Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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Bonne balade dans le noir !

jeudi 7 avril 2022

[Fauve d’or 2022] - Marcello Quintanilha ou le Brésil à fleur de peau

Marcello Quintanlha vient de remporter la récompense suprême pour un album au FIBD d’Angoulême, le Fauve d’or, qui lui a été décerné pour « Ecoute jolie Marcia », aux éditions ça et là.

Pas officiellement estampillée polar, cette histoire est tout de même « un petit peu rose, mais aussi un petit peu noire », dixit Marcello lui-même. Ce qui est certain c’est qu’elle a cette dimension humaine qui traverse toute l’oeuvre de l’auteur. Je reviendrai très bientôt sur cet album qui va certainement faire découvrir à un plus grand public tout le talent de ce dessinateur (et scénariste!) attachant. En attendant, je vous propose de le retrouver dans cet entretien qu’il m’avait accordé fin 2018, pour la revue 813 à l’occasion de la sortie de son album « Les Lumières de Nitelroi », et où il était revenu sur l’ensemble de son œuvre publiée en France. 

 

 Marcello, commençons par cette série qui est votre première publiée en Europe, et qui appartient au genre cher à 813, le polar : 7 Balles pour Oxford. L’intrigue en est « simple » : un vieux détective sur le déclin fait une promesse à son épouse mourante, utiliser les 7 dernières balles de son revolver, et raccrocher. 7 balles, 7 enquêtes et 7 albums. Ce scénario est signé Zentner et Montecarlo. Comment s’est passée la rencontre, la constitution de cette équipe ?

Vers 1997 ou 1998, j'ai rencontré François Boucq — une de mes plus grandes influences en matière de dessin — lors d'un festival de bandes dessinées au Brésil, et il m'a proposé de montrer mon travail à sa maison d'édition — Casterman à cette époque — et il l'a fait. Zentner travaillait avec eux et ils m'ont mis en contact avec lui. Il m'a présenté le projet sur lequel il travaillait avec Montecarlo et nous avons immédiatement commencé à travailler ensemble dessus. Par la suite, nous n'avons pas conclu d'accord avec Casterman, nous avons finalement signé avec Le Lombard, qui nous a proposé un contrat à long terme.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette histoire : le suspense qu’elle prévoyait, ou cet aspect « chronique sociale », au coeur du quotidien d’américains… ou d’autres ! Ou encore le fait de mettre en scène un héros vraiment atypique… 

Je pense que la troisième option est la plus évidente. En outre, il y avait cette atmosphère familiale qui entoure toute la série, avec la personnalité d'Oxford basée sur le père de Zentner, tandis que son aspect physique provient de mon grand-père. J'adore travailler avec ces concepts.

Après cette série, publiée au Lombard de 2003 à 2012, vous êtes accueilli par les éditions ça et là qui publient, en 2015, Mes chers samedis. C’est là la première traduction de votre œuvre brésilienne, et on y découvre ce qui semble bien être ton domaine de prédilection : le portrait de personnages issus de classes populaires. Ce n’est pas forcément polar, mais c’est parfois noir…

Oui c'est vrai. Ce n’est pas par hasard que ces éléments sont présents dans mon travail. D'un côté, le Film Noir a toujours été une grande référence pour moi, non seulement pour ses oeuvres les plus connues tels que Out of the Past ou Double Identity, mais aussi pour d’autres moins connues, mais qui figurent parmi mes préférés, tel The Strange Love of Martha Ivers, avec la magnifique Barbara Stanwyck et un jeune prometteur, Kirk Douglas, qui faisait ses premiers pas en jouant les méchants. Il y a aussi le moment de la connexion du genre avec la série B, dans les années 1950, où nous pouvons trouver de véritables joyaux comme The Narrow Margin ou The Big Combo. En plus de cela, j'ai toujours été fasciné par les films qui traitent de manière forte des thèmes sociaux : le cinéma brésilien des années 1960, le Free Cinema, le Néoréalisme Italien et, bien sûr, la Nouvelle Vague, ont été, sont et seront toujours représentatifs pour moi.

Tungstène, lui est plus franchement dans le registre polar, puisqu’il a même décroché le fameux Fauve Polar à Angoulême, mais il demeure toujours ancré dans le quotidien des brésiliens d’aujourd’hui. Est-ce l’album qui vous a véritablement révélé au grand public ?

En ce qui concerne la France, sans doute. Tungstène a été incroyablement bien accueilli, ce qui est encore plus gratifiant parce que c'est une histoire qui a un trait régional très fort, mais je pense que cela fonctionne précisément, par son discours universel, car finalement le drame vécu par les personnages, leurs aspirations, leurs peurs, leurs contradictions concernent l’être humain en général et pas seulement les personnes appartenant à un contexte local.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de l’adaptation au cinéma de Tungstène ? Y avez-vous participé activement ?

Oui bien sûr. J'ai travaillé sur la première version du script. Il y a eu un deuxième traitement des mains de deux scénaristes, Marçal Aquino et Fernando Bonassi. Tout le processus d'adaptation a été incroyablement rapide. Entre le moment où j'ai été contacté par le réalisateur Heitor Dhalia (O Cheiro do Ralo, À Deriva, Gone, Serra Pelada), jusqu'au début du tournage, cela a pris environ deux ans. Nous avons eu beaucoup de conversations. Heitor sait très bien quoi faire et comment le faire quand il s'agit de films. Le film est extrêmement fidèle à la bande dessinée et de nombreuses scènes sont des traductions directes d’une langue à l’autre. Je ne pourrais pas être plus heureux.

Le travail des acteurs pour donner vie aux personnages, en faisant ressortir leur mythologie personnelle pour les doter de sentiments ... C'est un processus fascinant à observer.

Talc de verre , qui sort juste après, en 2016, est le magnifique portrait d’une femme qui s’enfonce dans une spirale auto-destructrice, alors qu’elle a tout pour elle… On peut y voir une nouvelle fois, une critique lucide de notre monde  oppressant, même pour les plus armés pour s’en sortir. C’est aussi une nouvelle page sur le Brésil d’aujourd’hui : quel regard portez-vous sur votre pays, vous qui résidez à Barcelone depuis 2002 ?

Je m'efforce de ne pas avoir une vision spécifique du Brésil, ou de ce que c'est que d'être brésilien, car cela nous conduit inévitablement à une série de simplifications et de généralisations qui forment une vision sociologique qui recouvrirait des aspects sociaux économique ou matériels.

Ma relation avec le Brésil reste exactement la même que lorsque j'y vivais, car je ne me sens pas du tout loin du pays. De cette façon, comme dans Talc de Verre — et je devrais revendiquer le prémisse du personnage comme être humain, pas comme une femme, car je n’ai aucun envie de classer des oeuvres d’après des idées reçues du genre — je ne cherche pas à transmettre le “brésilienisme”, puisque je l'ai tout avec moi. Les histoires expriment ainsi les émotions authentiques de quelqu'un qui a grandi dans ce contexte.

Que pensez-vous de la situation politique actuelle au Brésil ? Ce succès de l'extrême droite vous surprend-il ? Est-ce quelque chose que vous aimeriez aborder un jour dans un de vos albums ? 

Il est impossible de ne pas se sentir triste et vraiment inquiet après les résultats des élections. Dans un scénario de crise, l'extrême droite trouve toujours un terrain fertile pour se développer. De mon point de vue, le Brésil paie maintenant le prix de n'avoir pas fait les bons choix au bon moment, manquant des occasions historiques de réformer ses infrastructures, et notre déficit dans ce secteur s'est alourdi au fil des ans. Le vote à l'extrême droite est avant tout un vote de protestation contre l'incapacité de la classe politique classique à donner des réponses efficaces aux demandes sociales urgentes. Et comme mon travail est tellement ancré dans la réalité, il est inévitable que les questions politiques et sociales soient toujours impliquées.

Vos albums sont-ils publiés au Brésil ? Quelle est la situation de la bande dessinée là-bas ?

Oui, ils sont publiés régulièrement au Brésil.

Au Brésil, les bandes dessinées traversent des périodes cycliques au cours desquelles des problèmes politico-économiques sapent souvent un marché en développement, qui doit être réorganisé de temps en temps. Le secteur de la bande dessinée a connu une croissance importante il y a quelques années, mais le ralentissement économique et la dureté des positions politiques pèsent comme une ombre sur la culture dans son ensemble et sur la bande dessinée en particulier. J'ai traversé des périodes de crise au cours desquelles la publication de toute bande dessinée était devenue impossible, comme c'était le cas dans les années 1990, particulièrement dures. Nous nous appuyons actuellement sur les plate-formes numériques et les systèmes de financement qui ont permis le placement des nouveaux type d’œuvres, malgré l’incertitude économique qui constitue une perspective totalement nouvelle.

Votre nouvel album s’appelle  Les lumières de Niterói , et se passe dans les années 50, dans votre ville natale. Il y a une dimension auto-biographique, je crois, à cette histoire ? Qui n’oublie pas non plus un certain suspense…

C'est une histoire développée autour d'un fait réel qui est arrivé à mon père quand il était footballeur professionnel à l'époque. L’un de ses meilleurs amis, Noel, décédé il ya plusieurs années, est l’autre protagoniste et j’étais particulièrement intéressé à traiter de manière très intense l’amitié qui existe entre ces deux personnages. Les Lumières de Niterói évoque une époque à laquelle je n’ai évidemment pas assisté mais bien présente dans les mémoires des gens et les choses qui m’entouraient lorsque je grandissais. La nostalgie d'un âge d'or, d'un pays qui semblait trouver sa place dans le monde grâce à la croissance économique de l'après-guerre.

Pendant de nombreuses années, cette histoire m’est restée à l'esprit jusqu'à ce que je trouve l'occasion idéale d’en faire un livre. La violence, en particulier la violence psychologique, est toujours présente. La tension monte de plus en plus, au point que les deux protagonistes vont être poussés à l'extrême dans leur résistance et où ils doivent se pardonner avant de pouvoir pardonner à leur compagnon.

Une partie de votre œuvre reste non-encore traduite. Aura-t-on la chance de la découvrir chez ça et là ?

Oui, il y a d’autres livres. Nous allons attendre et voir ce qui se passe…

Marcello, n°10 de la Seleçao 2022-2023

Bibliographie

Aux éditions du Lombard

** 7 balles pour Oxford (2003-2012), scénario Montecarlo et Jorge Zentner (épuisé )

Aux éditions ça et là

** Mes chers samedis, 2015 – 64 p. couleurs

**** Tungstène, 2015 – FAUVE POLAR SCNF 2016 – 186 p. noir et blanc

**** Talc de verre, 2016 – 160 p. noir et blanc

** L’Athénée, 2017 – 96 p. couleurs

*** Les Lumières de Nitelroi, 2018 – 240 p.couleur

**** Ecoute, jolie Marcia, 2022 – 128 p. couleurs

lundi 28 mars 2022

[FIBD] - Le Fauve Polar SNCF 2022 à "L'Entaille" d’Antoine MAILLARD (Cornelius)

C'était- déjà ! - la semaine dernière au méga-cluster d’Angoulême, et dimanche matin au studio SNCF : le Fauve polar 2022 a été décerné à Antoine Maillard pour son premier et inquiétant album L’Entaille, aux éditions Cornélius, dans leur prestigieuse collection Solange.  Il faudra donc que les Robert Crumb, Daniel Clowes et autres Charles Burns fassent une place au petit frenchy et à sa vision de l’Amérique. Et sa vision à lui, c’est celle de la banlieue tranquille, cossue, bourgeoise, qui vient se faire secouer les gazons impeccables et les lampadaires élégants par des meurtres sordides. A la batte de base-ball. Par un tueur insaisissable. Les victimes ? Des lycéennes. Les protagonistes de l’affaire ? Des lycéens et des lycéennes. Qui voient leurs petites affaires et leur train-train sévèrement bousculés… au point de les transformer, eux, radicalement.

Hommage non-déguisé aux « slashers » et aux « teen-movies» deux catégories bien particulières du cinéma de genre chères à l’auteur, l’Entaille est avant tout une réussite graphique : entièrement réalisé au crayon de papier, l’album baigne dans une atmosphère ouatée de la première à la dernière page, et il se dégage des tons noirs et gris veloutés une ambiance pesante et mystérieuse. Couronné dès son premier album, espérons qu’Antoine Maillard, illustrateur de presse reconnu, poursuive dans la voie de la bande dessinée. Dans le polar ou ailleurs.

Et saluons au passage les autres candidats au Fauve Polar, en particulier Reckless (Brubaker et Phillips - Delcourt) et Impact (Rochier et Deloupy - Casterman), pour lesquels Bedepolar avaient un petit faible, avouons-le…

L’Entaille ***

Scénario et dessins Antoine Maillard

Cornélius, mars 2021 – 152 pages noir et blanc

Collection Solange – 25,50 €

 

dimanche 6 mars 2022

[FIBD 2022] – Fauve Polar SNCF : la sélection des 7 albums en compétition

 Qui pour succéder à « Ghost 111 » de Mark Eacersall, Henri Scala et Marion Mousse (Glénat) lauréat du Fauve Polar SNCF 2021 ? Le jury aura fort à faire car la sélection proposée par le FIBD pour la catégorie polar de son palmarès couvre de larges pans du genre, jugez plutôt :

- Commissaire Kouamé, T.2, Un homme tombe avec son ombre, de Marguerite Abouet et Donatien Mary (Gallimard BD) 

Ou comment le survolté commissaire et son fidèle adjoint Arsène vont s’échiner à retrouver la fille d’un richissime industriel français, disparue en plein Abidjan. Une enquête dans une Afrique vivante et authentique, des personnages mémorables, une intrigue solide, un rythme effréné, et … un humour à l’épreuve de tout maraboutage !

- Goodnight Paradise, de Joshua Dysart et Alberto Ponticelli (Panini Comics)

Ou comment Eddie, sans-abri écumant les rues du très prisé quartier de Venice Beach à Los Angeles va tenter de faire éclater la vérité sur l’assassinat d’une jeune femme que tout le monde semble vouloir oublier… et faire taire. Un des comics les plus noirs de l’année !

- Impact, de Gilles Rochier et Deloupy (Casterman)

Ou les destins parallèles et croisés (ah ah, oui les deux à la fois) de Dany, quadra marginal et impulsif à deux doigts de l’incarcération et de Jean, retraité à deux orteils de la tombe. Tous deux ont des secrets un peu trop lourds à porter… Un récit habile et subtil, et un regard acéré sur la France d’ici et maitenant.

- L'entaille, d'Antoine Maillard (Cornélius)

Ou l’irruption d’un tueur d’ados à la batte de base-ball dans une petite bourgade américaine. Passée au révélateur du serial-killer, la quiétude apparente de la ville explose, et les jeunes protagonistes de cette histoire vont mûrir d’un coup… ou mourir. Superbe hommage au cinéma de genre, par un nouveau venu dans la bande dessinée.

- Factomule, d'Oyvind Torseter (La joie de lire)

Ou comment Tête de Mule, factotum du Président se fait voler son identité… et sa place auprès du grand homme qui s’apprêtait à lui confier une mallette de la plus haute importance. Un « grand thriller politique international » déroutant, délirant et… norvégien. Une découverte savoureuse !

- Nouveaux Détours, de Jean-Claude Götting (Barbier)

Ou cinq histoires aussi courtes que noires qui nous amènent sur les routes de l’Amérique des fifties et où les personnages ne sont pas loin d’être des losers magnifiques. Diners, motels, barber-shop et petites villes sont au menu de ce road-trip sombre et élégant. 

- Reckless, d'Ed Brubaker et Sean Phillips (Delcourt)

Où le dénommé Ethan Reckless, un type discret à qui on fait appel pour régler des problèmes que les autorités officielles ne pourraient résoudre voit débarquer une « cliente » qui n’est autre que son ex, disparue depuis leurs années d’étudiants radicaux. Un retour qui le plonge dans une course contre la montre d’un homme pris dans les roues d’un engrenage infernal. Un excellent cru des maîtres du genre…

Alors oui, le choix va être difficile. Verdict samedi 19 mars ! 

A bientôt pour le programme des rencontres polar sur l'espace SNCF !  En attendant, pour des infos sur le FIBD, suivez le guide officiel 

 


mercredi 2 mars 2022

[Express] - LIP des héros ordinaires, de Galandon et Vidal (Dargaud, 2014)

 Il n’est jamais trop tard pour découvrir – et donc vous faire part de mon enthousiasme pour – un excellent album. Et je viens juste de lire celui de Laurent Galandon et Damien Vidal sur le conflit des usines LIP de Besançon, qui s’est déroulé d’avril 1973 à mars 1974. Pendant presque un an, les salariés de cette usine de montres très réputées à l’époque vont tout faire pour ne pas perdre leur boulot : y compris en planquant 25 000 toquantes réquisitionnées au patronat, et en se lançant dans une tentative d’auto-gestion demeurée célèbre. "On fabrique, on vend, on se paie !" : tout un programme, qui a marché, un temps…

Les bandes dessinées-documentaires - appelons-les comme cela - ont le vent en poupe depuis une petite dizaine d'années, et certaines sont remarquables. Cette histoire de LIP l’est : claire, fluide, précise et incontestablement très documentée, elle se lit d'une traite, à la fois pour le "suspense" qu'elle suscite (les ouvriers rebelles tiendront-ils longtemps le choc ? ) et surtout peut-être par l'écho qu'on peut lui trouver, en 2022. Sur le cynisme du patronat, par exemple. A moins que cela ne soit celui des actionnaires ? Si cela ne vous rappelle pas quelque chose... Laurent Galandon construit un récit qui fourmille de remarquables « héros ordinaires » comme l’indique avec justesse le sous-titre – et y met en scène des hommes et des femmes formidablement humains. Damien Vidal dessine l’ensemble avec une finesse et un sens du détail absolument parfaits.

Bref : un excellent album à ranger dans votre bibliothèque rouge (et noire) !

LIP, des héros ordinaires ****

Scénario Laurent Galandon et dessin Damien Vidal

Dargaud, 2014 - 176 pages noir et blanc - 19,99 €



lundi 7 février 2022

[Festival - NIORT] – Regards Noirs, du vendredi 11 au dimanche 13 Février : La BD polar bien présente

 


Regards Noirs - sous-titré Festival du Polar Niort - ouvre le bal des salons du Noir, et fait une belle place à la bande dessinée. Pour commencer, les deux lauréats du Prix Clouzot 2022, Jean- Denis PENDANX et Laurent GALANDON, auteurs de « A Fake Story » (Futuropolis) seront présents samedi pour recevoir leur prix, avant de participer à une rencontre, le dimanche, avec l’excellent romancier Jacky SCHWARTZMANN (dernier roman paru : Kasso, chez Gallimard) sur le thème « Vrais fausses fictions, de quoi parle-t-on ». Animé par Macha Séry, journaliste au Monde, ce sera un moment à ne pas manquer.

Et pour ma part j’aurai le grand plaisir d’animer deux débats, samedi 12 

- A 14h, « Petites combines, grandes failles et musique rap », avec Luc DESPORTES (dessinateur de l’Echelle de Richter, dont je vous parlais il y a peu) et Matthieu LUZAK, auteur du roman, son premier, «Poudre blanche, sable d’or » (La Manufacture de livres)

- A 18h, « Nouveaux paysages dans la BD polar », avec Donatien MARY (Commissaire Kouamé) et Isao MOUTTE (Clapas), deux dessinateurs figurant dans ma sélection annuelle 2021, voilà qui tombe bien, pas vrai ? Et ce sera aussi l’occasion de découvrir les planches originales du Commissaire Kouamé, à la médiathèque : une autre raison de venir faire un tour dans les Deux-Sèvres.


Le Festival Regards Noirs, c’est aussi d’autres rencontres, des lectures, des projections, … tous les détails ici, sur le site du salon, qui fait peau neuve cette année, et se déroule dans de nouveaux lieux. Vous savez quoi faire ce week-end ! 

jeudi 3 février 2022

Mes albums préférés de l’année 2021 [3/3] – Commissaire Kouamé et L’Echelle de Richter (Gallimard) / Clapas (Sarbacane) / Impact (Casterman) et Les Misérables (Glénat)

Bon, 2022 est déjà passé à 11 mois, alors je termine vite ce petit tour de mes chouchous 2021, avec une étape Dakar-Paris

Petite descente en Côte d’Ivoire, où on retrouve avec un immense plaisir le Commissaire Kouamé de Marguerite Abouet et Donatien Mary pour une deuxième aventure : un homme tombe avec son ombre. L’enquête confiée au bouillonnant et dégingandé commissaire et à son fidèle assistant Arsène consiste cette fois à retrouver la fille d’un grand industriel français, une adolescente qui a disparu en plein jour. Mais faut-il suivre la piste de l’enlèvement crapuleux ou celle plus mystérieuse de la sorcellerie : la jeune fille est albinos, un détail qui pourrait mener à d’autres affaires en cours… Ce qui avait fait tout le sel de Un si joli jardin (Prix Sncf du Polar 2019) est bien là : une Afrique vivante et authentique, des personnages mémorables, une intrigue solide, un rythme effréné, et … un humour à l’épreuve de tout maraboutage ! Le dessin nerveux de Donatien Mary est parfait pour le scénario rocambolesque de Marguerite Abouet, et leur jubilation à donner vie à leur commissaire est communicative : on ressort de cet album épuisé, mais ravi.

Retour au pays pour finir et direction la Drôme et sa spectaculaire région du Claps, tout en rochers et sauvagerie. Un décor naturel idéal pour Isao Moutte, et son Clapas qui, dès sa couverture, intrigue : sous un ciel noir de nuages, six personnages enjambent un éboulis de pierres énormes qui barrent complètement une route sinueuse, à flanc de montagne rocheuse. Minuscules humains pris dans la majesté presque menaçante de la nature. Au loin dans un virage, un bus. Tout est déjà posé et il ne reste plus qu’à aller à la rencontre de ce mystérieux groupe de voyageurs. Leur histoire est simple : tous en route pour différentes destinations, ils se retrouvent contraints de poursuivre à pied leur périple, à défaut de pouvoir téléphoner dans cette région où les ondes ne passent pas… Bientôt recueillis par des frères revenant d’une partie de chasse, leur soulagement va être de courte durée quand ils vont découvrir l’ambiance pesante qui règne dans la maison familiale où ils doivent faire halte. Et c’est l’inquiétude puis la peur qui vont les gagner au fil des minutes qui s’écoulent, interminables… Clapas est une histoire sacrément dérangeante, où des gens ordinaires perdent pied car confrontés à un monde psychologique qui n‘est pas le leur, à des semblables aux comportements irrationnels et primaires. Et comme la nature leur semble tout à la fois protectrice et hostile, quelle issue pour chacun de ces naufragés de la route ?

Je rajoute à cette sélection 2021 trois albums dont je vous ai déjà parlé ici  : la version tout en poésie des Misérables de Salch, Impact le récit noir à double voix de Rochier et Deloupy et le fascinant Echelle de Richter de Frydman et Desportes.

A vos librairies et bibliothèques et médiathèques (c’est pareil) si vous avez raté ces albums. Et place à 2022 !

Commissaire Kouamé : un homme tombe avec son ombre

Scénario Marguerite Abouet, dessins Donatien Mary

Gallimard Bande Dessinée – 120 pages couleur – 22 €

Clapas - Scénario et dessin Isao Moutte

Sarbacane – 150 pages couleur – 25 €

Les Misérables - Scénario et dessins Salch, d’après Victor Hugo

Glénat – 192 pages couleur – 29 €

Impact

Scénario Gilles Rochier et dessin Deloupy

Casterman – 104 pages couleurs – 18 €

L’Échelle de Richter

Scénario Raphaël Frydman,et dessins Luc Desportes

Gallimard BD, 2021 - 496 pages noir et blanc - 29 €. 



 

dimanche 23 janvier 2022

[Regards Noirs - Niort 2022] – L’Echelle de Richter de Frydman et Desportes (Gallimard) ****

 Tout commence dans un hôtel anonyme : Hassan, cuistot harcelé et méprisé par Albert, le gérant des lieux, prend une pause méritée dans l’arrière cour. C’est là qu’il voit passer en trombe un homme qui s’enfuit par la porte de service. Il alerte Albert et les deux hommes inspectent les étages : ils découvrent vite au beau milieu d’une chambre, le cadavre d’une femme, la tête ensanglantée. Albert ne tergiverse pas il renvoie aussitôt Hassan chez lui, et appelle les flics. A qui il ne mentionne pas, lors de son interrogatoire, la présence de son cuistot la nuit du drame : une petite omission que la police scientifique ne tarde pas à mettre à jour, car la cuisine est constellée d’empreintes de mains non-identifiées. C’est le début d’une enquête-puzzle où vont se dévoiler les bouts de vies d’un rappeur oublié, d’un chirurgien respectable, d’un croupier solitaire, d’un trafiquant à la petite semaine, d’une mère toxico, d’une serveuse rêvant de cinéma… sans oublier celles d’un flic un peu paumé. Entre autres personnages ! Autant de fragments de quotidiens qui vont s’imbriquer pour former un tableau d’une noirceur implacable.

Et pour la narration de ces quelques 400 pages, Raphaël Frydman et Luc Desportes ont choisi de procéder par un chapitrage par personnages : en sept longs chapitres, on suit donc Hassan, le témoin initial, Laurent, flic chargé de l’affaire, puis vient Ruben, rappeur déchu devenu vendeur en électro-ménager, J.O, petite frappe endettée jusqu’au cou, Karl, père de la victime, Dany, mari volage, et Noémie, jeune femme aux rêves de cinéma et qui va se voir offrir un premier rôle assez surprenant pour débuter sa carrière.

Et si l’on prend un vrai plaisir à suivre le déroulement de l’enquête – une « banale » histoire de trafic de drogue, comme la première image du rabat de la couverture vient nous prévenir, nous mettre l’eau à la bouche, même, n’est-il pas question de crêpes ? Ah non, pas tout à fait – si nous prenons un vrai plaisir à accompagner Laurent dans sa quête de la vérité, ce plaisir en est décuplé par l’immersion dans les vies de chacun, dévoilées par touches successives et… sensibles.

C’est ce qui fait toute la puissance de ce récit kaleidoscopique : nous voilà face à de vrais gens, aux sentiments, rancoeurs, nostalgies, regrets et espoirs qui sonnent éminemment justes et qui parlent directement à nos âmes et à nos coeurs. Tous les personnages de cet album ont des secrets,des choses à cacher à leurs proches, pour les préserver, du moins le pensent-ils et semblent se sentir coupables, à un moment ou à un autre, au point de craquer. Et quand ils se retrouvent pas loin de l’épicentre du séisme qu’est ce cadavre de jeune femme, comment vont-ils se sortir de leurs petits arrangements avec leur vie ?

Cet album dense est d’une richesse incroyable, avec une idée force qu’est cette omniprésence de la viande, de la nourriture, point de départ initial et fil rouge évident : des steacks avariés de Hassan aux repas fins servis par Noémie, en passant par le coup de râpe à fromage vengeur de Ruben, on suit avec délectation – ou dégoût - un parcours existentialo-culinaire pour chacun des personnages. La vie, n’est-ce pas manger sous peine d’être mangé ? C’est aussi ce que semblent nous dire les auteurs.

Et graphiquement, tout cela est porté par le dessin, à la fois précis et minimaliste (dans ses décors) de Luc Desportes, qui a fait le choix d’un album qui s’affranchit des cases traditionnelles. Voilà qui permet de mieux saisir les scènes et les séquences dans leur ensemble, et installe très vite une fluidité et une dynamique à ce récit au long cours. On est happé dès les premières pages et on ne lâche à aucun moment.

Peut-être faut-il voir ici le savoir-faire de Luc Desportes pour le Septième Art : il est en effet le story-boarder attitré de Cédric Klapisch, comme nous le rappelle le réalisateur dans sa préface à l’album. Tout comme il nous apprend qu’il a incité les deux auteurs à ne pas lâcher ce projet initialement prévu pour le cinéma, et qui était devenu un roman graphique en devenir.

Le résultat est là avec, ce « roman graphique » : une bande dessinée noire à ranger parmi les grandes réussites de ces dernières années. Rien de moins.

Vous pourrez rencontrer Luc Desportes au festival Regards Noirs de Niort, le week-end des 12 et 13 Février prochains. Ne manquez pas ce rendez-vous !

L’Échelle de Richter ****

Scénario Raphaël Frydman,et dessins Luc Desportes

Gallimard BD, 2021 - 496 pages noir et blanc - 29 €. 

dimanche 16 janvier 2022

[Fauve Polar SNCF 2022 - FIBD] - Impact par Rochier et Deloupy (Casterman)

 Dany, quadragénaire déguisé en jeune impulsif à capuche, traite son mal-être à coup de poings sur tous ceux qui le contrarient. La dernière fois risque d’être celle de trop s’il ne va pas illico consulter un psy pour démêler ce qu’il a dans le crâne, s’il ne veut pas poursuivre sa vie derrière les barreaux.

La vie de Jean est, elle, pas loin de se terminer : à l’hôpital, les médecins ne lui disent pas combien de mois il lui reste, mais il a compris. Alors il se confie à un compagnon d’infortune hospitalière et lui raconte cette vie de tourneur-fraiseur modèle, syndiqué obéissant, père attentionné, jusqu’à ce moment où tout déraille et où il va falloir vivre avec le mensonge et le secret…

Double voix, doubles vies, double récit : Gilles Rochier a construit une histoire parfaite, où forcément, comme on s’y attend, les destins de Dany et Jean vont se croiser, mais à la différence de nombre de récits du même genre, les protagonistes vont tout ignorer l’un de l’autre. Il y a bien sûr un point de jonction, quelqu’un qui va comprendre ce qui unit les deux hommes, mais seul le lecteur le saura : c’est l’une des grandes forces de ce scénario, ce troisième personnage qui pourrait tout raconter aux deux hommes… et qui le fera peut-être ? Visiblement, non, même si un léger doute est permis. Mais au-delà de cette habile construction – et par les aller-retours fluides entre les récits des vies du zonard et de l’ouvrier – Gilles Rochier décrit avec justesse et humanité l’âpreté et l’injustice d’une société sans pitié pour qui que ce soit. Et l’impact du titre - au-delà de celui de l’arme, aussi là pour rappeler qu’on est bien dans le genre noir - est bien celui qu’il laisse durablement dans les vies intérieures et torturées des deux personnages centraux. Et pour cette histoire sombre, le dessin - toujours de la famille ligne claire - de Deloupy est lui aussi parfait, d’une grande lisibilité, avec un choix judicieux de couleurs pour passer d’un moment du récit à un autre, d’une époque à une autre. Et avec une expressivité toujours juste dans les attitudes et la transposition à l’image des émotions de Dany, Jean et de tous les personnages « secondaires » qui les entoure.

J’avais raté la sortie de cet album, en avril, je le découvre au moment de sa sélection pour le Fauve polar SNCF du FIBD 2022  : il y a toute sa place, largement ! Rendez-vous du 17 au 20 mars à Angoulême pour le verdict !


Impact ****

Scénario Gilles Rochier et dessin Deloupy

Casterman – 104 pages couleurs

Paru le 14 avril 2021 – 18 €


samedi 15 janvier 2022

[Robe blanche et chapeau mou] - Spirou n°4370- Jérôme K. Jérôme Bloche est de retour !

 

Faut-il encore présenter le désormais célèbre détective au solex, aussi fin limier que piètre automobiliste, enfin, automobiliste, le mot est fort, puisqu’il en est encore et toujours à passer son permis ? Voilà quarante ans que ce bon vieux Jérôme illumine les pages du magazine Spirou de sa bonne humeur communicative et de ses enquêtes rondement menées.

Le voici de retour dans sa 28ème aventure - « Et pour le pire » - où il va visiblement être question de mariage, si l’on en juge à la couverture de ce numéro 4370 de Spirou , ce que confirme Dodier dans la mini-interview qui précède les premières planches que l’on découvre avec jubilation (et ici sur spirou.com) Ce bon vieux Jérôme se marie ? C’est son éternelle fiancée Babette qui doit être contente… Ben non, il semblerait que l’épousée soit une certaine Rebecca…. Gasp ! Ou alors juste en rêve ? Foncez sur ce numéro – et les quatre suivants – pour découvrir ce qui a bien pu se passer pour que notre héros se retrouve à l’hôpital, le ventre percé d’un coup de couteau…

Un épisode qui démarre vraiment fort !

Spirou n°4370 - Daté du 12 janvier 2022 - Editions Dupuis - 52 pages - 2,70 €

dimanche 9 janvier 2022

Mes albums préférés de l’année 2021 [2/3] – Contrapaso (Dupuis) / Moi menteur (Denoël) / No Body (Soleil) / Esma (Sarbacane)

 Hop, on traverse l’Atlantique, pour la suite de mon mini polar-trip des meilleurs albums de l’année . Trois étapes, quatre albums.

En Espagne, les années Franco ont suscité de nombreux récits et bandes dessinées, au fil des années, des archives ouvertes et de la parole libérée. Teresa Valero, dans le premier tome de Contrapaso, les Enfants des autres, a choisi le Madrid des années 50 pour y situer son histoire à elle, et y aborde aussi bien les journaux clandestins écrits par des femmes en prison, la liberté de presse étouffée par une censure terrible , les pratiques médicales proche de l’eugénisme, une grève universitaire… entre autres ! Cela pourrait être foutraque, c’est en fait foisonnant et parfaitement raconté, par le biais d’une enquête journalistique d’un duo improbable de deux reporters affectés aux faits divers dans leur quotidien : Sanz, un vieux brisquard phalangiste repenti et Lenoir, un jeune français idéaliste. Sa cousine Paloma dessinatrice de presse et de BD complète le trio et à eux trois ils vont éclaircir le mystère de meurtres tous liés au passé sombre et récent de leur pays. Mais reste encore l’énigme de ces femmes assassinées par un la main d’un seul homme, une affaire qui obsède Sanz depuis 17 ans. Un album captivant de bout en bout.

L’Espagne d’Altarriba et Keko n’en est pas moins malade et perturbée dans Moi, menteur, dernier volet de la  Trilogie du Moi , après Moi,assassin,où l’on suivait le parcours d’un tueur en série ayant érigé le meurtre au rang d’oeuvre d’art et Moi, fou, celui d’un docteur en psychologie inventeur de pathologie finalement broyé par le Big Pharma. La politique n’était jamais bien loin des deux premiers récits, elle est cette fois centrale dans Moi, menteur, puisqu’on suit le parcours d’Adrián Cuadrado conseiller en communication du parti au pouvoir qui lui a fait de la corruption et de la manipulation son mode de fonctionnement naturel. Comme  dans les deux précédents opus, tout se passe à Vitoria, théâtre de toutes les turpitudes humaines nécessaires pour arriver au sommet, et garder le pouvoir. Mais quel sommet, et surtout, à quel prix ? Ces désespérants parcours de vies sont de parfaits repoussoirs à notre monde actuel et de vrais appels à ne pas suivre ces voies-là. Côté graphisme, le noir et blanc, parsemé au fil des page de fulgurances de vert (après le rouge et le jaune des deux tomes précédents) est sublime. Et cette Trilogie du moi une œuvre majeure du Neuvième Art, rien de moins ! 


Passons en Italie où Le Berger vient conclure la trilogie de la deuxième saison de la série No Body de Christian de Metter. Cette histoire avait débuté dans les deux précédents tomes par le rapt d’une fillette dans l’Italie des années de plomb. L’enquête est confiée au commissaire Gianni Sordi et à son équipe, qui remontent vite à l’identité de la victime : Gloria Agnello Strozzi, fille de juge d’instruction chargé d’affaires politiques et petite-fille du « Baron Rouge », « quelqu’un d’important et de riche », comme le rappelle le patron de la police à Sordi. Les raisons de s’en prendre aux Agnello Strozzi ne manquent donc pas… et les exigences des ravisseurs ne vont pas tarder à arriver : la liberté de Gloria contre celle de jeunes gauchistes exaltés d’un des nombreux groupuscules du moment. Mais cela va se compliquer pour tout le monde quand la monnaie d’échange s’échappe, et que d’autres protagonistes entrent dans la danse au fil des albums. Et toute la science narrative de De Metter entre alors en action pour un ballet de personnages fascinants : deux frères jumeaux footballeurs, jouant l’un pour la Roma et l’autre pour la Lazzio, les clubs ennemis de la capitale, un spécialiste de la prise d’otage, un tueur à gage sosie d’Elvis, et évidemment, le mystérieux « M. Nobody » qui semble tirer les ficelles... La conclusion de ce récit sombre, au suspense grandissant est à la hauteur des attentes et le tout dessiné avec le trait réaliste de De Metter, qui a toujours ce talent incomparable pour exposer les émotions de ses personnages, et cet art du cadrage pour n’importe quel type de scène.

La Suisse n’est pas loin ? Allons-y et retrouvons Iwan Lépingle. Après les étendues du Grand Nord (Akkinen : zone toxique) et les méandres du plus grand fleuve de la Russie (Une ile sur la Volga), c’est du côté des bords du lac Léman que l’auteur nous entraîne dans Esma. Pour plus de quiétude ? Pas vraiment… Car derrière les murs du domaine des Arcets, et de la Villa Matsuo précisément, se déroule un drame que ses auteurs auraient certainement voulu plus feutré. Mais pas de chance, le double-meurtre qui vient d’avoir lieu a une témoin : Esma, jeune turque sans-papiers, qui trouve refuge chez son amie Audrey à qui elle révèle tout. C’est le point de départ d’une intrigue prenante mêlant médias, police et... sentiments amoureux. Comme dans les précédents albums de l’auteur, c’est tout autant l’aspect psychologique des personnages que la résolution du crime qui font mouche, et les démons du passé qui vont ressurgir font tout autant de mal que les coups de feux dans la nuit. Le tout dans une ambiance nocturne et mystérieuse suggérée dès la couverture (superbe !), et qui s’exprime par le bleu dominant choisi par Iwan Lépingle pour les pages d’Esma. Un troisième album vraiment réussi, une fois de plus !


Contrapaso 1 – Les Enfants des autres

Scénario et dessins Teresa Valero

Dupuis (Aire Libre) – 152 pages couleur – 23 €

Moi, menteur

Scénario Antonio Altarriba, dessins Keko

Denoël Graphic – 162 pages noir et blanc (et vert) – 21,90€

No Body – Saison 2, tome 3 : Le Berger

Scénario et dessins Christian De Metter

Soleil (Noctambule) – 108 pages couleur – 17,95 €

Esma 

 Scénario et dessin Iwan Lépingle

Sarbacane, 2021 - 160 pages quadri –22,50 €