Los Angeles, années 60. Le détective Marlowe ouvre sa porte à une cliente toute en talons et blondeur, qui vient lui demander d’enquêter sur la mort maquillée en suicide de son ami Georgie. Détail amusant : le premier est la copie conforme de Humphrey Bogart et la seconde semble être la sœur jumelle de Marylin Monroe. Détail troublant : ce sont bien Bogart et Monroe. Mais nous sommes en 1963 et ces deux stars sont déjà six pieds sous terre depuis quelques temps… Alors quand Marilyn précise que son ami Georgie ne peut s’être suicidé car il lui avait promis de trouver qui l’avait tuée, elle… le lecteur a de quoi se poser quelques questions sur l’affaire dans laquelle il est embarqué. Il suit donc le détective avec une certaine curiosité, et celle-ci va vite grandir quand l’enquête de Bogart va le conduire à « The Castle », une maison de retraite pour acteurs sur le déclin d’un genre spécial : non seulement elle accueille les anciennes stars, mais surtout, elle les réanime, de l’aveu même de Boris Karloff, directeur de l’établissement. Bon il y a bien quelques séquelles, parmi lesquelles la perte de mémoire figure au premier chef. Mais cela n’empêche pas notre détective ressuscité (donc) de se mettre en chasse des tueurs du pauvre Georgie, alias Georges Reeves, Superman à la télévision…
Vous l’aurez vite compris, avec ce Frankenwood, on nage en plein délire, et c’est même en sous-titre sur la couverture : une comédie noire en parodirama. Autant qu’une parodie, cet album original est un hommage à l’âge d’or du cinéma Hollywoodien et à ses vedettes du petit comme du grand écran. Je vous laisse découvrir le scénario à rebondissements de Darko Marcan, qui, sans trop en dire, tourne autour de la figure d’Alfred Hitchcok, lui aussi à l’honneur dans cet album, et très bien mis en cases par Igor Kordey.
Le challenge de Frankenwood était d’ailleurs aussi celui de donner corps et visages à toute une galerie de stars tellement iconiques (pour reprendre un terme à la mode) qu’il ne fallait pas se manquer. Aucun problème pour le dessinateur qui livre un vrai travail d’esthète, dans un style rappelant parfois Richard Corben, et magnifié par les finitions et colorisation de son complice Anubis. Il nous est donné de croiser ainsi au fil des pages, outre les trois sus-nommés, Oliver Hardy, Kennedy, Clark Gable, Lauren Bacall… Ils jouent les premiers rôles comme au temps de leur splendeur, dans une superproduction dont auraient pu rêver les producteurs de l’époque…
Au delà du plaisir du récit parodique, le scénario de Macan, aux dialogues assez savoureux allais-je oublier, questionne les notions d’éternité, de fragilité de la célébrité, d’exploitation de l’image des stars après leur mort… Peut-être l’IA nous offrira-t-elle un jour ces « Blowing in the wind » version Gable – Bardot, ce « Dr No » avec Bacall en Jane Bond 007, ou encore ces « Birds 2 » avec Monroe et Rod Steiger ? En attendant, ils sont sur les affiches détournées de ce Frankenwood, et cela suffit bien de laisser simplement notre imagination vagabonder sur ce que pourrait être de tels films. Une bande dessinée au parfum nostalgique rafraîchissant du duo reconstitué du percutant Marshall Bass.
FRANKENWOOD ***
Une super production des Editions DUPUIS
Scénario et dialogues Darko Macan
Mise en scène, montage, découpage et réalisation virtuelle Igor Kordey
Finitions et colorisation Anubis
Lettrage et sous-titres Fred Urek
112 pages couleur –23 € - Sortie le 3 avril 2026



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