Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

vendredi 10 octobre 2014

[Prix] – Le Dahlia noir, adapté par Miles Hyman, Trophée 813 de la Bande Dessinée 2014

C'est la saison des prix, et en attendant le Goncourt des lycéens, ou celui que vous préférez, l'association « 813 » des Amis des littératures policières a décerné ses Trophées, et celui qui récompense la meilleure bande dessinée de l'année, est allé, après le vote des adhérent-e-s, à Miles Hyman et Matz, pour leur adaptation du célébrissime "Dahlia Noir" de James Ellroy
Il s'agit du reste plus d'une adaptation du scénario écrit par David Fincher, que lui même a écrit pour le cinéma, que d'une adaptation du roman d'Ellroy. D'où les quatre noms au générique de ce volume dense, (170 pages, il fallait bien ça) paru comme il se doit dans la collection Rivages/Casterman/Noir.
Un succès attendu, à vrai dire, car même si la concurrence était relevée (Mon ami Dahmer, Blacksad 5, J'aurais ta peau Dominique A, Tyler Cross et Crève Saucisse), il lui a été difficile de lutter contre un album en pleine phase de succès. Et il fallait voir la file d'attente à Villeneuve lez Avignon, le jour même où les Trophées étaient proclamés au festival de Pau : les piles d'albums ont fondu à vitesse grand V... tout comme celle de Max Cabanes, d'ailleurs (son "Fatale" est superbe, mais je me répète).

Les autres lauréats de ces Trophées sont Sandrine Colette, pour "Les Noeuds d'acier" (Denoël), dans la catégorie roman francophone, Sam Millar pour "On the brinks" (Seuil) dans la catégorie roman étranger et Philippe Blanchet pour son livre d'entretien avec François Guérif "Du polar" (Rivages), dans la catégorie Prix Maurice Renault. Tout ça vous parait obscur ? Normal c'est du Noir. Mais, un petit tout sur le blog de 813, et vous serez éclairé(e).

vendredi 3 octobre 2014

[Festival sudiste] – Villeneuve lez Avignon : 10 ans de polar !

C'est parti pour la dixième festival du polar de Villeneuve-lez-Avignon, placé cette année sous la bannière "Arts et Polar". Une édition qui s'annonce somptueuse, avec un programme riche, et rappelons pour les béotiens - comme moi - qui n'y sont jamais allé, dans un cadre splendide !

Déjà, la ville est chouette, mais les organisateurs ont la bonne habitude d'investir l'historique Chartreuse pour y accueillir projections, tables rondes et dédicaces des auteurs.
Et ça commence dès ce vendredi à 18h30 avec la projection de la sélection des courts-métrage du prix SNCF du polar 2015, suivie de celle de "The Lodger", film muet d'Hitchcok, accompagné par l'Orchestre Régional Avignon Provence. Rien que ça...

 
Coté auteurs invités, y'en a des tas, (un petit clic ici pour avoir la liste) dont Marc Villard, "auteur associé" à cette édition. 

J'aurais la joie de le retrouver autour d'une table ronde avec Miles Hyman (auteur de l'affiche de cette année) Max Cabanes et Jean-Christophe Chauzy, autour du thème "quand les écrivains du polar se mettent en cases". Ce sera dimanche à 14h.

La veille, samedi, à 14 heures, j'aurai passé au grill Anthony Pastor.
 
Et pour la BD, outre ces quatre dessinateurs, comptez sur la présence de Chetville, Sébastien Goethals, Dominique Rousseau et Titwane. 

 Voilà. Ce week-end, une seule chose à faire : foncer plein sud, et commencer à ralentir quand la Cité des Papes est en vue. Et après, comme disait Georges : il suffit de passer le pont.
Et de pousser la grille...

samedi 27 septembre 2014

[Hot Rails to Hell] - Le Prix SNCF du Polar BD 2015 est lancé

Et c'est parti pour la quatrième édition du Prix SNCF du Polar BD, lancé en même temps que son illustre aîné - la catégorie Romans - et son frère jumeau - la catégorie court-métrages.
Bon, cette sélection 2015, je ne vous cacherai pas que je la trouve de très bonne tenue, puisque j'y ai participé avec mes cinq acolytes du "comité d'experts BD", comme on nous appelle affectueusement dans les milieux autorisés. Je salue donc ici comme il se doit Laurence Le Saux, Eric Libiot, Christian Marmonnier, Dominique Poncet et Clémentine Thiébault pour leurs lectures avisées qui ont abouti à cette liste de cinq titres qui ont tous de quoi séduire l'amateur du genre. Et même le surprendre, car cette année encore, il y a une vraie diversité, dans les choix graphiques comme dans les histoires racontées. Par ordre d'entrée - alphabétique - en scène, place donc à :

  Une affaire de caractères, de François Ayrolles (Delcourt) : Quand Queneau rencontre Simenon ! Un exercice de style que n'aurait pas renié l'Oulipo, drôle, inventif et jubilatoire. Une enquête loufoque et ludique, entre pastiche de polar traditionnel et hommage à la langue et la littérature française.

L'Astragale d'Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg, d'après Albertine Sarrazin (Sarbacane) : Une très belle adaptation du célèbre roman d'Albertine Sarrazin. Un récit au souffle intense, sous un trait noir et blanc renversant. Un album au long cours, dense, sensible et sensuel, pour une histoire tragique et touchante.

Docteur Radar, de Noël Simsolo et Frédéric Bézian (Glénat) : Dans un style proche de l'expressionnisme, inquiétant et dynamique à la fois, une plongée au coeur du mal. Un véritable hommage au roman feuilleton des années 20, avec un "méchant" insaisissable et impitoyable : l'angoisse et le frisson planent sur cet album !

Quatre couleurs, de Blaise Guinin (Vraoum) : Quatre jeunes femmes, quatre couleurs et un crayon bille pour raconter leur histoire : une approche graphique vraiment originale. Et un jeune homme cynique et odieux dans le rôle du narrateur, qui finit par faire froid dans le dos.

et Rouge Karma de Eddy Simon et Pierre-Henry Gomont : Une quête haletante et dépaysante, dans des décors nimbés d'une brume mystérieuse et chaleureuse à la fois. Une invitation à un voyage plein de péripéties, en compagnie d'un duo de personnages à l'humanité à fleur de peau.

Si vous voulez en savoir plus sur chacun de ces albums, un petit clic sur les titres et hop ! vous tombez sur ma chronique (ou très bientôt pour Docteur Radar et l'Astragale)
Et pour tout savoir sur le prix SNCF du polar, les événements qui y sont liés, les modalités de vote, etc... un seul endroit à visiter : le site consacré au prix.
Et en prime je ne résiste pas à vous mettre ici le lien vers la bande annonce pour la catégorie BD.

Rendez-vous en mai 2015 pour le verdict !


dimanche 21 septembre 2014

[Planque à Luna-Park] - Fun island (Parker 4) par Cooke d'après Stark (Dargaud)

Parker et ses deux complices, Grofield et Laufman, braquent un fourgon, dans le quartier enneigé de Buffalo, à New York. Le coup est parfait mais ils sont repérés dans leur fuite et Laufman, au volant, perd le contrôle de la voiture, qui finit sur le toit, juste en face d'un immense parc d'attraction, Fun Island. Fermé. Parker s'extirpe de l'épave, avec un sac plein de fric, et laisse ses deux acolytes inconscients. Il n'a d'autre solution que de passer par dessus la grille du parc et de courir se planquer à l'intérieur. Il sait qu'il a été repéré et qu'il va devoir faire face à ses poursuivants, tôt ou tard. Mais s'il reste bien une patrouille de deux flics sur les lieux, celle-ci est du genre pourrie, et plutôt de mèche avec Benito Lozini, mafieux local, qui connaît le parc comme sa poche et a commencé à rameuter une dizaine d'hommes pour traquer Parker. Celui-ci a tout juste le temps d'explorer les lieux pour tenter de piéger ses chasseurs...



C'est un formidable huis-clos sous tension que Darwin Cooke a choisi de mettre en scène pour sa quatrième adaptation des romans du dur-à-cuire de Richard Stark. C'est du reste la quatorzième dans la chronologie des aventures du cambrioleur ("Slayground", parue en 1971), mais ce bond dans le temps n'empêche pas du tout de savourer la virtuosité du dessinateur, qui illustre les scènes-clés du roman avec le talent déjà à l'oeuvre dans les trois précédentes histoires. Cette fois, le décor, un parc d'attraction, est un terrain de jeux idéal pour Cooke, qui découpe son récit en quatre partie : le braquage, la prise en main du parc par Parker, l'assaut par ses ennemis, et la fuite. Pour chacune de celles-ci, Fun island, est un personnage à part entière, et dès le début, la virtuosité du dessinateur est en marche : la première partie se conclue avec un Parker disparaissant au loin... derrière les barreaux qui pourraient bien être les siens s'il est rattrapé. Voyez plutôt :


La suite va crescendo et c'est sur un rythme soutenu que l'affaire va se régler. Cet album est plus court que les trois précédents, et l'action est circoncise au parc avec un seul problème à résoudre pour Parker, vital : se tirer de ce guêpier. Je vous laisse découvrir comment...
 

"Fun island" est complété d'un récit court (11 pages), intitulé "le 7ème", en bichromie orange, et qui figurait dans l'édition regroupée américaine des tomes 1 et 2. Bonne idée de la part de Dargaud de nous le proposer ici, même si on l'aurait préféré un peu plus long... Mais "Parker reviendra prochainement" est-il promis à la dernière page. Tant mieux !


Parker 4 - Fun island ****

Scénario et dessin : Darwin Cooke d'après Donald Westlake

Traduction Nicolas Richard

Dargaud, 2014 - 96 pages en bichromie – 16,45 €

mercredi 17 septembre 2014

[Splatch !] - Oceania boulevard, par Marco Galli (Ici Même)

Cela commence très fort : dans une métropole pas très riante, Pol Riviera, présentateur vedette de la télé, se jette du haut d'un immeuble, appartenant à la Zuppa SA, et s'écrase, 35 étages plus bas, sur le béton, certes, mais aussi sur Tong-Tong, musicien de rue en train de jouer de la guitare devant les badauds. Eclaboussures écarlates pour tout le monde... et entrée en scène de l'inspecteur Mortenson, un flic dépressif et taciturne. Et ce qui commence comme un polar des plus traditionnels, va petit à petit se transformer en un voyage bizarroïde, dans une ville d'un glauque achevé, et friser avec un fantastique à la David Lynch, période Twin Peaks. Pas moins !
 
Ce scénario, déjà prenant, l'est encore plus grâce à la technique employé par Marco Galli, un dessinateur italien dont c'est ici la première traduction en France. Pour raconter son histoire il a pris le parti de planches toutes construites sur le même modèle : deux grandes cases par page (l'album est au format roman), avec le texte au dessus, ou en dessous, mais quasiment jamais dans les traditionnelles bulles (ou phylactères pour les puristes), y compris pour les dialogues. Et tout cela sur fond noir, ce qui donne aussi une impression de récit filmé. "Oceania boulevard" fourmille de trouvailles graphiques et narratives de ce genre, et c'est une vraie découverte, chez un éditeur qui ne manque pas d'audace. Je vais vous faire une confidence : c'est une des rares fois où l'expression "roman graphique" ne me semble pas de l'usurpation. En tous cas, si vous êtes revenu de tout, et que plus rien ne vous surprend, arpentez-donc cet Oceania Boulevard, vous n'allez pas être déçu du voyage... et gare au freak au coin de la rue !
 
Oceania Boulevard
Texte et dessin de Marco Galli
Ici Même, 2014 - 52 pages couleurs - 24 €

lundi 15 septembre 2014

[Série Noire...] - Parabellum perd Schultz

Quand on aime la bande dessinée noire, comme moi, et vous (ah non ?), on aime Mezzo et Pirus. 

Quand on aime Mezzo et Pirus, on aime Pirus.

 Quand on aime Pirus, on se rappelle qu'il a dessiné la superbe pochette du premier album de Parabellum, fièrement estampillé d'une balle frappée d'un "100 % nul".

 

 On se rappelle qu'on a détaillé plus d'une fois cette pochette, avec sa scène d'évasion, son évadé central à la gueule de Rapetou méchant, ses matons aux allures de kapos... 


On se souvient aussi qu'on faisait tout ça en écoutant huit putain de morceaux bien énervés, bien électriques, aux textes bien sombres.

 

 On se souvient qu'elles étaient signées Géant Vert, ces paroles, et que c'est un certain Schultz qui les crachait, de sa voix gouailleuse et révoltée.

 

 Et quand on apprend que Schultz est parti voir ce qu'il y là-haut (rien, on le sait) , on espère qu'il nous enverra une carte postale, parce que là, il nous laisse tous un peu pâles.

mercredi 10 septembre 2014

[Bis repetita !] - Fatale, ou Manchette par Cabanes et Headline (Dupuis)

Scène d'ouverture à la campagne. Des chasseurs sont en quête d'une proie, mais ils ne trouvent rien. Ou plutôt si. Une femme. Une belle brune à cheveux long. Mélanie Horst. Ou plutôt : c'est elle qui les trouve. Et les liquide, à coups de fusil. Quelques jours plus tard, elle débarque sur les quais de la gare de Bléville. Elle est blonde à cheveux bouclés et s'installe sous le nom d'Aimée Joubert, à la résidence des Goélands, un hôtel sans charme où il est conseillé à la clientèle de ne pas faire de bruit après 22 heures. Cela tombe bien, Aimée est là pour s'imprégner de la petite cité, et dès ces premiers instants, elle lit "Bléville et sa région". Puis dès le lendemain, elle parcourt les artères de la vieille ville, mémorise la topographie des lieux. Elle achète les journaux locaux, fait l'acquisition d'un vélo, et se rend chez le notaire, à qui elle confie ses projets d'achat de maison. Veuve, elle veut en finir avec sa période de deuil, et aspire à renouer avec ses semblables. Le notaire comprend tout à fait, d'autant qu'il semble persuadé qu'une femme aussi charmante ne tardera pas à se faire des amis. Et, très vite, grâce à lui, à l'inauguration de la nouvelle halle aux poissons, elle fait connaissance avec tous les notables de Bléville. Des hommes bien sous tous rapports. Et leurs femmes, charmantes, sont ravies de trouver une nouvelle partenaire pour leur bridge. Aimée Joubert est vite adoptée par le petit groupe. Mais Aimée Joubert n'a pas vraiment envie de refaire sa vie dans ce trou. Elle a d'autres projets pour Bléville et son élite. Des desseins plus meurtriers...

Après avoir adapté "La Princesse du sang", toujours d'après Manchette, et toujours avec Doug Headline au scénario, Max Cabanes s'est cette fois attaqué à Fatale, ce roman mettant en scène une tueuse autant implacable que mystérieuse... Cette femme fatale, personne ne sait, ni d'où elle vient, ni où elle va, mais tout le monde comprend qu'elle en veut à la société toute entière, tout du moins à la micro-société bourgeoise et possédante de Bléville. Qu'elle va faire payer, au sens propre comme au figuré, mais qui va finalement aussi beaucoup lui coûter. Je n'ai pas lu (hé non) le roman de Manchette dont est tiré cette adaptation, mais j'en ai lu d'autres (hé oui), et ce qui frappe immédiatement, c'est que le ton, le style du romancier, en un mot, sa voix est constamment présente tout au long des cent-trente-deux pages de cet album. Par exemple, cette manière quasi clinique de décrire les objets en citant la moindre marque de cigarette, de téléviseur, d'arme, on la retrouve telle quelle, et elle est accentuée par ce choix d'une typographie style "machine à écrire" pour toute les parties narratives du texte. A la manière d'un reportage, froid et distancié, on suit la machination, car c'en est une, d'Aimée Joubert, en se demandant jusqu'à quel point elle va fonctionner. L'époque - les années 70 - est celle du roman initial (bien sûr ! et il faut ici saluer le choix de la grande fidélité à Manchette) et magnifiquement rendue par Cabanes, tout comme il réussit à merveille à mettre en images certaines phrases du romancier. Ainsi, celle-ci, proche de l'oxymore, page 57. Pour illustrer : "Elle n'était pas certaine que la partie aurait lieu, étant donné la mort du bébé et les autres drames. Elle aimait les crises", Cabanes prend le parti de dessiner une femme radieuse qui passe en vélo devant une brasserie nommée "Le Tout va bien"...
Mais un bon dessin valant mieux qu'une explication embrouillée, voici : 
Des instants de ce genre, il y en a d'autres dans ce "Fatale". Tout comme un nombre de scènes fortes, fascinantes, en particulier le final nocturne sur le port, qui est d'une beauté à couper le souffle. Tout comme la couverture, véritable défi au futur lecteur, invitation inquiétante à entrer dans un album, rouge à plus d'un titre...  Une très très grande réussite !

Fatale****
D'après le roman de Jean-Patrick Manchette
Adaptation de Max Cabanes et Doug Headline
Dupuis, 2014 - 132 pages couleur - Collection Aire Libre - 22 €


dimanche 31 août 2014

[Coup double d'Ozanam] - Succombe qui doit / Burn out (KSTR - Casterman)

Une bande de 4 braqueurs qui débarquent une nuit dans une casse auto tenue par un black solitaire, un dénommé José Machado. Les casseurs sont aux abois - visiblement quelque chose a foiré - et l'un d'eux est blessé. Ils doivent absolument trouver le moyen de filer le fric du braquage à leur patron, un dénommé "La Vilette". Mais dans leur énervement et leur panique, le ton monte dans le groupe et les embrouilles ne tardent pas entre les petites frappes. Cela ne va pas vraiment s'arranger quand ils décident de prendre en otage José - le patron de la casse auto, vous suivez ? - sans savoir que par le passé il fut un boxeur de renom, et qu'il ne faut pas trop le chatouiller... ni remuer trop le passé. Bref, tout va dégénérer et partir en cacahuète.

Voici un album très spectaculaire, avec un dessin vraiment original de Rica, qui excelle à faire des trognes expressives à ses personnages. Tout le début est particulièrement réussi, lorsque les braqueurs arrivent avec des masques d'animaux grimaçant, on ne sait plus trop si on n'est pas en train de lire une sorte de "Planète des singes" gore. Mais non c'est bien du polar, écrit par Antoine Ozanam (auteur de l'excellent "We are the night"), un huis-clos dans des décors apocalyptiques, avec des personnages presque tous aussi pourris les uns que les autres. Dans le dessin comme dans l'ambiance, pesante, cette BD est à rapprocher des  albums de Mezzo et Pirus (le trait de Rica y fait immédiatement penser), en particulier de "Deux tueurs". Une BD choc, et à la fin cruelle, pour ne rien gâcher.

Le même Ozanam a également fait paraître un autre polar,  nettement plus poisseux,   "Burn out", dessiné cette fois par Mikkel Sommer, toujours au sein du label KSTR (ou pas... car ce n'est nulle part sur l'album, mais uniquement sur le site de Casterman..)  Une histoire qui se déroule cette fois aux Etats-Unis. La trame, la voici, telle que décrite par l'éditeur hinself  :

" Reno, Nevada. Il fait une chaleur infernale, mais Ethan Karoshi n’y prend pas trop garde, puisque tout ou presque va pour le mieux dans son existence de quarantenaire épanoui : son boulot de flic reconnu par sa hiérarchie, ses parties de pêche assidues pratiquées avec passion, son foyer heureux avec sa femme Julie, ses amours clandestines bien réglées avec la rousse et volcanique Debra… Cette belle mécanique, pourtant, va brusquement se dérégler. On découvre sa maitresse étranglée avec du fil de pêche. Puis le cadavre d’un autre amant régulier de la jeune femme, assassiné lui aussi. Un mauvais pressentiment taraude Ethan. Tout se passe comme si un piège se mettait lentement en place, dont il était la proie désignée...."

Voilà le topo. Et c'est une lente descente aux enfers pour le flic... et un autre très bon album, par un scénariste qui commence vraiment à laisser son empreinte dans le genre. En tous cas, deux albums que vous apprécierez si vous êtes amateurs d'intrigues utilisant parfaitement dans les codes du polar.

Succombe qui doit ****
Scénario de Ozanam et dessin de Rica
KSTR, 2014 - 158 pages couleurs - 16 €

Burn out ***
Scénario de Ozanam et dessin de Sommer
Casterman, 2014 - 94  pages couleurs - 18 €

dimanche 24 août 2014

[Prix SNCF du Polar BD 2015] - Rouge karma, de Simon et Gomont (Sarbacane)

Adélaïde Tiersen débarque, de Paris, à Calcutta avec une seule idée en tête, une obsession, même : retrouver son compagnon, Matthieu, en mission en Inde depuis cinq mois pour la société Tosh Computers, et qui n'a pas donné signe de vie depuis trente jours. Enceinte jusqu'aux yeux, Adélaïde va mettre toute l'énergie possible dans cette quête éperdue du futur père de son bébé, et commence par s'adresser à la police sitôt le pied sur le sol indien. Mais l'ombrageux inspecteur Dut ne semble guère disposé à remuer ciel et terre pour une disparition qui n'en est pas vraiment une... d'après lui. Pire, il lui apprend que la société pour laquelle travaille son compagnon n'existe pas... Adélaïde décide alors de faire appel à une Imran Suresh, ce sympathique chauffeur de taxi débrouillard qui l'avait accueillie à son arrivée. Les ressources d'Imran, inépuisables, et son ingéniosité, vont permettre à la jeune femme de retrouver la trace de Matthieu. Mais le chemin pour arriver jusqu'à lui va être parsemé d'embûches...

Un album étonnant : une jeune femme sur le point d'accoucher à chaque page, s'agite en tous sens et finit par découvrir une affaire d'état, au bout de péripéties dignes d'un roman d'espionnage, période Ian Flemming... et le mieux, c'est que ça fonctionne et qu'on y croit ! En fait, le duo Adélaïde / Imran, choc de deux cultures, est tellement attachant, que le lecteur a envie de les voir aller au bout de leur quête, au début désespérée. Et si le scénario tient le choc, c'est aussi parce qu'il se déroule dans des décors respirant l'authenticité, des hôtels des quartiers populaires aux rassemblements sur le Gange, en passant par le quartier des prostituées. Pierre-Henry Gomont a nimbé toutes ses planches d'une lumière tamisée, et donne l'impression qu'une brume permanente règne, presque étouffante, tout au long de l'histoire.

En embrassant plus d'une thématique (l'amour, l'amitié, la politique, l'enquête policière, la religion...) les auteurs prenaient le risque de perdre leur lecteur en route. En fait, Eddy Simon et Pierre-Henry Gomont ont réussi un album à la hauteur de la complexité du pays, et si Rouge Karma donne de temps en temps dans la démesure, c'est en fait en écho parfait à cette Inde encore mystérieuse pour beaucoup d'occidentaux. Au final, une bande dessinée au parfum entêtant...


Rouge Karma ***
Scénario Eddy Simon et dessin Pierre-Henry Gomont
Sarbacane, 2014 - 128 pages couleurs - 22 €

vendredi 15 août 2014

[Prix SNCF du Polar BD 2015] - Quatre couleurs, de Blaise Guinin

Grégoire Legrand est étudiant, section glandouille, et entame sa troisième première année, tranquille. Sauf que la menace paternelle de se faire couper les vivres est cette fois bien réelle, si la réussite n'est pas au bout. Le jeune homme, jamais à court quand il s'agit de tirer au flanc, a une idée qui pourrait lui permettre - peut-être - de réussir cette mission impossible fixée par le père : échanger avec un copain, juste sur une matière, tous les cours de l'année, et prendre la place de l'autre, là où chacun est balèze. Grégoire ira donc en histoire de l'art à la place de son pote Pierre, tandis que celui-ci le remplacera sur les bancs des cours de géo, là où Grégoire est une bille. "Même pas de la triche. Un échange de bons procédés" plaide le fraudeur à son ami, dubitatif, qui pressent un peu les risques de l'entreprise. Mais le marché est tout de même conclu et le pacte entre les deux étudiants ne va pas tarder à se fissurer au gré d'événements inattendus... Parmi ceux-ci,  l'arrivée de Chloé, une ex de Grégoire, dans le cours d'histoire, risque de compromettre la supercherie... Comment va réagir le petit malin ?

"Un roman graphique noir, rouge, vert et bleu, réalisé au crayon quatre couleurs".
Voilà la promesse de la quatrième de couverture de cet album, original, donc, par son traitement graphique particulier. Visuellement, cela fonctionne bien, et Blaise Guinin tire un assez bon parti de son outil de travail, où les quatre couleurs servent essentiellement à tramer les décors, accentuer des détails vestimentaires, ou attirer l'oeil sur des objets du quotidien. Couleurs et objets qui servent également à introduire chacun des courts chapitres de l'album, et qui viennent rythmer le récit, de façon un peu lancinante. L'histoire, quant à elle, s'attache à décrire les relations entre les deux amis, et celles entretenues avec quatre jeunes femmes, toutes reliées, elles aussi, à une couleur, comme le suggère, du reste, la couverture. Mais ce sont surtout les pensées et actes de Grégoire qui servent de fil narratif à "Quatre couleurs" et dévoilent un être particulièrement déplaisant, puisque le charmant personnage est manipulateur, menteur, égoïste, obsédé sexuel, voyeur... en un seul mot : odieux. Avec tout le monde. Ce qui lui vaudra d'être repoussé, plus ou moins définitivement, par toutes celles qui gravite autour de lui - ou qu'il voudrait bien attirer à lui.
Il y a également une trame policière, légère, dans cet album, puisque la police enquête au même moment sur le suicide d'une jeune étudiante. Mais au final, il s'agit bien d'un portrait de salaud, qui ne recule devant aucune ignominie, dans une bande dessinée où le noir reste tout de même la couleur dominante. Une vraie découverte et une belle surprise de 2014.

Pour découvrir le travail de Blaise Guinin : appuyez là.
Et pour les éditions Vraoum : appuyez ici

Quatre couleurs ***
Texte et dessins Blaise Guinin
Vraoum, 2014 - 142 pages couleurs - 16 €


dimanche 10 août 2014

[Prix SNCF du Polar BD 2015] - Une Affaire de caractères, de François Ayroles

Donald Fraser, prince des phraseurs de la petite cité de Bibelosse, est retrouvé mort, au fond d'un puits. L'homme, infirme en fauteuil roulant, semble avoir laissé un indice sur le sol en inscrivant "ETC" avec les roues de son fauteuil. Tout le monde se perd en conjectures sur les motifs de cette mort soudaine : un suicide ? Un assassinat ? Mais dans ce dernier cas, qui pouvait bien en vouloir à l'esprit le plus brillant de la communauté ? Lui qui le matin même avait remporté une des ces joutes oratoires publiques qui font la fierté des villageois. L'arrivée d'un policier sur les lieux balaye ces premières interrogations : il s'agit bien d'un meurtre. L'inspecteur Edgar Sandé affiche toute de suite une détermination qui impressionne les autochtones : "Je vous préviens : le coupable sera retrouvé fissa. Aucune affaire ne me résiste". Et l'enquête commence, auprès d'habitants pour le moins étranges, dans une cité qui semble bien avoir des secrets... Une cité uniquement composée d'écrivains ! Une découverte qui laisse l'inspecteur pantois : "Pourquoi pas de garagistes ou de garçons-coiffeurs, tant que vous y êtes ?". La partie s'annonce plus compliquée que prévue pour Edgar Sandé...

D'entrée de jeu, François Ayroles annonce la couleur, avec une première planche où les noms des deux enseignes peintes sur deux camions, apparaissent d'abord dans des détails successifs des lettres qui les composent, puis, tronqués à la troisième case, "ABC", et "DEF", deviennent à la quatrième "ABO" et "DEA". Deux détails des mots "Laboratoire" et "Bandeaux ", sur deux véhicules qui vont manquer se percuter la page suivante... à un carrefour en forme de "Y". Trompe l'oeil, et cases à déchiffrer : voilà qui va durer les 71 pages de cet album, qui s'ouvre sur un "A" et se conclue, comme il se doit, sur un "Z".  
Entre temps, c'est plus à une invitation à un voyage ludique au pays des mots, de la littérature et des figures de styles, qu'à une enquête policière que nous convie l'auteur : ses personnages ont les traits d'écrivains, évidemment pas choisis au hasard. Ainsi, Pérec est là, sous le nom de "Georgs", et pour lui, la disparition n'est ici, pas seulement celle du "E" , mais celle de la parole, puisqu'il est muet et ne s'exprime que sur les murs de la ville. L'inspecteur a les traits de Simenon, et on reconnaît aussi Séraphin Lampion, qui est ici "le doc", et qui cherche à vendre, non pas des assurances, comme son original hergéen, mais des guides en tous genres, qu'il trimballe avec lui dans une espèce de bibliothèque portative à bretelles... 
On croise bien d'autres individus remarquables dans cette affaire, et c'est un vrai régal de voir l'inspecteur Sandé, s'embourber dans une enquête où il n'y comprend pas grand chose, car il est tombé dans un milieu de lettrés, dont le vocabulaire lui échappe parfois. Sa visite à l'imprimerie du village en est le meilleur exemple, et le lecteur assiste à  un magnifique dialogue de sourds, un de ces nombreux passages jubilatoires de l'album. L'enquête progresse suit donc ces rails, et finira par aboutir, car il y a bien un meurtrier dans cette affaire, mais vous l'aurez compris : c'est bien dans ce fourmillement d'allusions, ces clins d'oeil, cette construction ludique, à la fois dans la narration comme dans la mise en page, que réside la très grande richesse de ce polar complètement hors-norme. Tellement riche qu'on n'a qu'une seule envie : s'y replonger pour y traquer les indices disséminés avec malice par François Ayroles. Si vous ne restez pas hermétique à l'entreprise,  "Une affaire de caractères" est un vrai régal. Et pour moi, une des bandes dessinées de l'année.

Une Affaire de caractères ****
Texte et dessins François Ayroles
Delcourt, 2014 - 72 pages couleur - 16,95 €

lundi 21 juillet 2014

[Punk Cemetary] - Tommy , "Le Baron" et Chris : Ramones, Punk Rock & mobile homes, et Punk Rock Jesus. La Sainte Trinité.

Bon. Thomas Erdelyi, alias Tommy Ramone, n'était certainement pas le plus punk des quatre faux frères. Et comme il avait cédé sa place aux baguettes à Marky dès 1978, juste avant "Leave home", je  ne l'ai jamais vu jouer, contrairement aux autres. Mais quand même : il ne reste déjà plus aucun des membres fondateurs vivants de mon groupe préféré, j'ai un peu de mal à le croire, alors que tant de dinosaures du rock sont encore là... ça fait un pincement au coeur. Alors pour lui rendre hommage je reviens sur deux BD pas vraiment polar, mais indispensables à votre bibliothèque. Car superbes toutes les deux.

La première est signée Derf Backderf, déjà auteur du magnifique "Mon ami Dahmer", et s'intitule sobrement "Punk Rock & mobile homes" (ça et là, 2014).  Comme prévient Backderf en exergue : "Ceci est une fiction mais ça AURAIT PU arriver...". Et on veut bien le croire, tant son histoire respire l'authenticité, la simplicité et la sincérité. On y suit à Richford, dans la banlieue d'Akron, le quotidien d'un lycéen, Otto Pizcok, colosse auto-proclamé "Le Baron",  qui, grâce à son physique et son charisme, va devenir le "videur" d'une salle de concert appelée à devenir mythique en ce début 1980 : The Bank. Mythique parce que cette salle va voir défiler tous les pionniers du punk, des Ramones à The Clash, en passant par Wendy O Williams, Klaus Nomi ou encore Ian Dury. Le Baron va se retrouver comme un poisson dans l'eau au milieu de  tous ces musiciens et  il va vivre, avec ses potes encore ados, comme lui, une expérience hors du commun, à la (dé)mesure de sa personnalité, attachante et spectaculaire à la fois."Punk Rock et mobile homes" est un formidable récit d'apprentissage, souvent hilarant (il faut entendre le Baron parler en langage Tolkien, ou le voir concentré sur ses cassettes de pets enregistrés...), parfois plus grave, mais toujours rythmé par une bande son d'enfer, qui donne une envie irrépressible : se la repasser pour de vrai, à fond, et se dire que malgré les années, ben y' a pas : punk's not dead !


La seconde BD qui ravira l'amateur de binaire mais pas forcément fan, à la base, de comics, c'est le "Punk rock Jesus" de Sean Murphy (Urban Comics, 2013). Voici le  pitch, pour le moins audacieux : pour faire un carton d'audience, Ophis, une société productrice de shows de telé-réalité, décide tout simplement de faire naitre un clone de Jesus, à partir de cellules récupérées sur le Saint Suaire... Evidemment, il faut un scientifique capable de mener à bien le projet, et Ophis en trouve une, en la personne de Sarah Epstein, généticienne de renom. Et il faut aussi une nouvelle Marie, vierge de préférence, et Ophis fait passer des auditions pour trouver la mère idéale... qui vivra dans le luxueux complexe "J2", de l'émission du même nom. Tout un programme, donc, parfaitement huilé, qui évidemment rencontre quelques réticences, en particulier des membres virulent(e)s de "La Nouvelle Amérique Chrétienne", bien décidé(e)s à ne pas laisser advenir la venue de ce nouveau messie qui ne pourrait être qu'un imposteur... Mais rien ne semble freiner la puissante machine "J2", et l'enfant Chris naît, comme prévu. Et en direct, bien sûr.  Ce qui est nettement moins prévu, c'est qu'à l'adolescence, il découvre le punk, et qu'il monte un groupe pour cracher toute une rage accumulé au cours d'années de bourrage de crâne chrétien.
La situation va devenir explosive... 



 Sean Murphy a visiblement réglé quelques comptes persos avec cette histoire forte,  qui lui permet aussi de dénoncer une emprise religieuse proche du fanatisme, qui s'exerce aux Etats-Unis, jusque dans le rock. Le côté punk de l'affaire, on le trouve évidemment dans les scènes du groupe monté par Chris, les Flak Jackets, mais aussi dans un personnage secondaire, Thomas McKael, l'homme chargé de la sécurité du projet J2. Ancien de l'IRA, des Forces Spéciales Brittaniques, il est ambivalent, et on ne sait trop de quel côté il va pencher. Il fait penser au personnage de Marv dans Sin City : un type indestructible, qui ne recule devant rien. Un vrai rebelle, quoi.
"Punk Rock Jesus" est au final une Bd au message bien plus politique qu'il n'y parait au premier abord, tant elle aborde des thématiques qui posent de vraies questions sur notre futur proche.
Ou une seule  "No future : vraiment ?".



  Et je ne peux finir cet hommage à Tommy Ramone en rappelant qu'il avait eu la gentillesse d'écrire un court texte d'introduction  pour le recueil collectif de nouvelles "Ramones, 18 nouvelles punk et noires", rassemblées par l'ami Jean-Noël Levavasseur, chez Buchet Chastel, et auquel j'ai participé.
  Il y narre quelques anecdotes sur la première tournée des Ramones en France, en 1977. Du genre : "On a dû annuler le concert de Marseille, ce qui n'a pas trop dérangé Dee Dee outre mesure, vu que sa principale motivation, à Marseille, c'était d'acheter un nouveau cran d'arrêt pour sa collection".
Et Tommy Ramone conclut en disant : "Ils [les écrivains du recueil] ont fait preuve d'une grande imagination, et, à l'évidence, ces fictions débordent d'amour pour les Ramones".
C'est exactement ça, mec. Tiens, je vais  remettre "It's alive !" Et foutre le feu à l'église.


Punk Rock et mobile homes *****
Scénario et dessin Derf Backderf
ça et là, 2014 - 154 pages noir et blanc - 19 €

Punk Rock Jesus ****
Scénario et dessin Sean Murphy
Urban Comics, 2013 - 232 pages noir et blanc - 19 €

Ramones -  18 nouvelles punk et  noires
Buchet Chastel, 2011 -  240 pages - 17,25 € 

mercredi 16 juillet 2014

[Tatouages] - Maori 1 et 2, par Caryl Férey et Giuseppe Camuncoli (Ankama)

 Auckland, à la veille des élections.
Pita Witkaire est le candidat, maori, de "La voie humaine", qui prône une sortie du capitalisme dévoyé, aux mains des marchés financiers, pour un retour à des valeurs plus humanistes. Mais sa campagne, en phase ascendante, va en prendre un coup lorsqu'on va découvrir le cadavre de sa fille Sandra, sur une plage huppée de la ville. C'est Jack Kenu, flic maori lui aussi, vivant - mal - une solitude contrainte, qui lui annonce la nouvelle et est chargé de l'enquête. Celle-ci l'amène à retrouver Keri, son ex, qui l'a quitté sept ans plus tôt, et qui enseigne dans une des écoles alternatives de la Voie Humaine. Et où Sandra était étudiante, jusqu'à ce qu'elle plaque tout il y a peu, ne voulant visiblement plus entendre des théories de son père... Jack va se lancer tenter de résoudre cette affaire, autant pour Pita Wittkaire, que pour lui-même et son amour, peut-être pas définitivement perdu...

Première uncursion dans la BD pour Caryl Férey, dont on reconnait immédiatement la patte, la griffe devrait on dire. Ses personnages sont forts, bien cabossés par la vie, et l'univers dans lequel ils évoluent est celui de cette Nouvelle Zélande chère à son coeur, là où il avait situé ses deux premiers romans Haka et Utu. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'une adaptation, mais bien d'un scénario original, où la culture maorie est pregnante, tout au long de l'enquête de Kenu. La dimension politique de l'affaire, et donc du dyptique, est une aussi une marque de fabrique de l'auteur, fidèle ici à ses convictions. Pour la mise en images de cette histoire il a été associé à l'Italien Giuseppe Camuncoli, artiste à ranger plutôt dans la famille "comics", ce qui n'est guère surprenant quand on sait qu'il a travaillé, entre autres, sur Hellbalzer ou Spiderman. Toujours est-il que son trait nerveux colle bien à l'univers de Caryl Férey, et que les couleurs, sont assez bien foutues (signées Stéphane Richard), pour ce qui est ,au final, une histoire assez glauque.
Notons au passage qu'Ankama soigne une nouvelle fois l'emballage, et que jusque dans les couvertures, l'éditeur a choisi de faire sens : collez donc les deux albums l'un à l'autre, et vous obiendrez un dessin qui résume à lui seul les thématiques de "Maori", avec ces deux personnages, tatoués, qui se tournent le dos, au milieu de rubans "Police line do not cross". Jusqu'où va la rancoeur ? Quand commence le pardon ? L'incommunicabilité est-elle définitive ? Autant de questions auxquelles la lecture de Maori apporte des débuts de réponses... en plus d'être un thriller prenant. 

 

Maori 1 ( La voie humaine) et 2 (Keri) ***
Scénario Caryl Férey et dessins Giuseppe Camuncoli
Ankama, 2013-14 - 2 volumes de 64 pages couleurs chacun - Collection Hostile Holster - 14,90 €

lundi 14 juillet 2014

[Bang !] - Rouge comme la neige, un western de Christian de Metter

Colorado, hiver 1896. Occupé à dessiner, le jeune Sean aperçoit au loin, par la fenêtre, un cavalier qui se dirige vers la modeste maison familiale. Il sort prévenir sa mère, dont la réaction est immédiate : " Va chercher le fusil ". Et elle attend. L'homme à cheval se présente comme un ancien ami de son mari, tué à la bataille de Wounded Knee. Mais ce n'est pas pour évoquer les souvenirs du mort que le cavalier est là : il vient annoncer à la veuve McKinley qu'on a arrêté un homme à Ouray, la ville la plus proche, un homme qui venait d'enlever un enfant... Voilà qui replonge Jody MacKinley dans un passé encore plus douloureux : sa fille Abby a disparu six ans auparavant, et Jody n'a jamais perdu espoir de la retrouver. Elle décide de se rendre au procès à Ouray, avec son fils Sean, la tête pleine pleine d'espoir et de craintes. Là-bas, la rencontre avec Buck McFly est un véritable choc, et elle le fait évader pour qu'il la guide vers Abby, encore vivante selon lui ...

De ce point de départ, Christian de Metter tire un western en forme de quête désespérée, et dresse au passage un magnifique portrait de femme. Le périple de Jody MacKinley va se révéler parsemé d'embûches, au cours duquel la violence - psychologique - du passé va égaler l'âpreté physique du voyage vers sa fille disparue. Les révélations de McFly vont être aussi douloureuses que la traque à travers la montagne enneigée dont le trio de fugitifs est la cible. De Metter maintient un constant point d'équilibre entre ces deux aspects de son scénario, et laisse volontiers des zones d'ombre au passé de Jody, dont il garde la révélation pour les dernières pages. Cette construction impeccable est au service du talent d'un grand dessinateur, toujours aussi doué pour restituer les émotions sur les visages, et qui a pour cet album choisi une bichromie sépia. Teintée de rouge aux moments cruciaux, bien entendu... On ne peut s'empêcher, à la lecture de "Rouge comme la neige", de penser au dernier film de - et avec - Tommy Lee Jones, "Homesman" : dans les deux cas, il s'agit d'un voyage où un homme guide une femme dans un monde hostile. Et où la femme a une confiance toute relative en son compagnon de route. "Homesman" est une grande réussite. "Rouge comme la neige" est une bande dessinée à ranger dans la même catégorie.

En prime : la bande annonce sur Casterman.com


Rouge comme la neige ***
Scénario  et dessins Christian de Metter
Casterman, 2014 - 110 pages couleurs - 18 €

dimanche 13 juillet 2014

[Chronique express] - Angles morts : Le gang des Hayabusa (Bétaucourt et Astier)

C'est l'été, me voici de retour, et je vais en profiter pour vous parler d'un maximum d'albums parus ces trois ou quatre derniers mois, et il y en a eu pas mal, croyez-moi. Des bons, des excellents, des pas terribles (mais ceux-là, ils resteront dans les soutes), des étonnants, des classiques... Bref, de quoi agrémenter le rayon polar de votre bédéthèque.

Et pour commencer sur les chapeaux de roue, direction ce premier tome de la série Angles morts : le Gang des Hayabusas, signé Bétaucourt et Astier. Paquet, l'éditeur; prévient tout de suite sur le dossier de presse : "Enfin une série qui s'adresse aux motards autrement que sur le ton de l'humour !". Voyons cela.
Il y a deux choses dans cette accroche et si on commence par la seconde, on peut dire qu'avec cette histoire de braqueurs mystérieux circulant sur de puissantes Suzuki Hayabusa, on s'éloigne en effet un tantinet de Joe Bar Team et de l'école franco-belge, écurie Franquin. Et c'est plutôt réussi : le scénario de Xavier Bétaucourt tient la route (oui, bon...) et Laurent Astier, qui surprend par sa capacité à passer d'un univers à l'autre (car oui, c'est bien le même que "L'affaire des affaires " de Denis Robert, ou encore du très bon "Cellule Poison", ces deux séries chez Dargaud), donne tout le punch nécessaire à cet album pour qu'il puisse fonctionner. Et être crédible ? Côté motard, je ne m'avancerai pas trop car le terrain est glissant pour moi (oui, bon...) mais, côté intrigue polar, les personnages sont suffisamment bien campés pour que l'amateur du genre se laisse prendre, et un vrai suspense, autour d'un braquage final et audacieux de bijouteries, avec manipulations en prime, est installé. En plus,  le héros est sympathique, mais ne va pas jusqu'à  donner l'impression d'être le gendre idéal... ouf !
Ce qui me fait dire, par rapport à l'accroche de l'éditeur évoquée plus haut ,  "une série qui s'adresse aux motards" : certes, mais pas que. Normal, pour Paquet. (Oui, bon...). Même si vous n'êtes pas un fana des circuits, ni des aventures pétaradantes sur bitume, vous pouvez tout de même tailler la route avec ce gang des Hayabusa , c'est rythmé et dynamique, très plaisant à lire. Un bon démarrage estival, quoi. Et j'oubliais : c'est un one-shot, pas besoin d'attendre la prochaine étape.

Angles morts 1 - Le gang des Hayabusa **
Scénario Xavier Bétaucourt et dessins Laurent Astier
Paquet, 2014 - 48 pages couleurs -  Collection Carénage - 13,50 €