Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

mercredi 2 mars 2011

[Festival] - Tous à Bon' Encontre !

S'il est un festival de polar qui met à l'honneur les auteurs de bandes dessinées, c'est bien Polar Encontre, à Bon Encontre, dans le Lot-et-Garonne...
Pour sa sixième édition, le 12 et 13 mars prochain, le salon a invité une sacrée bande dont une partie concoure au prix Polar'Encontre 2011, remporté par Cabanes l'an passé pour son adaptation de la « Princesse du sang » de Manchette.

Les sept dessinateurs en compétitions sont Olivier BERLION pour le tome 1 de « La comedia des ratés », Philippe BERTHET pour les tomes 1 et 2 de "Nico", Alexis CHABERT pour le one-shot "Taxi Molloy", JEF pour les tomes 1 et 2 de "Une balle dans la tête", MAKO pour le one-shot "Dernière sortie avant l'autoroute », Ralph MEYER pour le one-shot "Page noire", Guy MICHEL pour le tome 1 de "Seznec" et Nicolas OTERO pour le tome 7 de "Amerikkka "

Le choix des jurés va pas être simple, moi je vous le dis !

Sinon, vous pourrez aussi croiser à Bon Encontre Eric CORBEYRAN, parrain de cette 6ème édition, Max CABANES, qui a réalisé l'affiche cette année, ESPE, Joe G. PINELLI et Jean-Louis THOUARD... sans oublier les douze auteurs et auteures du Noir, dont vous trouverez ici la liste, ainsi que le programme des réjouissances.

vendredi 25 février 2011

[Chronique] - Les Morsures du passé ou quand le Janitor remonte le temps...

A Rio de Janeiro, un couple de retraités passe une journée tranquille dans un établissement où leur fortune permet visiblement de bons traitements. Ils vivent pourtant leurs derniers instants, et vont être sauvagement assassinés, par un couple curieusement assorti : une jeune fille au look punkoïde et un septuagénaire sec comme un coup de trique. Dans une autre vie, le couple de paisibles vieillards a servi un certain docteur Mengele, et leur passé les a rattrapés, et les chasseurs de nazis aussi... Pendant ce temps, au Vatican, on s'interroge sur la présence du cardinal Di Origio sur le yacht du Nouveau Temple, une société secrète qui inquiète le Saint-Siège. Vince, alias Trias, le Janitor, est envoyé aux basques du cardinal, ce qui lui permettra peut-être de résoudre un autre mystère : la réapparition soudaine de son frère, supposé mort, sur ce même yacht du Nouveau Temple...On avait laissé le Janitor en pleine surprise lors du tome 3 (Les Revenants de Porto Cervo), avec ce face à face avec son frère, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce tome 4 apporte des éclaircissements sur le passé de notre James Bond papal. Son histoire personnelle va entrer de plein fouet avec celles des traqueurs de nazis, et du coup, la série prend tout de suite une autre dimension. Il faut certainement y voir la patte de Boucq, qui confie, dans le dossier de presse : « Je suis fasciné par l'incidence que peut avoir la Seconde Guerre mondiale sur notre monde actuel. C'est un thème totalement intégré à la série, même si, jusqu'à ce quatrième tome, il n'était pas encore très visible ».
En effet. Le Janitor donnait plus l'impression d'une série d'espionnage très originale, avec ces improbables et ultra-modernes services secrets du Vatican, et ce personnage secret de Trias. Cela reste vrai, mais les scénaristes ont donné comme un coup de fouet, au niveau de l'action, à une oeuvre déjà captivante, l'enrichissant d'une couleur supplémentaire. Bon, d'accord, le coup du frère jumeau, on nous l'a déjà fait. Mais rarement pour un affrontement, encore à venir, aussi « dramatique ». L'affrontement aura-t-il lieu, d'ailleurs ? Et quelle est la réelle puissance de la société secrète du Nouveau Monde ? Sente et Boucq nous donneront les réponses dans le prochain volume, qui clôturera le cycle. En attendant, replongez-vous dans une lecture des quatre tomes, ils ont tous une saveur particulière, et font du Janitor une série particulièrement goûteuse.
Le Janitor, tome 4 : Les Morsures du passé
Scénario Yves Sente François Boucq. Dessin François Boucq
Dargaud, 2011 - 56 p. coul. - 13,50 €

Ma chronique du tome 1 c'est ici, celle du tome 2, et celle du tome 3 ici-là. Eh oui, j'aime bien...

mardi 22 février 2011

[Chronique] - Attentat à Dallas en 1963 ? Non, en 1973... Mais qui a tué le président ?

French, Américain né d'un père Alsacien, est un bon patriote. La preuve : il sert les Marines, prêt à défendre les valeurs de l'Union jusque dans les jungles les plus hostiles du Vietnam. Bon, d'accord, il fait tout de même partie d'une unité de combattants un peu spéciale... La Brigade de l'enfer, composée uniquement de hell's angels, et créée en 1965, avec la bénédiction du président des Etats-Unis en personne. Mais French est une vraie tête brûlée, et il ne se contrôle pas toujours : après avoir abattu un officier de l'US army, le pays le rapatrie et lui annonce sa récompense pour ses bons et loyaux services. 147 ans de bagne. Aussi, quand il sort par miracle au bout de trois ans, faut-il s'étonner de le voir sur le point d'éliminer ce président qui est la cause de tous ses malheurs ?
Le principe de la série Jour J, qui en est ici à son cinquième volume, est celui de l'uchronie, avec comme accroche ce petit jeu qui consiste à apostropher le lecteur sur le mode du « Et que ce serait-il passé si... » et à l'embarquer dans une autre Histoire, détournée de sa voie connue de tous. Sauf que, dans ce tome, curieusement, le sous-titre «L'Amérique sous le choc après l'assassinat de Dallas » n'est pas le point de départ de l'album... mais plutôt sa conclusion, son point final. Vous l'aurez compris, il s'agit là de l'attentat de Dallas sur Kennedy transposé 10 ans plus tard. Mais il serait très malvenu de dévoiler le nom du Président dans la ligne de mire, car le scénario imaginé par le trio repose en grande partie sur l'identité du chef de l'état américain de 1973... et dévoilée seulement dans le dernier tiers de l'album. Auparavant, on suit l'histoire du tireur, un homme un peu déboussolé, violent, un pion qui se rebelle... mais un pion tout de même. Le dessin de Colin Wilson est impec, et il campe les figures politiques du pays avec brio. Ses scènes de guerre sont également des modèles de précision et de réalisme. Si vous avez lu d'autres tomes de la série, et que comme moi, ils vous ont un peu déçu, essayez celui-ci, il est assez chouette. Mais faites attention qu'on ne vous en dise pas trop avant de l'attaquer...Jour J n°5 – Qui a tué le Président ?
Scénario Fred Duval et Jean-Pierre Pécau, assistés de Fred Blanchard - Dessin Colin Wilson
Delcourt, 2011 – 56 p. coul. - Collection Série B – 13,95 €

lundi 14 février 2011

[Saint Valentin] - Allez les filles !

Ah ben je ne pouvais pas laisser passer la Saint Valentin, et je voulais absolument vous faire ce petit cadeau, une belle image tirée tout droit de ma discothèque :


A écouter avec votre chéri(e), une roucoulade reposante après une dure journée de boulot, garantie d'époque : ça, c'est du rock !

Salut les amoureux !



dimanche 13 février 2011

[Chronique] - Le Barzoon circus arrive !

Alabama, 1931. Le cirque Barzoon arrive à Temperance, la capitale de la citrouille, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas le bienvenus. Il faut dire que pour des saltimbanques en quête de représentations, ils n'ont pas de chance : ils débarquent en ville à la veille du Jour de la Citrouille, fête locale célébrée depuis le 18ème siècle, et qui interdit toute autre manifestation en ville. La caravane du Barzoon circus est donc conduite à l'écart du centre, loin de la population, dans une zone désertée (sauf des moustiques). Un éloignement qui les arrange en fait, car la troupe n'est autre qu'un groupe d'agents en mission secrète, envoyé à Temperance pour tenter de découvrir ce qui se trame lors de ce Jour de la Citrouille, et si on y sacrifie vraiment quelques humains à cette occasion...
Voici une série assez réjouissante par son originalité : un groupe de personnages pour le moins disparate (un gamin, un gorille, un fakir, deux jumelles, un clown alcolo...) dont on ignore l'origine et les objectifs, est plongé dans une curieuse histoire, dans les Etats-Unis des années 30. Pour son scénario, Darlot semble s'être fait un malin plaisir à mélanger les genres, et on a l'impression de se retrouver au carrefour de deux séries TV : Mission impossible, et La caravane de l'étrange (Carnivale pour les puristes, et pour ceux qui connaîtraient pas ce chef d'oeuvre, rien que le générique vous mettra dans l'ambiance). Evidemment, avec son style graphique typiquement franco-belge, Pilet n'entraîne pas son lecteur vers les pentes de l'angoisse à chaque page, d'autant que l'humour est omniprésent dans cette première mission. D'ailleurs, on verrait parfaitement cette série faire les beaux jours du journal de Spirou... où le dessinateur a débuté. En tous cas, avec une première histoire assez bien foutue, et l'entretien d'un certain mystère autour de la troupe, on a très envie de suivre la route du Barzoon Circus.Barzoon Circus 1 – Le jour de la citrouille
Scénario Jean-Michel Darlot et dessin Johan Pilet
Treize Etrange, 2011 - 48 pages couleur
9,90 €
Et en prime, la bande-annonce de la série en cliquant ici


vendredi 11 février 2011

[Chronique] - Damoclès 3 : Perfect child

Nouvelle mission pour l'agence Damoclès : assurer la sécurité d'une réception organisée par la société « Perfect child », spécialisée dans la procréation médicalement assistée. Une activité qui ne lui attire pas que des louanges, à tel point qu'Ava Troy, sa présidente, a reçu de sérieuses menaces de mort pour ce que certains considèrent comme des pratiques contre-nature. Et contre monnaie sonnante et trébuchante, surtout. Elly Braxton, une des rares membres féminines de l'agence, va se retrouver affectée à la protection rapprochée de la patronne. Et elle va vite trouver celle-ci insupportable. Un attentat contre Perfect child changera-t-il quelque chose ?
Ce nouvel épisode reprend les ingrédients qui faisaient l'originalité des deux premiers : une agence de sécurité chargée de protéger une élite fortunée, des clients peu concernés par les malheurs du monde, y contribuant même pour certains... Ce sont cette fois des pratiques qui frôlent l'eugénisme qui sont mises en cause : les futures mères porteuses sont choisies en fonction de leur QI hors-norme, leur milieu aisé et leur plastique de magazine. Ce thème de la maternité permet aussi à Callède et Henriet de poursuivre l'exploration de la vie intime de leur héroïne, personnage central de la série, un peu déboussolée dans cet album. Henriet, avec son style élégant et précis, réussit à marier les deux facettes omniprésentes de Damoclès - action et introspection - et à en faire une série "policière" un peu plus subtile et profonde que d'autres. Et les deux auteurs ont créé un personnage féminin des plus attachants qui soient... malgré le métier peu glorieux qu'elle exerce.
Damoclès 3 – Perfect child
Scénario Joël Callède et dessins Alain Henriet
Dupuis, 2011 - 48 p. couleur - 11,95 €

mardi 8 février 2011

[Chronique] - Retour de manivelle pour Silien Melville

L'ex-légionnaire Hervé Bodo, devenu enquêteur privé, a dévoilé au grand jour les pratiques peu orthodoxes du ministre des finances, candidat à l'ELysée, accusé de toucher des pots-de-vin. Tout ce que gagnera le détective dans l'affaire, c'est du plomb dans le ventre et la mort dans un terrain vague. Mais avant de passer l'arme à gauche,il a pu transmettre des documents compromettants à Silien Melville, un ancien pote de la Légion. Et comme Bodo a bien fait les choses, il a même laissé à Silien l'adresse d'une maison en Normandie, où le fugitif pourra trouver refuge. Mais là, un autre choc pour Silien : voici qu'il se retrouve dans la demeure de son ex-petit amie, Christine, qu'il avait cherché en vain pendant des mois, après sa disparition... Tout s'embrouille dans la tête du pauvre Melville, qui voudrait bien comprendre....

Et bien, voici une histoire qui prend une certaine ampleur, et bifurque vers d'autres horizons avec l'arrivée de l'ex, qui vient bouleverser un scénario plutôt axé sur une histoire politico-médiatique. Cela coïncide avec la présence au scénario, pour ce deuxième tome, de Christian Mantey aux côtés de Djian, créateur de la série. L'ambiance n'en reste pas moins assez « intimiste », en grande partie en raison du caractère réservé du « héros », et de sa tendance à l'introspection. C'est aussi dû au trait extrêmement réaliste de Ternon – les visages de ses personnages sont assez saisissants – qui en profite aussi pour glisser dans ce tome un Eddy Mitchell en homme de main, après avoir fait apparaître un Coluche tout droit sorti de Tchao Pantin dans le précédent volume. Silien Melville continue de suprendre, et demeure un thriller un peu à part. Tant mieux.
Silien Melville 2 – Retour de manivelle
Scénario Jean-Blaise Djian et Christian Mantey ;
dessin Cyrille Ternon
Vents d'Ouest, 2011. - 48 pages couleurs
Collection Turbulence - 9,95 €

vendredi 4 février 2011

[Collector Spirou] - 1 cadavre, 79 légistes

Chez vous, je ne sais pas, mais chez nous, on est abonnés au vénérable magazine Spirou, et ça permet de recevoir des cadeaux toute l'année. Celui qui accompagne le numéro 3800, daté du 9 février 2010, est carrément (ou rectanglement, pour être précis) un album à l'italienne qui commence comme ça :Et après ce bal ouvert par Vehlmann et Yoann, c'est Trondheim qui poursuit, puis Tarrin, puis Bercovici... jusqu'à Bodart, pour finir par le duo de départ qui boucle la boucle. C'est, vous l'aurez compris, sur le principe du cadavre exquis, et forcément, ça rebondit toutes les 3 cases...
Cela fonctionne plutôt pas mal, et outre la curiosité de voir comment chacun va rajouter sa couche à une histoire de plus en plus trépidante, le lecteur ne manquera pas de s'amuser à essayer de reconnaître l'auteur de chaque nouveau strip.
Il fallait être abonné du 1er janvier au 31 décembre 2010 pour recevoir cette chouette aventure de Spirou à 158 mains. Bonne chasse ! Un indice, la couverture, c'est ça :

lundi 31 janvier 2011

[Chronique délocalisée] - Fanch Karadec


La BD bretonne n'avait pas encore son enquêteur ? Damned ! Ou gast, devrais-je dire...
Les éditions Vagabondages viennent à la rescousse des pauvres âmes en peine qui désespéraient de voir un jour un Sherlock des menhirs, un Maigret des bagadou, un San Antonio de la galette-saucisse...

Voici donc un petit nouveau, fringuant retraité, un poil cossard quand même, parce que bon, la retraite, c'est la retraite, et qui s'appelle Fanch Karadec. Pour lire ma chronique de la première aventure de ce nouveau venu, allez rendre une petite visite de courtoisie à l'excellent site k-libre, en cliquant sur ce lien qui vous met directement sur la bonne page.

Allez, kenavo !
Et j'en rajouterai pas plus parce que je suis nul en breton.

samedi 29 janvier 2011

[Chronique] Baru : L'enragé qui fait péter les basses

C'est l'histoire de deux Zinedine. L'un sort de prison, et n'a qu'une idée en tête : se venger de ceux qui l'y ont envoyé, et monter un coup pour se refaire. Et qui dit casse, dit un plan et des complices, et l'ex-taulard se tourne vers un dénommé Fabio d'Alloro, un vieux un peu rangé des voitures, mais qui ne demande qu'à replonger une dernière fois, pour la retraite... et la beauté du geste. Comme en plus, il peut constituer son équipe, c'est le moment de faire revenir ses vieux poteaux, Paul et Gaby, pour ce dernier tour de piste. Un braquage de fourgon est programmé...
L'autre Zinedine, c'est le prénom floqué sur le maillot de Slimane, jeune africain surdoué des crampons. Embarqué clandestinement à bord d'un charter, il quitte son pays la tête pleine des rêves d'une carrière à la Drogba, mais l'arrivée est encore plus compliquée que prévue, il se retrouve très vite clandestin et les pelouses qu'il va fouler sont loin d'être celles de l'élite.
Déjà semée d'embûches, la route de Slimane, Zinedine par procuration, va bientôt croiser celle de Zinedine, l
e vrai, le fou, le tueur...

Cette histoire de casse et de vengeance sur fond social, c'est du pur Baru ! Les méchants sont imbuvables, les cons vraiment trop cons, et les voyous de seconde zone attirent la sympathie. On suit les péripéties de l'histoire avec une jubilation grandissante, car on ne craint pas vraiment le drame soudain au coin de la page. Cela tient à la personnalité du trio de braqueurs à l'ancienne : roublards mais droits, on sent en eux le sens d'une certaine « justice », qui exclue les actes de violence gratuite... à l'opposé de leur commanditaire.

Graphiquement, c'est un grand bonheur de retrouver le trait incroyablement dynamique de Baru, ce virtuose des scènes de bastons et d'accidents de bagnoles. Baru n'a aussi rien perdu de ce style, absolument inimitable, qui tord les corps et déforme les faciès des personnages en plein effort. Un joli bandeau « Grand Prix de la Ville d'Angoulême » orne cet album, au cas où le lecteur distrait ait oublié. Moi je vous le dis : Baru est grand. Tout court.


Dans les rééditions qui n'ont pas manqué dans la foulée de ce Grand Prix, ne manquez surtout pas celle, parue chez Dupuis, de l'Enragé, une intégrale regroupant les deux tomes, toujours dans la collection Aire Libre, et qui relate l'ascension et la chute d'un jeune boxeur, depuis sa banlieue jusqu'au tribunal. Un chef d'oeuvre d'humanité.
Et si vous voulez entendre Baru parler de lui et de son oeuvre, écoutez donc ce grand timide se confier à Rebecca Manzoni dans sa toujours chouette et intelligente émission « Eclectique », sur France Inter. C'était le 9 janvier dernier, mais c'est encore dans les archives de la station, alors profitez-en !

Fais péter les basses, Bruno !
Scénario et dessin Baru
Futuropolis, 2010 - 128 p. couleur - 20 €

L'Enragé
Scénario et dessin Baru
Dupuis, 2010 - 136 p. couleur - 24 €

mardi 25 janvier 2011

[Chronique] Héritages ou les sorcières du Bordelais

Nina est jeune, Nina est belle : elle semble bien partie dans la vie, d'autant qu'elle a un petit ami charmant, Nils, attentionné et aimant. Invités tous les deux à une soirée chez Chloé, une amie d'enfance de Nina, ils finissent par quitter les lieux, ayant fini par épuiser leur dose d'ennui. Sur le chemin du retour, la voiture conduite par Nils en percute une autre et le jeune homme est éjecté, grièvement blessé. Nina a un geste étrange : elle ôte ses gants et appose ses mains sur le visage de son amoureux. Elle a en fait un pouvoir de guérisseuse, mais elle ne pourra empêcher le jeune homme de succomber. Encore sous le choc, elle culpabilise, et se réfugie dans la solitude, refusant longtemps le soutien de son amie Chloé. Mais bientôt, Nina comprend que l'accident de voiture n'en n'était pas vraiment un...
Album à la croisée des genres, on ne saurait dire si cet "Héritages" est un polar sur fond fantastique ou l'inverse. En fait, peu importe, car on est vite happé par le récit de Bénédicte Gourdon, qui rappelle parfois l'esprit de la série TV « Carnivale » (pour le côté guérisseur de l'affaire) et qui fait la part belle aux personnages féminins, que ce soit par le duo principal, ou les figures de Marcelline et Marguerite, les grand-mères initiatrices. On est aussi très vite conquis par le dessin de Stéphanie Hans, superbe, qui met en couleur elle-même ses planches et mêle différentes techniques sans s'emmêler les pinceaux. Un tour sur son blog Graine de pluie vous permettra de mesurer l'ampleur de son talent d'illustratrice, qui s'exprime jusque chez... Marvel, pour qui elle a réalisé de somptueuses couvertures ! En attendant, lisez cet "Héritages," qui permet aussi d'errer dans un Bordeaux nimbé d'un certain mystère, même si la ville est hélas un peu trop en filigrane.
Ce one-shot est apparemment le premier titre d'une série de « récits indépendants pour des destinées de femmes... singulières ». Des sorcières, donc, pour cette première.
Additif correctionnel du samedi 12 février : en fait la collection s'appelait "Sorcières", mais elle n'existe déjà plus. Bon. Comme ça, je m'embrouillerai plus.
Héritages
Sénario de Bénédicte Gourdon et dessin et couleurs de Stéphanie Hans
Dupuis, 2010 – 56 p. couleur - 13,50 €

dimanche 9 janvier 2011

Palmarès Bédépolar 2010 : mes 10 chouchous de l'année

Bon, janvier c'est le mois des voeux... et d'Angoulême avec son palmarès toujours commenté et attendu. Enfin, je crois...
D'après le non moins attendu et commenté rapport de l'ACBD (que vous pouvez découvrir ici dans son intégralité , le rapport, pas l'ACBD, hein, et au fait, c'est quoi l'ACBB ? Et bien, avec le même clic vous saurez..), pas moins de 3811 nouveautés sont sorties en 2010, dont 241 "thrillers et autres polars". On imagine la lutte sans merci pour sortir du lot...
Et parmi tous ceux
que j'ai pu lire, j'ai évidemment mes 10 préférés, dont je vous livre ici la liste, dans l'ordre - ça c'est mon côté supporter-qui-suit-le-classement-de-son-équipe - étant entendu que ces albums valent absolument tous d'entrer dans la la bibliothèque idéale de l'amateur de polars en cases.

Allez zou ! Pour (re)lire mes chroniques sur ces albums, cliquez sur leur titre :



Grandville
Texte et dessins Bryan Talbot
Milady, 2010. -124 pages couleur - 15,90 €




Incognito 1 - Projet Overkill
Scénario Ed Brubaker et dessin
Sean Phillips
Delcourt, 2010 – 14,95 €






Parker : Le Chasseur
Texte et dessins de Darwin Cooke,
d'après Richard Stark.
Traduction de T
onino Benacquista
Dargaud, 2010 - 140 pages en bichromie, 19 €



Braquages et bras cassés
Scénari
o Benjamin Fischer et dessin Georges Van Linthout
La Boite à bulles, 2010 – 112 p. noir et blanc
Collection Contre-jour – 17 €




Snuff 1 – La Mélodie du bonheur
Scénario Philippe Nihoul et dessin Xavier Lemmens
Delcourt, 2010 – 48 p. co
ul. - Collection Machination – 12,90 €


Hélas
Hervé Bourhis (scénario), Rudy Spiessert (dessin)

Dupuis, 2010
72 p. couleur - Coll. "Aire libre" - 15 €




Tueuse
Scénario et dessins Damien May, d'après Annie Barrière
Des Ronds dans l'O, 2010 - 15,50 €

Les Enquêtes d'Andrew Barrymore 1 - Old Creek town
Scénario Nicolas Delestret et dessin Roderic Valambois
Dargaud, 2010 - 48 p. couleur - 11,95 €



La mort n'est pas une excuse

Scénario et dessins Nicolas MOOG
Six pieds sous terre, 2010 -48 p. noir et blanc – 10 €



Bloody september

Texte, dessin et couleurs Will Argunas
KSTR, 2010. - 137 p. couleurs – 16 €



Et voilà mes dix. Et les vôtres ?

dimanche 2 janvier 2011

Encore 363 jours !


Vous qui avez rodé dans ces pages en 2010 :
MERCI !


J'espère vous retrouver cette année pour un BEDEPOLAR un peu plus régulier, un peu plus découvreur, un peu plus patrimonial, un peu plus rigolo, un peu plus... vous verrez bien, ami(e)s bédéphiles !

En attendant, rendez-vous le week-end prochain pour mes 10 albums préférés de feu 2010.

Et comme on dit ici : Bloavezh Mat !

dimanche 19 décembre 2010

Pour vos cadeaux, part tou : spécial Comics !

Damned ! Le 25 décembre, etc...
Comme promis, la suite de mes suggestions pour vos cadeaux, avec aujourd'hui un petit tour du côté des crime comics, qui recèlent de vrais trésors.

En première ligne, les éditions Delcourt qui suivent au plus près les sorties de la géniale série Criminal de Brubaker et Philips. Dans le dernier tome paru, « Pauvres pêcheurs » on retrouve le personnage de Tracy, apparu dans le tome 2. Le voici devenu homme de main pour le compte d'une véritable ordure, et il n'est pas tout à fait sûr d'être fait pour cela. Une fois de plus, scénario nickel et dessin non moins parfait pour ce qui est, de loin, le meilleur « crime comic » du moment.

Bon, évidemment, le titre pourrait être disputé par le Tony Chu de Layman et Guillory, qui ont eu la bonne idée d'inventer un personnage de détective-cannibale. Ou pour être plus précis : de flic cibopathe. C'est à dire que l'inspecteur Chu (Chew, en vo) est capable de retracer l'origine d'absolument tout ce qu'il ingurgite. Il lui suffit d'ouvrir la bouche... et de voir l'abattoir d'où provient le bovidé qui est à l'état de steack dans son assiette, l'arbre et les pesticides qui ont été utilisé sur l'excellente pomme qu'il goûte... C'est tellement pénible qu'il préfère en rester aux betteraves, seul aliment qui lui laisse les neurones en paix. Mais un type pareil, c'est du pain béni pour les autorités, et l'inspecteur Chu est vite invité à goûter des bouts de cadavres, plus ou moins frais, histoire de voir ce qu'ils « racontent »... Ce scénario bien barré se lit avec délectation et s'admire pour les cases très cartoonesques de Guillory. A offrir à vos amis végétariens.

A offrir à vos amis qui rêvent de mettre le pays à feu et à sang parce qu'ils n'en peuvent plus : The last days of american crime, une trilogie apocalyptique dont les deux premiers tomes ont été traduits cet été par Emmanuel Proust. L'histoire ? Aux Etats-Unis, le gouvernement a trouvé la parade définitive à tout acte de délinquance : un signal agissant directement sur le cerveau et annihilant toute volonté d'action hors-la-loi va être émis dans les quinze jours. C'était un secret, of course, mais le Washington Post l'a dévoilé, provoquant l'anarchie dans le pays. Et c'est pendant ces quinze jours que Graham Bricke va tenter le casse qui va lui assurer sa retraite. Avec quelques comparses, mais est-on jamais sûr de ses partenaires dans le crime, surtout dans un pareil contexte ? La réponse est dans ce comics au dessin époustouflant de Greg Tocchini, (également encreur et coloriste, rare pour les américains) dont le talent est tel que Rick Remember, le scénariste l'avoue sans détour : « ce qu'il a accompli est absolument incroyable. Le livre vaut la peine d'être acheté, même uniquement pour le dessin ». Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire.

Mais dans le genre l'apocalypse est au coin de la rue, le roi demeure sans conteste l'indestructible Judge Dredd dont Soleil a sorti un recueil de dix histoires courtes signées Grant et Wagner, sur des dessins de Bisley pour huit des récits. Cela s'appelle « Heavy metal Dredd » et c'est comme d'habitude un rien brindezingue : de la présentation de Dredd et Megacity One en chanson, à la Course aux Poules Mouillées, en passant l'épisode narrant la fouille corporelle, un peu spéciale, du magicien « le Grand Arsoli », ce sont des tranches de vie ordinaires de la cité de la violence qui se déroulent sous nos yeux amusés. Amusés, car c'est bien le second degré (et le troisième, le quatrième..) qui sont la marque de fabrique de cette grandissime série culte et, grokk !, ça fait du bien de retrouver l'inflexible Juge et sa sale gueule. Et n'oubliez pas : il EST la loi... A qui offrir un truc pareil ? Ben, à votre petite amie étudiante en droit...

Et pour finir, toujours chez Soleil, et même si on sort un peu des « crime comics », tout amateur de BD américaine doit avoir au pied du sapin " Stan Lee présente l'art de la BD", bible auto-proclamée où le pape des super-héros dévoile tous les secrets pour devenir le dessinateur star de demain. Bon, tout le monde n'est pas un Jack Kirby en puissance, et je doute que Neal Adams ait compulsé ce genre de livre pour apprendre le métier, mais ce « Stan Lee présente... » est vraiment un bel objet, richement illustré (encore heureux me direz-vous) et après une courte mais bienvenue histoire du genre aux Etats-Unis, il présente vraiment tous les aspects du métier, du matériel de base aux techniques élémentaires. Tiens, par exemple, la perspective. Très important la perspective, dans la BD : ne vous êtes-vous jamais dit que telle case était curieuse, ou mal foutue ? Souvent c'est une question de perspective, mal maîtrisée. En quelques pages et exemples clairs, hop, Stan vous remet les idées en place, et bientôt, vous saurez tout. Et vous relirez peut-être vos comics – et vos bonnes vieilles BD franco-belge – d'un autre oeil.
Un très beau livre, en grand format, à offrir à n'importe quel amoureux de la bande dessinée (et des super-héros encore plus).

Criminal 5 : Pauvres pêcheurs
Scénario Ed Brubaker et dessin Sean Phillips
Delcourt, 2010 – 14,95 €

Tony Chu, tome 1 : Goût décès
Scénario de John Layman et dessin de Rob Guillory
Delcourt, 2010 – 14,95 €

The last days of american crime, tomes 1 et 2
Scénario Rick Remember et dessin Greg Tocchini
EP, 2010 - 60 pages couleurs - 14,95 € chaque

Heavy Metal Dredd
Scénario Alan Grant et John Wagner et dessins Simon Bisley
Soleil, 2010 – 63 pages couleurs – (US Comics) - 12,90 €

Stan Lee présente l'art de la BD
Soleil, 2010 – 224 pages couleurs – 30 €

dimanche 12 décembre 2010

Pour vos cadeaux... Part ouane

Enfer ! Le 25 décembre approche à la vitesse d'une balle perdue et vous ne savez pas encore quoi offrir à cet oncle un peu bizarre que vous ne voyez qu'une fois l'an. Ou à votre copine qui ne lit que des romans de Marc Lévy. Ou à votre copine qui ne lit que des essais de Michel Onfray. Ou à vos parents qui aimaient bien Tif et Tondu, dans leur folle jeunesse. Ou à votre neveu qui ne jure que par les mangas.
Et vous vous dites qu'une BD serait du plus bel effet au pied du sapin. Oui, mais laquelle ?
Vous pouvez compter sur les éditeurs pour sortir de belles intégrales à cette période de l'année. En voici quelques-unes, 100 % polar, qui pourraient vous valoir autre chose qu'un merci poli au moment du déballage annuel (de cadeaux)... Aujourd'hui : Dargaud et Dupuis.

Chez Dargaud, Berceuse assassine, de Tome et Ralph, est devenu au fil du temps un véritable classique du polar urbain. C'est déjà la troisième version de l'intégrale et comme le site de l'éditeur le dit : « On envie ceux qui vont découvrir ce scénario pour la première fois : une histoire à trois voix, chaque tome de ce triptyque ayant un narrateur différent. Un polar extrêmement intelligent, des personnages noirs, très noirs, détruits par la vie et la ville, un dessin incroyable ». Et bien je vais vous dire à mon tour : tout cela est exact, et ce triptyque est un véritable choc ! En plus, il reparaît cette fois en grand format (35 cm de haut sur 27 de large) et les planches s'en trouvent magnifiées.

C'est aussi sous ce même format que vous pourrez (re)lire Jazz Maynard, la formidable « trilogie barcelonaise » des espagnols Raule et Roger, dont je vous avais déjà dit le plus grand bien (lire mes chroniques des trois tomes au moment de leur sortie) Dargaud a opté pour une version en noir et blanc, et cette fois c'est le formidable dessin de Roger qui est mis en valeur.

Chez Dupuis, vous pouvez bien entendu vous précipiter sur les intégrales de Tif et Tondu et Gil Jourdan, dont le tome 4 est paru en novembre, avec toujours des dossiers d'introduction aussi riches en images inédites et érudits. C'est dans cette collection « Patrimoine » que sont aussi ressorties les aventures de Théodore Poussin de Franck Le Gall, certainement la bande dessinée d'aventures « tout public » la plus intelligente, et la plus captivante, qu'il m'ait été donnée de lire. Bon, d'accord, il faut être un adepte de la ligne claire pour pouvoir apprécier l'histoire du jeune Poussin, rêvant d'horizons maritimes lointains, et qui va se retrouver, un peu malgré lui, pris dans un tourbillon d'événements. Mais quel souffle ! Le Gall embarque complètement le lecteur dès le premier tome et fera vivre à son héros des épisodes d'une intensité dramatique et humaine rarement atteinte dans les pages de Spirou. Si vous êtes passés à côté de cette excellente série au moment de sa sortie (qui remonte aux années 80) c'est le moment de vous y plonger (avant de l'offrir, of course) . Le premier volume reprend les 4 premiers des 12 tomes et pour le premier ("Capitaine Steen") et une partie du second ("Le Mangeur d'archipels") les couleurs ont été refaites. Du travail d'orfèvre !

Autre fleuron de la collection, l'intégrale de Green Manor porte bien son sous-titre : « 16 charmantes historiettes criminelles ». Vehlmann a imaginé pour cette exquise série, et pour son dessinateur Bodart, 16 histoires que les membres les plus honorables du très sélect Green Manor's club se racontent, la voix pleine de frissons. De crimes impossibles en vengeances parfaites, de machinations perverses en énigmes insolubles, c'est un véritable voyage au coeur d'une Angleterre victorienne rouge sang auquel le lecteur est convié. Le tout avec ce légendaire flegme britannique, comme le suggère l'unique phrase du dos du livre : « Le meurtre n'est rien sans un peu d'élégance ». Elégante et classieuse, cette édition l'est en tout point de vue : au format roman, elle affecte l'allure d'un fac-similé relié cuir, allant jusqu'à reproduire la patine du temps. Et pour relier l'ensemble de leurs petits contes noirs, les auteurs ont imaginé un prologue et un épisode tout à fait approprié. Et Dupuis a ajouté un cahier graphique de 24 pages (crayonnés de personnages, planches à divers stade de travail) pour clore le tout : franchement, encore un cadeau somptueux !

Et pour finir, une autre facette du très grand talent de Fabien Vehlmann : la réédition du 1er cycle de Seuls, ce thriller fantastique dessiné par Bruno Gazzotti, qui a marqué les esprits dès la parution de « La disparition » en 2006. Au cas où vous soyez passé à côté, le tout début de l'histoire : cinq enfants, âgés de 5 à 12 ans, se réveillent un matin dans une ville complètement désertée par les adultes. Livrés à eux-mêmes, ces enfants vont devoir apprendre à vivre sans ces adultes, et, tout en essayant de comprendre les raisons de leur soudaine solitude, faire face aux dangers d'une grande ville, où ils vont découvrir, au fil des albums, que d'autres enfants sont dans leur situation.
L'intégrale regroupe les cinq albums d'un premier cycle d'une série qui a d'ores et déjà marqué la bande dessinée « tout public ». Un petit tour sur le site dédié vous donnera une petite idée de la chose, au cas où vous n'ayez vraiment jamais entendu parler de « Seuls »...

DARGAUD
Berceuse assassine - 168 pages couleur, 35 €
Jazz Maynard – 152 pages, 29 €

DUPUIS
Gil Jourdan – 4 tomes - 240 pages couleur, 24 € chaque
Tif et Tondu – 8 tomes - 156 pages couleurs, 24 € chaque
Théodore Poussin – 1 tome –240 pages couleur, 24 €
Green Manor – 1 tome – 160 pages couleur, 35 €
Seuls – 1 tome – 264 pages couleur, 30 €