Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
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Bonne balade dans le noir !

lundi 22 novembre 2021

 [Trois pour le prix d’un] - Prix Clouzot de la BD polar (A Fake story) , Trophée 813 BD (New York Cannibals) et Prix Mor Vran (Un travail comme un autre) : trois albums « littéraires »... et américains

 

C’était récemment la saison des prix littéraires, et il en a plu sur les romans et essais à tous les coins de rue. Les bandes dessinées ne sont pas en reste, et trois distinctions ont été décernés pas plus tard qu’il n’y pas très longtemps. Pour trois albums se déroulant tous au pays de l'Oncle Sam. 

Le premier de ces prix a  été attribué  il y a quelques jours à Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx pour A fake Story, d’après le roman de Douglas Burrough (Futuropolis), qui remporte le Prix Clouzot de la BD polar du festival Regard Noirs de Niort. Choix osé car pour ce prix consacrée à une adaptation d’un roman noir ou policier, le jury a choisi de récompenser une bd dont l’auteur du roman reste, voyons, mystérieux. Mais l’histoire n’en demeure pas moins passionnante : à la suite du reportage sur la fausse invasion martienne racontée «en direct » par Orson Welles en octobre 1938, un homme tire sur sa famille avant de se suicider. Un journaliste, Douglas Burroughs, vient enquêter sur cette tragédie. Et c’est une vertigineuse mise en abyme que racontent avec talent Galandon et Pendanx, et qui entre parfaitement en résonance avec notre époque actuelle…

 

Pas d’adaptation pour le Trophée 813 de la BD 2021, décerné lui fin septembre, mais un romancier du noir chevronné au scénario : Jerome Charyn, vainqueur avec François Boucq du trophée pour leur New-York cannibals (Le Lombard). Charyn et Boucq œuvrent ensemble depuis de trente cinq ans, et régulièrement se retrouvent pour des albums empruntant à leurs univers respectifs, avec, depuis « Bouche du diable » (1990), une exploration du genre polar plutôt du côté espionnage ambiance goulag. Mais c’est aussi la cité chère au romancier qu’est New York qui est au coeur de leur deux derniers albums, et on retrouve dans « New York cannibals » les personnages principaux de « Little Tulip.», 20 ans plus tard. Tatouage, culturisme, trafic de sang, désir d’enfants… sont autant de thèmes au coeur de cet album dense où se croisent une incroyable galerie de personnages, tous aussi charynesques que boucquiens. 


Enfin, c’est début septembre qu’a été remis à Alex W. Inker le Prix Mor Vran de la BD 2021 du festival du Goéland Masqué de Penmar’ch (Finistère) , pour  Un travail comme un autre  (Sarbacane). Encore une adaptation, mais de pas de mystère sur l’autrice cette fois, puisqu’il s’agit de Virginia Reeves, dont c’était le premier roman. L’histoire ? Allez, pour une fois, reprenons le résumé de l’éditeur : Alabama, 1920, Roscoe T Martin est fasciné par cette force plus vaste que tout qui se propage avec le nouveau siècle : l’électricité. Il s’y consacre, en fait son métier. Un travail auquel il doit pourtant renoncer lorsque Marie, sa femme, hérite de l’exploitation familiale. Année après année, la terre les trahit.Pour éviter la faillite, Roscoe a soudain l’idée de détourner une ligne électrique de l’Alabama Power. L’escroquerie fonctionne à merveille, jusqu’au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie »

Alex Inker nous replonge donc dans cette Amérique de Caldwell et Steinbeck, et comme il le confie au site ligne claire.info, ce qu’il voulait surtout tirer du roman « c’était avant tout l’histoire d’amour de Roscoe et Mary » (interview complète ici). Mais cela reste aussi un album vraiment noir et tragique, qui là aussi, fait écho à ce que nous vivons ici et maintenant, en 2021

A fake story

Scénario Laurent Galandon et dessin Jean-Denis Pendanx d’après le roman de Douglas BurroughsF uturopolis, 96 pages couleur – 17 € - Paru le 13 janvier 2021

New York Cannibals 

Scénario Jerome Charyn et dessin François Boucq -Le Lombard, 141 pages couleur –24,50 €- Paru le 11 septembre 2020

Un travail comme un autre

Scénario et dessin Alex W. Inker d’après le roman de Virginia Reeves Sarbacane 173 pages couleur – 26 € - Paru le 27 mai 2020

dimanche 29 août 2021

[Rétro été] - Les Misérables, par Salch (Glénat) et une vie d’huissier par Dav Guedin (Actes Sud BD)

 Misère, misère ! C'est toujours sur les pauvres gens, que tu t'acharnes obstinément... Coluche avait raison et Victor Hugo avant lui . Deux albums brillants, aux tonalités bien différentes, viennent nous rappeler combien est l’Homme est un animal. Fragile...

Bon, le quignon de pain de Jean Valjean, le bagne qui s’ensuivit, l’errance à la sortie, l’acharnement de l’inspecteur Javert, le sauvetage de Cosette des griffes des odieux Thénardier, etc… tout le monde connaît l’histoire des Misérables, quoique… Si vous n’avez pas lu ce classique de notre Littérature Nationale Populaire (ouais, avec des majuscules), un bonne vieille adaptation en bande dessinée peut faire l’affaire, surtout à la manière iconoclaste mais respectueuse de l’esprit hugolien, d’Erich Salch. Mais attention les yeux (et les oreilles) : sa version à lui lorgne toutefois plus du côté du Professeur Choron que de l’Académicien Victor. D’ailleurs, Victor, c’est le prénom du rat qui se présente comme narrateur de cette histoire intemporelle, dès la première page, et c’est parti pour près de deux cents pages pleine de rage, de fureur et … d’humour noir ! Graphiquement, on est en plein dans la famille Reiser – Vuillemin – Crumb – Schlingo , et si la trame narrative est fidèle à l’originale, elle est transposée à notre 21ème siècle pourri à nous, surtout dans ses dernières pages, où on s’attend presque à voir surgir Didier Raoult. Tout ça fonctionne à merveille et voilà un album mémorable de cette année 2021.

Le quotidien parfois misérable des gens est également au coeur de l’album Une vie d’huissier mais cette fois… tout est vrai puisqu’il s’agit de l’histoire authentique de Gilbert, cousin du père du dessinateur. Dav Guedin apprend un jour le décès de ce lointain membre de la famille, et découvre qu’il a laissé une trace manuscrite de sa vie entière, depuis l’enfance normande et rurale, jusqu’à ses derniers jours de cancéreux, en passant par ses années à exercer, donc, le métier d’huissier dans les années 80-90. Le récit alterne les séquences familiales et personnelles, moments intimistes forts, avec les interventions du « trio infernal »  serrurier, commissaire de police et huissier de justice, chez les débiteurs. Ce sont les passages les plus saisissants et les plus poignants de cet album, ceux où l’humanité, la rage de vivre, celle d’en finir aussi, transpirent dans chaque planche. Le dessin en noir et blanc de Dav Guedin est d’un réalisme fort, dans la veine d’un Di Marco, en particulier dans ses gros plans, et particulièrement expressif, et inventif dans la composition des planches. Et il réussit aussi à rendre un très bel hommage à un homme qui exerçait une profession marqué chaque jour un peu plus par ce métier très difficile. Une vraie découverte et un autre album majeur de cette année.


Les Misérables - Scénario et dessin Eric Salch, d’après Victor ***
Glénat, 2021 - 192 pages couleurs –29 €

Une vie d’huissier - Scénario et dessin Dav Guedin ****
Actes Sud BD - 112 pages noir et blanc – 19,90 €

  [Chronique précédemment parue chez les excellents amis de la Tête en Noir, dans le numéro 211 pour être précis]

samedi 31 juillet 2021

[Rétro été] - Octofight, trilogie punchy de Nicolas Juncker et Chico Pacheco ( Glénat / Treize Etrange) ****

 


Notre futur plus ou moins proche n’en finit plus d’inspirer – avec bonheur le plus souvent – les fictionneurs du roman, du cinéma et de la bande dessinée. Uchronie, utopie, dystopie… des mondes à venir qui font souvent froid dans le dos. La France de 2056 de Juncker et Pacheco n’échappe pas à la règle, à une exception près : on va tout droit vers un monde sinistre, mais le sourire – édenté -aux lèvres…

 Bienvenue au pays de l’euthanasie civique ! Les gouvernants français des années 2050 ont trouvé la parade au vieillissement : l’élimination pure et simple des plus de 80 ans en fin de droits. Une idée qui a fait son chemin petit à petit dans les esprits, après avoir germé dans le crâne de jeunes esprits bien déterminés à rendre la France plus vivable. Petits extraits de leur apéro qui va tout déclencher :

« - Prudence, les vieux c’est un sujet sensible ! On a tous des parents et des grands-parents et on va tous devenir vieux un jour. Donc : grosse empathie du public, pas comme les fonctionnaires ou les chômeurs...

- De toutes façons, on a pas le choix. Sinon, les extrême-gaullistes vont encore monopoliser le débat.

- Oui. La question n’est plus « pourquoi ». Mais « quand » ?

- Je peux envoyer deux-trois sondes… Les gens en ont marre de croiser des vieux partout qui coûtent une fortune, et qui ne rapportent rien...Et on a les économistes avec nous.

- Il faut déjà lancer le pavé dans la mare. Attendre la fin des éclaboussures . Que ça se calme. Puis revenir dessus en recadrant ça dans un débat gaulliste, avec un ou deux faits divers pour marquer le coup. Rendre le truc acceptable en comparant avec d’autres pays. . Qu’on fasse trois-quatre lois à mi-chemin, forcément inefficaces. Que le public accepte l’obligation d’aller plus loin. Le tintouin habituel, quoi. Je dirais dix/douze ans... »

Et bim ! Deux quinquenats plus loin, on est en plein dedans, et terminés, les vieux improductifs… Le héros de cette aventure, Stéphane Le Goadec, octogénaire qui a l’outrecuidance de fumer en cachette, et de se faire gauler pour contrôle positif à la nicotine, se voit contraint de fuir pour échapper à la convocation au commissariat, synonyme d’euthanasie volontaire. Le voici donc, avec sa femme Nadège, 82 ans comme lui, en route pour le territoire des Néo-Ruraux, après un passage chez Nicolas, un ancien crypto-gaulliste… Mais arrivés sur les terres de Raylmond, il n’a qu’un seul moyen pour évchapper au suicide programmé : le combat à mains pas vraiment nues contre des adversaires tout aussi ridés que lui. Et Stéphane va devenir un champion, gravir les échelons de l’Octofight, et provoquer des remous jusqu’à l’Elysée du président Mohamed Maréchal-Le Pen…

Ce scénario de Nicolas Juncker fonctionne parfaitement, et son monde, peuplé de «personnes à jeunesse réduite, du chômage illégal, d’Extrême-Centre »… et où tout est devenu Gaulliste, même votre machine à laver, est celui d’un observateur attentif de la vie politique actuelle, qui lui sert de formidable terrain de jeux. Chico Pacheco, son acolyte au dessin s’en donne à coeur joie dans un style à la croisée des comics et des mangas d’action (les combats clandestins sont époustouflants!) mais c’est bien la dimension politico-satirique qui fait tout le sel d’Octofight, et impose au lecteur et à la lectrice de se poser la question : mais comment faire pour éviter d’en arriver là ? Ces trois tomes nerveux et hilarants nous invitent aussi à nous poser la question…. 

Octofight - Scénario Nicolas Juncker et dessin Chico Pacheco - Glénat / Treize Etrange, 2020 ****

1 – Ô vieillesse ennemie

2- De rides et de fureur

3 – Euthanasiez les tous !

128 pages noir et blanc et 12,90 € chaque. 

Et vivement l’intégrale ! 

  [Chronique précédemment parue chez les excellents amis de la Tête en Noir, dans le numéro 210 pour être précis]

jeudi 8 juillet 2021

|Rétro été] - Dans mon village on mangeait des chats, par Pelaez et Porcel (Bamboo – Grand Angle)

 

Que se passe-t-il quand on est gamin et au courant des petits traficotages du maire de village ? On risque d’y laisser sa peau, surtout quand le maire en question est le boucher local, au propre comme au figuré. Mais quand on est gamin, on peut aussi être un petit dur qui sait encaisser les coups

Et c’est bien le cas du jeune Jacques : voilà un minot qui n’a pas froid aux yeux, et qui ne craint pas non plus les beignes de son père, routier violent et absent. Non seulement il ne les sent pas, les coups, grâce à son analgésie congénitale (« Anagésie congénitale ça s’appelle, même si avec le mot congénitale ça fait un peu taré ») mais il les affronte, pour pouvoir protéger sa petite sœur adoré de ce père indigne. Alors, quand tous les deux découvrent que « Charon la charogne », boucher-maire de la commune capture des chats dans la forêt pour son paté de foie qui s’arrache à prix d’or (parce que la recette est secrète et ancienne…), l’aîné n’hésite pas à venir narguer le commerçant, voire à le menacer. Cela finira mal, pour le boucher, et par ricochet, pour Jacques qui en plus de la mort du boucher, provoque celle de son père. Début d’un séjour en institution, où le destin de Jacques va prendre une autre trajectoire…

Il est assez rare, osons le dire, d’être happé autant par une histoire (en bande dessinée entendons-nous) que par son style, sa langue. Les mots de Philippe Pelaez sonnent vraiment justes dans la bouche de Jacques, et font sa personnalité, gouailleuse et dure à la fois, autant que le trait de Porcel le dessinateur. Ainsi pour décrire la capacité d’adaptation à son environnement du jeune Jacques, voici ses pensées « Mettez-moi avec les esquimaux, et je suis sûr qu’au bout de quelques semaines, je pourrai parler leur langue et chasser le phoque en pissant des glaçons ». Un peu pllus loin, quand Jacques et ses trois potes d’institution se retrouvent dans une entreprise de soudure mais vont commencer à avoir d’autres activités : « Et après avoir soudé, nous avons commencé à dessouder ». Et c’est tout un parcours dans la pègre, qui est décrit, dans un récit un peu à la Henry Hill des Affranchis de Martin Scorcese. Pelaez avoue aimer cette technique du « narrateur homodiégétique , qui est le héros de son propre récit et interpelle le lecteur constamment » … et force est de constater qu’elle fait mouche dans cet album aussi touchant que sombre.

L’intrigue se déroule dans les années 70 et c’est aussi un regard rétrospectif sur les ISES, les Institutions spécialisées d’éducation surveillée, crées dans les années 50 pour des jeunes délinquants jugés inéducables, des établissements basés plus sur le suivi psychologique individuel et que sur la matraque de gardien…

Le passage de Jacques en ISES ne l’empêchera de poursuivre sa trajectoire de futur caïd du Milieu, jusqu’à la chute finale. Rien de nouveau, dans ce fil rouge , mais Dans mon village on mangeait des chats dégage une puissance et une humanité absentes de bien des albums sur les mêmes sujets.

[Chronique précédemment parue chez les excellents amis de la Tête en Noir, dans le numéro 205 pour être précis]

Dans mon village, on mangeait des chats ****

Scénario de Philippe Pelaez et dessin de Porcel - Bamboo (Grand Angle)

56 pages couleurs -16,90 € - Parution juin 2020

dimanche 28 février 2021

[Maintien du désordre] –Les Dentus arrivent ! (Anthony Pascal et La Mouche-Krokodile)

 

Alors voilà : c’est une journée apparemment comme les autres pour Raoul, voire même mieux, puisqu’il se sent merveilleusement optimiste, et que rien de particulier ne vient obscurcir son horizon. Quel bonheur pour ce flic d’élite, à la tête du quatuor de chocs qu’il forme avec ses collègues Saturne, Mercure et Jupiter, des policiers tout aussi émérites que lui-même. Pourtant quand il va arriver au commissariat, rue des Tartelettes (en deuil), tout va partir en cacahuète et contrarier cette splendide matinée : son supérieur lui annonce qu’un dénommé Portal a avoué le crime pour lequel il était en garde-à-vue, bonne nouvelle, mais le problème est que l’équipe de Raoul a exactement la même chose à lui annoncer. Un dénommé autrement – Monclar – vient également de passer aux aveux, pour le même crime. Splendide ! Mais c’est tout de même un souci pour Raoul ces deux meurtriers pour un seul assassinat. Et comme il le dit lui-même à ses troupes « Il nous faut décider quel coupable doit être le seul et l’unique ». Et plutôt que de se fier à la méthode de Jupiter (« Pile : Monclar. Face : Portal »), voici les Dentus à nouveau sur la brèche et partis pour une contre-enquête qui s’annonce périlleuse, mais dont l’issue ne fait aucun doute : la vérité va triompher. Ou pas...

Ah que ça fait du bien de voir de nouveaux venus dans la galerie des enquêteurs branquignols ! On avait Jack Palmer (Pétillon), et plus récemment le gigantissime Scott Leblanc (Geluck et Devig) ou encore l’Inspecteur MC Cullehan (Schilling), il va désormais falloir compter avec cette belle brochette finaude imaginée par Anthony Pascal, à qui on peut visiblement faire confiance dans le registre du loufoque et du parfois bien débile (comme j’aime, et ouais). Rien que la page de garde (il faut TOUJOURS s’attarder sur les pages de garde) met au parfum. Celle-ci est une merveille du genre. Voyez plutôt :


Après cet avertissement discret mais imparable, on n’a qu’une envie : voir si ces quatre lascars sont vraiment aussi doués que leur portrait en creux le laisse supposer. Ben on est pas déçu : ils sont vraiment nazes. Ils ne comprennent rien – enfin, surtout Raoul… - se perdent dans des fausses pistes et déductions hasardeuses, et au final déclenchent une catastrophe explosive. Et c’est extrêmement drôle ! D’abord, par cet art de réplique absurde, du jeu de mots subtil, de la rhétorique hilarante que maîtrise Anthony Pascal. Comme ici par exemple :


Et puis, graphiquement, même si son quatuor est un poil géométrique facièsement, parlant le style semi-réaliste de l’album fonctionne très bien, et c’est enlevé, avec toujours ces petits détails qui font mouche comme ces affichettes au cabinet médical ou à l’hôpital (« Pour être en bonne santé, soignez-vous » , « Le médecin n’y est pour RIEN »).

Alors, oui, si vous avez envie de vous dérider un brin, tout en lisant un vrai polar, car il y a tout de même un mystère à éclaircir derrière ces facéties policières, n’hésitez pas. Les Dentus font un peu penser à l’équipe imaginée par Sophie Hénaff dans «Poulets grillés » (série de romans chez Albin Michel), en moins doués tout de même. Sauf pour faire rire. Cette première enquête est aussi le premier album d’une nouvelle maison d’édition, La Mouche-Krokodile. Souhaitons-lui une longue vie ! Raoul et ses Dentus le méritent.


Les Dentus, meilleurs flics de France ****

1- De pire en pire

Scénario et dessin Anthony Pascal

La Mouche-Krokodile – 66 pages couleurs – Paru le 27 février 2021 –16 €




dimanche 14 février 2021

[Sciences naturelles] – Champignac, ou une jeunesse trépidante... par BéKa et Etien (Dupuis)

 

Tout le monde connaît ce bon vieux Pacôme, Hégésippe, Adélard, Ladislas, ci-devant Comte de Champignac, et fifdèle compagnon d’aventures de ces deux non moins bons Spirou et Fantasio. Au fil du temps, les amateurs d’inventions auront pu découvrir la joyeuse liste des trouvailles géniales de ce savant un brin cynoque. Des X1, qui donne une force herculéenne – et X2 qui vous file un coup de vieux de 70 ans en 60 minutes, (Il ya un sorcier à Champignac) au X5 inventé pour réduire à néant la jungle qui a envahi Champignac (Alerte aux Zorkons) en passant par le dézorglhommisateur (L’ombre du Z) ou l’Antivirax Panoramex (Virus), rien ne semble échapper au génie créatif de monsieur le Comte… Mais depuis quand cela dure-t-il, sac à papier ??? Le cerveau du jeune Pacôme était il déjà en ébullition, il y a, euh, longtemps ?

Mais bien sûr ! C’est en tout cas ce que nous confirment les deux aventures du déjà comte : Enigma et le Patient A.

Dans la première, le voici en 1940 en Angleterre, dans le petit village de Bletchley, aux côtés de l’équipe d’Alan Turing pour le décryptage de la célèbre machine de chiffrage Enigma, joyau des messages codés allemands. Un défi à la mesure des neurones du jeune savant, et des talents de la sémillante Blair McKenzie, « brillante linguiste championne de mots croisés « … Les voici tous deux désormais membres des services secrets britanniques, parés à entrer dans l’Histoire, et dans une relation amoureuse inattendue, mais néanmoins scientifiquement imparable car comme le déclare (au clair de lune) Pacôme à Blair : «  Je n’ose rien faire de peur d’infléchir l’accroissement de la fonction mathématique qui décrit mon bonheur ».

On retrouve le jeune couple fougueux un an plus tard, pour une mission autrement plus périlleuse : 

 

Disons le tout de suite : ces aventures de Champignac jeune sont excellentes ! Le ton est donné dès le premier tome, et BéKa (duo de scénaristes) trouve immédiatement la bonne formule : imaginer un comte de Champignac jeune, déjà un peu dans la lune, mais aussi fermement humaniste, et le plonger au coeur des méandres de l’Histoire, et de l’Amour, en la personne d’une fougueuse écossaise. Etincelles garanties ! Et bien entendu, tout en gardant une dimension scientifique aux aventures du tandem. Ces deux

premiers tomes sont drôles et dynamiques, et d’une superbe fluidité. Le dessin de David Etien ( Les Quatre de Baker Street) est parfait pour cette série, y compris lorsqu’il s’agit de mettre en scène des personnalités historiques tels que Churchill ou Hitler. 

 Les aventures de Spirou, sont depuis quelques années passées de mains en mains à un rythme parfois déroutant à suivre, et on pouvait se poser la question de l’arrivée, après celle de Zorglub, de ce Champignac dans la bagarre. Il faut en fait le voir comme une nouvelle pierre à l’édifice du monument, et osons-le, une véritable clé de voûte. Souhaitons donc voir le plus possible ce Pacôme moustachu à la crinière noire, et sa douce Blair…


  Et essayez donc de mettre la main sur les boites de pastilles distribuées clandestinement à la sortie des salles de spectacles, musées, bars et autres lieux essentiels : vous verrez, c'est très revigorant.

 


Champignac (Pacôme, Hégésippe, Adélard, Ladislas, Comte de)

Scénario Béka et dessin David Etien

1 – Enigma ****

Dupuis, 2019 – 64 pages couleurs – Paru le 4 janvier 2019 – 14,50 €

2 – Le Patient A ***

Dupuis, 2021 – 48 pages couleurs – Paru le 5 février 2021 – 14,50



dimanche 7 février 2021

[Trio de choc] – Atom Agency 2 : Petit Hanneton, par Yann et Schwartz (Dupuis)

 

Le tome 1 de l’Atom Agency  «  Les Bijoux de la Begum » avait vu la naissance d’une équipe d’enquêteurs composée du fringuant Atom Vercorian, fils d’un commissaire parigot-arménien, de sa sémillante assistante Mimi Pinçon, et de Joseph Villain, alias Jojo-La-Toupie, catcheur rangé des rings, mais toujours affûté sous ses costumes trois pièces.

Un trio de choc qui n’est évidemment pas sans en rappeler un autre, bien connu des amateurs de polar en général et des fans de Tillieux en particulier : Gil Jourdan / Queue-de-cerise / Libellule. Un hommage d’autant plus assumé que les enquêtes de l’Atom Agency se déroulent dans les années 50, et qu’on y retrouve la même ambiance que dans les albums de Tillieux… avec la patte Yann, et la ligne claire dynamique dOlivier Scwhartz.

 

Dans ce deuxième opus, Atom est chargé de retrouver Annette, alias Petit Hanneton, ambulancière intrépide de la 2ème DB, véritable héroïne de guerre, comme pourrait en témoigner le père dAtom… C’est d’ailleurs à lui que s’adresse d’abord un camarade de front pour la chasse au Petit Hannneton, mais le désormais commissaire est sur la piste de René la Canne, insaisissable ennemi public numéro 1 du moment. L’agence entre donc en piste, dans une histoire qui n’est pas du cinéma, même si deux Jean vedettes de l’époque sont de la partie : Gabin et Marais… Rien que ça ! Sans oublier la diaspora arménienne en pleine cérémonie de l’Agra Hadig du fils du cousin Chanouk Berberian d’Atom. C’est dire si le cocktail est corsé !

Et bien voici un épisode tout aussi mouvementé que le précédent, avec un petit côté glamour en plus, et un aspect « historique » plus prononcé puisque l’ancrage de l’intrigue trouve son origine à la fin de la seconde guerre mondiale. Cela donne un épisode légèrement moins polar que le précédent, mais tout aussi plaisant à suivre, avec notamment cette immersion dans les traditions arméniennes qui permettent aussi à Yann d’assouvir son goût immodéré et légendaire des bons mots. Quant à Schwartz, ce n’est vraiment pas lui faire offense que de voir en lui le digne héritier de Chaland, notamment lorsqu’il dessine ces grandes cases où se croisent des foules de personnages, et où l’oeil se perd avec délices dans les poses et attitudes de chacun d’entre eux. Et d'ailleurs pour prolonger le plaisir, faites donc un petit tour au Club des amis du dessinateur, vraiment sympa.

L’album s’arrête sur une promesse d’une enquête qui s’annonce plus compliquée pour la famille Vercorian, et où le paternel semble être plus intimement lié… Retour annoncé d’un récit plus sombre ?


 

Atom Agency   – Petit Hanneton ***

Scénario Yann et dessin Olivier Schwartz

Dupuis, 2020 – 56 pages couleurs – 15,95 €

 

Et aussi : Tome 1 - Les Millions de la Begum****

Dupuis, 2018 - 56 pages couleurs - 15,95 €

 

 

 

dimanche 29 novembre 2020

 [Festival Regards Noirs – Niort ] - Le quatrième Prix Clouzot de la BD polar adaptée à La Cage aux cons  de Robin Recht et Matthieu Angotti

 Après « Le temps des sauvages » de Goethal d’après Gunzig (Futuropolis),  Serena  de Panfolfo et Rijsberg d’après Rash (Sarbacane) et Tropique de la violence  de Henry d’après Appanah (Sarbacane) c’est l’adaptation du roman de Franz Bartelt Le jardin du bossu qui emporte le quatrième prix Clouzot du roman policier – ou noir – adapté. Le roman de Bartelt était assez piégeux pour celles et ceux que se seraient lancés dans une adaptation. Recht et Angotti ont pris le risque, et le résultat est à la hauteur de l’oeuvre originelle.

 

Et les auteurs ont commencé par changer le titre. Pour tromper l’ennemi ? Non… Pour mieux rester dans l’esprit du roman, où la figure du con est omniprésente, et apparaît d’entrée de jeu dès les premières pages du roman… et de La Cage aux cons , donc : « J’ai vraiment choisi le plus con ! », tels sont les mots de la première case – pleine page - de l’album.

Ce con-là en question n’est ni plus ni moins que le héros malgré lui de l’histoire, un pauvre type sans le sou que sa femme somme de ramener de l’argent à la maison sous peine d’être viré définitivement… Alors le con, fou amoureux, s’exécute et trouve vite un filon, au bar du coin : c’est dans ce rade local qu’un autre con, emporté par l’ivresse, se vante d’avoir plein de fric, et de n’avoir peur de personne, la preuve, tous ses billets sont bêtement amassés dans le tiroir du buffet de la cuisine. Un coup facile se dit notre héros en quête de fortune… Il n’ y a donc qu’à suivre le con vantard et s’introduire chez lui pendant son sommeil, et vérifier que la cuisine est bien la caverne d’Ali-Baba attendue. Et en effet, l’ouverture du tiroir recèle bien le butin promis. Le moment de grâce dure peu : le propriétaire des lieux apparaît, et il a l’air bien moins con qu’il n’en avait l’air dans le troquet. Et surtout, il tient un flingue au bout de son bras. Et voici qu’il propose un curieux deal à son cambrioleur : il garde l’argent, mais en échange, il va falloir nettoyer une pièce de la maison qui recèle une autre surprise… Un cadavre. A enterrer. Et puis après, prendre sa place et rester au service de l’homme au flingue « Ad libitum ». Notre héros penaud n’hésite pas une seconde : « Je ne discute jamais avec les types qui pensent en latin. Le latin c’est de droite ». Et le voici donc prisonnier de cette maison, pour une durée qu’il prévoit bien de raccourcir très vite…

Et arrêtons-là le résumé d’une histoire riche en rebondissements, pensées et dialogues savoureux. On retrouve tour à fait ce qui fait le sel du roman, cette langue barteltienne unique, que s’est appropriée Matthieu Angotti avec aisance, en particulier lorsqu’il s’agit du personnage principal et de son leitmotiv « Je suis basé sur l’idée de gauche ». Ces mots sont au service de la même galerie de personnages que dans le roman, jusqu’au surprenant dénouement final. Le dessin de Robin Recht, est lui très éloigné de ce lui de ses adaptations d’héroïc-fantasy (Conan, Elric) mais tout aussi efficace, au rythme unique de trois cases horizontales par planche, ponctuées de pleines pages au moment-clés de l’album. Cette cadence fait que cette cage aux cons se lit d’un trait, sans qu’à aucun moment on n’ait envie de lâcher prise. Et avec l’envie d’aller refaire un tour dans le Jardin du bossu de Bartelt.

Angotti et Recht seront présents au prochain festival Regards Noirs de Niort, du 25 au 28 février 2021. 

  

La Cage aux cons ****

Scénario Matthieu Angotti et dessin Robin Recht d’après le roman de Franz Bartelt (Folio)  

Delcourt, 152 pages noir et blanc – 18,95 € - Paru le 7 octobre 2020



dimanche 15 mars 2020

Une Aventure de Mystère et Boule de Gomme, par Le Gouëfflec et  Malma (Delcourt)


Boule de Gomme est un jeune homme plein d’avenir, surtout depuis qu’il a choisi de partir pour la grande ville, où la vie va s’ouvrir à lui, exaltante, trépidante, enthousiasmante, bref, toutes sortes de choses qui se terminent par ante. Enfin, ça c’est que raconte Boule de Gomme à sa chère maman pour ne pas qu’elle s’inquiète , parce qu’en fait, la nouvelle vie citadine du fiston est plutôt angoissante et désespérante… Jusqu’à ce qu’une petite annonce saute littéralement au visage de Boule de Gomme : on recherche un domestique discret et efficace. Mais qui est-donc ce « on » ? Notre futur majodorme va vite le découvrir et rencontrer son nouveau patron, le Baron Mystère, qui le reçoit dans un charmant hôtel, euh… particulier. Un homme qui cultive le secret et ne tolère pas la moindre intrusion dans sa vie privée. Et qui pour engager son majordome lui fait passer un test imparable : la préparation d’une matelote de lotte, une épreuve que Boule de Gomme passe avec succès. Le voici donc au service de son mystérieux châtelain, qui se retire régulièrement dans son immense bibliothèque, où il reçoit de temps à autre une non moins mystérieuse Miss Cornette. Voilà qui pique la curiosité du majordome qui va réussir à pénétrer dans la pièce interdite…


On connaît le talent d’Arnaud Le Gouëfflec pour les histoires originales basées sur des personnages et fait réels (J’aurais ta peau Dominique A, Le Chanteur sans nom, Lino et l’Oeil de verre...), et c’est du côté des premiers héros populaires qu’il lorgne cette fois, avec cet hommage non-déguisé à Rocambole, pour le côté échevelé de cette aventure, ou Fantômas, pour le côté étrange et mystérieux de l’affaire… Son duo de choc majordome un peu rondouillard et maître grand et sec n’est pas non plus sans rappeler Holmes et Watson, ou même Harry Dickson et son fidèle Tom Wills. C’est plus du reste un univers digne de celui de Jean Ray dans lequel nous invite à plonger les auteurs, avec ces décors fantasmagoriques, ces boutiques et bicoques biscornues, ces personnages aux trognes pas possibles : le dessin de Pierre Malma est étonnant, quand il n’est pas par moment tout simplement magique. On est en fait assez proche de l’univers poétique de Fred… avec des touches d’Edika (si!) dans certaines mimiques et rictus des personnages.

 
 Le duo d’auteurs - brestois – avait déjà oeuvré ensemble pour la revue – brestoise – Casiers, dans ce registre « policier » avec un récit de 10 pages « Le Diamant Bleu », déjà assez goûtu. Il ressuscite avec cette première aventure deux héros créés par le scénariste il y a plus de 20 ans, pour le fanzine Le Phylute Ombilique, alors sous forme de nouvelles. Voici désormais Mystère et Boule de Gomme nouveaux héros de bande dessinée : espérons que le « ? » qui ponctue le mot « Fin » de la dernière page ouvre la porte à d’autres mystères et boule-de-gomme…

 

Une Aventure de Mystère et Boule de Gomme ***

Scénario Arnaud Le Gouëfflec ; dessin Pierre Malma
Delcourt, 2020
96 pages. couleur
16,50 €

dimanche 26 janvier 2020

[Mathématiques compliquées] 1 +1 = 6 ou quand Le Fauve Polar SNCF et le Prix SNCF du Polar BD fusionnent…


  Vous aviez remarqué : dans Prix SNCF duPolar BD et Fauve Polar SNCF, il y a comme qui dirait deux mots qui sonnent pareil. Polar et SNCF, peut-être ? Gagné ! Le premier est né en 2012, et son lauréat est choisi par le public en mai de chaque année. Le second est né en 2013 et son lauréat est connu pendant le FIBD d’Angoulême, après un choix par un jury de spécialistes du polar. Dernier heureux récipiendaire : Julien Lambert pour VilleVermine (Sarbacane). Les deux sélections de ces deux prix étaient différentes, mais il est arrivé plus d’une fois qu’un ou deux titres soient dans les deux sélections. Et parfois pour gagner zéro fois.


En 2020, hop, terminé les complications qui font mal à la tête : la liste des 6 albums qui a été retenue est désormais la même pour les deux prix, et les compétiteurs de choc sont les suivant ( cliquez sur le titre pour un avis sur ActuaBD ou Bedepolar)


Cassandra Darke, Posy Simmonds, Traduction Lili Sztajn, Denoël
Dans la tête de Sherlock Holmes, Cyril Liéron et Benoit Dahan, Ankama
Le Detection club, Jean Harambat, Dargaud
Grasskings, Matt Kindt et Tyler Jenkins, traduction Sidonie Van Den Dries, Futuropolis
No direction, Emmanuel Moynot, Sarbacane
Tumulte, John Harris Dunning et Michaël Kennedy, Traduction Renaud Cerqueux, Presque Lune

Verdict en mai, donc pour le vote du public (et vous avez le droit de voter, en vous inscrivant sur le site duprix par exemple) et avant cela, dès samedi prochain, aux alentours de 19 heures 32, pour le Fauve Polar. A Angoulême, bien sûr. Avant cela j’aurai la joie d’animer au désormais célèbre Espace Polar SNCF trois rencontres : 
 
- Jeudi 30 janvier, avec Cyril Liéron et Benoit Dahan, à 15 heures
- Vendredi 31 janvier avec Jean Harmbat, à 11h30
- Samedi 1er février à 10h30 avec Emmanuel Moynot.

Rendez-vous donc samedi prochain, pour connaître le nom du Fauve Polar SNCF 2020… et avant à l’espace Polar SNCF, of course.


mardi 21 janvier 2020

[Best of 2019] – Les héros du peuple sont immortels : Dans la tête de Sherlock Holmes (Ankama), Tif et Tondu Blutch (Dupuis) et Les Sanson et l’Amateur de souffrances (Vents d’Ouest)

Les continuateurs, repreneurs, pasticheurs, imitateurs, et autres admirateurs de Sherlock Holmes sont légion. Benoit Dahan et Cyril Lieron débarquent à leur tour et leur Dans la tête de Sherlock Holmes les place d’emblée tout en haut de la liste des meilleurs hommages au personnage de Conan Doyle. Double réussite que cette Affaire du ticket scandaleux : narrative, car on croirait cette intrigue à base de disparitions suite à un mystérieux spectacle chinois tout droit sortie du canon holmésien et graphique, avec cette extraodinaire mise en pages et en images de l’enquête. Chaque page est source d’émerveillement tant l’inventivité visuelle saute aux yeux, et surtout, tant elle fait véritablement sens : on suit, fasciné, réellement (car il est matérialisé de page en page) le fil rouge des pensées du détective et chaque observation, chaque réflexion, chaque déduction, chaque étape du périple dans les rues de Londres, chaque interrogation de témoins, sont illustrés par une mise en page en rapport direct avec l’ébullition des cellules grises de Holmes. D’entrée, son cerveau fertile est présenté en coupe, comme une planche d’anatomie ou le schéma d’une mécanique complexe. Cela donne un premier tome – car il faut bien deux volumes pour résoudre cette affaire – étonnant, foisonnant, déroutant, rafraîchissant… en un mot : brillant. Et assurément un des albums de l’année (Ankama).

Et du côté des reprises, impossible de passer à côté de Mais où est Kiki ? Non, ce n’est pas la voisine qui a perdu son Pékinois à poil ras, ni un remix par David Guetta du Youki de Gotainer, mais bien la nouvelle aventure des vétérans Tif et Tondu, et quelle aventure ! Ce retour signé Blutch, sur un scénario de son frère Robber, est clairement un hommage à une série qui a les a marqués, et leur reprise est ébouriffante. Au coeur des années 70, on découvre, subjugué, le chaînon manquant et inédit entre  Tif rebondit , de Rosy, et L’ombre sans corps , de Tillieux. Ou mieux, juste après la première apparition de Kiki, dans  Tif et Tondu contre le Cobra, puisque la délicieuse comtesse Amélie d’Yeu, alias Kiki, est la vedette de cette reprise. Vedette invisible, car enlevée, disparue, évanouie… Dupuis n’a pas hésité sur les éditions pour ce Tif et Tondu hors-norme : une première version en trois « cahiers Tif et Tondu », puis version noir et blanc en décembre pour Angoulême 2020, la version couleurs… Que demande le peuple ? Un supplément ? Le voici, en guise de cerise sur le gâteau : une novella  L’antiquaire sauvage , qui met en scène les deux héros, « justi-romanciers » comme ils s’autoproclament, dans une enquête échevelée dans le milieu de l’Art et des faussaires… Et s’il fallait d’ailleurs commencer par quelque chose, c’est bien par ce court roman : il met immédiatement dans le bain car l’esprit et le ton « Tif et Tondu » sont bien là et l’intrigue est digne de Tillieux Suprême délice : l’épilogue n’est ni plus ni moins que ce qui se passe dans les premières pages dessinées par Blutch. La boucle se boucle et il n’y a plus qu’à se laisser entraîner dans l’aventure (Dupuis)


Et pour finir cette sélection, place aux « immortels » annoncés das le titre de cette chronique… Les Sanson et l’Amateur de souffrances s’inspire de l’histoire des Sanson, la dynastie de bourreaux la plus célèbre de l’Histoire de France et qui débute en 1675, quand Charles Sanson épouse Marguerite Jouënne, elle-même fille de bourreau. Une union assortie d’un double couperet : Charles hérite du métier de son beau-père, mais aussi d’une malédiction terrible, qui prend elle la forme d’un homme sinistre mystérieux, l’ Amateur de souffrances. Un individu dont personne ne connaît le nom, mais dont Charles mesure très vite l’étendue des pouvoirs : en se nourrissant des douleurs intenses des suppliciés, par la simple vision du spectacle des châtiments et exécutions publics, l’Amateur rajeunit littéralement de plusieurs dizaines d’années…
Depuis ce point de départ original, Patrick Mallet et Boris Beuzelin se sont lancés dans une étonnante et passionnante saga, à la fois historique (les Sanson ont existé) et fantastique, avec ce personnage de l’Amateur de souffrances, tenant à la fois du vampire, de l’ogre et du sorcier. Original par son méchant hors-norme, cette trilogie l’est aussi par son scénario, qui étale la lutte contre le mal sur plusieurs générations de Sanson. Boris Beuzelin réussit le tour de force de nous plonger dans les antres des bourreaux – charmants instruments, et délicates missions à accomplir pour le compte de la justice royale … - sans donner la nausée avec juste ce qu’il faut de détails pour comprendre que le métier n’était pas facile tous les jours… Et en faisant saisir toute la fascination et la répulsion qu’il pouvait exercer sur les foules. (Vents d’Ouest).


Dans la tête de Sherlock Holmes : L’affaire du ticket scandaleux 1 **** / Liéron et Dahan – Ankama – 60 pages coul.

Tif et Tondu : Mais où est Kiki ? **** Scénario Robber et dessins Blutch – Dupuis – 88 pages noir et blanc
 L’antiquaire Sauvage ***: un roman de Tif et Tondu / Robber et Blutch – 92 p. - Dupuis

Les Sanson et l’amateur de souffrances tomes 2 et 3 ***/ Mallet et Beuzelin – Vents d’Ouest – 95 p. coul.