites frappes ou parrains intouchables. Il s'appelle Parker, et ceux qui se retrouvent en travers de son chemin vont vite apprendre à connaître son nom.
Quant à celles et ceux qui le connaissaient déjà, ils peuvent commencer à numéroter leurs abattis : Parker
est en chasse, et il y a fort à parier qu'il se montre sans pitié...

Parker est, avec Dortmunder, l'un des principaux personnages récurrents du grand romancier américain Donald Westlake. Publiées dès 1962 sous le pseudo de Richard Stark, les 22 romans mettant en scène ce cambrioleur sans prénom, froid et implacable, ont donné lieu à une dizaine d'adaptations cinématographiques, pour lesquelles Westlake n'avait jamais autorisé l'utilisation du nom de son personnage. Parker est ainsi devenu Macklin, MacClain, Stone, Porter... ou Walker, comme dans « Pointblank » de John Boorman, adaptation (en 1967) de « The Hunter », premier titre de la série, que les lecteurs français ont découvert en 1963 à la Série Noire sous le titre... « Comme une fleur » (ah, ces titres...).
C'est pour cette même première aventure que le dessinateur Darwyn Cooke a été autorisé à utiliser le véritable nom du héros, pour une superbe version graphique, qui arrive chez Dargaud, avec une traduction de Tonino Benacquista.
Cooke a opté pour une adaptation en « noir/gris et blanc » du meilleur effet, avec un jeu permanent sur la mise en lumière de ses cases, et un trait parfois épuré donnant à cet album, de temps à temps, des allures de story board. Mais il ne faut pas s'y tromper : Cooke montre tout le talent de conteur en images qui est le sien dès l'ouverture de l'album, dans une très longue séquence quasi-muette, où nous suivons le retour de Parker à la vie, et aux affaires. En une vingtaine de pages, grâce à des scènes minutieusement décrites (comme la confection d'un faux permis de conduire) ou racontées par ellipse (la visite aux banques pour les escroquer) le personnage est campé, sa détermination et son caractères posés. Du grand Art !
Par ailleurs, Cooke a pris le parti d'un usage subtil du texte : soit il nous le donne à lire dans les traditionnelles bulles, soit il opte pour de longs passages narratif illustré, avec de temps à autre un dessin pleine page. Et c'est bien ce mode de narration en alternance qui renforce l'impression de lire un vrai « roman graphique ».
C'est toujours un peu la même chose avec les adaptations : soit vous connaissez le roman originel, et là, très souvent, une comparaison s'opère, avec ce qui reste de l'oeuvre littéraire, soit vous découvrez l'histoire et voyez l'ensemble d'un oeil neuf. Dans ce second cas, si en plus du plaisir de lecture de la bande dessinée, vous avez envie d'aller voir à quoi ressemble le roman, c'est que le dessinateur aura réussi à vous ouvrir les portes de l'univers d'un romancier. Pour moi qui n'ai jamais lu un seul Richard Stark – oui j'avoue ! - ce « chasseur » fonctionne exactement comme cela : j'ai désormais furieusement envie d'aller faire un tour du côté des romans. Et aussi des trois autres titres signés Cooke annoncés par IDW, l'éditeur américain. Dargaud annonce la traduction du deuxième.
Après l'adaptation réussie de Lax (« Pierre qui roule » chez Rivages/noir Casterman), cette autre version graphique de Westlake/Stark est un vrai bonheur. Si la vogue actuelle des adaptations vous laisse de marbre, laissez-vous emmener par ce Chasseur. Vous ne le regretterez pas.

Parker : Le Chasseur
Texte et dessins de Darwin Cooke, d'après Richard Stark
Traduction de Tonino Benacquista
Dargaud, 2010
140 pages en bichromie, 19 €