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dimanche 29 novembre 2020

 [Festival Regards Noirs – Niort ] - Le quatrième Prix Clouzot de la BD polar adaptée à La Cage aux cons  de Robin Recht et Matthieu Angotti

 Après « Le temps des sauvages » de Goethal d’après Gunzig (Futuropolis),  Serena  de Panfolfo et Rijsberg d’après Rash (Sarbacane) et Tropique de la violence  de Henry d’après Appanah (Sarbacane) c’est l’adaptation du roman de Franz Bartelt Le jardin du bossu qui emporte le quatrième prix Clouzot du roman policier – ou noir – adapté. Le roman de Bartelt était assez piégeux pour celles et ceux que se seraient lancés dans une adaptation. Recht et Angotti ont pris le risque, et le résultat est à la hauteur de l’oeuvre originelle.

 

Et les auteurs ont commencé par changer le titre. Pour tromper l’ennemi ? Non… Pour mieux rester dans l’esprit du roman, où la figure du con est omniprésente, et apparaît d’entrée de jeu dès les premières pages du roman… et de La Cage aux cons , donc : « J’ai vraiment choisi le plus con ! », tels sont les mots de la première case – pleine page - de l’album.

Ce con-là en question n’est ni plus ni moins que le héros malgré lui de l’histoire, un pauvre type sans le sou que sa femme somme de ramener de l’argent à la maison sous peine d’être viré définitivement… Alors le con, fou amoureux, s’exécute et trouve vite un filon, au bar du coin : c’est dans ce rade local qu’un autre con, emporté par l’ivresse, se vante d’avoir plein de fric, et de n’avoir peur de personne, la preuve, tous ses billets sont bêtement amassés dans le tiroir du buffet de la cuisine. Un coup facile se dit notre héros en quête de fortune… Il n’ y a donc qu’à suivre le con vantard et s’introduire chez lui pendant son sommeil, et vérifier que la cuisine est bien la caverne d’Ali-Baba attendue. Et en effet, l’ouverture du tiroir recèle bien le butin promis. Le moment de grâce dure peu : le propriétaire des lieux apparaît, et il a l’air bien moins con qu’il n’en avait l’air dans le troquet. Et surtout, il tient un flingue au bout de son bras. Et voici qu’il propose un curieux deal à son cambrioleur : il garde l’argent, mais en échange, il va falloir nettoyer une pièce de la maison qui recèle une autre surprise… Un cadavre. A enterrer. Et puis après, prendre sa place et rester au service de l’homme au flingue « Ad libitum ». Notre héros penaud n’hésite pas une seconde : « Je ne discute jamais avec les types qui pensent en latin. Le latin c’est de droite ». Et le voici donc prisonnier de cette maison, pour une durée qu’il prévoit bien de raccourcir très vite…

Et arrêtons-là le résumé d’une histoire riche en rebondissements, pensées et dialogues savoureux. On retrouve tour à fait ce qui fait le sel du roman, cette langue barteltienne unique, que s’est appropriée Matthieu Angotti avec aisance, en particulier lorsqu’il s’agit du personnage principal et de son leitmotiv « Je suis basé sur l’idée de gauche ». Ces mots sont au service de la même galerie de personnages que dans le roman, jusqu’au surprenant dénouement final. Le dessin de Robin Recht, est lui très éloigné de ce lui de ses adaptations d’héroïc-fantasy (Conan, Elric) mais tout aussi efficace, au rythme unique de trois cases horizontales par planche, ponctuées de pleines pages au moment-clés de l’album. Cette cadence fait que cette cage aux cons se lit d’un trait, sans qu’à aucun moment on n’ait envie de lâcher prise. Et avec l’envie d’aller refaire un tour dans le Jardin du bossu de Bartelt.

Angotti et Recht seront présents au prochain festival Regards Noirs de Niort, du 25 au 28 février 2021. 

  

La Cage aux cons ****

Scénario Matthieu Angotti et dessin Robin Recht d’après le roman de Franz Bartelt (Folio)  

Delcourt, 152 pages noir et blanc – 18,95 € - Paru le 7 octobre 2020



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