Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
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Bonne balade dans le noir !

dimanche 27 janvier 2013

[Nouveauté] - Bad Ass 1 : Dead End


1977. Jack Parks est un étudiant transparent, nul en à peu près toutes choses, incapable d'attraper un ballon de basket au vol, ou de séduire une fille. Il faut dire que son visage couvert d'acné ne lui ouvre pas vraiment les portes des chambres des bombes du campus, et il est plutôt, en fait, le souffre-douleur idéal de la gent masculine de la Cleardale Highschool. Son quotidien c'est donc, tabassages et humiliations. Bien des années plus tard, le voici devenu un autre homme, ou plutôt surhomme : il est Dead End, un super-vilain à l'adresse inégalée, capable de transformer une rue tranquille en théâtre des opérations apocalyptique, rien qu'en projetant une pièce de monnaie, au bon endroit, au bon moment. Un monstre, quoi. Comment en est-il arrivé là ? Que veut-il ? Qui sont ses ennemis ? Dead End se fout pas mal de tout ça : à bord de sa Dead Mobile, il trace sa route, en écrasant tout le monde sur son passage...
Amis de la poésie, bonsoir ! Il va falloir faire place à un petit nouveau dans le monde des comics, et Dead End, le « héros » de cette nouvelle série, Bad Ass, n'a rien à envier à ses cousins américains. Car Jack Parks et son avatar son nés de l'imagination d'Herik Hanna (scénariste de l'excellent 7 détectives), qui a eu l'idée de créer, ni plus ni moins, qu'une série à la couleur, au goût et à  l'esprit des histoires de super-héros et super-vilains sévissant chez l'Oncle Sam. Ce n'est pas la première fois que des Français s'emparent des comics et de leurs codes, et, dans le monde des super-héros, on se souviendra des Photonik Cosmo et autre Mikros, lancés par Lug, dans Mustang,  à l'aube des années 80. Mais ces trois personnages étaient  positifs, et se battaient contre d'impitoyables super-méchants. Avec Bad Ass, on change de bord, et Dead End est à ranger définitivement (?) du côté des bad guys... C'est une vraie teigne, et la série est à l'avenant : dialogues percutants, scènes de baston spectaculaires, le tout baignant dans une espèce d'ironie assez bienvenue. Habile mélange des genres, Bad Ass, c'est en fait le polar qui s'invite au bal des héros costumés. Et des mecs et des nanas en costumes, il y en a une belle galerie dans ce premier tome, et visiblement Bruno Bessadi  - parfait en passant - s'éclate à les mettre en scène. Ce tome est le premier d'une série de quatre, Hanna ayant déjà écrit toute l'histoire de Dead End... et de The Voice, les deux personnages principaux de son intrigue. C'est justement The Voice qui sera à l'honneur dans le prochain tome. Mais prenez déjà  le temps de plonger dans la vie tourmentée de Jack Parks, ça secoue pas mal, et si vous aimez les comics, cette tentative 100 % frenchie est faite pour vous. Il reste maintenant à surveiller de près les deux autres séries annoncées par Delcourt sous ce label « Comics fabric » : « Nightfall » et « Le Cercle » aux aspects fantastiques plus prononcés. Wait and see...

Bad ass, tome 1 : Dead End
Scénario Herik Hanna et dessin Bruno Bessadi
Delcourt, 2013 - 96 pages couleur - (Comics fabric)
14,95 € 

samedi 19 janvier 2013

[Palmarès] - Sélection Bédépolar 2012


Allez, en attendant les prochaines chroniques de nouveautés, voici la liste des 10 albums de l'année 2012, selon la fine équipe de Bédépolar.  Un « top ten » issu d'une intense soirée de débat avec moi-même, où les participants n'ont pas hésité à s'invectiver, se jeter des albums à la tête, et menacer de quitter la salle si leur chouchou n'intégrait pas la prestigieuse liste. Bien entendu,  j'ai calmé tout le monde à grand coups de mandales, et tout est rentré dans l'ordre. Car, comme le dit si bien mon collègue et néanmoins ami Judge Dredd : « I am the law ». Ouaip.  Et l'ordre, d'ailleurs, il est ici alphabétique, avec en prime, un petit extrait dialogué pour chaque album. Parce que, la bande dessinée, c'est pas que des cases avec des dessins dedans. Non mais.
Signé Judge Fredd (Mega City 22,  Armor  Coast District)


Bang ! Katinka
Texte Jean-Christophe Deveney et  dessin de Loïc Godart
Akileos, 2012 – 62  pages couleur -14,25 €

« Je cherche quelqu'un.
- On cherche tous quelqu'un ! T'as essayé le Net ?
- Qui ça ? »



Castilla drive
Texte et dessin d'Anthony Pastor
Actes Sud / L'an 2, 2012 – 158 p. pages couleur - 19 €

« Où est-ce que t'as appris à filer comme ça ? Poète, c'est une couverture ?
- Les poètes se fondent très bien dans paysage »





C'est pas du Van Gogh, mais ça aurait pu...
Texte et dessin Bruno Heitz
Gallimard, 2012 – 122 pages couleurs
– Collection Bayou 17 €

« L'emmerdeur. Il vient souvent ici. Devant. Il explique aux gens où était la maison de Van Gogh. Il n'a jamais mis les pieds dans le bar. Un jour que je lui demandais de ne pas me boucher l'entrée du bistrot, vu qu'il faisait une conférence pour trente touristes, il m'a traité de... CANNIBALE !
- Non. Tu exagères, César. Il a dit « Anthropophage. »



Fatale 1 - La mort aux trousses
Texte Ed Brubaker et dessin Sean Philipps
Delcourt, 2012 – 136 p. couleurs - Collection Contrebande – 14,95 €

« Seigneur, Walt... Je sais que c'est pas beau à voir... mais si les agents te voient cracher tes tripes, t'as pas fini d'en entendre parler au commissariat.
- Je t'emmerde, Lanne... J'ai la gueule de bois, c'est tout.
- Ben j'espère que t'as plus rien sur l'estomac, parce que ça ne s'arrange pas au grenier... Tu vois l'idée ?
- … bon Dieu... »

Les faux visages, une vie imaginaire du Gang des Postiches

Texte de David B. et dessin d'Hervé Tanquerelle.
Futuropolis, 2012 – 152 pages en bichromie - 21 €

« - Alors, ils sont où ?
- Euh... On sait pas bien...
- Comment ça vous ne savez pas bien... et l'émetteur ?!
- On ne capte plus ! L'émetteur a une portée de 100 mètres, ils ont foncé tout de suite et ils sont hors de portée !
- 100 mètres, vous vous foutez de ma gueule ?!
- C'est tout ce qu'on avait ! »

 


La peau de l'ours
Texte Zidrou et dessin Oriol
Dargaud, 2012 – 64 pages couleur
- Collection Long courrier - 14,99 €

« Je ne te choque pas, j'espère, en te racontant cela ?
- J'ai 16 ans, Don Palermo. J'vous ai pas attendu pour découvrir que le Bon Dieu – dans son immense bonté – nous a dotés de bras juste de la bonne longueur ! »



Phil Perfect, l'intégrale
Texte et dessin Serge Clerc
Dupuis, 2012 – 296 pages couleur et noir et blanc
- Les Intégrales – 32 €

« Il faut que je rentre donner manger à mon oiseau
- Phil ! Tu n'as jamais eu d'oiseau !!
- Par Georges Braque !!! Tu as raison, je n'ai jamais eu d'oiseau !
- Mille vaches molles ! Voilà qui expliquerait tout !!! »


Pizza Road Trip
Texte  El Diablo et dessin Cha
Ankama, 2012 – 80 p noir et couleur
– Collection Hostile hoster – 14,90  €

« - Ptain ! C'est Blair Witch !
- Bon... Vous savez ce qu'on fait ? On largue le corps dans un champ et on se sauve, ok ? Le temps qu'on le retrouve, il aura déjà été bouffé par les corbeaux et les renards.
- Les renards ça bouffe pas du cadavre.
- Bon alors les corbeaux. J'en sais rien moi bordel ! Mais je commence à en avoir ras-le-cul de trimballer de la viande froide au pays des lutins. On sait même pas où on est !
- Chhhuut ! »


Série Scalped (7 tomes parus)
Texte Jason Aaron et dessin R.M. Guéra
Urban comics, 2012 – 130 pages

« - J'vous dois rien, les gars
- Toi, non, ton fils, oui.
- Il est dans le coma à l'hosto, depuis son accident
- Ce qui veut dire que sa facture te revient, et si tu veux pas finir dans le lit à côté du sien... »


Tony Chu – 3 : Croque-mort et 4 : Flambé !
Texte John Layman et dessin Rob Guillory
Delcourt, 2012 – 128 pages couleur – Collection Contrebande – 14,95 €

« C'est ça, l'absolution qu'elle a promise ? La Sainte Rédemption ? En empoisonnant tous les convertis mangeurs de poulet ?
- Yep. Dur.
- Cette poule prêtresse fait partie des victimes ?
- Je ne la vois pas. Bordel. »

mercredi 9 janvier 2013

[Nouveauté] - La Colère de Fantômas (Bocquet et Rocheleau)

21 août 1911. L'homme le plus célèbre et le plus redouté du moment est sur le banc des accusés : l'insaisissable Fantômas fait face à ses juges pour répondre du meurtre de Lord Bentham. Tout repose sur le témoignage de madame Flanquet, la respectable cuisinière des Bentham, et en particulier sur le fait que l'honnête femme ait immédiatement reconnu l'arme du crime, la broche à rôtir de l'office... Fantômas n'est bien entendu pas criminel  à s'en laisser compter par le petit personnel, et, comme il est son propre avocat dans ce procès, il demande à avoir en main la fameuse broche. Accordé ! Une bien mauvaise idée, surtout pour madame Flanquet, qui se retrouve très vite avec le crâne percé de part en part par son ustensile de cuisine... Cet ultime coup de sang de Fantômas l'envoie directement à l'échafaud, où il est exécuté, dans le petit matin du 22 août. Et c'est à partit de cet instant-là que tout commence...

Qu'on se le dise : Fantômas est de retour ! Et avec lui, Juve, Fandor, Lady Benthan et tout ce qui a fait le charme et l'immense succès de ce personnage : des aventures aux rebondissements les plus inattendus et les plus spectaculaires. Olivier Bocquet – qui signe ici son premier scénario – a en effet écrit une histoire digne de Souvestre et Allain : brouillard sur les origines de Fantômas, mystère autour de la mère de Fandor (le journaliste à ses trousses, rappelons-le), vol de la Joconde, assassinats rocambolesques, vengeances cruelles... Bref, ce Fantômas-là n'a pas oublié qu'il est l'archange du Mal, le méchant absolu. Et pour l'incarner, lui, et son époque, il y a aux pinceaux Julie  Rocheleau, dont le travail est simplement époustouflant : ses planches sont de véritables bijoux. Son Fantômas, inquiétant à souhait, est tantôt une ombre menaçante, tantôt un personnage de chair et de sang, au visage méconnaissable. Les personnages féminins sont dessinés avec une extrême délicatesse, et semblent, de temps à autre, nés de la plume d'une styliste de mode. Une impression d'élégance folle plane du début à la fin de ce premier volume, même dans les scènes les plus terribles. Un certain charme « rétro » qui fonctionne parfaitement ici. L'univers graphique de Julie Rocheleau est au carrefour de l'illustration et de la BD, et certaines cases évoquent Ron Searle, d'autres Gus Bofa.
Pour ce retour dans la bande dessinée, Olivier Bocquet conclut, dans la préface : « Aujourd'hui, juste retour des choses, c'est à son tour d'envahir les cases de la bande dessinée ». Comme si, auparavant, le fantômatique bandit n'avait pas rôdé sur les tables des dessinateurs. Il est vrai qu'il y eut peu d'adaptation mais Frisano (1980), Laverdure (1990) et Cabiron (2002) ont tous bel et bien fait vivre des aventures à Fantômas. Mais il faut bien reconnaître une chose : cette version - une interprétation personnelle du personnage - du duo Bocquet / Rocheleau est belle et bien la plus réussie, graphiquement et narrativement, de toutes.


En prime, ici  la bande-annonce Dargaud , pour vous mettre bien dans l'ambiance..

La colère de Fantômas 1 : Les Bois de justice
Scénario Olivier Bocquet ; dessin et couleur Julie Rocheleau
Dargaud, 2013 - 60 pages couleur – 13,99 €

dimanche 16 décembre 2012

[Chronique] - Castilla drive (Anthony Pastor)

Robert Salinger est détective privé, à Trituro, Etats-Unis. Ou plutôt était, car il s'est volatilisé dans la nature, laissant du jour au lendemain sa femme Sally se débrouiller avec les gosses.   Sally a donc repris le bureau de son mari, et suit comme elle le peut les affaires qui se présentent... quand affaires il y a. Car c'est plutôt le calme plat de ce côté, et, en cette période de Noël, ce serait bien qu'un gros client franchisse la porte de l'agence, histoire d'aider Sally à régler des dettes qui s'accumulent. Surgit alors Osvaldo Brown, alias « le Survivant », mais on ne peut dire qu'il ait la gueule de l'emploi, question portefeuille. C'est un pauvre bougre qui s'est fait tirer dessus, y a laissé une oreille, et vient voir Sally pour qu'elle retrouve ses agresseurs, car il n'a qu'une crainte : que ceux-ci ne viennent finir le boulot... La jeune femme commence par décliner l'offre, car sa branche à elle, c'est plutôt l'arnaque aux assurances et l'adultère. En plus, en questionnant Ray, flic chargé de l'affaire, elle apprend que celle-ci est compliquée, car sans témoin. Mais Sally finit par accepter d'enquêter pour Osvaldo, dont la personnalité – l'homme se décrit comme poète – le trouble plus qu'elle ne veut bien l'admettre....

 Une femme abandonnée mais volontaire face à l'adversité, une ville balayée par la neige, le froid et une enquête qui délaisse presque la recherche de la vérité sur l'agression dont a été victime le pitoyable Osvaldo, et préfère s'attarder sur les destinées des personnages principaux, en particulier celle de Sally et de ses enfants, de son mari disparu :  c'est ici plus une quête familiale qu'une enquête policière qui nous est donnée à vivre par Anthony Pastor, qui excelle dans la mise en scène et en images de ses personnages. Ceux-ci sont d'une grande justesse psychologique et on partage sans difficulté les sentiments qui les animent au fil des pages. Tout tourne autour du duo Sally / Osvaldo, en une confrontation entre cette femme forte et fragile à la fois, et cet homme un peu étrange, dont on ne sait s'il est réellement paumé ou s'il joue un rôle qu'il a minutieusement préparé. Autour de ce duo gravitent les enfants de Sally, deux ados de leur temps, agaçants et attachants en même temps, Pat, l'amie finaude et compréhensive qui tient la manucure juste sous l'appartement de Sally, Ray, le flic amoureux transi et dépité, et Robert, le mari qui entrera en scène pour un dernier tour de piste. Sous la neige. Une neige omniprésente, dans une cité aux allures de ville fantôme.
Sous couvert de polar - l'appartenance au genre ne fait pas de doute car les ingrédients du genre y sont -  « Castilla drive » n'est pas loin, en fait, d'être un conte de Noël... Un roman graphique – car là aussi, l'estampille peut y être accolée – en forme de conte, légèrement noir, où il est facile de se laisser embarquer, et qui laisse, un peu, pour une fois, la part au rêve.

Cet album figure dans la sélection du Prix SNCF du polar BD 2013, et dans la sélection Polar 2013 du festival BD d'Angoulême.

Castilla drive
Texte et dessin d'Anthony Pastor
Actes Sud / L'an 2, 2012 – 158 p. pages couleur -
19 €

samedi 8 décembre 2012

[Chronique] - La Peau de l'ours (Zidrou et Oriol)

Tous les matins, sous le soleil de plomb de l'île de Lipari, le jeune Amadeo grimpe à vélo la côte raide qui mène à la demeure du vieux Don Palermo. Arrivé là-haut, il lit son horoscope au vieillard, qui l'attend patiemment, attablé en terrasse, lunettes noires face à la mer. L'adolescent ne se laisserait pour rien au monde dérouter de sa mission, et s'il est régulièrement en retard, c'est parce que la délurée Silvana l'arrête tous les matins, avec l'espoir qu'Amadeo regarde d'un peu plus près ce qu'elle a sous sa jupe. Mais rien n'y fait, et Don Palermo a droit à sa lecture quotidienne. C'est que lui aussi, il attend quelque chose, depuis si longtemps  : une phrase que celle qu'il a aimée il y a bien des années doit lui laisser, dans ce journal, pour lui signifier son retour. Et le vieil homme commence un jour à dévoiler à Amadeo tout son passé : ces jours lointains où il était encore Téofilio, jeune montreur d'ours, puis bientôt au service d'un des parrains les plus dangereux de la ville de Stonfield, Don Pomodoro. Un parrain, qui a une petite fille, Mietta, belle comme le jour. Un parrain dont Teofilio a décidé secrètement de se venger, un jour.

Voici un polar qui sort des sentiers balisés du genre. Ou plutôt, qui réinvente un itinéraire avec les étapes auxquelles l'amateur est habitué : l'ascension du jeune protégé, la rencontre avec la femme, fatale,  car elle change la destinée de l'homme, la vengeance dans un coin de la tête, la violence et la cruauté du chef mafieux. Il y a tout cela, dans «  La peau de l'ours  », des ingrédients pour le moins classique  ; mais le scénario de Zidrou, est construit de manière à s'interroger jusqu'au bout, par aller-retours entre les années 40, celles où Don Palermo était encore le naif Téofilio, et maintenant, où il est ce vieillard fatigué s'accrochant à l'espoir de revoir un jour celle qui a marqué sa vie à jamais. Et le lecteur de s'inquiéter au fil des pages, sur ce qui a bien pu se passer dans ces années où Téofilio était au service du terrifiant Don Pomodoro, l'homme qui ne supporte les tâches de sang sur son costume blanc que si il les fait lui-même... De la tension, il y en a dans ce récit, même si  :
« 
Inutile de faire durer le suspense, Don Palermo ! Vous n'êtes pas mort puisque vous êtes là pour me raconter l'histoire  » lâche, à la moitié de l'album, Amadeo au vieil homme  ».
Réponse :  «
  Tu crois ça ? Et si je te disais que je suis mort un 13 décembre 1938   ?  »
Et voilà comme on relance toute la machine en plein milieu de la narration. Et au service de ce scénario subtil et prenant, il y a le superbe dessin d'Oriol, anguleux et chaleureux à la fois, terrifiant et rassurant en même temps. Tout un art de rendre cette histoire sombre particulièrement lumineuse, notamment grâce à l'emploi de couleurs chaudes.
L'album porte un autocollant «  Coup de coeur  » - on ne sait de qui, d'ailleurs – mais, il devrait plutôt faire figurer «  Coup au coeur  » : il y a autant d'amour que de haine dans «  La peau de l'ours  », de tendresse que de violence, de douceur que de dureté. Et des personnages y sont tout autant touchés dans leur âme et leurs sentiments que dans leur chair. Vraiment un des plus beaux albums de cette année.

A noter : "La peau de l'ours"  figure dans la sélection du Prix SNCF du polar BD 2013.

La peau de l'ours
Scénario Zidrou et dessin Oriol
Dargaud, 2012 – 64 pages couleur
- Collection Long courrier - 14,99 €

dimanche 2 décembre 2012

[Réédition] - SPIROU - La Foire aux gangsters (Franquin et Jidéhem)

 Tout débute par la visite surprise chez Spirou d'un mystérieux japonais, Soto Kiki, qui commence par faire goûter à l'intrépide groom les délices du judo... L'irruption soudaine de Fantasio dans la bagarre ne change rien à l'affaire, et les deux héros sont vite au tapis, et ne doivent leur salut qu'à l'intervention musclée du marsupilami. Le visiteur, calmé, explique alors qu'il ne s'agissait que d'une petite démonstration, et qu'en fait, il a besoin d'eux pour défendre les intérêts d'une famille américaine, persécutée par le gangster Lucky Caspiano. Malgré le récit un peu confus de Soto Kiki, les deux amis acceptent de lui venir en aide et vont vite se trouver au cœur d'une sombre affaire de kidnapping, qui verra son épilogue en pleine fête foraine.

Ne cherchez pas dans la longue liste des aventures de Spirou et Fantasio, une trace de cette « Foire aux gangsters » : cette histoire n'existe pas... Ou plutôt si, mais elle était bien cachée puisque publiée après l'aventure « Le Nid du Marsupilami », dans l'album du même nom. Et si les nombreux fans du sympathique Marsu se souviennent bien de cette aventure exotique en pleine jungle palombienne, la première mettant en vedette la créature devenue mythique de Franquin, combien ont encore en mémoire ce récit à l'ambiance policière qui clôt ce douzième volume de Spirou et Fantasio ? « La Foire aux gangsters » mérite pourtant vraiment de figurer dans toute bibliothèque de l'honnête amateur de polar, tant elle appartient vraiment au genre, même si elle est plus proche des Tontons Flingueurs que de Raymond Chandler.


Les éditions Dupuis rendent justice à cette pépite oubliée dans une magnifique réédition commentée par deux spécialistes de la BD franco-belge en général et de Franquin en particulier, José-Louis Bocquet et Serge Honorez. Leur minutieuse exégèse de cet album commence par une première page « La tentation du noir », qui replace La Foire aux gangsters dans le contexte littéraire et cinématographique de l'époque, et c'est fort justement que les auteurs écrivent : « En cette fin des années 50, la fiction aime s'habiller de noir ». Leur analyse rappelle, également avec justesse, que ce récit policier est aussi emprunt d'une atmosphère parodique et relève d'un genre dont le précurseur fut Maurice Tillieux, avec Félix, puis Gil Jourdan. Et les auteurs de conclure cette première page en rappelant que Franquin et Tillieux se sont à un moment rapprochés mais, qu'hélas, aucune collaboration entre ces deux géants n'aboutit... Suivent alors vingt-deux autres pages de commentaire de l'oeuvre, absolument passionnantes, avec, en regard, une reproduction des planches originales du récit, annotées des indications de Franquin.

Mais avant cette copieuse postface planche à planche, il y a bien sûr la réédition de « La foire aux gangsters », et là, franchement, rarement réédition n'aura eu autant d'intérêt. Pour trois raisons au moins : la première est d'avoir opté pour le montage initial des pages de l'histoire, tel qu'il était paru dans le journal de Spirou en 1958, et d'avoir écarté celui figurant dans « Le nid du Marsupilami », paru en 1960 ; la deuxième bonne raison est que les couleurs de cette histoire ont entièrement été revues par Frédéric Jannin, et... c'est le jour et la nuit avec la version de 1960 - voyez donc la différence entre les deux ambiances nocturnes de la fête foraine où tout se dénouera ;

la troisième raison est que cette « Foire aux gangsters » est un authentique bijou tant elle est riche en rebondissements et mêle habilement suspense et humour, avec l'inattendue présence de Gaston au milieu des gangsters... et, cerise sur le gâteau, la véritable fin de cette histoire est enfin rendue au lecteur de 2012, telle que le lecteur du Journal de Spirou a pu la lire en avril 1958... Car la fin qui figure dans l'édition en album n'est pas du tout la même. Bocquet et Honorez , là encore, nous éclairent sur cette fin initiale, disparue lors de son passage à l'album...

Curieusement, Franquin ne semblait pas tenir en haute estime cette « Foire aux gangsters », allant même jusqu'à la qualifier de « pathétique », ou de « moche » ce second avis étant directement lié au démontage du découpage initial... Je me permets de me ranger aux côtés de Bocquet et Honorez, qui, dans leur analyse, démontrent, planche après planche, combien cette histoire est une mécanique implacable, et qu'il faut absolument la redécouvrir, dans cette version originale :  « Relire '' La foire aux gangsters'' en fac-similé, c'est donc découvrir la version director's cut » affirment-ils. C'est exactement cela. Voici un chef d'oeuvre du neuvième art entièrement restauré, dans une très belle édition. C'est Noël avant l'heure.

La Foire aux gangsters
Scénario et dessin : Franquin et Jidéhem (décors). Couleurs : Frédéric Jannin.
Commentaires : José-Louis Bocquet et Serge Honorez.
Dupuis, 2012  - 86 pages couleur et noir et blanc – 24 €

mercredi 28 novembre 2012

[Nouveauté] - Dos à la mer, livre II : Sud (Berlion, Varenne et Thomas)

La fuite vers le Sud de la mystérieuse Natacha et du soudeur Henri se poursuit et le couple improbable sait que le bout de la route n'est plus très loin. Pour la jeune femme, le passeport pour une nouvelle vie est bien cette sacoche pleine de dope, subtilisée à ceux pour qui elle devait la livrer. Pour l'ouvrier des chantiers de Saint-Nazaire, qui a tout quitté pour servir de chauffeur à la jeune femme, l'avenir est plus incertain, et « demain sera un autre jour » pourrait bien être la devise qui illustre le mieux son état d'esprit. Natacha guide, Henri pilote. Chacun garde ses pensées secrètes bien au chaud, pendant que dans l'ombre, la meute des poursuivants se tient prête à tomber sur les fugitifs.

Le second volet de ce diptyque mouvementé est cette fois centré sur le personnage féminin de l'histoire de Varenne et Berlion, comme le laisse d'ailleurs fortement penser la couverture. Natacha est l'objet de l'attention des mafieux qui veulent récupérer leur marchandise, mais « Sud » voit aussi l'entrée en scène d'un second groupe d'acteurs dans la sarabande, les militants basques, qui sont eux en chasse de la jeune femme pour d'autres raisons, politiques. Et c'est Christine qu'ils veulent eux retrouver, la compagne de leur leader, qu'elle a dénoncé aux autorités. Une double identité qui la place dans un double faisceau d'ennuis. Le scénario s'étoffe donc avec cette nouvelle dimension politique, sans jamais perdre en efficacité dans sa narration, au contraire : les croisements des  intérêts des différents protagonistes font tout le piment de  « Dos à la mer ». A tout moment on se demande comment ce duo, formé par un couple que tout semble éloigner, va réussir à s'en sortir. Cette seconde partie tient donc toutes ses promesses, et Olivier Thomas réussit tout autant que dans le premier tome à transporter ses lecteurs, avec des décors toujours aussi soignés et des personnages solidement campés. Ce second aspect n'est pas anodin, car pour la meute de mâles dans laquelle Christine/Natacha se retrouve plongée, il fallait un coup de crayon sûr, pour faire passer les caractères de chacun. Sans oublier Henri, qui, lui, représente un point d'ancrage à la fois solide et doux pour l'héroïne. Bref, « Dos à la mer » est une des réussites de cette année 2012, une histoire noire teintée d'espoir, derrière laquelle on sent aussi bien la patte de l'écrivain qu'est Antonin Varenne que celle du créateur de Tony Corso, Olivier Berlion.
Vous pourrez lire bientôt dans ces pages une interview d'Olivier Thomas, sur son travail avec ces deux auteurs.


Dos à la mer, livre 2 – Sud
Scénario Olivier Berlion et Antonin Varenne
Dessins Olivier Thomas
EP, 2012 – 56 pages couleur – (Collection Atmosphères) – 15,50 €

samedi 24 novembre 2012

[Chronique] - Du primus, du brutal et de l'harmonie : l'encyclopédie Audiard

Bon, allez, si je vous dis :
« Parce que j'aime autant vous dire que pour moi, monsieur Éric, avec ses costumes écossais tissés à Roubaix, ses boutons de manchette en simili, et ses pompes italiennes fabriquées à Grenoble, eh ben, c'est rien qu'un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation, parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j'ajouterais que c'est le roi des cons... »
Vous me dites, vous me dites... Bernard Blier dans « Le Cave se rebiffe » ? Bingo ! Vous connaissez votre Audiard sur le bout des doigts. Mais si vous avez répondu, au pifomètre, allez, Gabin dans « Le Pacha », pas de doute : l'encyclopédie Audiard de Stéphane Germain, chez Hugo & Cie, est pour vous. Dans le premier cas aussi, d'ailleurs...
Ce pavé de près de 300 pages est un pur délice. Après une première partie resituant l'homme dans son époque, Stéphane Germain, l'auteur de cette somme, se met en tête de présenter à son lecteur l'oeuvre intégrale d'Audiard : l'écrivain, le dialoguiste, le scénariste, le réalisateur, l'adaptateur. Et le lecteur est ébahi, car il ne soupçonnait pas une telle richesse, une carrière aussi prolifique : une dizaine de livres (Audiard fut aussi romancier, ce qui est souvent oublié de celles et ceux qui gouttent son verbe), et une centaine de films. Cette encyclopédie nous les présente tous, absolument tous, dans leur ordre de sortie en salle, de « Mission à Tanger » (1949) à « On ne meurt que deux fois » (1985). On y trouve même les « introuvables », ces six films portés disparus des écrans, impossibles à (re)voir, dont le dernier - «Toutes folles de lui » - date seulement de 1967, et au générique duquel figurent, entre autres, Jean-Pierre Marielle, Julien Guiomard,
Amarande...

Pour chacun des films, Stéphane Germain rappelle brièvement le synopsis et rédige une (courte) fiche technique. Suit alors son avis, dans une longue notice où l'analyse côtoie l'anecdote, où l'utile se joint à l'agréable... et le tout est couronné de la cerise sur le gâteau : l'indispensable citation audiardienne, évitée uniquement pour les films les plus catastrophiques du maître, car oui, il y en a bien eu, et l'auteur n'hésite pas à les signaler. Mais ils sont en nombre minime dans la longue filmographie d'Audiard et c'est un plaisir de retomber sur les classiques « Barbouzes », « Ne nous fâchons pas », « Un taxi pour Tobrouk », « Mortelle randonnée », … Mais c'est un plaisir encore plus grand de découvrir, des oeuvres complètement oubliées car absentes durablement des programmations télévisuelles.  Ou de redécouvrir la quinzaine de films dont Gabin était la vedette, lui qui fut l'acteur fétiche du scénariste pendant plus d'une décennie.. 


Cette copieuse encyclopédie se conclut d'ailleurs sur une dernière partie intitulée « Les grands diseurs d'Audiard », qui dresse le portrait de 19 acteurs et actrices, les meilleurs interprètes des dialogues de Michel Audiard, selon Stéphane Germain. 19 portraits illustrés par le très doué Géga, déjà à l'oeuvre sur le précédent ouvrage de Germain (« Le dico des Tontons Flingueurs »), et qui croque avec bonheur Blier, Dalban, Belmondo, Girardot, Pousse, Serrault...
Ce livre est, comme il se doit, très richement illustré de photos et d'affiches, parfois de plusieurs pays pour les films ayant eu le plus de succès.
Je vous le disais au début : ce pavé est un pur délice. Que demande le peuple ? Une autre citation, peut-être ? Soyons bon prince,  en voici deux :

« Dans la vie il y a deux expédients à n'utiliser qu'en dernière instance : le cyanure et la loyauté »
(Jean Gabin dans « Le Gentleman d'Epsom »)

« - J'ai peut-être une bonne affaire. Je connais un gars qui cherche un bateau. Tu pourrais lui vendre le tien.
- Mais j'en ai pas !
- C'est pour ça que c'est une bonne affaire... »

(Dialogue entre Robert Dalban et Jean-Paul Belmondo dans « L'incorrigible »)

Un pur délice, vous dis-je. J'insiste. 

L'Encyclopédie Audiard – Du primus, du brutal et  de l'harmonie
Textes Stéphane Germain ; illustrations Géga
Desinge & Hugo & Cie, 2012 - 287 pages couleur
24,95  €

mercredi 21 novembre 2012

[Chronique] – Noir et Pigalle 62.27 : Götting fait coup double !

Un homme est précipité du haut d'une falaise, mains attachées. Pas de miracle, il ne s'en relèvera pas.... La police, dans ses premières constatations, relève qu'il manque un doigt au cadavre. Flashback : on retrouve l'homme assassiné, un émigré Polonais, et on le suit dans son quotidien chaotique. Il est d'abord mécano, puis il est viré par son patron, puis le voilà homme de ménage dans un restaurant chinois, viré à nouveau, avec l'humiliation en prime, et le voici enfin au service d'un notable local, qui fait de lui son tueur à gages... ce qui n'est peut-être pas, finalement, la meilleure des voies pour Franciszek Gruszka...

« Exercice de style récréatif », « Hommage au roman noir et au cinéma américain » : voici comment est présenté par l'éditeur lui-même cette histoire de Götting parue en début d'année. Un hommage, c'est bien ainsi qu'il faut lire cet album découpé en vingt séquences qui sont autant de scènes convoquant tous les personnages et situations-clés du genre : le looser, la garce, le parrain local, le flic malin... et l'humiliation, l'espoir, la peur, la vengeance. Une histoire aussi rapide et expéditive que la trajectoire d'une balle, que Götting met en scène en 150 pages, format manga, au rythme de deux à quatre cases par planche, le tout dans un style charbonneux, crayeux, où même le blanc est foncé. « Noir » ne révolutionnera certes pas le genre, mais a le très grand mérite de marquer le double retour au polar d'un auteur important du 9ème art, un vrai styliste, comme vous pourrez vous en rendre compte ici,  sur son site. Sans oublier l'espace qui lui est consacré sur le site de Galerie Barbier & Mathon, une galerie spécialisée dans les illustrations et planches originales de bande dessinée.

Götting dévoile son autre facette d'auteur de noir dans le très beau Pigalle 62.27, où il a écrit un scénario parfait pour Loustal. Cet album fait partie des 6 titres en compétition pour le prix polar SNCF de la BD, et vous pouvez lire ma chronique ici, sur le site k-libre.fr.



Noir
Texte et dessin Jean-Claude Götting
Barbier et Mathon, 2012 – 152 pages noir et blanc
8  €
Pigalle 62.27
Texte Jean-Claude Götting  et dessin Jacques de Loustal.
Casterman, 2012 – 72 pages couleur
15 €

lundi 19 novembre 2012

[Prix] – La Princesse du Sang 2 (Dupuis) Trophée 813 de la Bande Dessinée 2012

L'association« 813 » des Amis des littératures policières décerne chaque année depuis 1981 ses Trophées, qui récompensent les ouvrages (romans, essais) préférés des adhérents. La proclamation des résultats 2012 a eu lieu hier au cours du festival Sang d'Encre, à Vienne. Après une éclipse de plusieurs années, la bande dessinée figure à nouveau au palmarès, et pour ce grand retour c'est la seconde partie de la « La princesse du sang » qui l'emporte. Retrouvez ici ma chronique de cette très réussie adaptation du dernier roman de Manchette. 

Cet album devance deux autres adaptations : « L'homme squelette » de Hillerman, par Will Argunas (Casterman) et « Parker - L'organisation » de Stark par Darwyn Cooke (Dargaud).

Bravo à Doug Headline et Max Cabanes et aux éditions Dupuis, pour ce prix, le quatrième pour ce dyptique, après le Prix Polar 2010 du Festival de Cognac, le Prix Mor Vran 2010 du festival du Goéland Masqué et le Prix Polar Encontre 2010 du festival dumême nom à Bon-Encontre.

samedi 10 novembre 2012

Prix SNCF du Polar / BD 2013, deuxième !

L'an passé, pour sa première édition, le prix était allé à Bryan Talbot pour son formidable Grandville mon amour, chez Milady.
Cette année, la sélection regroupe 6 titres, chacun dans des styles, des époques et des registres différents. Et vous savez quoi ? Ils sont tous sacrément bons, et le choix va être difficile... Voici la liste :

- CASTILLA DRIVE, d'Anthony Pastor (Actes Sud /An2)
- PIZZA ROADTRIP, de Cha & El Diablo (Ankama)
- UN LÉGER BRUIT DANS LE MOTEUR, de  Gaet’s & Munoz (Physalis)
- LA PEAU DE L’OURS, d'Oriol & Zidrou (Dargaud)
- PIGALLE 62.27, de Loustal & Götting (Casterman)
- LA GRANDE ODALISQUE, de Vivès, Ruppert & Mulot (Dupuis)

En cliquant sur chacun des titres, vous trouverez soit dans ces pages, soit dans celles du site k-libre, de Julien Védrenne, une chronique de ces albums.
Mais le plus amusant est encore de participer en votant pour vos préférés parmi ces six albums. Comment faire ? Contrairement au Prix SNCF du polar, catégorie roman, il n'est pas possible de voter à distance. Première solution : monter à bord d'un des nombreux « trains du polar » organisés un peu partout en France au début de chaque période de départ en vacances... technique aléatoire – mais amusante - puisque ces trains sont « surprises » et que les voyageurs les découvrent au dernier moment. Prochains trains du polar : 22 décembre, pour les vacances de Noël.
Mais si vous voulez lire toutes les BD d'un coup, et c'est la seconde solution, il faut vous rendre sur les espaces Polar SNCF mis en place lors de grands festivals et salons. Le prochain rendez-vous est tout simplement à Angoulême, Place Marengo, du 31 janvier au 3 février 2013. N'hésitez surtout pas à vous y rendre !
Bédépolar vous informera de chaque nouveau rendez-vous, jusqu'à la remise des prix, au printemps.



dimanche 21 octobre 2012

[Comics] - Fatale, coup de maître de Brubaker et Phillips (Delcourt)

Nicolas Lash rencontre Jo pour la première fois à l'enterrement de Dominic Raynes, écrivain dont il se retouve éxécuteur testamentaire, presque par hasard. Jo, femme d'une grande beauté, et qui, en quelques mots, ce jour-là, réussit à le « ramener dans la peau d'un collégien. Cloué sur place ». Le soir même, dans la demeure vide de Raynes, Lash met la main sur un manuscrit inédit, de 1957, qui pourrait  même être  le premier roman de l'auteur, spécialisé dans des best-sellers policier. Au moment où il s'apprête à quitter la maison, des hommes en armes débarquent, et Lash ne doit son salut qu'à l'intervention musclée de Jo, là elle aussi, par un étrange hasard... Après avoir flingué un des deux  inconnus, elle ordonne à Lash de sauter avec elle dans sa voiture, et c'est un avion qui les prend en chasse ! La solution ? Provoquer un accident... Lash  s'en sort mais avec une jambe en moins tout de même, c'est ce qu'il constate en se réveillant 5 jours après cet épisode nocturne rocambolesque. Il ne comprend pas trop ce qui lui arrive, jusqu'à ce qu'il entame la lecture du manuscrit de Raynes, qui le ramène 50 ans plus tôt, et lui ouvre les portes d'une Amérique étrange et terrifiante...

...Et c'est ce que « Fatale » raconte, puisque les trois-quarts de l'album se déroulent en 1957 : en utilisant le procédé de la mise en abyme, Brubaker invite à découvrir en même temps que Lash la terrible destinée de Raynes et a découpé son scénario par aller-retour entre l'après-guerre et ce début de XXIè siècle. De ce choix narratif naît un suspense à double niveau : celui de l'enchaînement des événements de 1957 et celui de la découverte de l'incroyable vérité par le « héros », Lash.
« Fatale » dépasse largement le cadre du Noir chers aux auteurs de « Criminal », et Brubaker et Philipps avaient déjà fait goûter à leurs lecteurs les délices du croisement des genres, dans leur précédente série "Incognito", par exemple. Mais ils étaient resté dans leur propre domaine, celui du comics, puisque l'intrigue du scénariste, certes fortement colorée polar,  mettait en scène des personnages super héros.
Là, Brubaker emprunte des chemins plus fantastiques, et surtout plus littéraires : son histoire aurait très bien pu être écrite par un Lovecraft ou un Lumley et cet hommage à la littérature, on le trouve aussi dans le statut du personnage masculin principal, Hank Raynes, qui est écrivain. Mais il y a bien entendu au centre de tout cet environnement, l'autre personnage-clé, Joséphine, la femme, fatale comme le titre l'indique. La femme fatale, figure mythique du roman noir...
Bande dessinée, fantastique, roman noir : en se plaçant au carrefour de ces trois genres  le duo a mis en route,ce qui semble bien être la plus ambitieuse de leurs séries à ce jour, et qui fait en tous cas d'eux l'un des plus inventifs tandem d'auteurs de la BD américaine. Et si Ed Brubaker continue de surprendre et fasciner à chaque nouvelle oeuvre, c'est aussi grâce au talent immense de Sean Philips, encore une fois ici mis admirablement mis en couleurs par Dave Stewart.

Fatale 1 - La mort aux trousses
Scénario Ed Brubaker et dessin Sean Philipps
Delcourt, 2012 – 136 p. couleurs - Collection Contrebande – 14,95 €

mercredi 17 octobre 2012

[Chronique] - Pizza roadtrip, petit voyage entre amis

Paris, un trio d'amis. Rudy, black à casquette un peu magouilleur sur les bords. Mathilde, sa copine, styliste plutôt débrouillarde. Et Romuald, leur copain à tous les deux. Peut-être un peu moins allumé que ses deux congénères. Les voici tous les trois réunis, par la grâce de la téléphonie sans fil, en pleine nuit, dans l'appart de Rudy et Malthide qui ont besoin de savoir qu'ils peuvent compter sur leur pote Romuald, pour un service d'un genre un peu spécial. Il y a un cadavre dans leur chambre, avec une belle flaque de sang sur la moquette, et il ne saurait être question de garder trop longtemps ce mort à la tête explosée... Un mort plutôt bien connu des services de police. Romuald hallucine devant la situation et la proposition de Mathilde : il n'y a qu'à faire disparaître le cadavre en l'emmenant jusqu'en Bretagne, là où elle a une maison familiale, et un terrain pour enterrer le colis. Il faut juste que Romuald accepte de prêter sa voiture pour l'occasion... Premier réflexe : « Mais oui bien sûr ! Je vais vous prêter ma caisse pour aller voir les vaches avec le cadavre d'Al Capone ! ». Mais finalement, Romuald accepte, mais ne laissera à personne le soin de conduire, et les voici tous les trois à bord d'une Kangoo rouge, pour un raid qui ne s'annonce pas plus compliqué qu'une livraison de pizza. D'après Rudy.

Ah quel album ! « On n'est pas dans un film de Tarentino t'as vu » lâche à un moment Rudy. Et bien si ! C'est même exactement ça, cette histoire d'El Diablo : du Tarantino mâtiné des frères Coen et nous volià entre Pulp Fiction et The Big Lebowsky, embarqués dans une épopée tragi-comique, burlesque et tendue à la fois, qui finira... Bien ? Mal ? Ah ah... pas question de le dire ici, il vous faut lire cet album pour lequel El Diablo a pondu des dialogues aux petits oignons, fourmillant de réparties tordantes. Il a imaginé une trépidante succession d'événements que Cha met en images avec un style cartoonesque qui colle parfaitement au ton déjanté de l'histoire. Et les étonnants personnages de la dessinatrice, aux visages dépourvus de nez, viennent ajouter une touche d'étrangeté poétique à ce Pizza Road Trip, qui se distingue dans la vague des dernières nouveautés. Un album publié dans une collection dont je vous ai déjà dit le plus grand bien (ici et ), et qui continue de surprendre par son éclectisme éclairé : Hostile Holster est bien devenu ce label incontournable pour l'amateur de polar...

Le chouette de blog de Cha : Ma vie est une bande dessinée

Pizza Road Trip
Scénario El Diablo et dessin Cha
Ankama, 2012 – 80 p noir et couleur – Collection Hostile hoster – 14,90  €

samedi 29 septembre 2012

[Chronique] - Bang ! Katinka, ou la Russie noire de Deveney et Godart


Ivan est flic. Un flic en taule, qu'on extirpe de sa cellule pour qu'il mette la main sur Katinka, une tueuse violente et insaisissable qu'il est apparemment le seul à pouvoir appréhender, d'après ses supérieurs... Pourquoi lui ? Peut-être parce qu'Ivan est un flic à l'ancienne, aux méthodes musclés, qui ont fait leurs preuves en leur temps (mais qui lui ont aussi valu son incarcération). Mais ce dinosaure n'est-il pas à côté de la plaque, comme tente de lui faire comprendre « Le chauve », qu'il décide d'interroger ?
Le chauve  : « Ach ! Putain, t'étais vraiment obligé de me péter le nez ? »
Ivan : « Le monde est sans pitié, le chauve ! Il faut accepter son lot de souffrance !
Le chauve : « Raaah ! « J'ai pas de temps à perdre », « Le monde est sans pitié ». T'y crois vraiment à ces phrases à la con ? Tu vois pas que c'est plus d'actualité ? C'est fini les surnoms débiles et les flics qui bossent à coups de poing. La criminalité d'aujourd'hui, ça se règle à coups de pourcentages ! Et si t'as pas réseau pour, tu te fais bouffer par les stat'.  Faut que t'ouvres tes yeux de bourrin ! Les héros solitaires, c'est dépassé ! Et c'est pas en chopant Katinka que ça va y changer quoi que ce soit !
Ivan : « TA GUEULE ! »

Des dialogues comme celui-ci, qui sonnent juste, Bang Katinka en compte plus d'un. S'appuyant sur un récit très noir et violent, cet album de Deveney et Godart est un écho réaliste de la Russie du XXIème siècle... La Russie de Poutine où des punkettes font office de révolutionnaires susceptibles de faire vaciller le pouvoir. Ici, Katinka, c'est les «Pussy Riot » à elle toute seule, en nettement plus destroy. Le récit est à deux voix : celle de Katinka d'abord, jeune femme rebelle, écorchée vive, dont on apprend tout de l'enfance chaotique. Puis celle d'Ivan, guère plus épargné par la vie.  Ces deux-là ont se sont déjà croisés une fois – un épisode très douloureux pour les deux – et parallèlement à la traque de la tueuse par le flic, c'est un portrait de deux êtres à la dérive, chacun suivant une voie destructrice à l'issue plus qu'incertaine, qui est donné à lire. Le trait réaliste de Godart (qui rappelle par certains aspects celui d'Hermann), et des planches à la tonalité sombre renforcent la dureté de cet album. Bang Katinka  fait froid dans le dos, mais figurera sans problème dans mes albums préférés de l'année. A vous de voir...

Bang ! Katinka
Texte Jean-Christophe Deveney et  dessin de Loïc Godart
Akileos, 2012 – 62  pages couleur -14,25 €

jeudi 20 septembre 2012

[Festival sudiste] – Toulouse polars du Sud, saison 4 (12 – 14 octobre 2012)

La chose est entendue : tout amateur de littérature noire et policière doit faire une halte à Toulouse pour le festival « TPS », qui en est à sa quatrième édition. C'est Laurent Astier qui en a réalisé l'affiche cette année, et vous l'aurez remarquer : le Spirit himself veille sur le festival.
Côtés bandes dessinées, un peu moins de monde que les années passées, mais outre Laurent Astier,
seront présents Frédéric Bézian (auteur des excellents « Aller-Retour » et « Lesgarde-fous ») et Annie Goetzinger , qui entraîne, avec Pierre Christian, au scénario, la détective Edith Hardy dans la France et l'Europe des années 50. Le trait élégant de cette dessinatrice est parfait pour cette série.
Pour connaître le détail du programme, une seule adresse, celle du site entièrement remanié dufestival.

Bon voyage !