Ce blog est entièrement consacré au polar en cases. Essentiellement constitué de chroniques d'albums, vous y trouverez, de temps à autre, des brèves sur les festivals et des événements liés au genre ou des interviews d'auteurs.
Trois index sont là pour vous aider à retrouver les BD chroniquées dans ce blog : par genres, thèmes et éditeurs.
Vous pouvez aussi utiliser le moteur de recherche interne à ce blog.
Bonne balade dans le noir !

lundi 30 janvier 2012

Will Argunas needs you !

Will Argunas, j'ai déjà eu l'occasion de vous dire sur ce blog tout le bien que ce talentueux artiste m'inspirait. Tous ses albums sont de véritables plongées au coeur de l'Amérique de l'Oncle Sam, et le dernier en date, "In the name of... " n'échappe pas à la règle. Je vous invite à lire ma chronique de ce nouvel opus ici, sur k-libre.fr.

Je vous invite également à faire un tour du côté du blog d'Argunas, vous verrez qu'il ne manque pas de travaux en cours, dont un « projet BD USA » des plus prometteurs, au vu des planches dévoilées sur son blog. Et si vous êtes fans de heavy metal, sûr que le « Pure fucking people », deuxième du nom, qui « croque » les festivaliers du célébrissime Hellfest, est fait pour vous. L'auteur a d'ailleurs lancé un appel au peuple sur Ulule (headbanger ou pas...) pour le financement de ce tome 2, allez donc voir de plus près, il y a plusieurs manière de participer.
Et si vous n'êtes pas des adeptes du Blue Oyster Cult (non, ils sont pas morts, ils seront même à Hellfest 2012) que rien ne vous empêche de suivre les pas de Nelson 1er, ce premier pape Noir à la une de «In the name of... ».

samedi 28 janvier 2012

[Chronique] - Les Maîtres de l'Etrange arrivent

Une jeune femme est retrouvée morte, le corps enfoncé dans une épaisse couche de neige, à proximitié d'une voie de chemin de fer. Mais, curieusement, aucune trace de pas autour du cadavre... si ce n'est celles de celui qui a découvert le cadavre. Un suspect idéal pour l'inspecteur Gallimard et ses troupes, mais qui est vite mis hors de cause... Les Maîtres de l'étrange entrent alors en piste, car c'est une affaire idéale pour ce quatuor d'amis spécialisé dans la résolution des énigmes criminelles insolubles. Mais voilà que cette virile association de justiciers aux tempes grises se voit proposer l'aide d'Aglaeë Aglaé, nièce d'un de l'un des quatre membres. Une jeune femme intrépide et décidée, qui préconise – sacrilège ! - d'aller enquêter sur le terrain. Et la voici très vite sur la route, avec les maîtres de l'étrange dans son sillage...

Li-An, dessinateur et scénariste, rend hommage avec cette nouvelle série, à certains enquêteurs de l'âge d'or du récit policier, en créant un groupe de limiers aux méthodes d'investigations plus cérébrales que musclées. Ses quatre spécialistes, qui ne quittent pas leur salon pour résoudre leurs affaires, sont un peu bousculés par la fougue de la jeune femme. Cette opposition de styles fait partie du charme de ce premier tome. Cela, et un humour distant, parfois référentiel, sans oublier un réel sens du suspense. Bien entendu, vu la (Belle) époque à laquelle se passe l'histoire, on pense un peu au Tardi d'Adèle Blanc-Sec, à Sherlock Holmes – ou même plutôt Harry Dickson – et à toute cette grande famille des détectives de l'étrange. Mais, si cela était attendu dès le titre de la série, il n'empêche qu'une certaine légèreté ambiante plane dans ce premier tome, fait que l'on ne s'inquiète pas pour la jolie Aglaëe... et qu'on ne rangera pas cet album dans le côté obscur de sa bibliothèque, même si « L'ange tombé du ciel » est un titre on ne peut plus lovecraftien. Attendons maintenant la conclusion de cette enquête dans « La vengeance du grand singe blanc », dont vous pouvez déjà voir quelques images ici, sur le blog de Li-an.

Les Enquêtes insolites des Maîtres de l'Etrange – 1 : L'Ange tombé du ciel
Scénario et dessin Li-An – Couleurs Laurence Croix
Vents d'Ouest, 2012 – 56 pages couleur – 13,90 €

samedi 21 janvier 2012

[Chronique] - L'Affaire Seznec revisitée en cases

Certaines histoires judiciaires ont traversé les décennies en conservant leur part de mystère. L'Affaire Seznec est bien entendu de celles qui ont longtemps défrayé la chronique, tant la vérité semble difficile à émerger. Deux albums se sont emparés de cette histoire aux allures de polar : la première parue en 2010 aux éditions De Borée, dans une collection « Les grandes affaires criminelles et mystérieuses », l'autre l'an passé chez Glénat.

Chez de Borée, le choix a été de raconter l'histoire en un seul volume, en prenant du recul sur l'affaire. C'est par la voix d'un couple de narrateurs, un reporter au Quotidien de Paris assisté d'une avocate, que tout est raconté, en commençant par la fin, puisque l'album débute sur l'accident de voiture dont est victime Guillaume Seznec, en novembre 1953. Révillon et Moca, les scénaristes, reviennent sur les grandes étapes de l'affaire, par allers-retours entre la Bretagne des années 20 et le Paris des années 50, entre les faits de l'époque et le reportage du journaliste. C'est assez plaisant à lire, mais le trait de Gérard Berthelot, illustrateur doué, manque un peu de force pour camper le duo Seznec – Quéméneur, et l'album souffre de couleurs un peu ternes et sans nuance.

Chez Glénat le « Seznec » du dessinateur Guy Michel est lui graphiquement plus attrayant, et on est plus vite plongé dans l'ambiance qui a dû régner autour de cette affaire au moment où elle se déroulait. La toute première planche, une pleine page représentant le dépôt des forçats de Saint-Martin de Ré, de nuit et sous la pluie, est d'emblée saisissante. On sent que l'histoire ne sera pas gaie... Elle est co-signée Pascal Bresson, déjà auteur d'un « Guillaume Seznec, une vie retrouvée » et Éric Le Berre, et elle est préfacée par Denis Seznec, le petit fils du bagnard. Le sticker promotionnel apposé sur la couverture annonçant cette préface proclame par ailleurs, « La vérité, enfin ! », laissant entendre que toute autre vision de cette affaire n'est pas la bonne... Toujours est-il que dans cette version chronologique, ce premier tome s'arrête à la veille du procès de 1924, et ce qu'il nous est donné à lire n'est pas loin d'un thriller. La suite et la fin certainement pour très bientôt, ce « Malheur à vous jurés Bretons » étant sorti en janvier 2011.
Pour vous faire une idée des deux styles des dessinateurs, voici la même scène, celle où les deux personnages-clés de l'affaire sont ensemble pour la dernière fois, vue par Berthelot, puis par Michel.
L'Affaire Seznec
Scénario de Luc Révillon et Julien Moca ;
dessins de Gérard Berthelot - De Borée, 2010
– 48 pages couleurs – (Collection les Grandes affaires criminelles et mystérieuses) – 15 €

Seznec, tome 1 – Malheur à vous, jurés Bretons !
Scénario Pascal Bresson et Éric Le Berre ; dessins Guy Michel
Glénat, 2011 – 49 pages couleurs – 9,95 €

mercredi 18 janvier 2012

[Dédicaces] - Ankama plonge Paris dans le Noir le 25 janvier !

Une fois n'est pas coutume, je vous annonce un programme de rencontres à venir très bientôt dans la Ville-Lumière (ou Grandville pour les fans de Talbot comme moi). C'est le mercredi 25 janvier, en prélude à Angoulême, et c'est ANKAMA qui organise une triple séance de dédicaces avec en tout 5 auteurs internationaux.

Et parmi eux, Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso pour le très sensible et noir Mafia Tabloïds à la librairie BD Net (26 rue de Charonne dans le 11ème arrondissement ). Une BD que j'ai tout juste évoqué dans ma sélection 2011 mais qu'il vous faut absolument lire ! Ce sera le moment d'aller de causer des années de plomb italiennes avec les deux auteurs.

Et après, ou avant, vous pourrez aussi rendre une visite à Brian Azzarello (pour son First Wave chez Ankama, mais rien ne vous interdit de lui glisser un mot sur 100 Bullets, hein ?) et il aura à côté de lui Viktor Kalvachev pour le spectaculaire Blue Estate. Une BD que j'ai tout juste évoquée dans ma sélection 2011 mais qu'il vous faut absolument lire ! Ah bon je me répète ? Yes ! Mais foncez tout de même à la librairie Apo(k)lyps au 120 Rue Legendre (dans le 17ème)

.Et après tout cela, il vous restera peut-être encore le temps d'aller à la librairie Aaapoum Bapoum (4 Rue Serpente dans le 6ème) pour découvrie Atsushi Kaneko pour Soil chez Ankama et Bambi chez IMHO. Là, j'ai pas lu...

Pour les renseignements pratiques, cliquez sur les liens dans cette annonce, mais il peut être prudent d'appeler chacune des librairies, mais ce qui est sûr c'est que les rencontres auront lieu l'après-midi. Merci qui ? Merci Ankama !

dimanche 15 janvier 2012

[Chronique] - Rouge est ma couleur, deuxième version

David Nolane et Carl Weissner sont flics à Barbès, membres de la section des stups du 18ème arrondissement. Au cours d'un flag, Weissner se fait descendre, ce qui n'est pas bon du tout pour le moral de Nolane, qui était son coéquipier depuis des années. C'est presque au même moment que Zoé, sa fille toxicomane, fait son retour au bercail familial : elle a trouvé une salle pour reprendre la musique, la batterie, et elle espère enfin lâcher la dope définitivement grâce à cela, et à sa participation aux réunions des ex-camés de l'association « La Porte Magique ». Mais le patron de l'Utopia ne la laissera jouer dans sa salle qu'en échange d'un marché dangereux : remplacer un de ses dealers défaillants pendant un mois. Zoé accepte, en cachant l'affaire à son père, qui lui, commence à remonter la piste des tueurs de Weissner. Père et fille ne vont pas tarder à se retrouver...

Rouge est ma couleur est une histoire sombre et magnifique, et on y retrouve la quintessence des thèmes villardiens : la ville, la nuit, la musique, les âmes perdues, la vengeance. Chauzy, auteur dont le style était fait pour rencontrer les univers de Marc Villard, a entièrement repris l'adaptation de ce roman, publiée une première fois par Casterman en 1995 dans la collection « Un monde », en grand format. Cette nouvelle version trouve sa place dans « Rivages Casterman Noir », où les adaptations sont plus denses, et plus proches des romans et il est très intéressant de comparer les deux versions graphiques de ce même roman. Déjà, la réédition compte 27 pages supplémentaires (82 contre 55 pour la précédente), et cette pagination plus longue permet au dessinateur de s'attarder plus sur certaines scènes, ou d'en inclure des nouvelles. Chauzy n'a pas redessiné tout l'album, mais intégré ces scènes dans les planches existantes, un travail certainement délicat, mais qui a été mené sans dommage pour la narration. Un petit exemple.















Il faut ajouter que l'album ne
souffre absolument du changement de format : les cases de Chauzy étaient assez grandes dans la première version, et la réduction des planches n'entraîne aucune difficulté de lecture, comme on aurait pu le craindre par exemple pour le lettrage.
Alors, en conclusion, au-delà de l'intérêt de ces remaniements, Rouge est ma couleur, deuxième titre du duo après La Guitare de Bo Didley , a toute sa place dans la collection car elle est l'oeuvre d'un de nos romanciers les plus sensibles aux interactions entre textes noirs et bande dessinée, et il participe lui-même à l'écriture des adaptations de ses romans. Même si vous aviez déjà la première édition, n'hésitez pas à lire celle-ci, elle lui est supérieure.

Rouge est ma couleur
Texte Marc Villard et dessin Jean-Christophe Chauzy
Casterman, 2011 – 112 pages couleurs – Collection Rivages Casterman Noir



Le roman est disponible aux éditions Rivages

mercredi 11 janvier 2012

Noire est ma couleur : Sélection BEDEPOLAR 2011

En 2012, vous n'êtes pas sans savoir qu'il va nous falloir choisir, et moi, ça y est, j'ai fait mon choix : je vote pour ces 18 albums parus en 2011. Une revue expresse, où il vous suffit de cliquer sur chaque titre pour en lire la chronique complète et détaillée. Prêts ? Hey ho, let's go !

Dans la catégorie Comics, parce qu'il faut bien commencer par quelque chose, et que, vous me connaissez, j'ai un faible pour les crime comics depuis quelques années, je retiendrai trois titres... dont deux étaient déjà dans ma sélection 2010 pour leur premier tome (vous suivez ?)

Commençons par... la conclusion de la trilogie « The last days of american crime » de Rick Remender au scénario et Greg Tochini au dessin, traduit chez Emmanuel Proust, tient toutes ses promesses. Pour mémoire, il s'agit de l'histoire d'un casse organisé par un quatuor de malfrats, casse qui doit se dérouler juste avant l'émission d'un signal agissant sur le cerveau et annihilant toute envie de commettre un crime, voire même un petit délit. D'où le titre. C'est une trilogie que son auteur qualifie lui-même de « polar hardcore avec un contenu anarchiste ». Et vous voulez que je vous dise ? Et bien c'est vrai !

Pas aussi hardcore mais tout aussi anarchiste quand on y réfléchit bien, « L'Organisation », la deuxième adaptation, chez Dargaud, des romans de Richard Stark (aka Donald Westlake) met en scène son cambrioleur dur-à-cuir : Parker. C'est dessiné magnifiquement par Darwyn Cooke, dont les choix graphiques sont même encore plus audacieux que pour le premier tome. Est-ce possible ? Oui !

Enfin, pour les comics, "Grandville Mon Amour", de Bryan Talbot, aux éditions Mylady, est aussi bon, si ce n'est meilleur, que le premier tome des enquêtes du vigoureux Inspecteur LeBrock et son fidèle et subtil adjoint Radzi, dans un univers steampunk, où les personnages sont tous des animaux. Pour les amateurs de BD complètement à l'ouest, il faut bien avouer, tout de même.

Dans la catégorie roman graphique machiavélico-social (cherchez pas, l'appellation n'est pas encore déposée), la palme revient sans conteste à Futuropolis qui publie « La Faute aux chinois ». Aurélien Ducoudray (le scénariste) et François Ravard (le dessinateur) réussissent l'exploit d'y aborder la lutte des classes, les délocalisations, les grippes aviaires et porcines, l'anorexie, les relations frère-soeur, et j'en oublie certainement, à travers la vie peu envieuse de Louis Meunier, leur « héros » en proie à l'oppression du capitalisme le plus sauvage. C'est étonnant, cynique, parfois délirant, et on pense parfois au roman de Westlake « Le Contrat » où à celui de Jason Starr « Simple comme un coup de fil », en lisant cette « Faute aux chinois ». Emouvant et glaçant.

Une autre ambiance de crise économique est parfaitement décrite, mais c'est à une autre période et dans un autre pays : l'Allemagne des années 20. C'est dans « Le Boucher de Hanovre » d'Isabel Kreitz, chez Casterman. Où l'on suit l'histoire terrible de Fritz Haarmann, surnommé, donc, le Boucher de Hanovre, et qui sévissait à la même période que le célèbre Peter Kürten, alias le Vampire de Düsseldorf. Haarman s'en prenait lui à de jeunes garçons, qu'il abordait à la gare et attirait jusqu'à sa mansarde de la Rote Reihe, où il les violait avant de les liquider.
Le dessin, noir et blanc d'Isabel Kreitz restitue avec minutie une Allemagne en proie à la crise, et sa description des rues crasseuses de Hanovre, de l'antre de Haarman, sont d'une précision admirables. Côté personnages, elle ne s'attarde pas sur le côté macabre de son boucher, et évite les scènes ouvertement gore, mais elle installe une peur insidieuse qui passe par le regard de fou de Haarman. C'est délicieusement dérangeant...

Pour vous remettre de cette ambiance de plomb, un petit tour du côté du Barzoon Circus, où un groupe de personnages pour le moins disparate (un gamin, un gorille, un fakir, deux jumelles, un clown alcolo...) dont on ignore l'origine et les objectifs, est plongé dans une curieuse histoire, dans les Etats-Unis des années 30. « Le Jour de la Citrouille » est la première mission de cette fausse troupe de cirque – car c'est une couverture – et on a l'impression de se retrouver au carrefour de deux séries TV : Mission impossible, et La caravane de l'étrange (Carnivale pour les puristes). C'est un scénario de Jean-Michel Darlot sur des dessins de Johan Pilet et c'est chez Glénat, sur le label « Treize étrange ».

Deux albums sont aussi emprunts d'une légèreté du meilleur goût.

Le premier est "Secrets de famille", la deuxième enquête d'Andrew Barrymore, et c'est un western aux allures holmsiennes, où le héros , un grand échalas rouquin, résout des énigmes grâce à son sens de la déduction plutôt que grâce à son six-coups. C'est rythmé, drôle, inventif, c'est chez Dargaud et c'est de Roderic Valembois et de Nicolas Delestret.

Le second , c'est le retour d'Elza Rochester, héroïne de la série... « Les Rochester », de Jean Dufaux et Philippe Wurm, qui fait un come back chez Glénat, sous son nom, Lady Elza; après l'arrêt par Dupuis de ladite série « Les Rochester ». Je pense que je suis clair. Dans ce tome « Excentric Club », la fougueuse et sémillante jeune lady doit intégrer un cénacle très fermé, le mystérieux Excentric Club, où pour être admise, il lui faudra passer rituels et épreuves... Si vous êtes amateurs d'humour raffiné et que la ligne claire exerce sur vous une certaine séduction : foncez ! Lady Elza s'inscrit dans la droite lignée du Floc'h de la période Albany (Le Dossier Harding, A la recherche de Sir Malcolm...) et du Freddy Lombard de Chaland, dont Philippe Wurm fait un peu figure d'héritier, un petit côté coquin en plus.

Impossible dans cette sélection de passer à côté de la catégorie des romans adaptés, dont la production est encore assez conséquente. Au rang des réussites on peut compter "La Commedia des Ratés" de Benacquista par Berlion (chez Dargaud, en deux tomes), et "la Princesse du Sang" de Manchette par Cabanes et Doug Headline (chez Dupuis). Et dans la collection désormais référence qu'est devenue en très peu de temps Rivages Casterman Noir, je retiendrai le « Adios Muchachos » de Bacilieri au dessin et Matz au scénario, d'après le roman de Daniel Chavarria, « L'homme squelette » de Will Argunas d'après Tony Hillerman, et « Un Hiver de Glace » de Romain Renard d'après Daniel Woodrell. Et je reviendrais la semaine prochaine sur la nouvelle version du "Rouge est ma couleur " de Marc Villard et Chauzy, autre grande réussite de la collection.

Mais l'adaptation qui m'a le plus marqué cette année est celle parue aux éditions Futuropolis en début d'année : c'est celle signée Thierry Murat, du roman « pour la jeunesse » d'Anne-Laure Bondoux, "Les Larmes de l'assassin". L'histoire est celle du jeune Paolo, qui vit avec ses parents dans le dénuement et l'isolement les plus extrêmes, dans des contrées arides, en Patagonie. Un homme traqué arrive, un truand, qui n'hésite pas à liquider les adultes pour s'installer dans leur misérable ferme, où il espère que la police ne le retrouvera pas. Il a épargné l'enfant, et une étonnante relation naît entre Paolo et l'assassin de ses parents. Visuellement, Thierry Murat a su trouver les images les plus fortes et les plus justes pour traduire l'interaction entre des paysages arides et les émotions des hommes, une interaction omniprésente dans le récit initial de la romancière. C'est splendide.

Et pour finir ce palmarès de mes chouchous de l'année, je ne pouvais passer à côté de « We are the night », de Ozanam et Kieran, et que l'éditeur, Ankama, présente comme « une BD chorale pour un polar « Noir et urbain ». C'est en deux volumes, et raconte la nuit lyonnaise de 19 personnages, qui vont se croiser – ou pas – et dont les activités vont les mener du mauvais – ou du bon – côté de la barrière. C'est maîtrisé de bout en bout, et la réussite de cette balade au bout de la nuit tient justement, aussi, au rythme à laquelle elle est menée : le passage régulier de l'un à l'autre des protagonistes, installe un suspense grandissant, pour toutes et tous, avec en filigrane, le croisement attendu des routes des 19 personnages. Le tout fait furieusement penser à un « french comic » (le découpage, le format... et le titre en VO non sous titré... ).
C'est dans une collection « Hostile Holster », qui a sorti deux autres titres tout aussi passionnants en 2011 : « Blue Estate » et « Mafia tabloïds », sur lesquels je vais aussi revenir très bientôt !

Voilà, chers ami(e)s du noir en case, ce qui m'a franchement titillé les neurones ou dilaté (voire explosé) les prunelles l'an passé. Et si vous voulez m'entendre de vive voix m'enthousiasmer pour tous ces titres, faites un tour ici, sur Agora FM du côté des amis de la Noir'ôde, qui me font l'honneur de me laisser causer régulièrement BD polar dans leur émission Ondes Noires depuis un an. J'ai donné cette sélection la semaine dernière à la première émission de l'année, qui ne saurait tarder à être en ligne...

dimanche 8 janvier 2012

2012, 4530, 7427, 11 977 : Bédépolar vous donne les vrais chiffres !

Et le premier, cela ne surprendra personne c'est... 2012.
Les plus perspicaces me feront remarquer qu'à partir de 2 chiffres, un chiffre s'appelle un nombre. Normalement. Mais alors, le chiffre d'affaires, celui de la population, celui de la croissance (arg, la croissance, passera-t-elle l'hiver ?)... hmmm ???
Tout cela ne vaut pas un beau dessin, tiens !
Bon. Et les autres chiffres me direz-vous ?
Eh bien : vous avez été 4 530 à venir me rendre visite ici, sur ce blog que j'essaye d'animer, euh, tant bien que bien, vous êtes venus 7 427 fois, et vous avez vu 11 977 pages.
Eh bien moi je n'ai qu'une chose à dire : Merci 23 934 fois à vous !
Et dès la semaine prochaine, vous aurez droit à ma sélection de mes albums préférés de l'année 2011 (ça fait pas mal, promis), à une chronique d'une nouveauté, à la liste des sorties de la semaine et à... plein de choses encore. Ou rien de tout ça, ça se trouve. Mais ce serait dommage.

lundi 26 décembre 2011

[Chronique] - L'Ange Noir arrive... et CasaNostra aussi

Judith Mérieux est une avocate réputée, et redoutée, du Barreau de Nantes. Efficace et intransigeante, elle s'est fait plus d'un ennemi au cours de sa déjà longue carrière, et a même hérité d'un surnom : l'Ange Noir. Cette vie au service de la loi et de la justice la fait peut-être passer à côté de sa vie intime avec Pierre, son mari, un homme d'affaire tout aussi occupé qu'elle par ses affaires dans l'import-export. Au moment où Judith interroge Pierre sur un éloignement qu'elle perçoit de plus en plus manifeste, son mari la rassure : il leur a programmé un voyage en amoureux, en Suède, pour leur dix ans de mariage. Mais Judith n'en profitera pas : elle est retrouvée assassinée presque aussitôt après l'annonce de ce voyage. La police entre alors en scène, mais peine à trouver une piste pour ce meurtre. Faut-il chercher du côté d'un ex-taulard animé d'un désir de vengeance ? De celui d'une affaire en cours où le client adverse s'est déjà accroché avec Judith ? A moins que les lettres de menaces reçues depuis quelques temps au cabinet constituent la clé de l'énigme pour l'inspecteur Lucas ?

Pour leur première production, la collection « CasaNostra », dont l'une des ambitions avouées est « son inscription dans les espaces de notre quotidien », nous emmène du côté de Nantes. Jérôme Mathé, le dessinateur, met un soin particulier à mettre en scène sa ville, dans un style graphique original, mixant dessin et photographies, retravaillées ou utilisées parfois directement dans ses pages. Ses personnages évoluent donc dans ce décor urbain, réaliste, et l'alchimie se fait assez bien. La composition des planches, avec l'utilisation ponctuelle des traits de vitesse, ou le choix, plus fréquent, de visages en gros plan, donne un peu un petit côté côté manga à l'album. Mais on pense aussi, toujours côté visuel, à certains comics, et en particulier à Queen & Country, de Greg Rucka (série traduite chez Akileos). Tout cela fait de l'Ange Noir un album un peu hors des sentiers battus. L'histoire en elle-même reste par contre un peu plus attendue, tant dans les portraits proposés par Jean-Pierre Bathany (le flic solitaire et dépressif, l'ex-taulard revanchard, la super-woman au coeur sensible...) que dans l'intrigue dont on pressent assez facilement le dénouement. Il n'empêche que cet album – à la couverture superbe - est une première réussie pour CasaNostra, dont il faudra surveiller les prochaines parutions. Les histoires resteront dans le Grand Ouest (Rennes, Saint-Malo)... en attendant d'emprunter d'autres sentiers du Noir !

L'Ange Noir
Scénario Jean-Pierre Bathany et dessin Jérôme Mathé
Sixto, 2011 – 111 pages noir et blanc – Collection CasaNostra – 17,90 €

mercredi 21 décembre 2011

[Chronique] - Lady Elza et l'Excentric Club

Lady Elza est une jeune femme aux fortunes diverses : si financièrement elle est à l'abri du besoin – car issue d'une riche famille – sentimentalement c'est autrement plus compliqué. Déjà divorcée, elle virevolte d'aventures en aventures, ce qui n'est pas sans danger. Ainsi, au début de celle-ci, Elza se retrouve en imper et porte-jarretelles, sur les toits de Londres, obligée de fuir la vindicte de la maîtresse de son amant d'un soir. Elle s'en sort, mais ladite maîtresse, blessée dans son orgueil (et à l'orteil car elle s'est tirée une balle dans le pied par maladresse...) ne veut pas en rester là. Elle charge son frère, le malfaisant Albee Switch, d'estropier la belle Elza. Par bonheur, celle-ci a été envoyée dare-dare à la campagne par son cousin Palfy, pour la protéger, mais aussi pour la faire entrer dans un cénacle très fermé, le mystérieux Excentric Club. Mais pour être admise, encore faut-il passer rituels et épreuves avec succès. La fougueuse Elza va-t-elle être à la hauteur ?

Vous aimiez « Les Rochester », des mêmes auteurs ? Vous allez adorer les aventures de Lady Elza, qui sont la continuité de celles publiées chez Dupuis, l'héroïne désormais seule vedette. Dufaux, dans une postface un peu amère et triste au sixième et dernier tome de la série, avait exprimé toute sa déception de devoir abandonner les Rochester, faute d'avoir réussi à les faire aimer à son public. Glénat lui offre une seconde chance, et chers lecteurs et lectrices, si vous êtes amateurs d'humour raffiné et que la ligne claire exerce sur vous une certaine séduction : foncez ! Lady Elza s'inscrit dans la droite lignée du Floc'h de la période « Albany » (Le Dossier Harding, A la recherche de Sir Malcolm...) et du Freddy Lombard de Chaland, dont Philippe Wurm fait un peu figure d'héritier, un petit coquin en plus. Car l'héroïne du duo est loin d'être une fille coincée, et elle en émoustille plus d'un au fil de ses pérégrinations. Ce léger décalage entre un style graphique que d'aucuns – les naïfs – estiment s'adresser aux plus jeunes, et une histoire pour les, voyons, moins jeunes, fait tout le sel de Lady Elza. Sans oublier qu'autour de ce personnage central féminin séduisant, Dufaux a imaginé une histoire à la lisière du fantastique, pleine de rythme et ponctuée de dialogues des plus plaisants. Du style :
« - C'est Lord Schnock. Un membre de l'Excentric Club
- Encore ! Et qu'a-t-il de particulier ?
- Il correspond chaque nuit avec Lady Di. Avec l'esprit de Lady Di. C'est très fatigant. La princesse a tant de choses à révéler »
Voici donc un come-back réjouissant, et souhaitons longue vie la pétillante Elza.
Avec qui on partagerait bien une coupe de champagne à la Saint-Sylvestre, tiens.

Lady Elza 1 – Excentric Club
Scénario Jean Dufaux et dessin Philippe Wurm
Glénat, 2011 - 52 pages couleur - 13 €

mercredi 30 novembre 2011

[Chronique] - Le Maître de Benson Gate, cycle 2

Boston, avril 1917. Un mystérieux individu interrompt le repas familial de la richissime famille Benson, qui a fait fortune grâce à ses puits de pétrole. L'homme se dit porteur d'un message de Calder, l'aîné de la famille, à destination de son frère Richard, désormais héritier d'un empire financier en pleine ascension. Stupeur autour de la table : Calder est tenu pour mort depuis l'explosion de son bateau, trois ans auparavant, dans le port mexicain de Tampico. Le messager inattendu va alors entamer un long récit en tête à tête avec Richard Benson, et raconter tout ce qu'il sait de l'imprévisible et impétueux Calder Benson, apparemment bien en vie...
Cette série d'aventure a tout de la saga familiale à la Dallas, avec ses coups tordus, ses rebondissements, et cette ivresse du pouvoir qui s'empare de tous ceux qui se veulent se rendre maître du pétrole. Nury, en la plaçant dans les années 1910, lui donne un aspect historique qui renforce encore son attrait. Après avoir établi les rapports de force familiaux des Benson, en pleine ruée vers l'or noir, dans les deux premiers albums, le scénariste revisite dans ce deuxième cycle (« Calder ») les rapports Etats-Unis / Mexique, et fait entrer les rebelles de Pancho Villa dans la danse. A côté de cela, il continue à affiner le caractère de ses personnages, certains se révélant plus sombres que prévus. Et en choisissant de raconter son histoire par la voix de Taylor, le chauffeur garde du corps de Richard Benson, il laisse un peu de répit au lecteur, Taylor gardant une certaine distance par rapport à tout ce qui se passe autour de lui. Mais il y a fort à parier que ce personnage prenne un rôle-clé dans la suite de la saga. Garreta dessine cette série avec un trait réaliste et est aussi à l'aise avec un port en flammes ou une marche harassante dans la jungle qu'avec de paisibles scènes de bonheur familial. Et ses couvertures sont magnifiques...

Le Maître de Benson Gate – Cycle 2 : Calder
Tome 3 – Le Sang Noir
Tome 4 – Quintana Roo

Scénario Fabien Nury , dessin Renaud Garreta
et couleur Jean-François Chagnaud
Dargaud - 54 pages couleur - 13,95 €

dimanche 27 novembre 2011

[Chroniques] - Luna Park et The Mystery Play : l'empreinte Vertigo

Pour celles et ceux qui pensent encore que comics = personnages écervelés en costumes bariolés, voici deux albums parus chez Panini qui viennent rappeler que le polar ne se conjugue pas systématiquement sur le mode du super-héros justicier et de ses états d'âmes. En fait, il faut jusqu'à oublier le mot même, héros, car on a plutôt affaire à des hommes ordinaires quand on se plonge dans ces deux oeuvres riches et déroutantes, estampillées du célébrissime label « Vertigo ».

La première, qui vient de paraître, est Luna Park de Kevin Baker au scénario et de Danijel Zezelj au dessin. Elle retrace l'histoire d'Alik Streinkov, ancien soldat de l'armée russe, qui a cru pouvoir exorciser les démons des guerres auxquelles il a pris part, en s'exilant aux Etats-Unis. Mais il n'échappe pas tout à fait à la violence puisqu'il devient un de ces hommes de l'ombre qui oeuvrent pour la Mafia de Brooklyn. Son quotidien est celui de Coney Island, un univers peuplé de manèges en décrépitude dans un parc d'attraction qui tourne à la ville fantôme... Et bientôt il se retrouvera avec sa maîtresse, la troublante Marina, au coeur d'une guerre des gangs, où il devra aussi affronter son passé... et son futur.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce Luna Park ne se laisse pas dompter facilement, et mérite une lecture attentive : l'entrecroisement des époques (première guerre mondiale, Belle Epoque, guerre en Tchétchénie, Etats-Unis de maintenant) et des personnages (avec la figure multiple de la femme aimée à travers le temps) en font une oeuvre assez complexe. Kevin Baker est un romancier (dont la trilogie à succès Dreamland ne semble pas encore traduite) qui signe là son premier scénario, qu'il a bâti avec une volonté d'imbriquer des récits les uns dans les autres, revisitant en partie l'histoire de la Russie. Et en injectant une petite dose de mysticisme et d'onirisme, il fait définitivement passer Luna Park dans les albums inclassables de cette année. Et si le résultat est si fascinant, c'est bien sûr parce que Zezelj, le dessinateur, passe d'un épisode à l'autre de ce récit dense avec une aisance incroyable et que ses planches, réellement splendides, illustrent à merveille le côté sombre de l'histoire. Album hybride mêlant plusieurs genres avec grâce, Luna Park mérite l'attention de tous ceux jusque là déçus par toutes les tentatives de coucher sur les planches la confrontation d'un homme face à son histoire, et face à l'Histoire.Luna Park
Scénario Kevin Baker et dessin DAnijel Zezelj
Panini Comics, 2011 - 160 pages couleurs - 16 € (Vertigo)

Un autre album paru il y a plus d'un an, au cours de l'été 2010, est tout aussi graphiquement magnifique, et s'inscrit lui aussi dans les comics atypiques. Il s'intitule The Mystery Play, et est d'emblée frappé du sceau "thriller psychologique" en quatrième de couverture. Bon, il est vrai qu'il n'y a guère tromperie sur la marchandise, au regard de l'intrigue écrite par Grant Morrison : Dans la petite ville de Townely, un festival de théâtre est mis en place par la municipalité, histoire de ressouder les gens face à la récession et au chômage, et comme le dit le maire « de permettre à la ville de réaffirmer son identité »... Les pièces choisies sont issues du cycle des mystères médiévaux et ont un aspect biblique prononcé. Et voici que l'acteur jouant Satan assassine celui qui joue Dieu... L'étrange inspecteur Carpenter entre à son tour en scène mais son enquête ne va faire que jeter un trouble encore plus grand...


Tout comme Luna Park – et peut être plus encore – c'est par le dessin que le lecteur de The Mystery Play est happé. Jon J Muth offre des planches littéralement peintes – il est d'ailleurs crédité de peintures et non de dessins au générique – d'un réalisme à couper le souffle. Tantôt proches de la photo, tantôt de l'aquarelle impressionniste, elles créent progressivement un climat d'angoisse et de suspicion, et ne font que rarement retomber la tension. Les notions de Bien et de Mal, de folie et de vengeance, traversent de part en part cet album lui aussi hors norme. Hors norme, car après avoir commencé par la narration traditionnelle d'une quête de la vérité sur un meurtre, il bifurque vers la personnalité de l'enquêteur, avant de se conclure sur l'attitude d'une foule sous tension et de ses pulsions... Un autre véritable ovni dans les « crime comics », à (re)découvrir.

The Mystery Play
Scénario Grant Morrison et peintures Jon J Muth
Panini comics, 2010 - 80 pages couleurs - 12 €

samedi 19 novembre 2011

[Chronique] - Re-Mind 3, ou le film de votre vie...

Ethan Geb a survécu : un attentat à Wall street a été déjoué de justesse grâce à son père, qui s'est sacrifié en utilisant la technologie du re-mind. Celle-ci permet de retracer toute la vie d'une personne dans les instants qui suivent sa mort. Mais si les terroristes ont échoué sur ce coup-là, ils restent un danger : ils ont en leur possession un appareil re-mind, et préparent un nouvelle action. L'inspecteur McKee et l'agent Ethan Geb se mettent en chasse, et essayent de retrouver la trace de la poseuse de bombe de Wall Street...
La première mission – en 2 tomes – était axée sur la découverte de la technologie du Remind, et sur le duo Père-Fils John/Ethan Geb et sur une menace sur le sol des Etats-Unis. (J'avais chroniqué le premier tome : vous pouvez y aller pour le second, les promesses sont tenues !) Cette fois, elle s'internationalise et l'action se déporte jusqu'en Australie. L'intrigue est un peu plus complexe, mais on a toujours l'impression d'être en plein dans une série TV américaine... de qualité. Alcante est un auteur en pleine ascension (dernier coup d'éclat : le tome 4 de XIII mystery avec François Boucq) et l'originalité de son scénario est bien son aspect fantastique, avec cette technologie permettant d'entrer dans la tête des gens. Un peu comme dans Minority Report mais ce ne sont plus les rêves qui sont visités, mais le passé...
Andrea Mutti est quant à lui un nom qu'on croise de plus en plus souvent, et dans tous les genres (un petit tour sur son site perso vous permettra de découvrir l'étendue internationale de sa biblio, déjà bien fournie). Il dessine cette série avec dynamisme, dans un style réaliste qui ne laisse pas de place à la fantaisie, mais on n'est pas là pour rigoler, il faut dire... Les couleurs sont assez réussies, notamment dans les scènes nocturnes. Comme pour la première mission, celle-ci est en deux tomes. Suite et fin au prochain, donc.

Re-Mind, tome 3
Scénario Alcante et dessin Andrea Mutti
Dargaud, 2011 – 48 pages couleur – 11,95 €

jeudi 3 novembre 2011

[Collector] - 100 héros disparus du journal Spirou

421, Ginger, Jess Long, Marc Dacier... Des figures quasi mythiques de détectives, reporters et autres aventuriers qui ont fait les beaux jours de Spirou au fil de l'histoire de l'hebdomadaire. Ces quatre-là, vous voyez certainement qui ils sont, car des albums de leurs aventures ont régulièrement été publiés. Mais tous les héros n'ont pas toujours cette chance de la sortie en 44 planches, suite à leur parution dans le magazine... et sont un peu tombés dans l'oubli. Par exemple, connaissiez-vous le journaliste Brice Bolt (Charlier et Puig), les fans d'aéromodélisme les Casseurs de bois (de Mittéïo, Piroton et Carin), ou le duo de flics Garonne et Guitare (Mythic et Hardy) ?
Accompagnant le Spirou numéro 3839, ce petit supplément revient sur 100 personnages « 100 petites perles qui n'ont pas eu la chance de poursuivre leur chemin ». Présentées en une case, avec un court texte, les dates des premières et dernières apparitions dans la revue, l'ensemble est vraiment plaisant et certaines séries donnent franchement envie d'être (re)découvertes. Evidemment, toutes ne relèvent pas du polar, mais il y en a tout de même pas mal. Je ne résiste pas à l'envie de vous montrer un petit extrait de l'opuscule : ces deux gaillards là n'ont-ils pas l'air intrépides ?Un chouette petit livre, uniquement pour les abonnés, comme d'hab... A vos braderies !

100 héros disparus du journal Spirou -
Supplément (32 pages, format 10 x 15 cm) du Spirou n°3839

lundi 24 octobre 2011

[Chronique] - Rivages/Casterman/ Noir : Adios Muchachos

La technique d'Alicia est bien huilée. Elle roule en pleine ville, et repère dans la circulation celui qui sera son prochain pigeon. Il circule en général à bord d'une grosse bagnole et affiche l'air suffisant du touriste plein aux as. Elle, elle circule à vélo, dans une tenue des plus légères : t-shirt en haut, jupe mini comme pas permis. Et c'est bien là que se trouve le noeud de l'arnaque, dans cet accoutrement destiné à aller à la pêche au gogo : une fois sa future proie choisie, Alicia se porte d'abord à sa hauteur, histoire qu'il la repère bien, puis le dépasse et pédale tranquillement devant lui, histoire qu'il voit bien ce qu'il y a sous la jupe. Et à un moment, crac, c'est la chute ! La jeune femme se retrouve à terre, le conducteur pile juste à temps, il est confus, il sort pour porter secours à la pauvresse, mais il ne sait plus s'il doit regarder la culotte d'Alicia ou jeter un oeil au vélo... Le pédalier semble foutu, et Alicia ne se fait pas prier pour se faire raccompagner chez sa mère, avec qui elle vit encore, et là, après l'avoir attiré dans sa chambre, la jeune femme ferre définitivement le poisson, qui succombe à ses charmes et la voici à l'abri du besoin pour un petit moment. La mère est dans la combine, car il faut bien vivre, à la Havane, en ce début de 21ème siècle. Le petit numéro, bien rôdé, fonctionne à merveille et semble même atteindre la perfection lorsqu'Alicia prend dans ses filets Juanito, un beau gosse au physique d'Alain Delon. Mais le play-boy n'est pas dupe, et il décide de proposer à Alicia de passer à la vitesse supérieure, côté arnaque par la séduction. Reste à savoir si ces deux-là peuvent tous les deux gagner sur tous les tableaux...
C'est Matz lui-même – co-directeur de la collection avec François Guérif – qui s'est chargé de l'adaptation de ce roman de Daniel Chavarria, publié à Cuba en 1995, et Paolo Bacilieri qui oeuvre aux pinceaux. Ce qui frappe dans cette version, c'est sa dimension sensuelle. Dès le début, bien entendu, avec le manège aguicheur de « l'héroïne », puis un peu plus loin, dans les cènes de jeux érotiques entre Alicia et Juanito, mais aussi dans des scènes moins explicites : l'air est sérieusement moite dans ces pages... C'est en fait en raison du trait de Bacilieri, étonnamment proche dans certaines planches, de celui du vénérable Georges Pichard, un des maîtres français de la bande dessinée polissonne (Ah, « Paulette » et « Blanche Epiphanie »... ). On en oublierait presque que cette BD est un polar, mais on aurait tort : le roman de Chavarria ménageait un vrai suspense que Matz réussit à transposer, tout en maintenant une atmosphère lourde, de celle où le lecteur se dit : « ça va mal finir... ». Mais ça, je vous laisse le découvrir.

Adios Muchachos
Scénario Matz et dessin Paolo Bacilieri
d'après le roman de Daniel Chavarria
Casterman, 2011 - 124 pages couleurs.
Collection Rivages/Noir/Casterman - 18 €

mercredi 19 octobre 2011

[Chronique] - La Princesse du Sang, seconde partie

A l'issue de la première partie, nous avions laissé le trio Ivy Pearl, Negra (alias Alba Black) et leur protecteur Maurer en plein coeur de la jungle cubaine, avec à leurs trousses, un commando mené par l'impitoyable Guido, assisté du pisteur Richard Cheyenne. La mission de Guido est simple : il s'agit purement et simplement d'éliminer la jeune Alba, et le commanditaire de cette chasse à mort n'est autre que le propre oncle d'Alba, Aaron Black, trafiquant d'armes international. Mais tous les acteurs ne sont pas encore entrés dans la danse, et surtout, aucun n'a encore joué son vrai rôle...

L'ultime roman de Manchette était resté inachevé et c'est son fils, Doug Headline, qui a entrepris de terminer la palpitante aventure d'Alba Capra, dans cette version graphique dessinée par Max Cabanes. Cette Princesse du sang définitive, en quelque sorte, est plus qu'une simple adaptation, non seulement car on en connaît désormais le dénouement, mais aussi parce que c'est un véritable maelstrom de 160 planches, un cocktail réussit mixant plus d'un genre : action, polar, aventure, géopolitique... Sans oublier une dimension psychologique surprenante, traduite dans ce jeu d'influence que se livrent les différentes factions alors que la traque bat son plein, dans une forêt à la fois hostile et protectrice. C'est tout simplement fascinant, et c'est une des facettes les plus surprenantes de ce diptyque. Pour le reste, les décors de Cabanes sont somptueux et on sent littéralement les odeurs de sa Sierra Maestra, cette jungle pour laquelle il a également réalisé des couleurs superbes. Quant à sa galerie de personnages, inutile de chercher l'erreur de casting, tant il a su camper des hommes et des femmes avec un réalisme tout manchettien et leur prêter des silhouettes et des visages que le romancier n'aurait certainement pas renié. Le travail de Doug Headline sur les notes de son père n'est certainement pas étranger à la réussite totale de cet album, nettement à part dans la longue liste des bandes dessinées inspirées des oeuvres de nos grands écrivains du Noir.

La Princesse du Sang, seconde partie
Scénario Doug Headline d'après Jean-Patrick Manchette
Dessin Max Cabanes - Dupuis, 2011 - 80 pages couleur - Collection Aire Libre - 15,95 €

Le roman de Jean-Patrick Manchette est disponible aux éditions Rivages