Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

mercredi 21 avril 2010

Incognito - Projet Overkill (2010)

Zack est employé de bureau et mène une vie anonyme, employé transparent aux yeux de ses collègues, y compris de ceux d'Amanda la fille sexy de la comptabilité. Mais Zack vit caché : il doit rencontrer régulièrement son agent de liaison, qui veille à ce qu'il ne replonge pas dans ses errements passés. Car Zack Andersen fut dans une vie antérieure Zack Overkill, responsable avec son frère jumeau Xander de plus de deux cents actes de terrorisme intérieur... Membre d'une organisation criminelle emmenée par un homme quasi-immortel, Black Death, et regroupant des hommes et des femmes aux pouvoirs paranormaux, Zack a jeté l'éponge à la mort de son jumeau... et joué par la même occasion les indicateurs pour l'ennemi principal de Black Death, le Service des Opérations Spéciales. En échange, il a obtenu immunité et service de protection des témoins, mais il se demande combien de temps il tiendra ainsi, dans cette position du minable, lui qui fut un homme redouté et médiatisé. Et voilà qu'un de ses collègues découvre son passé et ne trouve rien de mieux que d'exercer un chantage d'un genre un peu particulier...

Ce n'est pas la première fois que les auteurs de comics tentent une autre approche du genre « super héros », via des histoires d'humains dotés de pouvoirs anormaux et puissants, et qui n'en font pas un étalage outrancier. Ce renouveau a démarré à la fin des années 80 avec des auteurs comme Franck Miller et Alan Moore, ce dernier faisant prendre un tournant décisif au genre avec Dave Gibbons et les « Watchmen ». Brubaker et Philipps, les orfèvres de la série « Criminal», apportent leur pierre à l'édifice, en inscrivant leur histoire dans leur registre de prédilection, celui du « crime comics ». Ou plutôt, en croisant les genres de manière habile... et en commençant en quelque sorte par la fin de ce que pourrait être une de leurs intrigues criminelles habituelles : le personnage principal n'est plus dangereux, puisqu'il vit une vie des plus ordinaires, et donc, l'arrestation du coupable, ou la lutte contre ses méfaits n'est plus ce qui donne la tension à l'histoire. Comment capter l'attention du lecteur en ce cas ? C'est là que Brubaker injecte l'ingrédient « super vilains » à son histoire : Zack peut à tout moment revenir à sa vie de mort et de destruction, que va-t-il choisir ? Là où Brubaker est fort c'est bien dans sa manière de traiter la fascination pour la violence : il entoure son personnage principal, de seconds couteaux qui sont eux-mêmes encore plus drogués par le pouvoir que peut procurer une anomalie génétique. Cette question quasi-existentielle traverse l'album tout entier, qui n'oublie pas d'être une BD où le monde est mis à feu et à sang, et où les coups pleuvent jusque dans les rivières à saumons les plus paisibles. Sean Phillips est égal à lui-même, et si vous l'aviez apprécié dans « Criminal », vous le retrouverez ici au mieux de sa forme, son dessin bénéficiant des couleurs impec de Val Staples, qui officie aussi sur « Criminal ».
« Incognito » sort évidemment de la ligne tracée dans leur série-phare, mais l'esprit du duo est bien là. Et en plus, la couverture est superbe. C'est celle du sixième volume du comics original, Delcourt ayant choisi de reproduire celle de « l'album » US en pages intérieures. Ce qui n'est pas anodin quant à l'annonce du contenu du livre... Voici cette couverture originale :

Mais que vous soyez adepte de la VO ou de la VF , dans les deux cas : lisez !

Incognito – Projet Overkill
Texte d'Ed Brubaker et dessins de Sean Phillips
Delcourt, 2010. - 160 pages couleurs – Collection Contrebande – 14,95 €

dimanche 18 avril 2010

Le Chineur 1 - Tu es poussière (2010)

Gabin Kashenko est brocanteur, et écume la France profonde à la recherche de la pièce rare oubliée dans une grange ou un grenier. Ses pérégrinations le conduisent en Charente, à Dain sur Souzon, où il tente de convaincre les habitants de se séparer de vieilles choses inutiles, à quelques jours de la grande brocante de la région. Technique éprouvée, plus ou moins efficace, mais comme l'homme est plutôt avenant, les portes s'ouvrent sans trop de difficultés. Mais elles donnent parfois sur des objets qui gardent la mémoire d'histoires familiales intimes et souvent secrètes. Le Chineur va vite s'en rendre compte en récupérant un étrange cahier écrit de la main d'un enfant mort quinze auparavant.

Xavier Bétaucourt, nouveau venu parmi les snaristes – et dont l'arrivée est saluée par Alain Dodier en personne dans une courte préface – a choisi le monde la « chine » pour sa première histoire. Il est vrai qu'il y a matière, entre les objets eux-mêmes, qui pourraient être à eux seuls sources d'intrigues les plus originales, et les personnages gravitant autour, acheteurs et vendeurs.
Quiconque a fréquenté la moindre braderie retrouvera en Kashenko le brocanteur pro tel qu'il existe dans la réalité, avec ses petites manies, son vocabulaire, et ses techniques d'approche du poisson à ferrer. Ce chineur-là est d'ailleurs assez sympathique, ce qui n'est pas le cas de tous ses concurrents comme il le dit lui même à propos d'un confrère qui arrive juste après lui au village, dont il réprouve les méthodes qui font du tort à la profession.
Et le mystère dans tout cela ? Déjà présent en filigrane dans les premières prospections de Kashenko, où le comportement de certains autochtones est pour le moins étrange, il s'épaissit avec la découverte du cahier. Mais il ne devient important que dans le dernier quart de l'album, qui s'accélère sur la fin. Bétaucourt a en fait pris le temps d'exposer situation et personnages, ce qui évidemment nous mène tout droit à une histoire en deux volumes. Didier Pagot, qui avait oeuvré entre autres sur le premier et le dernier tomes de la série « Pandora box » chez Dupuis, réussit à trouver les images justes pour cette nouvelle série. A suivre, donc.


Le Chineur, tome 1 – Tu es poussière
Scénario Xavier Bétaucourt et dessin Didier Pagot
Bamboo, 2010. - 48 p. coul. - Collection Grand Angle
12,90 €

vendredi 16 avril 2010

Parker - Le Chasseur (2010)

« Dans les illustrés on dit Syndicat. Pour les escrocs et les gangsters, c'est la famille et vous dites l'organisation. Vous pourriez aussi bien vous appeler la Croix-Rouge, ça m'est bien égal. Il va falloir me rendre l'argent que cela vous plaise ou non. »
Celui qui parle ainsi à un ponte de la mafia new-yorkaise ne doute de rien : il s'est fait doubler sur un casse, piégé par sa propre femme. Comme il est plutôt du genre têtu et dur à cuir, et qu'en plus il a fait de la prison suite à cette affaire qui a mal tourné pour lui, peu lui chaut l'importance de ceux qui doivent lui rendre les 45 000 $, petites frappes ou parrains intouchables. Il s'appelle Parker, et ceux qui se retrouvent en travers de son chemin vont vite apprendre à connaître son nom.
Quant à celles et ceux qui le connaissaient déjà, ils peuvent commencer à numéroter leurs abattis : Parker
est en chasse, et il y a fort à parier qu'il se montre sans pitié...

Parker est, avec Dortmunder, l'un des principaux personnages récurrents du grand romancier américain Donald Westlake. Publiées dès 1962 sous le pseudo de Richard Stark, les 22 romans mettant en scène ce cambrioleur sans prénom, froid et implacable, ont donné lieu à une dizaine d'adaptations cinématographiques, pour lesquelles Westlake n'avait jamais autorisé l'utilisation du nom de son personnage. Parker est ainsi devenu Macklin, MacClain, Stone, Porter... ou Walker, comme dans « Pointblank » de John Boorman, adaptation (en 1967) de « The Hunter », premier titre de la série, que les lecteurs français ont découvert en 1963 à la Série Noire sous le titre... « Comme une fleur » (ah, ces titres...).
C'est pour cette même première aventure que le dessinateur Darwyn Cooke a été autorisé à utiliser le véritable nom du héros, pour une superbe version graphique, qui arrive chez Dargaud, avec une traduction de Tonino Benacquista.
Cooke a opté pour une adaptation en « noir/gris et blanc » du meilleur effet, avec un jeu permanent sur la mise en lumière de ses cases, et un trait parfois épuré donnant à cet album, de temps à temps, des allures de story board. Mais il ne faut pas s'y tromper : Cooke montre tout le talent de conteur en images qui est le sien dès l'ouverture de l'album, dans une très longue séquence quasi-muette, où nous suivons le retour de Parker à la vie, et aux affaires. En une vingtaine de pages, grâce à des scènes minutieusement décrites (comme la confection d'un faux permis de conduire) ou racontées par ellipse (la visite aux banques pour les escroquer) le personnage est campé, sa détermination et son caractères posés. Du grand Art !
Par ailleurs, Cooke a pris le parti d'un usage subtil du texte : soit il nous le donne à lire dans les traditionnelles bulles, soit il opte pour de longs passages narratif illustré, avec de temps à autre un dessin pleine page. Et c'est bien ce mode de narration en alternance qui renforce l'impression de lire un vrai « roman graphique ».
C'est toujours un peu la même chose avec les adaptations : soit vous connaissez le roman originel, et là, très souvent, une comparaison s'opère, avec ce qui reste de l'oeuvre littéraire, soit vous découvrez l'histoire et voyez l'ensemble d'un oeil neuf. Dans ce second cas, si en plus du plaisir de lecture de la bande dessinée, vous avez envie d'aller voir à quoi ressemble le roman, c'est que le dessinateur aura réussi à vous ouvrir les portes de l'univers d'un romancier. Pour moi qui n'ai jamais lu un seul Richard Stark – oui j'avoue ! - ce « chasseur » fonctionne exactement comme cela : j'ai désormais furieusement envie d'aller faire un tour du côté des romans. Et aussi des trois autres titres signés Cooke annoncés par IDW, l'éditeur américain. Dargaud annonce la traduction du deuxième.
Après l'adaptation réussie de Lax (« Pierre qui roule » chez Rivages/noir Casterman), cette autre version graphique de Westlake/Stark est un vrai bonheur. Si la vogue actuelle des adaptations vous laisse de marbre, laissez-vous emmener par ce Chasseur. Vous ne le regretterez pas.

Parker : Le Chasseur
Texte et dessins de Darwin Cooke, d'après Richard Stark
Traduction de Tonino Benacquista
Dargaud, 2010
140 pages en bichromie, 19 €

mardi 13 avril 2010

Les Héros du peuple sont immortels : 5 intégrales polar chez Dupuis

Les vénérables éditions Dupuis font reparaître depuis février les fleurons de leur catalogue, en particulier des séries devenues, selon elles, des classiques du polar. Ces intégrales, sous étiquette « concentré d'aventures » et au petit format – 17 x 24 cm - reprennent 3 à 5 tomes selon les séries.
La fréquentation de ce blog vous l'aura certainement confirmé : le polar en cases, est, à l'instar du roman, un arbre aux multiples branches et ces séries intégralisées en illustrent assez bien les différents rameaux. Voyons cela de près.

Sillonnant dès 1982 les pages de Spirou à bord de son solex, JKJ Bloche, est le détective dans toute sa splendeur, chapeau mou et imper mastic en accessoires naturels. Les trois premières enquêtes marquent l'arrivée d'un jeune homme dynamique et sympathique, parfois naïf, toujours invenitf et courageux. Elles sont aussi l'occasion de présenter progressivement l'environnement de ce détective parisien, et les personnages périphériques qui l'accompagneront au cours d'une carrière qui dure encore. Ce volume est complété d'une courte histoire inédite « L'anniversaire », 4 planches parues dans le Spirou n°2516 du 1er juillet 1986. Une sucrerie tout à fait blochienne.
Un site entièrement consacré à ce personnage vaut un petit détour.


Le Ronin Kogaratsu erre lui sur les routes de l'Empire japonais du 17ème siècle et est arrivé dans Spirou en 1983. C'est à la fois une BD d'action et d'histoire qui se déroule sous nos yeux, nourrie de rencontres plus ou moins heureuses, de complots à déjouer, de défi à relever... avec le sens de l'honneur en fil rouge et en ligne de vie et de conduite pour ce personnage étonnant. Ce premier volume regroupe les tomes 1 à 4 de la série (il y a un numéro « 0 », paru entre le 3 et le 4) et contient un portfolio qui rend grâce au très grand talent de Michetz sur cette série atypique.


Atypique, Jessica Blandy l'est aussi. Pour cette série apparue en 1987 chez Novédi, l'éminent Jacques Baudou n'hésite pas à parler dans la préface à ce volume d'une « révolution Jessica Blandy », car les trois premiers albums de la série, réunis ici, détonnent fortement dans la bande dessinée policière de l'époque. Non pas tellement à cause de son érotisme […], mais surtout par la violence et la noirceur des intrigues ».
C'est donc bien de la branche noire et poisseuse de l'arbre polar dont il est question avec cette série, une des premières à plonger ses lecteurs au coeur d'un rêve américain tournant au cauchemar. Un personnage marquant du genre, le premier du duo Dufaux / Renaud, est né à la fin de ces années 80, et là, le rôle de l'édition en intégrale relève aussi de la démarche patrimoniale. Ce choix éditorial est on ne peut plus justifié.

On peut s'étonner de retrouver, dans cette première salve d'intégrale, Le Choucas de Lax, dont j'ai déjà pu vous chanter les louanges (au cas où vous n'auriez pas lu ma chronique débordante d'enthousiasme, c'est ici). N'y-a-t-il pas eu, justement, une première intégrale il y a peu ? Certes, elle était en noir et blanc, mais quand même... Mais, à bien y réfléchir, ce retour sur le devant de la scène du Choucas est tout à fait justifié lui aussi. : voici l''un des personnages les plus originaux de la famille des détectives – et l'un des plus drôles. Et il me semble qu'il demeure assez peu connu du public. Ce premier tome, agrémenté lui d'une interview de Lax, est l'occasion d'une séance de rattrapage. Une visite du côté des deux sites entièrement dédié à cette série et à son épigone « Les tribulations du Choucas », s'impose aussi, d'autant que ces sites reflètent bien l'esprit qui règne sur Le Choucas.

Et pour finir, voici un... western, Ethan Ringler. Quand je vous disais que les branches de l'arbre, etc... L'intégrale permet ici de lire, eh bien, l'intégralité de la série, puisque sont présents dans ce volume les cinq tomes retraçant l'histoire de Tecumska, alias Ethan Ringler, agent fédéral débarquant dans un New York d'après Guerre de Sécession, à la fois sur la piste du Mal... et sur celle de ses origines indiennes. Il semblerait – à la lecture de la préface de Filippi dans le tome 5 paru en 2009- que cette série s'arrête après ce qui pourrait être un premier cycle. C'est dommage, car la lecture en continu de cette aventure d'un homme tiraillé entre deux destins, dessinée par un Mezzomo parfaitement maître de son trait, est plus qu'intéressante et le scénario imaginé par Filippi, riche et complexe, se démarque de nombre de western. N'hésitez donc pas à donner une seconde chance à Ethan Ringler...

Jerôme K. Jérôme Bloche (1-3)
contient : L'Ombre qui tue – Les Etres de papier – A la vie, à la mort !
Scénario de Le Tendre et Makyo, dessin de Dodier
160 p. couleurs – 18 €

Kogaratsu (1-4)
contient : Le Mon au Lotus de sang - Le Trésor des Etas
- Le Printemps écartelé - Le Dos du tigre

Scénario de Bosse et dessin de Michetz
200 p. couleurs - 22 €

Jessica Blandy (1-3)
contient : Souviens toi d'Enola Gay – La Maison du Dr Zack – Le Diable à l'aube
Scénario Renaud et dessin Dufaux
160 p. couleurs – 18 €

Le Choucas (1-3)
contient : Le Choucas rapplique – Le Choucas s'inscruste – Le Choucas enfonce le clou
Scénario et dessin Lax
160 p. couleurs – 18 €

Ethan Ringler
Contient : Tecumska – Les Hommes-Brumes – Quand viennent les ombres – L'Homme qui est mort deux fois – Terres d'origine
Scénario Filippi et dessin Mezzomo
264 p. couleurs – 27 €

dimanche 11 avril 2010

Ken Games 1 et 2 (2009)

Pierre vivote de la boxe, tout en faisant croire à son meilleur ami, Thierry, qu'il poursuit des recherches en mathématiques. Thierry ne remarque rien, trop occupé à dissimuler son activité de joueur de poker derrière un supposé métier de banquier... une passion pour le jeu dont même sa fiancée Anne ignore tout. C'est vrai qu'il ne s'agirait pas d'effrayer cette institutrice douce et idéaliste... qui dissimule à tout le monde son véritable métier de serveuse dans un bar de seconde zone. Tout le monde se ment, pour se protéger, mais ces petits jeux peuvent vite entraîner vers des rues sombres et peu sûres...

Le premier volume de cette étonnante trilogie pose bien le trio de personnages et est axé sur celui de Pierre le boxeur, Marcial Toledano restituant d'ailleurs parfaitement l'ambiance des rings et de ses combats. Le deuxième tome fait la part belle à Thierry le joueur, parti disputer l'european Poker Tour : son tournoi sert de fil rouge à l'album, et pendant qu'il flambe sur les tapis, les deux autres membres du trio se rapprochent, et les événements s'accélèrent autour d'eux. Le jeu est au coeur de cette série au scénario habile de Jose Robledo, qui installe une vraie complexité des relations au sein d'un trio déroutant. Riche en trouvailles graphiques, comme ces évocations de scènes du passées superposées à celles du présent au sein d'une même case, ou encore l'apparition de données chiffrées statistiques sur la peau des boxeurs durant leurs combats, et mené sur un rythme soutenu, « Ken Games » est la révélation d'un autre duo d'Espagnols, après celle de Raule et Roger dans « Jazz Maynard ». Il ne reste qu'à attendre la conclusion de cette trilogie dans « Ciseaux », qui mettra en avant le personnage d'Anne.... alias « Ciseaux ». Pierre. Feuille. Ciseaux. Qui va sortir vainqueur de ces petits jeux entre amis ?


Ken games
Tome 1 – Pierre
Tome 2 – Feuille
Scénario Jose Robledo, dessins Marcial Toledano.
Dargaud, 2009. - 48 p. coul. - 13,50 € chaque

dimanche 4 avril 2010

Mars 2010 : 19 nouveautés et rééditions


Chaque début de mois vous trouverez la liste la plus exhaustive possible des sorties polar, tous genres confondus, (R)ééditions comprises. En attendant de retrouver mes chroniques pour certains de ces titres, vous pouvez toujours aller faire un tour sur les sites des éditeurs pour plus de détails sur ces albums. En bas de liste, un clic sur "sorties du mois" permettra de retrouver l'ensemble des messages sur les sorties mensuelles.

Rendez vous début mai pour les sorties d'avril !

AKILEOS
Clues 2 : Dans l'ombre de l'ennemi - (Mara) - 14 €

BAMBOO
Sienna 2 - (Chetville, Desberg et Fillmore) - 10,40 €

LA BOITE A BULLES
Braquage et bras cassés - (Van Linthout et Fisher) - 17 €

CASTERMAN
Dolor – (Catel et Paringaux) – 17 €
Happy slapping - (Peyraud et Villard) - 17 €

DARGAUD
Naja 4 - (Bengal et Morvan et Savoia) – 13,50 €
Narvalo 2 - Mysteriosa Banks - (Juszezak et Yann) - 10,95 €
Chambre obscure - (Bonin) - 13,50 €
Parker 1 : Le chasseur - (Cooke et Stark) - 19 €
Paulette Comète, justicière à plein temps - (Rossi et Sapin) - 10,95 €

DELCOURT
Vents contraires 1 : Moisson rouge - (Hautière et Ullcer) - 14,95 €
Black kiss (Chaykin) - 14,95 €
Le Casse 2 : Le troisième jour - (Guérineau et Meunier) - 14,95 €



DUPUIS

(R) - Largo Winch, dyptique 3 - (Francq et Van Hamme) - 23 €

EP
(R) - Amérikkka, vol 1. - (Otero et Martin) - 29,90 €
3 instincts (Parra) - 14,95 €

LOMBARD
Alpha première armes 1 : Baptêmes du feu - (Herzet et Loutte) - 10,95 €

QUADRANTS
Aspic, détectives de l'étrange 1 : La Naine aux ectoplasmes (Gloris et Lamontagne) - 14,30 €

SARBACANE
Travelling Square District - (Shaw) - 23 €

jeudi 25 mars 2010

Commando colonial 1 et 2 (2008-2009)

Madagascar, 1942. Les agents Rivière et Robillard, du Bureau Central de Renseignements et d'Action (BCRA) doivent retrouver un certain Spartacus, prêt à renverser les forces vychistes installées à Diego-Suarez, au nord de l'île, et faire rallier tout Madagasacar à la France libre et gaulliste. Un rencontre secrète est organisée au cours d'un bal masqué, où « toute la colonie est là »... mais les négociations ne donnent rien, exacerbant même plutôt les divergences de vue : la préférence d'un ralliement aux anglais a au moins autant de partisans que le choix de la France pour l'île. C'est à ce moment que Spartacus entre en scène, et contacte Rivière et Robillard : les deux agents comprennent vite qu'en fait, le but ultime est l'indépendance de Madagascar. Les événements se précipitent soudainement et les deux agents sont contraints à la fuite, sont arrêtés et transférés vers Tananarive, à bord d'un avion, qui ne tarde pas à s'écraser, abattu par la Royal Air Force des Anglais, qui viennent de débarquer.

Après le très bon « Biotope » dans cette même collection, Appollo et Brüno signent là une autre excellente aventure, exotique et dépaysante au possible. Dans un autre registre, puisqu'il s'agit cette fois d'une histoire d'espionnage sur fond de seconde guerre mondiale et de décolonisation. Le duo met en scène héros virils et femmes effrontées ou effacées, et toute une galerie de pleutres, traitres et coloniaux sans scrupules. Le second tome, avec le crash sur une île où règne en roitelet un personnage ubuesque, suivi d'une longue séquence à bord d'un sous-marin allemand, s'éloigne de la trame purement historique pour dévier vers un voyage aux frontières du surréalisme. Le dessin de Brüno, immédiatement identifiable, y est pour beaucoup, et parvient régulièrement, en quelques cases, à faire basculer une situation tendue en une scène presque cocasse. C'est aussi tout l'art de son scénariste de lui avoir écrit une histoire étonnante de bout en bout. Au final, le lecteur se dit qu'il tient là un duo extrêmement doué pour les bandes dessinées où l'atmosphère créée est une vraie marque de fabrique, quels que soient l'époque et les lieux mis en scène. Et le lecteur se dit qu'il va vraiment falloir suivre de près la paire Appollo & Brüno. Et il a tout intérêt, le lecteur, à faire un tour du côté du formidable blog de Brüno, où il est question de Junk, Biotope, Lorna... et Commando Colonial 3 !

Commando Colonial

1 - Opération Ironclad (2008)
2 - Les Loups gris de la désolation (2009)
Scénario Appollo et dessin Brüno
Dargaud, 48 p. couleur chaque - Collection Poisson Pilote.


samedi 20 mars 2010

"La Princesse du Sang" de Cabanes et Manchette primé à Bon Encontre


Depuis 2007, le festival de Bon Encontre décerne, le Prix Calibre 47, qui couronne un roman et le Prix Polar'Encontre, qui consacre lui une bande dessinée. Pour ce dernier prix, le jury, constitué d'experts BD et du lauréat de l'année précédente, a élu « La Princesse du sang », de Max Cabanes d'après le roman de Jean-Patrick Manchette. Une adaptation publiée aux éditions DUPUIS, qui n'ont pas spécialement décidé de suivre le vent porteur en la matière, en ne créant pas de collection spécifique, par exemple, comme l'a fort bien expliqué José-Louis Bocquet lors du premier festival des Habits Noirs en novembre dernier.

Cette adaptation est la seconde de l'oeuvre de Manchette, après celle de Tardi pour Le Petit bleu de la côte ouest (actuellement chez Futuropolis), sans oublier le Griffu du même duo, à la fin des années 70, une histoire originale. C'est Doug Headline, fils de Manchette, et lui-même scénariste, qui a adapté le roman de son père. Sur le choix du dessinateur, il s'explique dans le dossier de presse de l'époque :

« Pour s'attaquer à cette histoire, surprenante de la part de Manchette, s'imposait en écho le choix d'un dessinateur que personne n'aurait attendu sur ce terrain, mais capable de saisir l'essence et la complexité de l'univers du romancier : c'est-à-dire un auteur grand par son imprévisibilité, délicat et précis, doué d'une force jamais envahissante, mais capable de jaillir sans avertissement à chaque page. Et j'ai avancé le nom de Max Cabanes, dont la sensibilité singulière, le trait unique, élégant et souple, et l'incroyable talent étaient restés gravés dans ma mémoire depuis de longues années. Je ne connaissais pas Max, je ne savais pas où il en était dans sa vie de créateur d'images. Mais je ne sais pourquoi, je ne voyais personne d'autre que lui pour dessiner cette histoire... »

Avec ce prix, Cabanes succède à Erwan Le Saëc (Mafia Story, Delcourt), Damien Vanders (Welcome to hope, Bamboo), et Laurent Astier (Cellule Poison, Dargaud)

lundi 15 mars 2010

Interview : Briac (Les Gens du Lao Tseu et Armen)

Le lecteur attentif que vous êtes l'avait certainement remarqué : bédépolar donne pour l'instant beaucoup de chroniques à lire. Mais la parole des auteurs, c'est pas mal non plus, et pour cette première, c'est Briac, qui a eu la gentillesse de répondre à mes questions. Une courte interview que vous pourrez prolonger en allant à la rencontre de l'auteur, si la Bretagne est à vos portes...

Briac, tu viens de faire paraître « Les Gens du Lao Tseu », dont l'action se déroule dans le Brest des années 20. Pourquoi ces choix géographiques et historiques ?

Pourquoi Brest ? Parce que c'est la plus belle ville du monde et la plus belle rade de l'univers !!! Enfin, trêve de chauvinisme ! Ce qui m'intéressait en situant mon histoire dans une cité portuaire du début du 20ième siècle, c'était d'essayer de retrouver l'atmosphère particulière de ces lieux ouverts sur le monde. Ces lieux cosmopolites où les individus peuvent être classés en deux catégories, ceux qui restent et ceux qui partent... Bref,un endroit parfait pour des personnages aussi complexes et cabossés que Thalamas et Tchang.

"Armen", ton premier album; se déroulait pendant la seconde guerre mondiale. Dans ce nouvel album, tes personnages principaux sont marqués par la Grande Guerre. Dans les deux cas, on voit bien ce qu'un conflit armé inflige aux être humains. Ne serais-tu pas un brin pacifiste ? Ou... taoïste, si on se réfère au titre de ce deuxième album ?

Pacifiste, peut-être ? En ce qui concerne le Taoïsme, je dois confesser que mes connaissances en la philosophie chinoise sont aussi limitées que celles de mes personnages. Ce qui est certain, c'est que ces périodes où tous les sentiments sont exacerbés me permettent de traiter de l'individu dans toute sa complexité. Dans Armen les personnages étaient en pleine apocalypse. Tandis que dans Les Gens du Lao Tseu ils en sortent. Dans mon premier album,le désespoir règne. Le monde est symbolisé par le phare. Pas de possibilité d'échapper à l'enfer... Dans le second, il y a l'éventualité d'une reconstruction qui ne peut se faire pour mes personnages qu'en appréhendant la vie d'une façon différente. On sait d'ailleurs que c'est à cette époque que sont nés de nombreux mouvements pacifistes. Malheureusement...

Tu es l'auteur de tes textes et tu dessines. Ton intrigue est cette fois un peu plus élaborée que dans Armen – qui tenait du huis clos psychologique. Cela a-t-il été plus difficile pour toi de faire vivre tous ces personnages dans l'entourage du cabaret « Le Lao Tseu » ?

Il est vrai que dans Armen, l'intrigue psychologique se limitait aux rapports entre Kloetz et Fanchec. En revanche dans Les Gens du Lao Tseu, j'ai tenté de donner corps à chaque personnage, du plus important au plus secondaire. Cela m'a donc obligé à imaginer une vie passée et future pour chacun d'entre eux. Travail long et peu visible mais qui, sait-on jamais, me servira peut-être pour une suite éventuelle.

Constantin, ton personnage principal, est un ex-flic tenté par la carrière d'écrivain. Mettre en scène l'écriture n'était-elle pas une difficulté supplémentaire ?

Je ne sais pas si cela était difficile mais en tout cas c'était nécessaire. Il fallait que la littérature donne un sens à la vie de Thalamas. Et puis qui sait peut-être me remplacera-t-il un jour en tant que narrateur?

Tu travailles en couleurs directes. Tu peux nous en dire plus sur la technique utilisée sur cet album ? Est-ce la même que pour « Armen » ?

En effet la technique est la même pour les deux albums. Tout d'abord, je réalise une conception sommaire de la planche au brouillon puis j'attaque directement la planche au pinceau trempé dans la peinture acrylique, en tentant de donner le maximum de souplesse au dessin. La couleur ne doit pas seulement participer à l'illustration, mais également à la narration. Elle doit permettre aux lecteurs de ressentir le sentiment des personnages.

Ces deux albums sont très proches, graphiquement. Le prochain sera-t-il dans le même registre esthétique ?

Je suis actuellement en pleine recherche sur les couleurs du prochain album. En effet, cette histoire devrait se dérouler sur plus d'une soixantaine de planches contre 47 pour les précédentes. Je cherche à synthétiser le graphisme et pour cela je me suis résigné à échanger mes sacro-saints tubes d'acrylique pour des encres. J'espère malgré tout garder la spécificité des albums précédents.

Peux-tu nous en dire plus sur l'intrigue ?

C'est une histoire qui se déroulera en grande partie dans des campements ouvriers, près d'une cité ressemblant étrangement à Dubai... ,Et même sous la torture je n'en dirai pas plus car je suis en phase d'écriture...

Merci !

Et si vous voulez rencontrer Briac, voici les sept dates qui constituent actuellement son tro-breizh perso :

Les 20 et 21 mars à Binic au festival "Les Escales de Binic"
Le 27 mars à Guingamp à la librairie "mots et images"
Le 3 avril à Vannes à la librairie "Le jardin des bulles"
Le17 avril à Morlaix à la librairie Dialogues
Le 9 mai au Conquet au festival "La mer en livres"
Le 24 et 25 juillet à Concarneau au festival du polar "Le chien jaune"
Le 18 septembre à Bédée au festival "Pré en Bulles"

samedi 13 mars 2010

Les Carnets de Darwin 1 - L'Oeil des Celtes (2010)

Yorkshire, 1860. Les ouvriers d'un chantier de construction ferroviaire sont victimes d'une terrible et mystérieuse attaque nocturne : deux d'entre eux sont déchiquetés par ce qui semble bien être une bête inconnue des scientifiques. Devant l'ampleur de l'émotion suscité par l'événement, et pour éviter que le chantier ne soit paralysé trop longtemps – car les syndicats ont provoqué une grève immédiatement suivie – le premier ministre en personne intervient en faisant appel à un enquêteur d'une espèce peu commune : Charles Darwin. Le naturaliste dont tout Londres parle s'est penché par le passé sur une race de bêtes aussi féroces qu'insaisissables, les Griffus... sans jamais en avoir vu un. L'attaque du Yorkshire va peut-être enfin récompenser ses efforts et lui permettre de d'étayer ses théories. Mais il va falloir faire vite car d'autres cadavres sont découverts...

Faire intervenir des personnages célèbres dans des scénarios pour y apporter un peu de piment ou de crédibilité, cela se voit régulièrement. Faire d'un de ces personnages le héros central d'une série, c'est plus rare, et assez osé dans le cas de Charles Darwin. En s'appuyant sur des aspects réels de la vie du naturaliste – comme son goût pour les expéditions scientifiques – Sylvain Runberg a tricoté une intrigue autour du mythe de l'homme sauvage, mêlant fantastique, recherche et suspense. Et il n'a pas hésité à doter Darwin d'une personnalité pour le moins perturbée, qui pourrait réserver d'autres surprises dans les tomes à venir. Le résultat est assez étonnant, et Edouardo Ocana, le dessinateur se sort très bien des scènes d'attaques par la bête mystérieuse. Son Darwin a parfois de faux airs de Wolwerine (mais oui, le fou furieux des X-men), ce qui est au final, ne manque pas de piquant. Ce tome de mise en place lance assez bien ce thriller à la croisée des genres, et on attend la suite avec une certaine curiosité.

Les Carnets de Darwin, tome 1- L'Oeil des celtes
Texte Sylvain Ruberg et dessins Eduardo Ocana
Lombard, 2010. - 56 pages couleurs – 13,50 €

vendredi 12 mars 2010

Bloody September (2010)

New York, décembre 2000.
Manhattan. L'inspecteur Pezzulo est appelé sur les lieux d'un homicide : une jeune femme a fait une chute depuis le toit d'un immeuble. Suicide ? Pas sûr, puisque des traces de sang sont retrouvées sur le garde-fou de l'immeuble. Pezzulo lance une enquête sur ce sang.
Au même moment, dans sa maison de Brooklyn, un jeune homme blond se prélasse dans son bain : dans la chambre voisine, une jeune femme se repose sur le lit. Son sommeil est définitif : elle a baigne dans son sang, la gorge tranchée. Le jeune homme blond a un rictus de satisfaction.
Au même moment, à Soho, Louise s'apprête à partir pour son travail, au Big Tits studio, où elle tourne des films au contenu explicite. Un job qu'Anita, sa petite amie semble apprécier modérément, mais que Louise assure maîtriser, tout comme son corps.
Dans les studios, un jeune homme blond observe Louise, au moment de son départ.
Janvier 2001 arrive. Les mois passent. Les cadavres de femmes mutilées s'amoncellent sous les pas de l'inspecteur Pezzulo. Et bientôt, c'est le mois de septembre, à New York.

Casterman a créée le label KSTR pour y accueillir des histoires un peu différentes de celles publiées à l'enseigne de la maison-mère, plus longues, plus personnelles parfois, et souvent, aux styles graphiques marqués. Celui de Will Argunas est d'un réalisme brut, brutal parfois, et l'avertissement - à l'américaine, en forme de clin d'oeil – prévenant les parents des « explicit images » contenues dans les pages de « Bloody september » est certes parodique, il n'en demeure pas moins... approprié. Son histoire de tueur en série traqué par un flic usé par un quotidien déprimant, dans une ville bientôt traumatisée par la destruction de l'un de ses symboles, est des plus sombres. Argunas installe une ambiance lourde et pesante dès les premières pages, grâce à un usage intense de l'ombre et de la hachure dans la majorité de ses cases. Les visages de ses personnages semblent porter les stigmates d'une douleur latente, d'un malheur prêt à s'abattre. A aucun moment Argunas ne laisse penser ou croire que la vie était belle avant le 11 septembre 2001, à New-York. Et la chute finale de son « septembre sanglant » en remet une couche sur les notions de Bien et de Mal. Un album au final assez étrange et dérangeant, qui mérite plus d'une lecture. Will Argunas est l'un des invités du cinquième festival de polar de Bon-Encontre, ce week-end. C'est le moment d'aller philosopher avec l'auteur.


Bloody september
Texte, dessin et couleurs Will Argunas
KSTR, 2010. - 137 p. couleurs – 16 €

mercredi 10 mars 2010

Rocambole, de Ponson du Terrail (2009)

De retour d’Angleterre à bord de la Mouette, Rocambole fait la connaissance du jeune marquis de Chaméry, qui revient lui en France pour un héritage de 75000 livres de rente. Le bateau fait naufrage et les deux hommes se retrouvent, sur une île, seuls survivants. Il ne faut guère de temps à Rocambole pour s’emparer des documents attestant de l’identité du marquis et pour abandonner l’héritier sur place. Arrivé à Paris, l’imposteur vient réclamer sa part d’héritage familial, au grand dam de sa « cousine » Andrée, qui crie au scandale et à la supercherie devant cette réapparition soudaine du jeune marquis... Mais Rocambole a de la ressource et il lui en faut plus pour lâcher une si belle affaire !

Cette adaptation est celle des « Exploits de Rocambole », troisième des neuf cycles d’aventures du héros de Ponson du Terrail. Ce choix – ne pas commencer par « L’héritage mystérieux », le premier cycle - peut paraître curieux car, d’emblée, le lecteur se trouve confronté au personnage de Rocambole. Celui-ci ne lui a pas vraiment été présenté, ni les autres protagonistes importants, tel Sir Williams, son mentor anglais, présent dès le début de ses aventures, ou Baccarat, son ennemie jurée. Mais ce petit écueil n’empêche en rien la compréhension de l’intrigue, ni ne nuit à son rythme : il participe même de la dynamique échevelée de l’album, faite de rebondissements et de coups de théâtre à gogo. Il aurait été malheureux que l’expression « rocambolesque » ne réussisse pas à trouve tout son sens en images...Bertolucci, avec son trait souple, participe à cette réussite, et il campe un Rocambole jovial et facétieux, commettant les pires exactions le sourire aux lèvres et l’ironie à fleur de peau.
Proches parfois de la caricature dans les visages et leurs mimiques, les personnages
du dessinateur sont expressifs et il les fait évoluer dans des décors soignés où règne un réel souci du détail. Brrémaud, de son côté, réussit l’exploit de faire entrer les 145 épisodes originaux de cette aventure, parus dans le quotidien « La Patrie », en un 48 pages bien frappé. Il fallait le faire... Il y a forcément des raccourcis scénaristiques, mais l’esprit de Ponson du Terrail rôde à chaque page et cette adaptation donne furieusement envie d’aller (re)faire un tour du côté du monument original. Il ne semble pas que d’autres tomes soient prévus pour Rocambole dans cette collection Ex-Libris, et c’est bien dommage.


Rocambole, de Ponson du Terrail
Scénario Frédéric Brrémaud et dessin Federico Bertolucci
Delcourt, 2009 – 48 pages couleur – Collection Ex-libris – 9,95 €

samedi 6 mars 2010

Laurent Astier à Polar Encontre : Retour sur L'Affaire des affaires (2009)

Laurent Astier est un des invités du prochain festival Polar Encontre, qui approche à grands pas.
Voici ce que j'écrivais sur son chef d'oeuvre - oui, c'en est un - "L'Affaire des affaires", il y a quelques temps :

Chez Dargaud, un des événements majeurs reste la sortie du premier tome de « L'affaire des affaires », qui n'est ni plus ni moins que la vie tumultueuse de Denis Robert, journaliste libre... et qui en paye le prix. Ce volume revient sur les débuts de Denis Robert, en Lorraine, puis à Libé, sur ses succès de librairie sur les affaires financières qu'il n'a de cesse de dévoiler. L'affaire Clearstream est bien entendu là, en fil rouge, mais c'est bien sur les premières enquêtes du journaliste dans le monde de l'hyper finance que s'attarde ce tome initial, et dresse le portrait d'un homme intègre, pas toujours compris par son entourage. Il est pourtant salutaire de se rappeler, à l'heure où on entend de la bouche de nos gouvernants qu'il est temps de moraliser le capitalisme ou de s'attaquer aux paradis fiscaux, que c'est bien cet homme qui était à l'origine de l'appel de Genève de 1996, sur justement, la lutte contre ces paradis fiscaux.... C'est Laurent Astier, sur un storyboard de Lindingre, qui met en images les affres de la vie de Denis Robert, et il y réussit parfaitement, avec son style nerveux. Il se joue aussi sans encombre d'une des difficultés de ce genre d'entreprise : le dessin de personnes réelles et connues. Son Denis Robert est ainsi criant de vérité, et ses Van Ruymbecke et autres protagonistes sont immédiatement identifiables. Un album à lire absolument en ces temps de crise financière qui n'en finit pas.

En ce mois de mars 2010, je peux aussi vous affirmer que le deuxième volume, "L'enquête", est tout aussi passionnant que le premier. On entre cette fois au coeur de l'affaire avec les révélations d'Ernest Backes à Denis Robert sur la société Cédel, qui deviendra Cleastream... Backes possède une personnalité hors-du-commun et exerce une fascination évidente sur Denis Robert, qui hésite encore sur le jugment à porter sur cet homme qui lui apporte les preuves de l'existence d'un léviathan occulte de la finance internationale : " Soit ce Backes est un dangereux mythomane... soit c'est un génie !?!" peut-on lire dans les pensées de l'auteur. Nous le savons maintenant, Denis Robert s'engouffrera dans la brêche et ne lâchera plus le morceau, quoiqu'il lui en coûte. Porté par une sensation de surpuissance, il n'est pas loin de se voir en chevalier blanc, qui va éradiquer le monde de la finance. Mais l'ennemi est bien entendu trop coriace, trop gros. Si Denis Robert sait, comme dans le premier tome, nous faire toucher du doigt ses états d'âme et ses doutes les plus intimes, c'est aussi encore une fois grâce au travail de Laurent Astier, qui compose pour cette trilogie des planches d'une inventivité remarquable et joue avec la case pour traduire au mieux la psychologie des personnages. Et à plus d'une reprise, il trouve l'image juste, puissamment évocatrice, pour rendre compte de la puissance des forces qui s'opposent à Denis Robert. On sort de la lecture de ce deuxième tome complètement conquis... et remonté. "L'Affaire des affaires" marque un vrai tournant dans la bande dessinée francophone, à mi-chemin entre l'autobiographie et le récit d'investigation.


L'Affaire des affaires, tome 1 – L'Argent invisible
Texte de Denis Robert, dessin de Yann Lindingre et Laurent Astier
Dargaud, 2009
206 p. Noir et blanc - 22 €

L'Affaire des affaire, tome 2 – L'Enquête
Texte de Denis Robert, dessin Laurent Astier
Dargaud, 2009
208 p. Noir et blanc - 22 €

jeudi 4 mars 2010

Les Gens du Lao-Tseu (2010)

Brest, années 20, la ville s'angoisse : un quatrième assassinat vient d'être commis dans le quartier de Recouvrance. La police patauge, mais une sérieuse piste s'ouvre lorsque se présente le député De Lesmel, qui arrive tout droit de Moselle : il apporte une photographie où il figure en compagnie des quatre victimes... Dans le même temps, au cabaret le Lao-Tseu dont il est le co-propriétaire, l'ex-commissaire Constantin Thalamas tente de se libérer de ses fantômes de la Grande Guerre. La voie de l'écriture, ne serait-ce pas là une bonne thérapie ? Mais la carrière d'écrivain ne se décide pas comme cela du jour au lendemain et les pages du débutant finissent presque toute à la corbeille. L'arrivée au Lao-Tseu d'un vieil excentrique à la recherche d'un biographe tombe à pic. Mais raconter le passé d'un homme est-il le meilleur moyen de se projeter vers l'avenir ?

« Armen », le premier album de Briac était un fascinant huis clos maritime, une lutte psychologique entre deux hommes, dans un phare, en plein milieu de la mer. L'histoire se situait pendant la seconde guerre mondiale, et il est à nouveau question de guerre dans ce deuxième album de l'auteur. Mais cette fois, elle est passée, et c'est les traces qu'elle a laissée que Briac explore, parallèlement à une intrigue aux ressorts policiers (des meurtres, un enlèvement, des révélations finales). La psychologie des personnages est aussi fouillée que dans « Armen », et ceux-ci sont tout aussi tourmentés par leurs états d'âme. Ces tourbillons intérieurs Briac a choisi de les exprimer en creusant les visages, en dessinant des yeux cernés, presque exhorbités, et en restant dans des teintes pales pour les peaux de nombre des protagonistes. Le trou de la tombe semble bien n'être plus très loin pour bon nombre des gens du Lao Tseu ! Impression étrange et parfois dérangeante, renforcée par un choix de couleurs directes, à l'acrylique, sur un trait sans crayonné préalable. « Un style très expressif qui s'apparente autant à la peinture qu'à la bande dessinée » annonce la quatrième de couverture. Il n'y a pas tromperie sur la marchandise et ce deuxième album de Briac vient confirmer les promesses de « Armen ». N'hésitez surtout pas à vous plonger dans l'univers singulier d'un auteur talentueux, dont vous pouvez lire une interview ici .


Les Gens du Lao-Tseu
Texte et dessin de Briac
Editions Le Télégramme - 48 pages couleurs – 9,90 €

dimanche 28 février 2010

Février 2010 : 23 nouveautés et rééditions


Chaque début de mois vous trouverez la liste la plus exhaustive possible des sorties polar, tous genres confondus, (R)ééditions comprises. En attendant de retrouver mes chroniques pour certains de ces titres, vous pouvez toujours aller faire un tour sur les sites des éditeurs pour plus de détails sur ces albums.
En bas de liste, un clic sur "sorties du mois" permettra de retrouver l'ensemble des messages sur les sorties mensuelles. Rendez vous début avril pour les sorties de mars.

BAMBOO
La Main du singe 2 - (Laumaillé) – 12,90 €

DARGAUD
Al' Togo 5 : Cissie M'Natogo - (Morvan et Savoia) – 10,95 €

DELCOURT
La Madone de Pellini 1 : Lamb House - (Riviere et Federici) - 12,90 €

DES RONDS DANS L'O
Tueuse – (May) – 15,50 €

DUPUIS
Jour de grâce – (Jakupi et N'Guessan) – 14,50 €
(R) – Jessica Blandy (Intégrale 1) – Renaud et Dufaux – 19 € (Petit format)
(R) – Jerome K. Jerome Bloche (Intégrale 1) – Dodier, Le Tendre et Makyo – 19 € (Petit format)
(R) – Le Choucas (Intégrale 1) – Lax – 18 € (Petit format)
(R) – Ethan Ringler (Intégrale) – Filippi et Mezzomo – 19 € (Petit format)

EP
Agatha Christie 19 - La Maison du péril - (Quella-Guyot et Jollet) - 11 €

GLENAT
Le Narval 1 : L'Homme de fond - (Supiot et Beuzelin) – 9,90 €
Havank 2 : L'Ombre perd pied - (Danier) – 9,40 €
H.H. Holmes 2 : White city – (Fabuel et Le Hénanff) – 13 €
(R) – De silence et de sang : intégrale 2 – (Corteggiani et Mitton) – 15 €

LOMBARD
Rubine 12 : le lac Wakanala – (Mythic et Di Sano) – 9,45 €
All watcher 2 : La Nébuleuse Roxana – (Desberg et Koller) – 10,40 €
Les Carnets de Darwin 1 : l'oeil des Celtes – (Runberg et Ocana) – 13,50 €

MILADY
Grandville – (Talbot) – 15,90 €

MOSQUITO
Di Cazzo contre les maîtres du monde - (Coutelis et Fioretto) - 13 €

PANINI comics
The loosers 1 – La Main du mort (Digle et Jock) – 29 €

SOLEIL
Sherlock Holmes et les vampires de Londres 1 - (Cordurié et Laci) - 13,50 €
Leo Loden 19 – Speculoos à la plancha
- (Arleston et Carrere) - 9,95 €
Le Saigneur de Tiffauges – (Corbeyran et Horne) – 12,90 €